vendredi 28 février 2014

Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779) - Le Panier de fraises des bois

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Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779) 
Le Panier de fraises des bois (1761)
Coll. privée

Ce que l'on voit : Avec le panier de prunes et la nature morte au pichet  présentées aussi sur ce blog, c'est une autre des natures mortes de Chardin dans laqueelle un verre d'eau est présent. 
Description de Charles Blanc, en 1862 : « Un panier de fraises, un verre de cristal à demi plein d’eau où chatoient les reflets vermeils d’une belle pêche placée près de deux œillets blancs et de quelques cerises. » C'est une peinture qu’on pourrait presque dire « pré-impressionniste », mais que l'on a volontiers qualifier de « phénoménologique » A partir de 1760 environ, Chardin ne peint plus des objets, mais le mouvement même de la saisie perceptive de ces objets. Entre 1759 et 1761, la manière des natures mortes se radicalise : les objets se raréfient, la touche devient de plus en plus « poudreuse », les fonds s’assombrissent et se dissolvent, les ombres perdent tout pouvoir de structuration.

Rappel biographique :  Jean-Baptiste-Siméon Chardin est considéré comme l'un des plus grands peintres français et européens du 18e siècle. Célèbre pour ses scènes de genre et ses pastels, il est aussi  reconnu pour ses natures mortes dont il reste le maitre incontesté. D'après les frères Goncourt, c'est Coypel qui en faisant appel à Chardin pour peindre un fusil dans un tableau de chasse, lui aurait donné le goût pour les natures mortes. Ces deux tableaux de réception à l'Académie Royale de peinture sont tous deux des natures mortes, La Raie et Le Buffet qui se trouvent aujourd'hui au Musée du Louvre.  Chardin devient ainsi peintre académicien « dans le talent des animaux et des fruits », c'est-à-dire au niveau inférieur de la hiérarchie des genres alors reconnus. Et c'est sans aucun doute Chardin qui va lui donner ses lettres de noblesse et en faire un genre pictural égal, voire même supérieur à bien des égards, aux autres.
Les natures mortes qu'il peindra plus tard (à partir de 1760) sont assez différentes des premières. Les sujets en sont très variés : gibier, fruits, bouquets de fleurs, pots, bocaux, verres...  Chardin semble s'intéresser davantage aux volumes et à la composition qu'à un vérisme soucieux du détail, ou aux  effets de trompe-l'œil. Les couleurs sont moins empâtées. Il est plus attentif aux reflets, à la lumière : il travaille parfois à trois tableaux à la fois devant les mêmes objets, pour capter la lumière du matin, du milieu de journée et de l'après-midi. On peut souvent parler d'impressionnisme avant la lettre.

2014 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau, #AStillLifeCollection, #NaturesMortes 

jeudi 27 février 2014

Robert Mapplethorpe (1946-1989)



Robert Mapplethorpe (1946-1989)
Still life with Eggplant (1985)

Ce que l'on voit : une aubergine et son ombre portée gisant  sur une table. L'aspect fortement sexué de ce légume est à peine atténué par les rayures du store à lamelle que l'on ne voit pas mais dont  on perçoit les ombres sur la composition et qui filtre une lumière venant  plutôt de la droite du cadre.   Une partie du guéridon sur lequel l'aubergine est posée ne bénéficie ni de cet éclairage ni de ces rayures.  Une courbe en fond de champ s'y dessine, témoin de la recherche graphique extrême des compositions de Mapplethorpe sous leur aspect anecdotique et  " scandaleux ".

Rappel biographique : le photographe américain  Robert Mapplethorpe est beaucoup plus célèbre pour ses portraits en noir et blanc très stylisés et ses nus masculins. que pour ses natures mortes. Le caractère cru et érotique des œuvres du milieu de sa carrière a déclenché de nombreuses polémiques  aux États-Unis toujours très puritains même en matière de création artistique et lui ont valu une réputation sulfureuse... qu'il revendiquait avec fierté ! Ses natures mortes sont en nombre très limitées et sont souvent porteuses, elles aussi,  de références sexuelles ou érotiques, plus ou moins prononcées.



mercredi 26 février 2014

Robert Mapplethorpe (1946-1989)



Robert Mapplethorpe (1946-1989) 
Still life with roller blind shadow (1976)

Que voit- on ?  Dans cette nature morte  très kitch qui  reproduit la mise en scène de certaines compositions académiques du début du 20 e siècle avec les deux grappes de raisins posées en pendentifs symétriques sur une coupe d'albâtre elle-même perchée sur une colonne, dans un improbable décor de draperie,  ce sont les rayures faites par l'ombre des lamelles du store  à lamelles sur l'ensemble de la composition qui sont les plus intéressantes. Elle balaie l'aspect pompier de ce montage en le rendant graphique et moderne.

Rappel biographique : Le photographe américain  Robert Mapplethorpe est beaucoup plus célèbre pour ses portraits en noir et blanc très stylisés et ses nus masculins. que pour ses natures mortes. Le caractère cru et érotique des œuvres du milieu de sa carrière a déclenché de nombreuses polémiques  aux États-Unis toujours très puritains même en matière de creation artistique et lui ont valu une réputation sulfureuse... qu'il revendiquait avec fierté ! Ses natures mortes sont en nombre très limitées et sont souvent porteuses, elles aussi,  de références sexuelles ou érotiques, plus ou moins prononcées.

mardi 25 février 2014

Paul Gauguin (1848-1903) - Nature morte à l'estampe Japonaise



Paul Gauguin (1848-1903)
Nature morte à l'estampe Japonaise (1889)
Museum of Contemporary Art, Téhéran, Iran

Que voit-on ?  Sur une table recouverte d'un drap rose parsemé de feuilles et devant un mur jaune sur lequel on peut voir l'estampe japonaise qui donne son titre à cette nature morte : deux vases, l'un à gauche en céramique vernissée ou en pâte de verre  (à motif floral), rempli de fleurs exotiques ; l'autre, à droite étant sans soute un souvenir de marin rapporté de quelques destination lointaine et reproduisant une tête de divinité, soit maori, soit africaine, avec une anse sur le côté ; il est  rempli d'un bouquet champêtre.  Cette nature morte ne date pas de la période polynésienne du peintre, mais du séjour qu'il fit dans en Bretagne au Pouldu en 1889-1890 à " la Buvette de la Plage " chez Marie Henry.

Rappel biographique : le peintre français Paul Gauguin est un peintre post impressionniste, chef de file  bien connu de l'École de Pont-Aven et inspirateur des Nabis. Il est considéré comme l'un des peintres français majeurs du 19e siècle. En 1874, la connaissance qu'il fait de Camille Pissaro et  la première exposition du courant impressionniste, l'inclinent à devenir amateur d'art et à s'essayer alors à la peinture.  En 1882, il abandonne son emploi de courtier en bourse  pour se consacrer uniquement à sa nouvelle passion, la peinture. De janvier à novembre 1884, il s'établit à Rouen où Pissaro vivait également. Pendant ces 10 mois passés à Rouen, il réalise près de quarante tableaux, principalement des vues de la ville et de ses alentours et quelques natures mortes très classiques. Cela ne suffit pas pour vivre et il part avec sa femme et ses enfants dans la famille de celle-ci à Copenhague.
Ses affaires ne vont pas bien et il revient à Paris en 1885 pour peindre à plein temps, laissant femme et enfants au Danemark, n'ayant pas les moyens d'assurer leur subsistance. Il est déchiré par cette situation. Il expose avec les impressionnistes régulièrement de 1876 à 1886.
C'est en juillet 1886 que Paul Gauguin effectue un premier séjour en Bretagne. Il s'installe pour 3 mois à la pension Le Gloanec, à Pont-Aven où vit une colonie d'artistes. Il y rencontre le très jeune peintre (et écrivain) Emile Bernard  adepte du " Cloisonnisme ", une technique picturale cernant chaque plan de couleur d'une fine cloison, un peu à la manière de la technique du vitrail ou des estampes japonaises.
Influencé par Emile Bernard et par le courant symboliste, Paul Gauguin renonce à l'impressionnisme pour élaborer, une nouvelle théorie picturale, le " Synthétisme ". Sa recherche va alors dans le sens d'une simplification des formes, il élimine les détails pour ne garder que la forme essentielle, simplification obtenue par l'usage du cerne et de l'aplat de couleur.
Nabis et Synthétistes, inspirés également par Stéphane Mallarmé et les symbolistes littéraires, partageront pendant quelques temps des convictions communes sur la nécessité de libérer la peinture de sa sujétion au réel et de laisser davantage de place à l'idée ou à la symbolique. Maurice DenisPaul Sérusier, Édouard VuillardPierre BonnardOdilon Redon font partie de ce mouvement.
Gauguin retournera en Bretagne en 1889 et 1890, au Pouldu, tout proche de Pont-Aven, deux lieux où chaque été une importante colonie d'artistes tentera d'élaborer une nouvelle peinture. Il y loge à " la Buvette de la Plage " de Marie Henry, en compagnie des peintres Meyer de Haan, Sérusier et Filiger.
En 1891, ruiné, il s'embarque pour la Polynésie, grâce à une vente de ses œuvres dont le succès a été assuré par deux articles enthousiastes  d'Octave Mirbeau. Il s'installe à Tahiti où il espère pouvoir fuir la civilisation, tout ce qui est artificiel et conventionnel.  
Influencé par l'environnement tropical et la culture polynésienne, son œuvre gagne en force, il réalise des sculptures sur bois et peint ses plus beaux tableaux, notamment son œuvre majeure, aujourd'hui au Musée des Beaux arts de Boston  au titre explicite de D'où venons nous? Que sommes sommes, Où allons nous ? qu'il considère lui-même comme son testament pictural. En 1901, il va vivre a Atuona dans les îles Marquises. Il lui semble être au paradis. Il va vite déchanter en se rendant compte des abus des autorités et en essayant de se battre pour les indigènes. Malgré ce combat auprès des autorités, Gauguin reste peu apprécié des Polynésiens en général et des Marquisiens en particulier, qui ont l'impression d'avoir eu affaire à un homme qui s'est servi d'eux, de leur culture ancestrale et surtout des femmes, comme si cela lui était dû. Affaibli, fatigué de lutter, il meurt au printemps 1903. Il est enterré dans le cimetière d'Atuona. La tombe du chanteur Jacques Brel est juste à côté de la sienne.

lundi 24 février 2014

Odilon Redon (1840-1916)- Le navet dit aussi céleri-rave

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Odilon Redon (1840-1916)
Le navet dit aussi  céleri-rave 
Nature morte au pastel 
Musée d'Orsay - Paris

Que voit-on ? Cette nature morte  représente a première vue  un navet et sa fane posé sur un entablement.  Ce légume occupe tout le cadre ou presque.... en effet si le regard se porte sur l'arrière plan , on devine sur la gauche un personnage : une femme avec une coiffe paysanne bretonne, qui tourne le dos, sans doute occupé à une tache ménagère.  Contrairement à ce que l'on pouvait imaginer a première vue , le navet ou le céleri rave n'est donc pas le seul occupant de ce cadre. Et qui remarque-t-on le plus maintenant  du navet ou de la bretonne ? 

Rappel biographique : le peintre français Odilon Redon (né Bertrand Jean Redon) est un peintre rattaché au mouvement symboliste et coloriste de la fin du 19e siècle. Son art explore les aspects de la pensée, l'aspect sombre et ésotérique de l'âme humaine, empreinte des mécanismes du rêve. Il a peint assez peu de natures mortes, La Coquille, exécutée au pastel en 1912 et présentée aussi sur ce blog, figure au nombre de ses plus célèbres toiles. 

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dimanche 23 février 2014

Lodewijk de Susi ( 1595- 1640 ?)



Lodewijk  de Susi ( 1595- 1640 ?)
Still life with three mice  (1619)
Saint Louis Art Museum

Que voit-on ? Sur un entablement de pierre de gauche a droite: un plat en argent contenant une demi pomme et  des friandises enrobés de sucres  qui se reflètent dans le plat avec une rare précision de perspectives . Le plat et le  le manche d'un couteau en équilibre sur un de ses bords débordent de l'entablement marquant un peu plus la précision de la perspective. Derrière le plat, dans le fond du cadre, une magnifique pomme rouge et jaune  parfaitement lustrée quoiqu'un peu piquée par endroits, à coté de laquelle un première petite souris observe avec attention les friandises posées sur le plat d'argent. A coté de la souris toujours dans le fond du cadre et dans l'ombre un verre à pied contenant du vin  et deux noix dont une ouvertes jouxtent un  citron et une orange qui a gardé sa branche. Bien à l'abri des regards sous ces fruits, deux autres souris sont occupées à grignoter quelques amandes et quelques unes des friandises qui leurs sont offertes en festin sur l'entablement.


Rappel biographique  :  Lodewijk de Susi  (1595- 1640 ?) ou Ludovico de Susio  est un peintre hollandais sur lequel on a très peu de renseignements biographiques. On sait qu'il est né en Hollande à Vlaanderen  en 1595...  ON retrouve sa trace à Amsterdam en 1616 puis à Turin en 1620 sous son nom italianisé, puis plus rien.  Sa période d'activité se résume donc à ces 4 années passées entre Amsterdam et Turin  où il fut principalement peintre de natures mortes et graveur.

samedi 22 février 2014

Eugène-Louis Boudin (1824-1898)




Eugène-Louis  Boudin (1824-1898)
Nature morte à l'orange ouverte (1861)
Musée Eugène Boudin, Honfleur 

Que voit- on ? Sur une table recouverte d'une nappe verte à liseré jaune, de gauche à droite : un pâté  en croûte, une potiche en porcelaine chinoise enrobée de liens en cordes, trois oranges entières et une orange ouverte en quartier, une verre à pied à moitié rempli d'eau.  Une composition et un e façon de peindre très " classique " assez  inhabituelle chez ce peintre.  

Rappel biographique : Le grand peintre français de paysages, de marines et de plages, Eugène-Louis  Boudin n'a pas peint énormément de natures mortes, mais il en a laissé tout de même un catalogue significatif. On peut comprendre que cet homme qui fut à l'origine de la peinture à l'extérieur de l'atelier, n'ait pas été très attiré par le genre de la nature morte qui est par essence un genre d'atelier.
Eugène-Louis Boudin est considéré comme l'un des précurseurs de l'impressionnisme. Peintre marin, expert en matière de rendu de tout ce qui est lié à la mer et à ses rivages, il peint notamment de nombreux tableaux décrivant la vie des pêcheurs sur les ports et les marchés,  ainsi que celle des familles bourgeoises du 19e siècle sur les plages de Normandie. S'il ne rencontre un succès public relatif qu'à l'approche de la soixantaine, son travail de peintre d’avant-garde est reconnu par les critiques et peintres impressionnistes dès les années 1870, les collectionneurs (Ivan Tourgueniev, Georges Feydeau, puis les Rothschild ou Cary Grant) se mettant dès lors à acheter ses tableaux de paysage mais c'est surtout à partir de 1929, année qui voit Jeanne Lanvin acheter une de ses toiles, que le succès et la reconnaissance lui sont définitivement assurés.
Au cours de sa vie, Eugène-Louis Boudin  a peint près de 4 500 tableaux et laissé autant de dessins, pastels et aquarelles. C'est le musée d'art moderne André-Malraux du Havre qui possède la plus grande collection de tableaux de Boudin, avec 224 peintures dont de nombreuses esquisses et études, toutes exposées. Une grande partie provient du « legs Boudin », comportant 60 toiles et 180 panneaux, reliquat de la vente aux enchères, le 21 mars 1899, des œuvres retrouvées dans son atelier à sa mort. Le Musée Eugène-Boudin de Honfleur possède en outre 93 œuvres de l'artiste. Ce musée a été créé en 1868 par Louis-Alexandre Dubourg, peintre honfleurais et ami de Boudin. Ce dernier enrichit les collections du musée en léguant à sa ville natale 53 de ses œuvres ainsi que 17 œuvres de ses amis (Ribot, Hamelin...).

vendredi 21 février 2014

Pierre-Auguste Renoir (1841-1919) - Les oignons




Pierre-Auguste Renoir (1841-1919)
Les oignons (1881)
The Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown 


Que voit-on ?  Sur un entablement qui semble être un guéridon blanc et rond, cinq oignons rouge émergeant d'un torchon blanc dans lequel ils étaient visiblement enrobés et quelques gousses d'ail. On peut difficilement imaginer sujet plus modeste de natures mortes, mais ce sujet donne à Renoir l'opportunité d'une démonstration de sensualité hors du commun tant il pare ces peaux d'oignons de reflets charnels.

Rappel biographique : L'un des plus célèbres peintres français, Pierre-Auguste Renoir, membre éminent s'il en est du mouvement impressionniste a peint beaucoup de natures mortes, comme l'ensemble de ses collègues impressionnistes d'ailleurs qui ont participé au renouveau de ce genre vieux de plus de 3000 ans.  Au début de sa carrière, ses natures mortes s'inspirent beaucoup de celles de Courbet avant d'imposer le style unique que l'on connait. La dernière toile qu'il aurait voulut peindre serait une nature morte florale. Sur son lit de mort, Renoir aurait demandé une toile et des pinceaux pour peindre le bouquet de fleurs qui se trouvait sur le rebord de la fenêtre. En rendant pour la dernière fois ses pinceaux à l'infirmière il aurait déclaré : « Je crois que je commence à y comprendre quelque chose ».


Ce blog a publié plusieurs natures mortes de ce peintre. Pour toutes les retrouver cliquez sur l'onglet libellé et retrouver le nom du peintre.





jeudi 20 février 2014

Georges Braque (1882-1963) - Nature morte à la théière noire

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Georges Braque (1882-1963
Nature morte à la théière noire (1941-42)
Collection privée.

Que voit on ?  Dans une pièce dont les murs comporte trois tableaux reconnaissables au cartel qui sont disposés sur leur cadre, un guéridon en bois (objet fétiche des natures mortes de Braque)  dont on ne voit pas la base mais dont les formes contournées laissent penser qu'il est de style Louis Philippe, est posé sur un parquet très dessiné. Sur le guéridon : un plateau  en laque noire comme il s'en fabriquait beaucoup dans les années 30- 40,  sur lequel sont posés de gauche à droite, une théière anglaise noire, une poire aux allures de cuisse de poulet , une pêche, une pomme et un couteau.   Cette nature morte est répertoriée dans la collection Henri et Hélène Hoppenot à Paris avant sa mise en vente  en 2007 chez Christie's.

Rappel biographique : le peintre Français Georges Braque qui fut aussi sculpteur et graveur est le maître incontestable de la nature morte au 20e siècle, genre qu'il a profondément transformé et renouvelé tout au long de sa vie, s'inscrivant  (consciemment  ou inconsciemment) dans une démarche similaire à celle de Chardin au 18e siècle. Engagé dans le sillage du fauvisme, influencé par Matisse, Derain et Ohon Friesz, il peint, à l'été 1906 les paysages de l'Estaque avec des maisons en forme de cubes (Maisons à L'Estaque) que Matisse qualifie de cubistes.  A partir de 1909,  il entre dans ce que les spécialistes appellent la période du  " cubisme analytique ".  Les paysages qui prédominaient  jusqu'alors dans son œuvre vont céder la place aux natures mortes. 
Ce sont principalement des natures mortes d'objets et/ou d'instruments de musiques (violons, guitare, pipe, journaux et magazines, objets divers de décorations intérieurs comme les nappes, les guéridons...) qu'il peint délaissant volontiers les thématiques habituelles du genre (fruits, légumes, pâtisseries, porcelaines).   Dès avant la Première Guerre Mondiale, sa peinture s'enrichit de combinaisons imprévues, avec une multiplication des facettes. Les formes sont géométrisées et simplifiées. Comme le remarque Bernard Zurcher, dans son ouvrage Braque vie et œuvre :   « Si l'on considère que la bataille du cubisme s'est jouée  sur le thème de la nature morte, Braque y était le mieux préparé ou plutôt il a été à même, en consolidant chacune des étapes de son évolution, d'aller plus sûrement à ce « signe qui suffit » tel que l'a nommé Matisse »
Entre 1919 et 1939, son style et ses recherches vont évoluer. De son passé cubiste, il conserve la simultanéité des points de vue et il opère une partition des objets et des plans qui les éloignent de tout réalisme. Guitare et nature morte sur la cheminée  1925, et Fruits sur une nappe et compotier, sont caractéristiques de cette évolution. Les objets semblent des accessoires de la composition," l'effort porte sur la couleur". Braque pousse l'usage du contraste encore beaucoup plus loin dans Nature morte à la clarinette,  avec des formes qualifiées de « naturalistes » Avec Le Guéridon, 1928 et Le Grand guéridon, qu'il continue à travailler jusqu'en 1936-1939, Braque opère un long mûrissement des formes. Il retravaille même en 1945 le Guéridon rouge, commencé en 1939 en réduisant le motif ornemental. Le thème du guéridon revient souvent dans l'œuvre de 1911 à 1952 qui reçoit en 1937 le premier prix de la Fondation Carnegie  de Pittsburgh
Cloîtré dans son atelier pendant toute la durée de la Seconde guerre Mondiale, il refuse toute compromission avec les nazis et le régime de Vichy, malgré les nombreuses propositions qui lui sont faites.  Braque se consacre au thème des Intérieurs avec un retour en force du noir qui donne une impression de dépouillement et de sévérité. Pendant cette période, Braque poursuit son sujet favori  le nature morte et particulier les natures mortes aux instruments de musique qui n'ont cessé d'apparaître dans ses tableaux depuis 1908 .  « L'instrument de musique, en tant qu'objet, a cette particularité qu'on peut l'animer en le touchant, voilà pourquoi j'ai toujours été attiré par les instruments de musique » .1942 est une année particulièrement féconde pour le peintre qui commence plusieurs toiles sur le thème de la musique, qu'il terminera plus tard comme L'Homme à la guitare (1942), 1942-1961. 
A cette époque là il réalise une nature morte à sujet animalier Deux poissons dans un plat avec une cruche, (1949-1941) qui inaugure une série de poissons sur fond noir Les Poissons noirs, 1942, et  plusieurs Vanités.  
A la Libération, après la guerre, Aimé Maeght devient son nouveau marchand parisien, et publie la première édition des Cahiers G. Braque. En 1948, lorsqu'il  présente la série des Billards à la Biennale de Venise il reçoit le Grand Prix pour l'ensemble de son œuvre. Suit une série d'expositions en particulier au MoMa de New York, qui parachève la reconnaissance internationale de son œuvre immense et essentielle.

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mercredi 19 février 2014

André Masson (1896-1987) - Le guéridon dans l'atelier - Nature morte aux grenades


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André Masson (1896-1987)
Le guéridon dans l'atelier - Nature morte aux grenades (1922)
Tate Modern (Don de Gustav and Elly Kahnweiller)

Que voit on ? Sur un guéridon qui est plutôt une table d'appoint de style Louis XV de couleur blanche sous laquelle on devine un parquet à la française et devant un mur où s'empilent des toiles à l'envers attestant que nous sommes bien dans l'atelier du peintre, de bas en haut : un oiseau mort  sans doute perdrix), un verre biseauté et à godrons dans lequel on a posé un petit bouquet de fleurs, deux pipes hollandaise (une noire et une blanche), un pot à tabac en porcelaine blanche, deux instruments de musique (une guitare et une mandoline entrecroisées) et sur lesquels ont été posées deux moitiés de grenades dont la symbolique sexuelle est accentuée par le trait du peintre. Ce sont elles qui donnent leur nom à cette  nature morte.

Rappel biographique : Le peintre français André Masson participa au mouvement surréaliste du début des années 1920 à  1950 avec un épisode de rupture en 1929 lorsqu'il se brouille avec Breton. Notamment célèbre pour ses dessins automatiques et ses tableaux de sable, il est l'auteur d'une œuvre multiforme, marquée par l'« esprit de métamorphose » et l'« invention mythique ». Son influence est notable sur l'expressionnisme abstrait. Il a peint quelques nature mortes.


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mardi 18 février 2014

Kasimir Malevitch (1979-1935)



Kasimir Malevitch (1979-1935)
Still Life (1911)
Russian Museum, Saint-Petersbourg

Que voit-on ?  Posés sur une table blanche dans une explosion de couleurs très inspirées du fauvisme, de gauche à droite : des pommes, des figues, des pêches, des oranges et dans un compotier blanche des poires et des pommes. En fond de tableau un vase d'ou s'échappent des feuillages d'automne. Bordant le cadre en bas a gauche et en haut à gauche deux assiettes circulaires à bord dessinés. Bine qu'il ait mis en scène énormément d'objets, Malevitch n'est pas à proprement parlé un peintre de natures mortes !  Il en a peint très peu de natures mortes ce qui rend celle-ci d'autant plus précieuse

Rappel biographique :  Kasimir Severinovitch Malevitch  est un des premiers artistes abstraits du 20e siècle. Peintre, dessinateur, sculpteur et théoricien, Malevitch est le créateur d'un courant artistique qu'il dénomma « suprématisme ». En 1915, Malevitch peint trois éléments qu'il inclura plus tard parmi les éléments fondateurs du suprématisme : le Carré noir, la Croix noire et le Cercle noir. Maniant des formes simples à caractère géométrique et unicolores disposées sur la toile ou érigées dans le réel (architectone), le suprématisme montre le caractère infini de l'espace, et la relation d'attraction et de rejet des formes. Pour Malevitch, l'art est un processus amenant la sensation  de l'artiste  à se concrétiser en œuvre grâce à un module formateur étranger au support, « l'élément additionnel », qui structure la masse picturale ou les matériaux. Il introduit le concept d'élément additionnel dans ses écrits des années 1920, ainsi que dans son enseignement. C'est sur la conception du rapport de l'art pur à l'art appliqué que Malevitch entre en conflit avec les constructivistes.
De 1907 à 1935, il participe à 35 expositions d'avant-garde en Russie et à l'étranger. Malevitch est un membre actif de l'avant-garde artistique russe et côtoie Kandinsky, Chagall, Matiouchine, El Lissitzky, Rodtchenko.
Parallèlement à son œuvre plastique, Malevitch produit des textes théoriques sur l'art. Une vingtaine d'écrits paraissent entre 1915 et 1930, mais de nombreux manuscrits restent non publiés. Tous ne sont pas directement liés aux seules pratiques artistiques : ainsi par exemple, La Paresse comme vérité effective de l'homme, écrit en 1921 et publié aux éditions Allia en 1995 en langue française, texte révolutionnaire dans la mesure où le communisme lui-même y apparaît dépassable.
Les paysages et les scènes de la vie quotidienne présentent souvent une dominante de rouge et de vert, couleurs que l'on retrouve également dans certaines icônes orthodoxes. Les gouaches des années 1910-1911(comme cette nature morte)  sont influencées par le fauvisme mais aussi par le néo-primitivisme et le protocubisme. Dans les années 1912-1913, il produit des toiles cubistes et futuristes.

lundi 17 février 2014

Claude Monet (1840-1926) - Nature morte aux poires et aux raisins



Claude Monet (1840-1926)
Nature morte aux poires et aux raisins (1867)
Collection privée

Que voit-on ? Sur un table en bois recouverte d' un nappe blanche dont les plis sont très apparents, divisant l'espace en trois zones distinctes, de gauche à droite : une poire, un grappe de raisin rouge entremêlée à une grappe de raisin blanc ; au centre du tableau un saladier en céramique vernissée  dans lequel on a posé ,sur un lit de feuillage, 3 poires (variété bon-chrétien) et une pomme, montées en pyramide.  L'ombre porté de cette pyramide occupe toute la droite du tableau alors qu'un premier plan à droite, deux pommes une rouge et son ombre portée et une rouge et verte équilibre les coloris de la composition.

Rappel biographique : le peintre français Claude Monet, l'un des fondateurs de l'impressionnisme, est surtout connu pour ses paysages et ses portraits.  " La couleur, disait-il " est mon obsession quotidienne, ma joie et mon tourment ".   Claude Monet est l’un des fondateurs de l'impressionnisme. En 1859, il part à Paris tenter sa chance sur le conseil d'Eugène Boudin. Après des cours à l'académie Suisse puis chez Charles Gleyre et la rencontre de Johan Barthold Jongkind, le tout entrecoupé par le service militaire en  Algérie, Monet se fait remarquer pour ses peintures de la baie d'Honfleur. En 1866, il connait le succès au Salon de la peinture. Toute cette période est cependant marquée par une grande précarité. Il fuit ensuite la  guerre de 1870  à Londres puis aux Pays-Bas. Dans la capitale anglaise, il fait la rencontre du marchand d'art Paul Durand-Ruel qui lui assurera sa principale source de revenu pendant le reste de sa carrière. Revenu en France, la première exposition des futurs impressionnistes a lieu en 1874. À partir de 1890, Monet se consacre à des séries de peintures, c'est-à-dire qu'il peint le même motif à différentes heures de la journée, à diverses saisons. Il peint alors parfois des dizaines de toiles en parallèle, changeant en fonction de l'effet présent. La fin de sa vie est marquée  par une maladie, la  cataracte, qui affecte son travail.
Monet peint devant le modèle sur l'intégralité de sa toile dès les premières ébauches, il retouche ensuite de nombreuses fois jusqu'à ce que le résultat le satisfasse. Contrairement à ce qu'il affirme, il termine la plupart de ses toiles en atelier, prenant modèle sur les premières peintures d'une série pour peindre les autres. D'un caractère parfois difficile, prompt à la colère comme au découragement, Claude Monet était un grand travailleur qui n'hésitait pas à défier la météo pour pratiquer sa passion. Monet résume sa vie ainsi de la meilleure manière : « Qu'y a-t-il à dire de moi ? Que peut-il y avoir à dire, je vous le demande, d'un homme que rien au monde n'intéresse que sa peinture - et aussi son jardin et ses fleurs ».


samedi 15 février 2014

Francisco de Zurbarán (1598-1664) - Still Life with Lemons, Oranges, a Rose and a Cup of Water




Francisco de Zurbarán (1598-1664)
Still Life with Lemons, Oranges, a Rose and a Cup of Water (1633) 
Norton Simon Museum,  Los Angeles

Que voit-on  ? Cette célèbre nature morte de  Zurbarán a propos de laquelle on aurait pu inventer le terme de minimalisme, présente a bonne distance l'un de l'autre,  3 éléments sur  un entablement sombre se confondant presque avec le fond.  De gauche à  droite : sur une petite plateau d'argent 4 citrons montés en pyramide et qui présentent le fruit sous tous ses angles (une géométrie que Zurbarán a inventée) ;   un panier d'osier contenant 5 oranges montées en pyramide et couronnées par une branche d'oranger en fleurs ;  une tasse étrangement remplie d'eau et une rose posée dans une sous coupe en argent. Si la perfection a un sens, c'est dans ce tableau qu'elle prend corps.

Rappel biographique : le peintre espagnol  Francisco de Zurbarán appartient au Siècle d'or espagnol. Surtout célèbre pour ses sujets religieux, et ses peintures dévotes souvent d'une grande puissance et d'un grand mysticisme, il a commencé par y glisser quelques natures mortes avant de peindre des natures mortes pour elles mêmes à part entière (comme ici avec ce simple  plateau de grenades) et d'en devenir un maître absolu. Contemporain et ami de Velasquez, Zurbarán s'est  distingué par la  force visuelle de ses sujets et par un style austère et sobre qui le rapproche beaucoup des maîtres maniéristes italiens. Bien qu'à son époque la nature morte soit considérée comme un genre mineur, Zurbarán ne pense pas déchoir lorsqu'il peint  le  mouton aux pattes liées de l'Agnus Dei. Dans ses natures mortes, Zurbarán fait toujours preuve d'une attention affectueuse à l'égard d'objets modestes qu'il dote d'une valeur symbolique, (comme ici ou les grenades révélant un contenu sensuel pour ne pas dire sexuel) au point que « ses natures mortes ont une densité, une plénitude si poussée que, même quand elles ne sont qu'un des éléments d'une composition, leur présence s'impose autant que la scène principale » (Encyclopædia Universalis).
« Tout au long de sa carrière, Zurbarán attache un soin particulier à la représentation des objets. Depuis la précieuse tasse avec une rose apparaissant dans ses premiers tableaux, La Guérison miraculeuse du bienheureux Regnaud d'Orléans jusqu'aux derniers fruits sur une assiette d'étain de La Vierge, l'Enfant et saint Jean, daté de 1662  » (Catalogue de l'exposition de 1988, p. 171).

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2014 - A Still Life Collection
Un blog de Francis Rousseau 

vendredi 14 février 2014

Pompei - Nature morte aux oeufs




Nature morte aux oeufs 
Fresque (45-90 BC) Pompei
Praedia de Julia Félix
Musée archéologique national de Naples

Que voit-on ?  Sur un entablement qui ne prend pas tout le cadre et qui présente un comptoir coupé : ce qui semble être un pilon mais qui est un vase contenant un liquide avec un louche posée sur son encolure ;  un plat en argent contenant une dizaine d'œufs ; une cruche en argent avec une anse. A droite de l'entablement : une amphore bouchée contenant de l'huile est posée en équilibre contre la paroi de l'entablement. Au dessus de l'amphore sur le mur, un linge taché. Au centre du mur : six oiseaux morts accrochés par le bec à un clou.  
Un des premiers grands chef d'œuvre de la nature morte antique.

Rappel historique : Pline l'Ancien raconte que dans la Grèce antique, le peintre Piraikos qui vivait au 3e siècle avant notre ère, vendait déjà fort cher ses " Provisions de cuisine ", des tableaux de chevalets représentant des victuailles ou des instantanés d'échoppes de cordonniers et de barbiers. Dans la hiérarchie des genres picturaux d'alors, ces représentations de provisions de cuisine sont déjà considérées comme un genre mineur... et  elles le resteront pendant de longs siècles... au moins jusqu'à Chardin, si ce n'est jusqu'à Cézanne. Genre mineur donc, loin derrière les sujets religieux, les portraits et les paysages, mais genre que les commanditaires s'arrachent pourtant !
Le grec Piraikos reste le plus célèbre des peintres de ce genre. Hélas, aucun exemple n'est parvenu jusqu'à nous de ces peintures des menus objets du quotidien par Piraikos,  peinture que l'on nommait à cette époque Rhyparographie .
A la même époque, un autre peintre grec, Zeuxis rivalisait avec la nature au point que des oiseaux voulaient picorer les raisins qu'il peignait et qu'il passe être l'inventeur du réalisme et  de l'illusionnisme  ne peinture, pour ne pas dire du premier trompe-l'oeil. Il faut là encore faire confiance au récit de Pline l'Ancien, car aucun exemple de cet art ne nous est parvenu.
Les premières natures mortes connues du monde occidental sont des fresques et des mosaïques du 1er siècle de l'ère chrétienne, provenant de Campanie (Herculanum et Pompéi) ou de Rome. Elles sont exécutées dans un style réaliste et illusionniste : fruits veloutés, poissons et volailles posés sur une marche de pierre ou sur deux étagères d'un garde manger, généralement en trompe l'œil avec des ombres portées, ou quelquefois dans des coupes en verre avec des transparences subtiles.
Ces peintures évoquent le xenion antique, un cadeau fait de denrées qu'un hôte doit offrir à ses invités. Pourtant la nature morte de l'Antiquité possède une autre ambition que celle du seul plaisir mimétique. Comme le précise Charles Sterling : « Il est clair que les natures mortes hellénistiques et romaines qui représentaient des mets prêts à être consommés comportaient une allusion épicurienne ». On trouve ainsi assez fréquemment des mosaïques de natures mortes et des vanités dans les atriums d'été romains, où les convives invités aux repas étaient ainsi encouragés à cueillir le jour qui passe, Carpe diem selon la célèbre formule d'Epicure, à profiter de la vie tant qu'il était encore temps de le faire. Une déclinaison plus sophistiquée de la tradition égyptienne pharaonique qui voulait que l'on fît passer un cadavre devant les convives avant de commencer un repas pour leur rappeler l'impermanence de la vie !  Les natures mortes garderont tout au long des siècles jusqu'à nos jours,  cette signification épicurienne.

jeudi 13 février 2014

Raoul Dufy (1877-1953)



Raoul Dufy (1877-1953)
Nature morte aux fruits
Collection privée

 Que voit-on ?  Sur un fond gris qui pourrait figurer une nappe, 3 éléments distincts qui sont de gauche à droite et de bas en haut : un panier rempli de cerises, un régime de banane, une boîte avec un emballage en papier dentellé contenantdes fruits confits : fraises, cerises et mûres...

Rappel biographique : le peintre  français Raoul Dufy était aussi dessinateur, graveur, illustrateur de livres, créateur de tissus, céramiste, créateur de tapisseries et de mobilier, décorateur d'intérieur, décorateur d'espaces publics et décorateur de théâtre. Raoul Dufy a produit  plus 3 000 toiles, 6 000 grandes aquarelles, 6 000 dessins et en a détruit presque autant. Ses natures mortes ne constituent pas l'essentiel de sa production très largement consacrée aux paysages, aux évènements de son temps, aux portraits de femme et surtout... à la musique et aux concerts qu'il est presque parvenu à faire entendre à travers ses toiles. Dessinateur hors pair - certains l'aurait même vu dessiner avec ses deux mains à la fois - c'était aussi un merveilleux coloriste, un coloriste du bonheur et de la magie, tant il est vrai que la joie de vivre et l'ode constante à  la vie soutiennent chaque tableau, chaque gouache, chaque dessin. Dufy promène un regard émerveillé sur le monde et nous invite à une fête qui n’a rien de superficiel ou  de mondain, comme on l'a dit un peu trop hâtivement. « Si je pouvais exprimer toute la joie qui est en moi ! » disait-il. Il y est largement parvenu, et peu d’œuvres sont une telle invitation à cheminer vers le bonheur... au point qu'elles pourraient presque nous faire croire qu'il existe ! 

mercredi 12 février 2014

Osias Beert (1580-1623)



Osias Beert (1580-1623)
Nature morte aux huîtres
Staatsgalerie, Stuttgart

Que voit-on ?  Au premier plan un plateau d'argent dans lequel se reflète une dizaine d'huîtres ouvertes, l'une d'entre elle étant protégée par un verre renversé, généralement symbole de fragilité de la vie. Au fond à gauche du tableau, des boîtes en écorce de pin  contenant sans doute des friandises et des amandes dont quelques unes sont exposées dans un coupe au sommet des boîtes. A droite du plat d'huîtres : une série de quatre verres de Venise finement sculptés et ouvragés se dressent dans la pénombre. Deux de ses verres sont remplis, l 'un de vin rouge, l'autre de vin blanc, les deux autres sont vides.  A droite du cadre un morceau de pain dodu et cuit à souhait héberge sur un de ses flancs une mouche, symbole de pourrissement à venir sous peu.

Rappel historique : Il existe aujourd'hui douze tableaux signés Osias Beert, auxquels s'ajoute une trentaine d'œuvres qui lui sont attribuées. Deux autres artistes, Isaac Soreau et Jacob van Hulsdonck, travaillent alors dans le même esprit. Les œuvres d'atelier présentent généralement une qualité plastique un peu plus faible et un certain archaïsme de la composition. Beert aime disposer sur la profondeur les éléments de sa composition, n'hésitant pas à les faire déborder sur les côtés du cadre. La présence d'éléments étrangers, par exemple une libellule  lui permet d'évoquer le côté périssable et la vanité des biens terrestres. L'introduction d'insectes dans une nature morte quelle qu'elle soit a toujours au 16e et 17e siècle cette même signification. En comparaison du nombre de tableaux qu'il a peints, la proportion de ceux qui contiennent des huîtres et des friandises est impressionnante. Ce furent deux de ses thèmes les de prédilection, symbolisant eux aussi la fragilité du vivant. Considéré comme un précurseur dans le développement de la nature morte, Beert, demeuré longtemps méconnu, a été redécouvert en 1938 lorsque les collectionneurs ont commencé à s'intéresser aux natures mortes. Simultanément à ses activités de peintre, Beert travailla dans le négoce du liège pour augmenter ses ressources. Il habitait dans le quartier des pêcheurs et il fut membre de la Chambre de réthorique Den Olijftak à partir de 1615. Il forma dans son atelier quelques élèves dont : Jean Ykens, Pierre Doens, François Ykens, Paulus Pontius, Jean Willemssen et François van der Borcht. Il aurait aussi collaboré avec Rubens.


mardi 11 février 2014

Pompei - Nature morte au pain et aux figues


http://astilllifecollection.blogspot.com


Nature morte au pain et aux figues
Herculanum (60 AD)
Musée archéologique de Naples

Que voit-on ?  Cette nature morte trouvée dans les ruines d'Herculanum, l'autre cité qui fut détruite avec Pompei par l'éruption du Vésuve, est bâtie sur deux plans  (construction que l'on retrouve  presque à l'identique dans les natures mortes du peintre espagnol du 16e siècle Juan Sanchez Cotan qui ne pouvaient pas connaître les natures mortes des villa d'Herculanum et de Pompei, découvertes au 18e siècle seulement.  Au premier plan : une miche de pain ronde de cuite à point. Au second plan:  sur un rebord de fenêtre, deux gousse d'ails.

Rappel historique : Pline l'Ancien raconte que dans la Grèce antique, le peintre Piraikos qui vivait au 3e siècle avant notre ère, vendait déjà fort cher ses " Provisions de cuisine ", des tableaux de chevalets représentant des victuailles ou des instantanés d'échoppes de cordonniers et de barbiers. Dans la hiérarchie des genres picturaux d'alors, ces représentations de provisions de cuisine sont déjà considérées comme un genre mineur... et  elles le resteront pendant de longs siècles... au moins jusqu'à Chardin, si ce n'est jusqu'à Cézanne. Genre mineur donc, loin derrière les sujets religieux, les portraits et les paysages, mais genre que les commanditaires s'arrachent pourtant !
Le grec Piraikos reste le plus célèbre des peintres de ce genre. Hélas, aucun exemple n'est parvenu jusqu'à nous de ces peintures des menus objets du quotidien par Piraikos,  peinture que l'on nommait à cette époque Rhyparographie .
A la même époque, un autre peintre grec, Zeuxis rivalisait avec la nature au point que des oiseaux voulaient picorer les raisins qu'il peignait et qu'il passe être l'inventeur du réalisme et  de l'illusionnisme  ne peinture, pour ne pas dire du premier trompe-l'oeil. Il faut là encore faire confiance au récit de Pline l'Ancien, car aucun exemple de cet art ne nous est parvenu.
Les premières natures mortes connues du monde occidental sont des fresques et des mosaïques du 1er siècle de l'ère chrétienne, provenant de Campanie (Herculanum et Pompéi) ou de Rome. Elles sont exécutées dans un style réaliste et illusionniste : fruits veloutés, poissons et volailles posés sur une marche de pierre ou sur deux étagères d'un garde manger, généralement en trompe l'œil avec des ombres portées, ou quelquefois dans des coupes en verre avec des transparences subtiles.
Ces peintures évoquent le xenion antique, un cadeau fait de denrées qu'un hôte doit offrir à ses invités. Pourtant la nature morte de l'Antiquité possède une autre ambition que celle du seul plaisir mimétique. Comme le précise Charles Sterling : « Il est clair que les natures mortes hellénistiques et romaines qui représentaient des mets prêts à être consommés comportaient une allusion épicurienne ». On trouve ainsi assez fréquemment des mosaïques de natures mortes et des vanités dans les atriums d'été romains, où les convives invités aux repas étaient ainsi encouragés à cueillir le jour qui passe, Carpe diem selon la célèbre formule d'Epicure, à profiter de la vie tant qu'il était encore temps de le faire. Une déclinaison plus sophistiquée de la tradition égyptienne pharaonique qui voulait que l'on fît passer un cadavre devant les convives avant de commencer un repas pour leur rappeler l'impermanence de la vie !  Les natures mortes garderont tout au long des siècles jusqu'à nos jours,  cette signification épicurienne.


2014 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau

lundi 10 février 2014

Edouard Manet (1832-1883) - L'asperge


Edouard Manet  (1832-1883)
L'asperge
Musée d'Orsay - Paris

Que voit on ?  Lorsque le baron Ephrussi qui inspira à Proust le personnage de Swan dans A la recherche du temps perdu acheta à Manet le tableau intitulé La Botte d'asperges, il le paya un peu plus cher  (1000 francs) que le prix proposé initialement par le peintre (800 francs). Pour  remercier de ce geste généreux un collectionneur aussi connu du Tout Paris, Manet lui fit parvenir ce petit tableau l'asperge avec ce mot écrit de sa main : " Il en manquait une à votre botte ".  


Rappel biographique :  le peintre français Édouard Manet est un peintre majeur de la fin du 19e siècle, initiateur de la peinture moderne qu'il libère de l'académisme,  C'est une erreur de considérer Édouard Manet comme l'un des pères de l'impressionnisme : il s'en distingue en effet par une facture soucieuse du réel. Manet n'utilise pas (ou peu) les nouvelles techniques de la couleur et le traitement particulier de la lumière, utilisées par les impressionnistes. Il s'en rapproche cependant par certains thèmes récurrents comme les portraits, les paysages marins, la vie parisienne ou encore les natures mortes, tout en peignant de façon personnelle, dans une première période, des scènes de genre (sujets espagnols et  odalisques entre autres). 
Lorsque Manet a peint des natures mortes, c'est  surtout pour des raisons financières qu'il l'a fait. Il avouait lui-même avoir plus de facilités à les négocier que ses portraits. Cela ne signifie pas qu'elles soient d'un intérêt mineur, bien au contraire : la scénographie qu'il impose à ses natures mortes est tout simplement prodigieuse, qu'il s'agisse de solo comme Le citron ou L'asperge ou de mise en scène collectives comme dans ces Fruits sur la table ou Panier de fruits
Manet aimait aussi les natures mortes : « Un peintre peut tout dire avec des fruits ou des fleurs, ou des nuages seulement », affirmait-il. Une part non négligeable de son œuvre est consacrée à ce genre, avant 1870 surtout puis dans les dernières années de sa vie où la maladie l'immobilise dans son atelier. Certains éléments de ses tableaux constituent de véritables natures mortes comme le panier de fruits dans le Déjeuner sur l'herbe, le bouquet de fleurs dans Olympia ou le pot de fleurs, la table dressée et différents objets dans le Petit déjeuner dans l'atelier. Il en va de même dans les portraits avec le plateau portant verre et carafe dans le Portrait de Théodore Duret ou la table et les livres dans le portrait d’Émile Zola. Mais les natures mortes autonomes ne manquent pas dans l’œuvre de Manet : l'artiste a ainsi plusieurs fois peint poissons, huîtres ou autres mets (Nature morte au cabas et à l’ail, 1861-1862, Louvre-Abou Dhabi, ou La Brioche, 1870 - Metropolitan Museum of Art, New York), rendant ainsi une sorte d'hommage à Chardin. Il a peint plus souvent encore des sujets floraux qui évoquent la peinture hollandaise (roses, pivoines, lilas, violettes) ou encore des fruits et des légumes (poires, melons, pêches, citrons, asperges) .
A sa mort, Édouard Manet laisse plus de 400 toiles, des pastels, esquisses et aquarelles. Ses plus grandes œuvres sont aujourd'hui visibles dans tous les musées du monde. 
" Considérant l'importance de la nature morte chez Manet, beaucoup – et cela dès les années 1890 – y ont vu la marque la plus évidente de la révolution qu'il accomplissait, l'avènement d'une peinture uniquement préoccupée d'elle-même et débarrassée de la tyrannie du sujet. En refusant toute hiérarchie à l'intérieur même du tableau, en donnant autant d'importance à l'accessoire qu'à la figure, Manet assurément rompait avec les règles académiques. (...) Comme Cézanne et comme Monet qu'il influencera, Manet trouvait dans la nature morte, obéissante et disponible, un laboratoire d'expériences colorées dont il répercutait aussitôt les trouvailles dans d'autres compositions ; comme Cézanne et comme Monet, il dit cette curieuse obsession de l'éclatante blancheur et voulut peindre lui aussi ces tables servies avec leurs nappes blanches "comme une couche de neige fraîchement tombée" (Nature morte avec melon et pêches, Washington, National Gallery of Art). Manet, peintre de natures mortes, a médité les grands exemples anciens, celui des Espagnols et de leurs bodegones, celui des Hollandais, celui de Chardin). Dans les années 1860, il joue des franches oppositions du noir et du blanc, bois sombre de la table, éclat d'une nappe ou serviette sur lesquelles il dispose ses notes colorées. (...)"
Texte extrait du catalogue de l'exposition "Manet et les natures mortes" (Musée d'Orsay- Paris

dimanche 9 février 2014

Robert Delaunay (1865-1941)



Robert Delaunay (1865-1941)
Nature morte portugaise (1935)
Collection Privée

Que voit-on ?  Dans une atmosphère très géométrique et très proche du style qui rendra célèbre les Delaunay, une nature morte encore figurative dans laquelle le peintre décline de gauche à droite plusieurs objets que l'on a déjà vus ou entrevus ailleurs dans la série des natures mortes portugaises  mais auxquels il adjoint cette fois deux personnages : une pot à café et sa tasse, des fruits extrêmement stylisées et " géométrisés " au point qu'il est difficile d'y reconnaitre la pastèque dont on a ôté une tranche, (bien présente au centre de la composition mais en vert, jaune et bleu!) et l'assiette en céramique bleu avec les trois poires et la tomate. Plusieurs éléments ont même disparu du champ comme la  carafe d'eau, le petit vase en terre cuite vernissée,  l' assiette bleue vide et le vase de fleurs. Pendant la Première Guerre Mondiale, Sonia Delaunay et lui vont s'exiler au Portugal, et y resteront jusqu'en 1922. Il continue de peindre, avec notamment une  série de Natures mortes portugaises ou il reprendra les mêmes éléments en les déformant de façon de plus en plus géométriques. Celle-ci n'a pas été peinte au Portugal mais, en 1935,  alors que l'artiste était revenu en France et était au sommet de sa gloire.

Rappel biographique : le peintre français Robert Delaunay est connu pour être avec sa femme Sonia Delaunay, le fondateur et le principal artisan du mouvement orphique, une variation du cubisme qui fut un important mouvement d'avant garde du début du 20e siècle. Ses travaux sur la couleur très inspiré par les travaux de Cézanne sont reconduits dans ses composition cubiste. Puis Robert Delaunay entre en correspondance avec tous les artistes de l'avant-garde russe et les présente au public français. À cette époque, Apollinaire considère qu'il est le peintre le plus influent avec Picasso : « Il y a dans la peinture moderne de nouvelles tendances ; les plus importantes me semblent être, d'une part le  cubisme de Picasso, d'autre part, l'orphisme de Delaunay. »  

samedi 8 février 2014

Pompei - Nature morte aux Pêches et à la cruche en verre


Pompei  (50-69 AD)
Nature morte aux Pêches et à la cruche en verre
Museo archeologico di Napoli

 Que voit-on  ? Sur un fond rouge caractéristique des villas  impériales, une branche contenant quatre pêches (assez vertes) occupe le cadre de haut en bas et sur deux niveaux. Il s'agit d'un trompe l'oeil. Sur la droite de la composition, au niveau supérieur, une pêche a été ouverte, découvrant son noyau. Le morceau qui a été ponctionné gît à côté de la pêche, pas assez mûre pour être consommée. Au  niveau inférieur du cadre, une cruche en verre remplie à moitié d'eau et au travers de laquelle on peut voir (encore en trompe l'oeil) la déformation de l'étagère dans le reflet.

Rappel historique : Pline l'Ancien raconte que dans la Grèce antique, le peintre Piraikos qui vivait au 3e siècle avant notre ère, vendait déjà fort cher ses " Provisions de cuisine ", des tableaux de chevalets représentant des victuailles ou des instantanés d'échoppes de cordonniers et de barbiers. Dans la hiérarchie des genres picturaux d'alors, ces représentations de provisions de cuisine sont déjà considérées comme un genre mineur... et  elles le resteront pendant de longs siècles... au moins jusqu'à Chardin, si ce n'est jusqu'à Cézanne. Genre mineur donc, loin derrière les sujets religieux, les portraits et les paysages, mais genre que les commanditaires s'arrachent pourtant !
Le grec Piraikos reste le plus célèbre des peintres de ce genre. Hélas, aucun exemple n'est parvenu jusqu'à nous de ces peintures des menus objets du quotidien par Piraikos,  peinture que l'on nommait à cette époque Rhyparographie .
A la même époque, un autre peintre grec, Zeuxis rivalisait avec la nature au point que des oiseaux voulaient picorer les raisins qu'il peignait et qu'il passe être l'inventeur du réalisme et  de l'illusionnisme  ne peinture, pour ne pas dire du premier trompe-l'oeil. Il faut là encore faire confiance au récit de Pline l'Ancien, car aucun exemple de cet art ne nous est parvenu.
Les premières natures mortes connues du monde occidental sont des fresques et des mosaïques du 1er siècle de l'ère chrétienne, provenant de Campanie (Herculanum et Pompéi) ou de Rome. Elles sont exécutées dans un style réaliste et illusionniste : fruits veloutés, poissons et volailles posés sur une marche de pierre ou sur deux étagères d'un garde manger, généralement en trompe l'œil avec des ombres portées, ou quelquefois dans des coupes en verre avec des transparences subtiles.
Ces peintures évoquent le xenion antique, un cadeau fait de denrées qu'un hôte doit offrir à ses invités. Pourtant la nature morte de l'Antiquité possède une autre ambition que celle du seul plaisir mimétique. Comme le précise Charles Sterling : « Il est clair que les natures mortes hellénistiques et romaines qui représentaient des mets prêts à être consommés comportaient une allusion épicurienne ». On trouve ainsi assez fréquemment des mosaïques de natures mortes et des vanités dans les atriums d'été romains, où les convives invités aux repas étaient ainsi encouragés à cueillir le jour qui passe, Carpe diem selon la célèbre formule d'Epicure, à profiter de la vie tant qu'il était encore temps de le faire. Une déclinaison plus sophistiquée de la tradition égyptienne pharaonique qui voulait que l'on fît passer un cadavre devant les convives avant de commencer un repas pour leur rappeler l'impermanence de la vie !  Les natures mortes garderont tout au long des siècles jusqu'à nos jours,  cette signification épicurienne.

vendredi 7 février 2014

Pompei - Natura morta con fruttiera di vetro colma e vasi


Pompei - Villa Julia Felix ((63-69 AD)
Natura morta con fruttiera di vetro colma e vasi
Museo Archeologico Nazionale (Naples)

Que voit-on ?  Sur un présentoir en marbre taillé en espalier, de gauche à droite : deux grenades posées à même le marbre blanc ;  un vase en verre transparent au travers duquel on peut voir un amoncellement de fruits (pommes ou /et grenades)  couronné par une grappe de raisins rouge et son sarment de vigne ; une amphore fermée contenant du vin repose contre le mur ; sur le niveau inférieur de l'espalier :  un autre vase en terre suite contenant d'autres fruits plus petits (amandes ? noix?  dattes ? ).

Rappel historique : Pline l'Ancien raconte que dans la Grèce antique, le peintre Piraikos qui vivait au 3e siècle avant notre ère, vendait déjà fort cher ses " Provisions de cuisine ", des tableaux de chevalets représentant des victuailles ou des instantanés d'échoppes de cordonniers et de barbiers. Dans la hiérarchie des genres picturaux d'alors, ces représentations de provisions de cuisine sont déjà considérées comme un genre mineur... et  elles le resteront pendant de longs siècles... au moins jusqu'à Chardin, si ce n'est jusqu'à Cézanne. Genre mineur donc, loin derrière les sujets religieux, les portraits et les paysages, mais genre que les commanditaires s'arrachent pourtant !
Le grec Piraikos reste le plus célèbre des peintres de ce genre. Hélas, aucun exemple n'est parvenu jusqu'à nous de ces peintures des menus objets du quotidien par Piraikos,  peinture que l'on nommait à cette époque Rhyparographie .
A la même époque, un autre peintre grec, Zeuxis rivalisait avec la nature au point que des oiseaux voulaient picorer les raisins qu'il peignait et qu'il passe être l'inventeur du réalisme et  de l'illusionnisme  ne peinture, pour ne pas dire du premier trompe-l'oeil. Il faut là encore faire confiance au récit de Pline l'Ancien, car aucun exemple de cet art ne nous est parvenu.
Les premières natures mortes connues du monde occidental sont des fresques et des mosaïques du 1er siècle de l'ère chrétienne, provenant de Campanie (Herculanum et Pompéi) ou de Rome. Elles sont exécutées dans un style réaliste et illusionniste : fruits veloutés, poissons et volailles posés sur une marche de pierre ou sur deux étagères d'un garde manger, généralement en trompe l'œil avec des ombres portées, ou quelquefois dans des coupes en verre avec des transparences subtiles.
Ces peintures évoquent le xenion antique, un cadeau fait de denrées qu'un hôte doit offrir à ses invités. Pourtant la nature morte de l'Antiquité possède une autre ambition que celle du seul plaisir mimétique. Comme le précise Charles Sterling : « Il est clair que les natures mortes hellénistiques et romaines qui représentaient des mets prêts à être consommés comportaient une allusion épicurienne ». On trouve ainsi assez fréquemment des mosaïques de natures mortes et des vanités dans les atriums d'été romains, où les convives invités aux repas étaient ainsi encouragés à cueillir le jour qui passe, Carpe diem selon la célèbre formule d'Epicure, à profiter de la vie tant qu'il était encore temps de le faire. Une déclinaison plus sophistiquée de la tradition égyptienne pharaonique qui voulait que l'on fît passer un cadavre devant les convives avant de commencer un repas pour leur rappeler l'impermanence de la vie !  Les natures mortes garderont tout au long des siècles jusqu'à nos jours,  cette signification épicurienne.

jeudi 6 février 2014

Pablo Picasso (1881-1973) - Nature morte à la cruche et à l'orange



Pablo Picasso (1881-1973)
Nature morte à la cruche et à l'orange
Collection particulière

Que voit-on ? Sur un table en bois traité de façon cubiste trois éléments de gauche à droite : un vase à motif géométrique bleu vert et blanc, un orange et une cruche à anse à décor géométrique.


Rappel biographique : le peintre espagnol Pablo Ruiz Picasso qui a passé l'essentiel de sa vie en France, fut aussi  dessinateur et sculpteurUtilisant tous les supports pour son travail, il est considéré comme le fondateur du cubisme avec Georges Braque auquel son nom est lié surtout dans le domaine des natures mortes. Il est considéré comme l'un des plus importants artistes du 20e siècle tant par ses apports techniques et formels que par ses prises de positions politiques et que par l'immensité de son production tous genre confondus, que l'on chiffre à près de 50 000 œuvres.
Les premiers collages et assemblages sont réalisés pendant l'hiver 1912, Nature morte à la chaise cannée (Paris, Musée Picasso), Guitare(s) en carton (Paris, Musée Picasso). A partir des années 20 ses natures mortes seront très proches, sur la même ligne de conception " cubiste analytique " que celles de George Braque, dont il devient un temps l'intime avant de s'en séparer définitivement.  Il y eut une connivence d'inspiration très rare entre ces deux peintres pendant une certaine période de leur vie et en particulier dans le domaine particulier du traitement de la nature morte. 
Picasso peint  beaucoup d'autres natures mortes après la Seconde guerre mondiale et hors de la période cubiste, mais ce n'est pas un genre qui tient une place aussi essentielle dans son oeuvre que dans l'oeuvre de Georges Braque.

2014 - A Still Life Collection 

Un blog de Francis Rousseau, #AStillLifeCollection, #NaturesMortes 

mercredi 5 février 2014

Paul Cézanne (1839-1906) - Nature morte à la bouilloire



Paul Cézanne (1839-1906)
Nature morte à la bouilloire (1867-1869)
Musée d'Orsay, Paris

Que voit-on ? Sur un table en bois sous laquelle on devine en banc, de gauche à droite : une pomme (fruit favori de Cézanne), un torchon blanc duquel émergent deux poires, deux oeufs et un couteau. Derrière le torchon un petit pot provençal à sel ou à moutarde, un pot à olives en céramique vernissée verte et une bouilloire en céramique vernissée grise avec un anse en bois.  Pendant les mêmes années Pissaro a peint à eu près le même sujet remplaçant  juste la bouilloire par une carafe.

Rappel historique : Au sein du groupe impressionniste, Camille Pissarro et Paul Cézanne forment une paire : si Monet et Sisley apparaissent comme des peintres attirés par l'eau, Cézanne et Pissarro s'attachèrent plutôt à la terre. Ils s'étaient connus en 1861 à Paris. Entre les deux hommes, l'entente allait être profonde et durable. A l'issue de la guerre franco-prussienne et de la Commune, Pissarro s'était installé en 1872 dans la région de Pontoise et d'Auvers-sur-Oise, où venait également travailler Cézanne, lui transmettant alors son aptitude à construire le paysage. En retour, certaines toiles de Cézanne se ressentent des conseils prodigués par Pissarro. (...) La confrontation des peintures des deux artistes propose une lecture nouvelle et enrichissante qui met en valeur cette "parenté" (...) sont ainsi rendus particulièrement sensibles les liens durables ayant uni Cézanne et Pissarro jusqu'à leurs ultimes rencontres du milieu des années 1880.
Pissaro dit : " Cézanne a subi mon influence à Pontoise et moi la sienne. Ce qu'il y a de curieux, c'est la parenté qu'il y a dans certains paysages d'Auvers, Pontoise et les miens. Parbleu, nous étions toujours ensemble! mais ce qu'il y a de certain, chacun gardait la seule chose qui compte,"sa sensation..." ce serait facile à démontrer..."
Cézanne dit : "J e sais que Pissarro) a une bonne opinion de moi, qui ai très bonne opinion de moi-même. Jusqu'à quarante ans, j'ai vécu en bohème, j'ai perdu ma vie. Ce n'est que plus tard, quand j'ai connu Pissarro, qui était infatiguable, que le goût du travail m'est venu."
En 1885, le dialogue entre Cézanne et Pissarro prenait fin en raison de l'éloignement l'un de l'autre : désormais solitaire dans sa création picturale jusqu'à sa mort, Cézanne se retirait en Provence, son pays natal, tandis qu'ayant rencontré Seurat et Signac, Pissarro adoptait temporairement la technique pointilliste.Cézanne et Pissarro allaient néanmoins, chacun, continuer à regarder l'évolution artistique suivie par l'autre, (...) leur brève rencontre en 1895 devant les Cathédrales de Monet exposées dans la galerie Durant-Ruel à Paris en apporte la preuve.

2014 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau, #AStillLifeCollection, #NaturesMortes 

mardi 4 février 2014

Henri Matisse (1869-1954) - Nature morte au buffet vert


Henri Matisse (1869-1954)
Nature morte au buffet vert (1928)
Musée national d'art moderne
Centre Georges Pompidou - Paris

Ce que l'on voit : Jacques Guenne, dans son compte rendu du Salon d'Automne de 1929, commente ainsi Nature morte au buffet vert : «  Sur un buffet de cuisine vert d'eau dont les portes entrouvertes délivrent une raie noire qui cerne le ton, à l'instar des maîtres anciens, et sur lesquelles se trouve jetée, à gauche, une nappe quadrillée de bleu, le peintre a posé un pichet blanc orné de motifs bleus, une assiette de fruits, un verre d'eau, enfin un couteau dont la noirceur du manche équilibre la composition. Si jamais commentaire a pu paraître inutile, c'est bien devant cette toile devant laquelle il semble impossible que, par la magie de la couleur, par la noblesse des lignes, par toute une vertu de joie et de sécurité qui se dégage si intensément, l'œil le plus barbare puisse n'être pas séduit. »

Rappel Biographique : le peintre français Henri Matisse, chef de file du Fauvisme figure majeure du 20e siècle, a peint tout au long de sa vie, un très grand nombre de natures mortes dans des styles aussi différents que les périodes qu'il a traversées.  Il aimait particulièrement ce genre à tel point qu'une de ses toutes premières peintures connues, actuellement conservée au Musée Malraux du Havre (France) est une nature morte, Nature morte au pichet peinte en 1896-97.

lundi 3 février 2014

Henri Matisse (1869-1954) - Nature morte avec La danse



Henri Matisse (1869-1954)
Nature morte avec " La danse " (1909)
Collection Privée

 Que voit-on ? Dans une pièce où éclat  littéralement  le jaune d'une nappe imprimée, posée sur la table, une boîte rectangulaire contenant des poires, des oranges et des citrons, un vase à deux anses  dans le goût hellénistique en céramique à motifs géométriques, un pot à eau noir contenant un bouquet d'anémones jaunes, un boite fermée et mysterieuse sur le rebord de la table. Près de la fenêtre a gauche du cadre dans le fond, posée sur le sol le tableau dans le tableau , à savoir " La danse"  que Matisse vient de peindre.  Une cape rose qui pourrait être une véronique de toréador est posée sur la nappe jaune.

Rappel Biographique : le peintre français Henri Matisse, chef de file du Fauvisme figure majeure du 20e siècle, a peint tout au long de sa vie, un très grand nombre de natures mortes dans des styles aussi différents que les périodes qu'il a traversées.  Il aimait particulièrement ce genre à tel point qu'une de ses toutes premières peintures connues, actuellement conservée au Musée Malraux du Havre (France) est une nature morte, Nature morte au pichet peinte en 1896-97.

samedi 1 février 2014

Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779) - Verre d'eau et cafetière

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Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779)
Verre d'eau et cafetière  (v.1760)
Carnegie Bosh Institute, Pittsburgh

Que voit on ?  Sur un entablement de pierre, dans un décor très monochrome, de gauche à droite : un verre totalement rempli d'eau, trois gousses d'ail, un champignon blanc et une cafetière en céramique vernissée marron avec un manche latéral. Un petit rameau d'olivier contenant une dizaine d'olives noires déborde de l'entablement marquant la perspective. Par sa grande économie de moyens, la perfection de la touche, son universalité et son intemporalité, ce tableau de Chardin est incontestablement un de ses plus grands chefs-d'œuvres.

Rappel Biographique : Jean-Baptiste-Siméon Chardin est considéré comme l'un des plus grands peintres français et européens du 18e siècle. Célèbre pour ses scènes de genre et ses pastels, il est aussi  reconnu pour ses natures mortes dont il reste le maitre incontesté. D'après les frères Goncourt, c'est Coypel qui en faisant appel à Chardin pour peindre un fusil dans un tableau de chasse, lui aurait donné le goût pour les natures mortes. Ces deux tableaux de réception à l'Académie Royale de peinture sont tous deux des natures mortes, La Raie et Le Buffet qui se trouvent aujourd'hui au Musée du Louvre.  Chardin devient ainsi peintre académicien « dans le talent des animaux et des fruits », c'est-à-dire au niveau inférieur de la hiérarchie des genres alors reconnus. Et c'est sans aucun doute Chardin qui va lui donner ses lettres de noblesse et en faire un genre pictural égal, voire même supérieur à bien des égards, aux autres.
Les natures mortes qu'il peindra plus tard (à partir de 1760) sont assez différentes des premières. Les sujets en sont très variés : gibier, fruits, bouquets de fleurs, pots, bocaux, verres...  Chardin semble s'intéresser davantage aux volumes et à la composition qu'à un vérisme soucieux du détail, ou aux  effets de trompe-l'œil. Les couleurs sont moins empâtées. Il est plus attentif aux reflets, à la lumière : il travaille parfois à trois tableaux à la fois devant les mêmes objets, pour capter la lumière du matin, du milieu de journée et de l'après-midi. On peut souvent parler d'impressionnisme avant la lettre.

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