lundi 30 novembre 2015

Evert Collier (1640-1708)





Evert Collier (1640-1708)
Vanitas vanitatum, Omnias Vanitas (1669)
Denver Art museum, Colorado, USA
Berger collection

Que voit-on ? Sur un gigantesque guéridon recouvert de plusieurs drapés en velours de soie, dont un rouge qui rehausse le premier plan, des objets martiaux et des oeuvres d'art qui caractérisent cette vanité symbolisant plusieurs thèmes. Cette vanité se référent explicitement au pouvoir, aux actions guerrières symbolisées par le torse d'une armure présentée au centre de la composition et entourée de son casque à panache, d'une épée dont le pommeau sort de l'entablement, d'un mousquet et d'un étendard posé à l'arrière plan ; un coffret à bijoux et un portrait en miniature à côté de l'armure symbolisent les biens terrestres.  Dans sa partie droite, la Vanité se réfère surtout au  thème du savoir avec quelques uns de ses symboles habituels dont un livre (un ouvrage consacré à l'art de la guerre si l'on en juge par le dessins de canon qu'il montre), des instruments scientifiques dont une mappemonde et une lunette astronomique... on remarque, tapie dans l'ombre, à l'extrême droite du cadre, à peine visible mais bien présent, le symbole qui donne tout son sens à cette composition : une tête de mort assez endommagée, présentée sans sa mâchoire inférieure, signe que la mort sera d'autant plus impitoyable que les richesses et le pouvoir accumulés auront été grands.

Rappel biographique : le peintre Evert Collier est un peintre de natures mortes et de trompes-l'oeil de la fin de la période de l'âge d'or hollandais. Plusieurs orthographes existent pour son prénom et son nom, ce qui en rend l'identification mal aisée : le prénom est parfois orthographié Edward ou Edwaert ou Eduwaert ou Edwart et son nom est parfois orthographié Colyer ou Kollier. Evert Collier a été formé à Haarlem. Ses premières peintures montrent l'influence très nette de Vincent Laurensz van der Vinne, membre de la Haarlem Guilde de Saint-Luc dès 1649, qui a probablement  été son professeur lorsque Collier a été inscrit lui-même dans cette Guilde de Haarlem en 1664. Ils ont tous deux plus tard influencé le peintre de natures mortes Barend van Eisen. Collier a vécu et travaillé à Leyde, à Amsterdam et enfin à Londres où il a terminé sa carrière et où il est enterré. Ses natures mortes, principalement constituées d'objets partagent la caractéristique d'être avant tout spectaculaires et fastueuses, quel que soit le sujet traité.

dimanche 29 novembre 2015

Georg Flegel (1566-1638)



Georg Flegel (1566-1638)
Spanish iris, morning glory and cherries (1630)
Kupferstichkabinett Berlin

Que voit-on ? C'est un gouache, parmi les 110 répertoriées à ce jour de Georg Flegel. Celle ci comme les autres est d'une d'une grande lisibilité et d'un grand dépouillement, ce qui n'est pas le style habituel du peintre dans ses nature mortes. Elle tient d'ailleurs plus de la planche botanique que des natures mortes dont ces gouaches étaient sans doute des études préparatoires. En tant qu'assistant de Lucas van Valckenborch, Georg Felgel devait lui présenter régulièrement des études de fruits et de fleurs avant de les introduire sous son propre pinceau, comme cela était d'usage à l'époque, dans les tableaux du maître. La qualité de cette étude de couleurs et de textures est si prodigieuse qu'elle en est devenue, au fil des siècles, un chef d'œuvre à soit seul. Du point de vue symbolique, la cerise à l’instar de la fraise et de la framboise et du raisin, représente la nourriture des amants : elle est le symbole de la sensualité et de la volupté.

Rappel biographique : Le peintre allemand Georg Flegel, est un des peintres majeurs de natures mortes des 16e et 17e siècle. Né en Moravie, il déménage à Vienne,en 1580 et  devient l'assistant de Lucas van Valckenborch peintre et dessinateur.  En tant qu'assistant, son travail consiste à insérer dans les tableaux de son maître, des éléments " décoratifs " tels que des fruits, des fleurs et des ustensiles de table. Flegel et son employeur  déménagent ensuite à Francfort, qui à cette époque là était un centre d'art très important. Puis on retrouve Flegel à Utrecht où il fait partie de la très influente Guilde de Saint-Luc qui compte parmi ses membres des grands maîtres de la nature morte tel que Roelandt Savery et Balthasar van der Ast. Georg Flegel a peint exclusivement des natures mortes, dont certaines très fournies, incluent des animaux, familiers et /ou exotiques, de riches mets, du gibier ou du poisson, des ustensiles de cuisine, de la vaisselle en métal précieux et en porcelaine, des fruits et des fleurs et des friandises. D'autres natures mortes qu'il a peintes détaillent avec la même richesse et le même soin  quelques fruits, des coins de table ou des petits déjeuners, des goûters ou des collations modestes avec des bretzels aux formes étranges trempés dans du schnaps. Il fit école et eut parmi ses élèves ses deux fils, Friedrich et Jacob  Leonhard, ainsi que le peintre floral Jacob Marrel.

samedi 28 novembre 2015

Willem Kalf (1619-1693) - Nature morte avec une jatte de porcelaine



Willem Kalf (1619-1693)
Nature morte avec une jatte de porcelaine
Fondation Custodia - Collection Frits Lugt

Que voit-on ? tous les attributs habituels du luxe et de l'opulence dans cette petite nature morte en hauteur. Sur un riche entablement de marbre gris veiné de blanc,  partiellement recouvert d'un précieux tapis de Smyrne diverses pièces d'argenterie sur lesquels sont posées une jarre en porcelaine ;  à l'arrière plan, dans l'ombre, deux verres à moitié remplis :  un Römer, verre en cristal  fabriqué en Allemagne ou aux Pays-Bas du 17e siècle, et dont l partie centrale est décorée de pastilles décorent le verre et  un Berkemeyer, verre au réceptacle évasé et conique fabriqué en Allemagne depuis le 15e siècle, tous deux symboles du luxe d'une vie prospère et confortable ; une grosse orange de Sicile qui comme tous les fruits à pépins, est le symbole de fécondité mais ici d'une fécondité passée, puisque le fruit commence à être gagné par les moisissures ;  un citron pelé en spirale (motif extrêmement fréquent dans les natures mortes) qui symbolise le déroulement de la vie terrestre, au long duquel l’individu libère son esprit de son enveloppe matérielle, pour arriver à la pulpe de l’essence spirituelle.

Rappel biographique : le peintre néerlandais Willem Kalf est le l'un plus grands peintres de nature morte de son époque. Il travaille à Paris entre 1642 et 1646. Il retourne aux Pays-Bas et vit d'abord à Hoorn, puis s'installe en 1653 à Amsterdam. La qualité de ses œuvres le fait comparer à  Johannes Vermeer (1632-1675) pour le velouté des rendus de matières.

vendredi 27 novembre 2015

Blas de Ledesma (1546-1614)



Blas de Ledesma (1546-1614)
Bodegon de esparragos, limones et alcachofa (1617)
The Bowes Museum

Que voit-on  ? Cette petite nature morte représente l'un des thèmes favoris de l'artiste qu'il a peint a plusieurs reprises, l'association de citrons, d'artichauts et d'asperges  Selon la nature morte qu'il doit peindre, ces mêmes éléments sont arrangés selon un ordre précis et une mise en scène chaque fois différente. Ici on remarque que tous les éléments sont disposés selon un ordre très symétrique dans un seul et unique bol en porcelaine de Chine encadré par deux citrons entiers disposés sur un petit entablement de bois sombre. A l'intérieur du bol, artichauts et citrons sont alternés et encadrés par deux bottes d'asperges plantées à la verticale, ce qui est assez fréquent chez Blas de Ledesma. La symbolique est évidemment très forte et - autant le dire tout de suite - entièrement orientée autour de l'érotisme, à commencer par l'artichaut. Hiéroglyphe représentant la fragilité humaine, dans l'Egypte des pharaons, cette nourriture réputée aphrodisiaque, change de signification au 16e siècle où il est de nouveau présent dans les traités botaniques pour représenter cette fois l’espèce rare, l’exotisme et l’extravagance, le caprice de la nature attirant par sa saveur et curieux par son aspect. Idem pour les asperges dont Pline l’Ancien rapporte qu'une très ancienne légende les considéraient comme étant  " le produit de cornes de bélier enterrées dans la terre ". Cet animal étant l’un des symboles de la puissance sexuelle,  les érudits antiques attribuèrent très tôt à l’asperge des pouvoirs aphrodisiaques, sachant que lorsqu'elles sont dressées comme ici, l'allusion à l'organe sexuel masculin est encore plus évident. Quand aux citrons présents en grand nombre dans cette nature morte (ce qui est assez inhabituel), les antiques les considéraient comme le symbole de la fidélité amoureuse. Ainsi Vénus, pleurant la mort d’Adonis demande qu’il soit transformé en arbre pour continuer à pouvoir honorer sa mémoire et le couvrir elle-même de fleurs blanches et de citrons en faisant,  par là même, l’ornement du jardin des Hespérides. Cette nature morte raconte donc l'histoire d'une grande, très grande fidélité amoureuse  (vu le nombre de citrons!)... et sexuelle.

Rappel biographique : le peintre espagnol Blas de Ledesma fait partie des peintres de nature mortes ls plus importants d'Espagne au 17e siècle.  Sa biographie est très mal documentée et comporte beaucoup de zones d’ombres et de confusions. Ainsi l’a-t-on confondu longtemps avec un certain Blas de Prado, qui a peint des natures mortes de qualité assez médiocres. Ce que l’on sait de façon certaine c’est que Blas de Ledesma a travaillé  à Grenade en 1602 avec Pedro de Raxis sur le dôme qui couronne le grand escalier du monastère de Santa Cruz Real  En 1606, on retrouve sa trace à Andújar (Jaén) où il réalise la peinture de l'une des voûtes de l'église Santa Maria. Il est référencé comme  peintre muraliste par Francisco Pacheco, qui le cite avec beaucoup de compliments,  comme le principal introducteur des grotesques dans les fresques du  Palais de L'Alhambra. En 1614, on retrouve Ledesma à Grenade encore , où il réalise la voûte en plâtre de la salle Mocárabes de l'Alhambra et divers travaux dans la cathédrale.
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jeudi 26 novembre 2015

Paul Signac (1863-1935)



Paul Signac (1863-1935) 
Still life with bowl of fruit (1926)
British Museum

Que voit-on ?  Dans un style qui n'est pas du tout le style pointilliste par lequel Signac s'est rendu célèbre, une aquarelle presque académique d'une grande délicatesse qui présente au centre d'une table, une coupe en céramique vernissée d'origine soit bretonne soit marocaine dans laquelle trône une poire entouré de deux pêches, d'un citron et d'une banane. Hors du saladier, sur la table, au premier plan, une poires une pomme et ce qui semble être une figue coupée. Pour ses aquarelles, la palette de Signac était composée des couleurs suivantes : les jaunes (cadmium pâle, clair, foncé et orangé),  les rouges (vermillon, garance rose dorée, garance rose et garance foncée), le violet de cobalt, les bleus (outremer, cobalt, cœruleum) et enfin les verts (Véronèse, émeraude, vert de Prusse, vert Hooker), toutes couleurs que l'on retrouve ici. Il variait également ses teintes en ajoutant une pointe de blanc de Chine qui donne  " des blancs laiteux, des roses nacrés, des mauves d'une finesse exquise. "



 Rappel biographique : le peintre français Paul Signac, est  connu pour avoir été un artiste proche du mouvement libertaire et qui donna naissance au pointillisme avec le peintre Seurat. Il a aussi mis au point la technique du divisionnisme. Il est cofondateur avec Seurat de la Société des artistes indépendants. Le fait que Signac ait été l'ami de Van Gogh peu avant son suicide, se retrouve dans plusieurs de ses natures mortes, genre qu'il n'illustra d'ailleurs pas beaucoup, lui préférant les paysages, les grands sujets décoratifs et les marines En 1915 d'ailleurs, il fut nommé  peintre officiel de la Marine, ce qui lui fournit l'opportunité de  débuter une série d’aquarelles des ports de France. Ce projet l’obligea à visiter de nombreuses régions côtières.

mercredi 25 novembre 2015

Philippe Pottier (1905-1991) - Nature morte aux pommes




Philippe Pottier (1905-1991)
Nature morte aux pommes (1942)
BnF Estampes et Photographies, Paris

Que voit-on ? Un tirage argentique qui représente un entablement de bois recouvert partiellement d' un torchon à carreau   sur lequel sont posées trois pommes  une dame Jeanne vide et un verre ballon contenant du vin ou du cidre. Sur le mur du fond, un pense bête est épinglé au mur qui plutôt que de contenir une liste de course contient la date et la signature du photographe.  Une allusion à la tradition la plus ancienne de la nature morte qui  laisse apparaître une signature au cœur même de la composition chez un photographe pourtant profondément ancré dans l'esthétique du 20e siècle

Rappel biographique : Philippe Pottier est répertorié par la Bnf comme photographe de mode et de publicité ayant travaillé à partir de 1936, pour toutes les grandes maisons de couture parisiennes d'avant guerre. On  retrouve ainsi son nom dans de nombreux  travaux exécutés pour Molyneux, Schiaparelli,  Maggy Rouff, Marcel Rochas, Coco Chanel, Grès, Madeleine Vionnet,  Jeanne Lanvin...  A partir de 1946,  il devient membre du Groupe des XV (1946-1957) et il participe en tant que tel  à toutes les expositions du Groupe des XV, ainsi qu'au salon national (Bibliothèque nationale).  Il photographie alors beaucoup de paysages et quelques portraits. dont ceux de Christian Bérard, Madeleine Vionnet, Eve Curie,  Robert Piguet, Valentine Tessier....  Après-guerre, Pottier travaille presqu'exclusivement pour  le magazine professionnel " L'Officiel de la couture ".‏

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mardi 24 novembre 2015

George Leslie Hunter (1877-1831)



George Leslie Hunter (1877-1831)
Still life with Daisies and Fruits (1927)
National Galleries of Scotland

Que voit-on ? La composition des natures mortes de George Leslie Hunter obéit toujours à peu près au même procédé : une nappe blanche posée sur une table ou un guéridon (comme ici)  que l'on aperçoit à peine, et une série d'objets en porcelaine et de fruits repartis sur la nappe, prétextes à études de couleurs. De gauche à droite : une vase en céramique vernissé à motifs d'inspiration bretonne contenant un bouquet de fleurs des champs, un couteau dirigé vers une coupe de fruits en porcelaine blanche à liseré bleu (la couleur fétiche du peintre) contenant un poire et une pomme. Sur la nappe : une pomme, une poire, une banane et une feuille de chêne. La nouveauté ici consiste dans la peinture d'un rideau imprimé très coloré et non pas blanc comme précédemment  une sorte d'hommage à Matisse qu'il admirait, le rideau  laissant entrevoir un paysage. et d'un mur lambrissé - dans le quel le peintre a signé sa toile !

Rappel biographique : Le peintre écossais  George Leslie Hunter, membre du groupe de peintre connu sous le nom de Scottish Colourists (Les Coloristes Ecossais)  est un peintre autodidacte qui a voulu perfectionner sa technique en allant, dès l'âge de 15 ans, étudier la peinture aux Etats-Unis (notamment en Californie) puis dans le sud de la France, à Paris, aux Pays-Bas et en Italie.
Très populaire en Ecosse, bien qu'ayant passé une grande partie de sa vie à San Francisco,  Leslie Hunter est surtout connu pour ses paysages et ses natures mortes, qu'il travaille à la fois la plume et  à l'encre et à l' huile sur toile.  Très influencé par Cézanne, à ses débuts ses natures mortes qui associent toujours fleurs et fruits en portent - ici et là -la trace, mais c'est surtout du côté de Monet et de Matisse, qu'il va chercher exemple en poursuivant  - comme  les autres membres du mouvement des  "coloristes écossais" d'ailleurs - des recherches sur la couleur et la façon la plus audacieuse de l'employer pour donner aux toiles un maximum d'énergie. Hunter s'est particulièrement appliqué à capturer les effets de la lumière, en peignant souvent (comme Monet) le même sujet avec les mêmes objets et la même scénographie sous des conditions différentes d'éclairage.





lundi 23 novembre 2015

Foujita (1886-1968)



Foujita (1886-1968)
Mon intérieur (1922)
Centre Georges Pompidou, Paris


Que voit-on ? Cette peinture, aussi appelée quelquefois Nature morte à l'accordéon exposée au Salon d’automne de 1922, est, avec Mon intérieur (Nature morte au réveille-matin) aussi publiée sur ce blog, l’une des deux grandes natures mortes réalisées par Foujita au cours de l’hiver 1921-1922, dans son atelier de la rue Delambre à Montparnasse. Elle reflète le monde intérieur de l’artiste japonais, installé en France depuis 1913, et permet de le considérer comme un maître dans le domaine de la nature morte. Pour sa composition, il a choisi des objets révélateurs du lien étroit qu’il a tissé entre l’Orient et l’Occident, de son attachement à la France et de sa passion de collectionneur d’objets symboles, qu’il peindra toute sa vie. À la fois acteurs et témoins, la théière, la bouteille d’eau, la lampe à pétrole, la boîte à couture et autres bibelots chinés aux Puces, participent de la mythologie de son exil. Juxtaposés frontalement et symétriquement dans un ordre à la fois rigide et cocasse, ils illustrent les chapitres de la vie de l’artiste. Par exemple, les couleurs du drapeau français, mises en évidence au centre du tableau, instaurent un rapport savoureux entre la bobine de fil bleu, les boutons de nacre blanche et le rouge intense du napperon. Dans les années 1920, Foujita connaît déjà le succès à Paris, mais sa vie mondaine n’entamera jamais sa sérénité orientale et sa méditation sur le sens de la vie et de la mort. Au centre de son travail se retrouve son analyse de l’immanence des choses. Cette présentation de son atelier est conçue selon les quatre grands axes sacrés au Japon, le haut et le bas, la droite et la gauche. Le haut met en scène la question de la mort. Le bas incarne le vivant à travers les icônes qui représentent son rapport au sacré et au profane, à l’Orient et à l’Occident. Au centre de la composition, l’image d’Épinal qui est accrochée au mur, Le Degré des âges, représente un couple cheminant inexorablement du berceau au cercueil. Les autres objets présents sont également symboliques du passage de la vie à la mort. À gauche, un calendrier est ouvert à la date du 15 août, qui est celle de l’Assomption de la Vierge Marie, de la victoire de la vie éternelle sur la mort. À droite, le carton de foire troué par des balles symbolise ou parodie la mort. Cet ensemble est relié au reste de la composition par une image de l’Annonciation faite à Marie, qui figure sur le couvercle du nécessaire à couture. Cette image sacralise le Foujita couturier qui, en 1914, travailla comme styliste, chez Selfridges à Londres, puis fut, à Montparnasse, le propre confectionneur de ses vêtements et de ceux de sa femme Fernande ou de ses amis. Sur la table, deux poupées, l’une japonaise et l’autre française, représentent ses deux pays d’élection. Elles se donnent la main sous la protection d’une paire de chiens traditionnels en porcelaine, tels des gardiens du temple. Au centre, en majesté, son accordéon trône comme un bouddha, encadré par un recueil des Fables de La Fontaine – qui symbolise la sagesse et la morale occidentales – et les cinq éléments constitutifs de l’univers oriental, le feu et l’eau, sous la forme d’une lampe et d’une bouteille, le bois représenté par le vieux meuble ciré sur lequel reposent les objets, et enfin l’air et l’éther de l’espace environnant. Ces simples objets familiers, qui incarnent le dialogue de Foujita avec la vie et la mort, constituent une sorte d’autoportrait métaphysique de l’artiste. 
Extrait du catalogue Collection art moderne - La collection du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, sous la direction de Brigitte Leal, Paris, Centre Pompidou, 2007


Rappel biographique :  l'artiste français d'origine japonaise Tsugouharu Foujita aussi connu sous le nom de Léonard Foujita ou Foujita est aussi bien peintre que dessinateur, graveur, illustrateur, céramiste, photographe, cinéaste ou créateur de mode.... Il a illustré énormément d'ouvrages de librairie dans le Montparnasse des Années Folles et bien après (plus d'une centaine entre 1919 et 1970)  et un nombre non négligeable de natures mortes - ou intitulées comme telles - parsèment son oeuvre du début à la fin. 


dimanche 22 novembre 2015

Paul Gauguin (1848-1903) - Nature morte au profil de Charles Laval


Paul Gauguin (1848-1903)
Nature morte au profil de Charles Laval (1886) 
Indianapolis Museum of Art

Que voit-on ?  Sur un entablement en bois recouvert d'un drapé blanc réalisé avec une serviette,  8 fruits ronds (pommes) et un fruit contondant (aubergine) entourent une statue ou une poterie dont la forme est difficile à cerner. Le fond du tableau est un mur sur lequel est posée une toile (sans doute exécutée par Laval) qui représente un paysage en hauteur. Sur la droite du cadre, un personnage de profil Charles Laval, qui donne son titre à la toile, observe la nature morte. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois chez Gauguin qu'un personnage en marge du sujet central, observe une nature morte, mais cette fois-ci le personnage n'est pas n'importe qui. En effet Charles Laval (1861-1894) a joué un rôle déterminant dans la vie de Gaughin qui s'en est énormément inspiré ; c'est donc lui et sa façon de peindre que l'on retrouve dans cette nature morte qui en deviennent les sujets centraux.  Gaughin  et Laval se lient d'un forte amitié  dès 1886 à  la Pension Gloanec à Pont-Aven. En quête d'un exotisme qui pourrait leur fournir la clé d'un art « autre », Laval et Gauguin partent ensemble en 1887 pour le Panama. Afin de gagner quelques subsides, Laval exécute des portraits académiques  (tous perdus). Une série de mésaventures conduisent Laval et Gauguin à quitter le continent pour la Martinique, où un musée leur est d'ailleurs consacré. Laval réalise une petite série de paysages diaprés aux couleurs éclatantes, longtemps attribués à Gauguin. À bien des égards, les toiles martiniquaises de Laval devancent celles de Gauguin : Laval compose ses peintures selon les structures cadencées de Pierre Puvis de Chavannes, tout en simplifiant ses figures en arabesques décoratives. Monumentales et intemporelles, ses Femmes de la Martinique se situent à mille lieues d'un reportage colonial. Sujet à des crises de démence, tentant même de se suicider, Laval rentre des Antilles en 1888, quelques mois après Gauguin. Il en rapporte des toiles et des aquarelles qui fascinent  littéralement Gauguin mais  entre-temps, celui-ci a sympathisé avec le jeune Emile Bernard.  Laval, Gauguin et Bernard vont dès lors façonner ensemble une nouvelle syntaxe plastique. Bien des années plus tard, lorsque Charles Laval sera  si injustement oublié, Bernard et Gauguin, devenus ennemis irréductibles, revendiqueront l'un comme l'autre l'invention de ce système pictural révolutionnaire, occultant le rôle d'un Laval qui, discrètement, apportait son talent poétique au synthétisme. Dans le cadre d'une série d'échanges, Vincent van Gogh commande à Laval un Autoportrait dont le Hollandais louera avec enthousiasme les qualités psychologiques.

samedi 21 novembre 2015

Salvador Dali (1904-1989) - Anthropomorphic-Bread



Salvador Dali (1904-1989) 
Anthropomorphic-Bread (1932) 
Fundació Gala-Salvador Dalí, Figueres

Que voit-on ?  Un fond rouge et bleu qui peut à la fois être interprété comme un pan de mur peint dont les enduits de plâtres sont peints de deux douleurs différentes (couleur de terre et couleur de ciel) ;  il peut aussi être interprété comme une carte de territoire où le rouge représenterait la terre et le bleu la mer. Contre ce mur est posée une baguette de pain, enrobée dans un linge qui en accentue l'aspect phallique. Dans les natures mortes anciennes le pain possède une double signification : il symbolise l'hospitalité dans les natures antiques,  mais aussi l’Eucharistie dans les natures mortes de la Renaissance. Le pain représente la consolation de celui qui a faim au sens physique et spirituel. Dali accentue la signification de consolation au sens physique (tout le monde l'aura perçue! )  tout en gardant présente à l'esprit la signification religieuse omniprésente dans son oeuvre.  « Le pain a toujours été l’un des thèmes les plus fétichistes et obsessionnels de mon travail, c’est celui auquel je suis resté le plus fidèle » a dit Dali lors du vernissage d’une exposition « Recent paintings », qui lui fut consacrée à la Galerie Bignou à New York le 29 décembre 1945.
En faisant explicitement référence au phallus et à Jesus Christ,  ce Pain anthropomorphe associe donc le corps-contenant à son contenu qui le nourrit. C'est ce qui en fait un des chefs-d'œuvres de la nature morte surréaliste.

Rappel biographique : Salvador Domingo Felipe Jacinto Dalí i Domènech, connu comme Salvador Dalí, marquis de Dalí de Púbol, est un  peintre, sculpteur, graveur et écrivain catalan de nationalité espagnol, considéré comme l'un des principaux représentants du surréalisme et comme l'un des plus célèbres peintres du 20e siècle... en tout cas l'un des plus médiatisés de son vivant ! Les thèmes qu'il aborda le plus fréquemment furent le rêve, la sexualité, le comestible, sa femme Gala et la religion. La nourriture, et l'acte de manger, ont une place centrale dans l'œuvre et la pensée dalinienne pour qui « la beauté sera comestible ou ne sera pas »La création picturale peut-être la plus connue de Dalí est Montres molles. Elles coulent comme un camembert et dans l'explication surréaliste qu'il en donnera il dira  « Les montres molles sont comme du fromage, et surtout comme le camembert quand il est tout à fait à point, c’est-à-dire qui a la tendance de commencer à dégouliner. Et alors, mais quel rapport entre le fromage et le mysticisme ? […] Parce que Jésus, c’est du fromage. » 
Figure picturale essentielle, le pain fut très présent dès 1926.  Après le pain, thème rémanent dans ses natures mortes, l'œuf au plat sans le plat revient régulièrement dans son œuvre.  Figure picturale essentielle, le pain fut très présent dès 1926 dans l'œuvre de Dali. La très classique Corbeille de pain (1926), et  La corbeille de pain, Plutôt la mort que la souillure (1945) qui reprend le thème classique de la précédente furent exposées à une place d'honneur par Dalí au musée de Figueras, exprimant l'importance qu'il  leurs accordait. Ce fut d'ailleurs avec une baguette de pain de 2 mètres qu'il débarqua aux États-Unis pour la première fois suscitant l'étonnement des médias locaux d'alors qui y virent le symbole de la France, alors que le symbole était bien entendu double !  Et au cas justement ou l'on aurait mal interprété son geste, il  réitéra en France cette fois dans une conférence parisienne qu'il donna en 1959 en se présentant avec une baguette de pain de 12 mètres de long, " Trrrriom-phalliquement " portée par plusieurs boulangers. Salvador Dalí  réalisa plus de 1500 toiles dans sa vie, et produisit également des illustrations de livres, des lithographies, des costumes de théâtres, un grand nombre de dessins, de sculptures, d'objets et plusieurs films.

2015 - A Still Life Collection 

Un blog de Francis Rousseau

vendredi 20 novembre 2015

André Marchand (1907-1997) - Le melon jaune

http://astilllifecollection.blogspot.com


André Marchand (1907-1997)
Le melon jaune (1950)
Centre Pompidou, MNAM- CCI, Paris

Que voit-on ? sur un entablement vert :  un melon jaune qui donne son nom au tableau, 3 pêches, 2 citrons et  une douzaine de prunes, réparties dans   une composition très figurative mais qui pourrait vue de loin paraitre abstraite.

Rappel biographique  : Dans les années 1930-1950, André Marchand est l’un des grands représentants de la « jeune peinture française ». A ses débuts il peint des toiles ou « humanisme » et « surréalisme » se côtoient, cherchant par là son style et à exprimer sa sensibilité. A partir de 1940, sa palette se colore vivement. Il aborde différents registres : les arlésiennes, les taureaux dans le Delta du Rhône, les flamands roses, les nus et natures mortes appelées les Vies silencieuses, terme qui traduit bien ce désir de s’affranchir des apparences et de souligner l’intériorité des êtres et des choses. Ce qui l’amenait à dire qu’il ressentait en lui le passage du vent dans les feuilles de l’arbre qu’il était en train de peindre. « C’est une peinture qui s’inscrit dans un courant novateur… dont les recherches et l’évolution marquent une avancée dans l’histoire de la peinture ».
Il séduit alors les plus grand marchands : Galerie Carré, Maeght, Pierre Matisse, Maurice Garnier. Son succès est aussi bien critique que public  mais son caractère exigeant surtout auprès des galeristes qui l'exposent, l'isole dans la solitude.  On dit souvent qu'a cel s'est ajouté le fait que Marchand a été victime d’une blessure d’amour propre.  Il envisageait en effet d’installer sa fondation au musée Réattu à Arles où il avait travaillé. Apprenant ce projet, Picasso offrit à ce musée 56 dessins ce qui rendait impossible d’y installer la fondation. Marchand en fut profondément blessé. Et pourtant, André Marchand s’était révélé lui aussi un dessinateur exceptionnel que Matisse admirait. À 90 ans, quelques mois avant sa mort, il manifestait une vitalité étonnante qui l’incitait, chaque matin, à assurer la mise en forme de sa main en reproduisant les remous du Rhône. Il  disait : « Un peintre fait toujours le même tableau et le jour de sa mort, il a l’impression qu’il n’est même pas commencé »
Aujourd'hui, André Marchand mérite d’être revu pour son talent singulier qui donne la parole au silence et nous renvoie en écho son regard si pénétrant des âmes.  Représentant de l’Ecole de Paris, plusieurs de ses œuvres figurent notamment au musée d’Art Moderne de la Ville de Paris et au Centre Georges Pompidou et dans la plupart des grands musées du monde. On peut aussi voir certaines de ses oeuvres dans les collection du musée Estrine à Saint-Rémy de Provence où Marchand avait eu l'occasion de séjourner.

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jeudi 19 novembre 2015

Bela de Kristo (1920-2006)



Bela de Kristo (1920-2006)

Le banjo (1967)
Collection privée

Que voit-on ?  C'est une toile d'un cubisme rigoureux et tardif puisqu'elle a été peinte en 1967 qui reste très inspirée par le constructivisme de Malevitch. Elle représente donc un banjo comme son titre l'indique et comme le graphisme le montre assez clairement.  La palette est presque monochrome et permet au noir de libérer toute sa force. 

Rappel biographique :  Le travail de Bela de Kristo est extrêmement varié. Tout au long de sa carrière, il n’a cessé de renouveler son mode d’expression, faisant des maquettes, des photomontages, illustrant des livres pour enfants, réalisant des décors de théâtre et de cinéma avec son ami Alexandre Trauner. Au début de sa carrière, il est influencé par les constructivistes russes tels que Malevitch. Bela de Kristo s’inspire des événements de la vie de tous les jours. Il utilise l’abstraction de la même manière que les Surréalistes mais c’est dans son approche du cubisme qu’il excelle. Son œuvre d’un cubisme rigoureux affiche une sensibilité chargée d’humour et de poésie.
Bela de Kristo  est un artiste, franco-hongrois qui a commencé ses études supérieures à l’École des beaux-arts de Budapest. Après avoir obtenu son diplôme, il arrive à Paris où il organise une exposition d’artistes hongrois en 1947 à Saint-Germain-des-Prés. Son pays étant occupé par l’armée soviétique, il décide de s’installer définitivement à Paris et fréquente régulièrement l’Académie Julian et  la Grande Chaumière. En 1948, il est un des fidèles piliers de l’académie d’André Lhote (rue d'Odessa) avec qui il partage les théories du cubisme. En 1954, il s’installe dans un atelier de la rue Vignon et nombre de ses dessins et cartons paraissent dans Paris Match entre autres. Cependant il passe la majorité de son temps à se consacrer à la peinture. Il se retire de la vie parisienne pour s’installer en Normandie qu’il découvre grâce à son ami Fernand Léger qui possède déjà une ferme atelier à Lisores. Il restera fidèle à la Normandie jusqu’à sa mort en mai 2006.

mercredi 18 novembre 2015

Bernard Buffet (1928-1999)



Bernard Buffet (1928-1999) 
Nature morte à la marmite (1948)
Collection privée

Que voit-on ? Dans ce dessin de 1948,  qui est l'un des premiers de Bernard Buffet, posées sur un entablement indéfini, de gauche à droite : une marmite en fonte et son couvercle ; au centre de la composition une cuillère et une fourchette non alignées ;  à droite une casserole contenant une cuillère. La même année, Bernard buffet a dessiné deux autres variations sur ce même thème de la marmite : l'une avec un bougeoir vide et une clochette de service, et l'autre avec une carafe à bec verseur de type carafe à huile. Dans ces deux dessins les marmites ne sont pas tout à fait les mêmes que celle-ci, dont la forme est celle traditionnelle des " cocottes en fonte " encore utilisées aujourd'hui dans les meilleurs cuisines. 


Rappel biographique : Bernard Buffet est un peintre français expressionniste, qui a peint aussi bien des personnages que des figures, animaux, nus, paysages, intérieurs, natures mortes, fleurs. Aquarelliste, c'est également un peintre de décors de théâtre et un illustrateur. Il remporte le concours d’entrée de l'École nationale supérieure des beaux-arts en décembre 1943 à quinze ans, passant deux ans dans l'atelier du peintre Eugène Narbonne où il est déjà considéré comme très doué. Il s'y lie notamment d'amitié avec les peintres Maurice Boitel et Louis Vuillermoz.
En 1947, il expose L'Homme accoudé au Salon des indépendants et en décembre a lieu sa première exposition particulière présentée par Pierre Descargues, à la Librairie des impressions d'art.  On y reconnait déjà un graphisme très caractéristique qui sera tout au long de sa vie, la marque du peintre. L'État, par l'intermédiaire de Raymond Cogniat, lui fait son premier achat pour le Musée national d'art moderne de Paris avec la peinture Nature morte au poulet. En 1955, il obtient la première place au référendum organisé par la revue Connaissance des arts désignant les dix meilleurs peintres de l'après-guerre. Il peint les maquettes des décors et des costumes pour La Chambre argument de Georges Simenon qui devient son ami. Élu à l’Académie des beaux-arts au fauteuil de Paul Jouve, Bernard Buffet est alors le plus jeune académicien jamais élu sous la coupole.
En 1978, à la demande de l’administration des postes, Bernard Buffet réalise une maquette pour un timbre de trois francs L’Institut et le Pont des arts. À cette occasion le musée postal à Paris présente une exposition rétrospective de ses œuvres. Dans les années 1970-80, Bernard Buffet est un artiste au sommet de sa gloire que les critiques n'épargnent pas, comme tout artiste qui connait un grand succès de son vivant. Ils lui reprochent principalement le  " statisme " de sa touche dans laquelle ils décèlent peu d'évolutions au cours des années, le traitant volontiers de  " peintre académique ".
Au début des années 1980 son œuvre immense, est plus appréciée à l'étranger qu'en France, et principalement en Extrême Orient, aux Etats Unis, en Amérique du sud et au surtout Japon où elle connait un succès considérable et où lun musée est spécifiquement construit pour lui à Surugadaira, ce qui, à cette époque, est inédit pour un peintre vivant.
En 1986, sa femme et modèle favori, Annabel, publie D’amour et d’eau fraîche ; la même année sortent les deux premiers volumes de la monographie de Yann Le Pichon Bernard Buffet  couvrant la période 1947-1982, qui obtiennent immédiatement le Prix Élie Faure.
Bernard Buffet, diminué par la maladie de Parkinson, se suicide par asphyxie, le 4 octobre 1999, dans son atelier du Domaine de la Baume près de Tourtour (Var), étouffé dans un sac en plastique noir sur la surface duquel son nom était dessiné avec sa calligraphie si caractéristique ; dernière mise en scène un rien macabre d'un très grand artiste du 20e siècle, qui toute sa vie avait adoré mettre en scène sa propre existence. En novembre 2007, paraît le troisième et dernier volume de la monographie de Yann Le Pichon, couvrant la période de 1982 à 1999.
En 2016- 2017, le MAM (Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris), rend hommage au peintre a travers une exposition ou sont présentées toutes les acquisitions du musée  faites dans les années 47- 55 et quelques chef d'oeuvres prêtées par le musée Bernard Buffet de Surugadaira.

mardi 17 novembre 2015

Edouard Pignon (1905-1993)




Edouard Pignon (1905-1993) 
Coupe de fruits et nature morte sur la table (1942)

Collection privée

Que voit-on ?  Une scène de cuisine avec une  table bleue dont le tiroir est ouvert, un chaise en paille  et dans le lointain, une fenêtre ouverte sur un paysage ensoleillé. Sur la table bleue de gauche à droite : un drapé rouge sur lequel repose un compotier mauve avec trois fruits, un vert (poire), un rouge (pomme), un jaune (citron), un autre fruit vert et rond pas très identifiable émergeant des plis du drapés rouge ; un vase bleu foncée qui ressemble  à un soliflore  sans fleur ou à un vase funéraire est posé au centre de la table et de la composition ; près de la chaise, un vert, une assiette conteant un fruit coupé et un couteau et un cuillère.  

Rappel biographique  Issu d'une famille de mineurs du Pas-de-Calais il fut lui-même galibot avant de devenir cimentier-plafonneur parce qu'il ne supportait pas l'absence de lumière au fond de la mine.
En 1926, il décide, contre l'avis de tous, de devenir peintre et part s'installer à Paris. Il exerce alors plusieurs métiers : manœuvre aux usines Citroën, pointeau, figurant dans la troupe de Raymond Rouleau, metteur en pages... Ces années sont celles de la formation, mais son université, ce sont les cours du soir de l'université ouvrière, une culture arrachée aux heures de sommeil et aux rythmes difficiles du labeur. Les matières abordées sont la littérature  la philosophie, l'économie politique, l'histoire, l'histoire de  l'art . Et pour peindre, en plus des soirées à l'école Germain-Pilon, il profite des courts moments des heures de congé le samedi après-midi et le dimanche. En toile de fond, les réunions de l'Association des artistes et écrivains révolutionnaires. C'est la période intense et fructueuse des années trente, riche d'ardents débats, de responsabilités civiques et culturelles au milieu desquelles Pignon étudie et fait ses choix fondamentaux. Son engagement au Parti communiste en 1933 ainsi que sa rencontre avec Picasso en 1936 sont décisifs pour sa peinture , qu'il conçoit comme une « quête de la réalité ». À trente ans, quand il peint ses Meeting ou son premier Ouvrier mort, il se rattache au cubisme, utilisant les aplats de couleurs, les cernes épais et la règle d'or. Puis, très rapidement, il a la volonté de pénétrer au cœur des choses, de saisir, à leur naissance, ses émotions perceptives. Pour Édouard Pignon, la peinture est un moyen de connaissance. Il va peindre une toile qui va en créer une autre, chacune prenant la place de la dernière et créant aussi le besoin de celle qui va suivre. 
"Au début, on ne voit rien. On voit un ensemble de choses, mais on ne voit rien, ou plutôt, on voit comme tout le monde. Ce qu'il faut, c'est une longue observation méditative, crayon en main. Et au bout d'un certain temps on s'aperçoit que les choses commencent à avoir une autre vérité. La réalité apparaît beaucoup plus vraie. Cela demande beaucoup de temps" (La Quête de la réalité) 

lundi 16 novembre 2015

André Derain (1880 -1954)



André Derain (1880 -1954)
(attribué à ...)
Nature Morte avec pain
Collection privée 

Que voit-on ? sur une table en bois ressortant d'un fond blanc, trois éléments : une coupe blanche, un pichet vert  à anse et une miche de pain tranchée en son extrémité de façon à dessiner un coeur blanc. Ce tableau attribué a Derain n'est dans les coloris habituels de ce peintre fauve  ni dans sa touche, c'est pourquoi ce site prend cette attribution avec quelques doutes, bien que l'on ait déjà vu la majeure partie des peintres modernes et anciens, dérouter de façon quelquefois extrêmement surprenante les spectateurs de leurs oeuvres.  Pourquoi Derain ferait-il exception à la règle ?    

Rappel biographique : Le peintre français André Derain est l'un des fondateurs du  fauvismePeintre de figures, de portraits, de nus, de paysages, de marines, de natures mortes, il emploie diverses techniques :  huiles, gouaches, aquarelles, pastels. Il est également peintre de décors de théâtre, sculpteur, graveur et illustrateur.
Pendant l'occupation allemande de la France, Derain est courtisé par les Nazis comme symbole prestigieux de la culture française. Il accepte une invitation pour une visite officielle en Allemagne en 1941, avec, notamment, son ami Maurice de Vlaminck, Kees van Dongen ou le sculpteur  Paul Belmondo. Derain est traité de collaborateur et ostracisé après la Libération. Après la guerre, il renonce aux présentations publiques de ses œuvres et finit sa vie dans une solitude volontaire.
Son œuvre est parfois considérée comme un revirement vers la tradition après un engagement dans les avant-gardes mais elle témoigne fortement des préoccupations des artistes de son époque, dont beaucoup, à l'instar de Maurice De Vlaminck ou Félix Valotton suivent ce même itinéraire, qualifié par les historiens de l'art de « retour à l'ordre », auquel même Picasso n'échappe d'ailleurs pas  à la fin des années 1910., durant une courte période. L'œuvre de Derain est essentiellement picturale, mais il a également signé les décors et les costumes de nombreux ballets, illustré une trentaine de livres, il est également connu comme sculpteur. Une grande partie de son œuvre (80 peintures, 77 sculptures, des dessins, mais aussi des objets d'art primitif lui ayant appartenu), précédemment dans la collection Pierre et Denise Lévy, est présentée au musée d'art moderne de Troyes.

Ce blog a publié plusieurs natures mortes de ce peintre. Pour toutes les retrouver cliquez sur l'onglet libellé et retrouver le nom du peintre.



dimanche 15 novembre 2015

Pippo Oriani (1909-1972)


Pippo Oriani (1909-1972)

Natura morta (1960-65)
Collection privée

Que voit on ? Sur un guéridon posé sur une sol ce carrelages carrés, au centre de la composition, une compotier contenant deux poires. A droite du compotier, un verre à pied à godrons, très ouvragé. Sous les pieds du verre et du compotier, une caret a jouer qui semble être l'as de carreau. Sur le mur du fond plusieurs tableaux unicolores, jaune, orange et vert et une forme bleue qui pourrait être celle d'une nappe ou d'une ouverture sur l'extérieure. Un autre petit tableau à droite semble représenter un oiseau à moins qu'il ne s'agisse d'un ouverture vers l'extérieur. 

Rappel biographique :  le peintre italien Giuseppe Oriani  (dit Pippo dit) a  commencé à étudier l'architecture à l'École d'architecture de Turin où il a décidé de se rapprocher dès 1928 du groupe futuriste de recherche  picturale de Enrico Prampolini. De 1930 à 1936, il séjourne à Paris où il a fait partie avec  Gino Severini des " italiens de Paris." Il participe a  plusieurs Biennales de Venise en  1930, 1932, 1934, 1936 et 1938. Après la Seconde Guerre Moniale guerre, il abandonne temporairement la peinture pour reprendre des activités d'architecte et de designer d'intérieur. 
Il revient à la peinture au début des années 1950 avec nouveau style qu'il appelle "presenze umane". Il peignit beaucoup de natures mortes jsuquà la fin des années 1960. Oriani fut également journaliste et rédacteur en chef des revues  Città nuova, Natura e Città futurista, et collabora aux journaux Il Secolo XIX er L’Ambrosiano.

samedi 14 novembre 2015

Fernand Léger (1881-1955)


Fernand Léger (1881-1955)
Grappe et poisson (1927)
Collection Privée

Que voit-on ?  De gauche à droite :  sur un fond très géométrique  un grappe de raisin blanc (ici vert), ce qui semble être un coin  de table sur lequel est posée une assiette jaune, un poisson très graphique dont les écailles sont filtrées par des losanges bleu et blanc, la queue par un éventail déployé et la tête par une ogive  plongeant dans ce qui semble être de l'eau (en forme de spaghetti ondulé)

Rappel Biographique : le peintre français Fernand Léger fut un peintre aussi créateur de cartons de tapisseries et de vitraux, décorateur, céramiste, sculpteur, dessinateur, illustrateur. Il a été l’un des premiers à exposer publiquement des travaux d’orientation cubiste. Cet amoureux du modernisme, du machinisme et de l'industrie, va peindre énormément de natures mortes tout au long de sa carrière. Déjà remis au goût du jour par les cubistes, "le genre traditionnel de la nature morte est réinterprété par Léger par le biais de sa théorie de l’objet. Tandis que les surréalistes l’intègrent à leurs œuvres pour sa charge symbolique, lui l’utilise comme point de départ d’une formulation plastique. La nature morte sert de prétexte à l’affirmation radicale de la valeur plastique de l’objet" (voir texte de référence :« Un nouveau réalisme, la couleur pure et l’objet », extrait d’une conférence au MoMA, New York, 1935).

vendredi 13 novembre 2015

Adriaen Coorte (1665–1707) - Still Life with Shells



Adriaen Coorte (1665–1707) 
Still Life with Shells (1697)
Private collection 

Que voit-on ?  Sur un entablement de pierres polies  et jointées, quatre coquillages de tailles et de couleurs différentes dont un celui de droite  trace un ligne qui occupe la majeure partie du tableau. Le thème des coquillages a souvent été abordé par Adrian Coorte comme on peut le voir dans presque tous les grands musées du monde qui conservent beaucoup de ces pièces.

Rappel biographique : le peintre hollandais Adriaen Coorte est spécialisé exclusivement dans la peinture de natures mortes. Au contraire de la tendance de l'époque en Europe du Nord qui déployait argenterie et cristaux dans les natures mortes monumentales, Coorte a peint des natures mortes de petits formats et au sujets très intimistes pour ne pas dire minimalistes. 
On sait très peu de sa vie, si ce n'est qu'ill fut l' élève de Melchior d'Hondecoeter vers 1680 à Amsterdam et qu'il a installé son petit atelier de natures mortes à Middelburg, en 1683. Il peignait souvent sur du papier (quelquefois au dos de simples feuilles de compte) qu'il collait ou que l'on colla par la suite sur un panneau de bois ou sur un canevas pour mieux les préserver. 
Environ 80 oeuvres signées par lui ont été cataloguées, et presque toutes suivent la même composition à savoir de très petites quantités de fruits, de légumes ou coquillages, voir même quelquefois un seul fruit ou légume, posés le rebord d'une dalle de pierre, éclairé par le haut, avec le fond sombre typique de natures mortes du début du 17e siècle.
Les fraises des bois et les asperges sont ses motifs les plus fréquents. Les premières sont parfois représentées soit dans le même pot en terre cuite, soit dans de jolis bols bleus et blancs en porcelaine Wan-Li importés de Chine par la Compagnie des Indes. Quelques rares papillons brisent la noirceur de l'arrière-plan, ajoutant une tâche de couleur à ces compositions d'une magnifique austérité. Le fait qu'elle soient peintes sur du papier ajoutent à leur fragilité et à leur délicatesse infinie.  

Coorte ne fut pas très connu de ses contemporains en dehors de la petite ville de Middelburg et, comme Vermeer un siècle avant, il est totalement tombé  dans l'oubli  jusqu'à ce que les années 1950, l'historien d'art hollandais Laurens J. Bol, publie une première monographie suivie en 1977 d'un catalogue raisonné de l'oeuvre de  Coorte.

jeudi 12 novembre 2015

John Singer Sargent (1856-1925) - Two Octopi


John Singer Sargent (1856-1925)
Two Octopi (1885)
Private collection 

Que voit-on ? Autour de1880-1885, John Singer Sargent a peint un petit tableau à l'huile représentant deux poulpes blottis dans la pénombre sur le pont d'un bateau de pêche près des côtes de Bretagne. Cette toile est l'une des toutes premières peintures à l'huile de l'artiste et montre déjà sa grande maîtrise technique. Mais ce qui frappe aujourd'hui c'est le choix dece sujet très particulier, rarement abordé dans la peinture européenne jusqu'à Sargent et, dans quelques rares cas seulement, dans la peinture japonaise des 18e et 19e siecle. Pourquoi un sujet aussi sujet inattendu surtout chez un peintre qui deviendra célèbre pour ses portraits de personnages la haute société  internationale ?  Peut etre pour céder au japonisme ambiant mais plus sûrement  sans doute  par choix délibéré de se faire remarquer dès le début de sa carrière professionnelle et de frapper à jamais les esprits. Bien visé ! Il réitèrera d'ailleurs plus tard dans carrière en s'attaquant à un autre sujet inhabituel avec ses aquarelles de 1917 représentant des alligators !  

Rappel biographique : le peintre américain John Singer Sargent  à étudié à l'Ecole des beaux-arts de Paris et a passé une bonne partie de sa vie en Europe en France, en Italie et en Angleterre.  Il fut  un ami proche des grands artistes de l'époque, comme Claude Monet, Paul Helleu ou Gabriel Fauré et très lié avec le sulfureux Robert de Monstesquiou et le prince Edmond de Polignac, deux figures du Tout Paris homosexuel de cette époque. Au cours de sa carrière, il a peint environ 900 toiles et plus de 2 000 aquarelles, et réalisé d'innombrables croquis et dessins. Son œuvre documente ses voyages à travers le monde, de Venise au Tyrol, de Corfou au Moyen-Orient, de Paris à Londres et du Montana à la Floride. Principalement portraitiste mondain, il ne se limita cependant jamais à ce genre et aborda aussi les compositions à personnages, les compositions religieuses, les scènes de genre, les intérieurs, les paysages, les  marines, les compositions murales avec une égale maîtrise. Mais Sargent fut surtout célèbre pour son habileté dans les portraits d'un style sophistiqué, exécutés avec une indéniable virtuosité et une certaine audace théâtrale. Ainsi réalisa-t-il sur commande les portraits des personnages les plus riches et puissants d'Europe et des États-Unis, comme l'académicien Édouard Pailleron et son épouse, Auguste Rodin, John D. Rockefeller, Robert Louis Stevenson, ou encore les présidents Theodore Roosevelt et Woodrow Wilson. Ses portraits de femme sont parmi les plus célèbres du genre comme ceux de Dame Ethel Smyth, d'Almina Wertheimer, de la comédienne  Ellen Terry dans Lady Macbeth ou celui de Madame Pierre Gautreau (son portrait le plus controversé,   intitulé Madame X) aujourd'hui conservé au Metropolitan Museum of Art de New York et dont Sargent dira lui- même : « Je suppose que c'est la meilleure chose que j'ai faite ».  
À une époque où le monde artistique se tournait vers l'Impressionnisme, le Fauvisme et le Cubisme, Sargent pratiqua son interprétation personnelle du Réalisme, qui fasait brillamment référence à Velázquez, Van Dyck et Gainsborough. Sa facilité à paraphraser les maîtres, d'une manière contemporaine, lui amenèrent quantité de commande de portraits, réalisés avec une telle virtuosité  qu'isl lui valurent le surnom de « Van Dyck de son temps ».


mercredi 11 novembre 2015

Clara Peeters (1594-1657)



Clara Peeters (1594-1657)
Still Life with Crab, Shrimps and Lobster (1630-35)
MFAH - Museum of fine arts Houston
Gift of the Enthoven Foundation

Que voit-on ?  Sur une table recouverte d'une somptueuse nappe grise en jacquard représentant une scène dans un paysage de campagne dont Clara Peeters s'amuse à déformer la perception à travers les 3 plis centraux, est présenté un uontbijtgen ("petit déjeuner "qui correspond à notre actuel déjeuner actuel)) avec l'habituel profusion de pains et de poissons qui correspondait à ce que l’on mangeait dans un repas situé en fin de matinée (en réalité  notre déjeuner moderne). Ce confortable  " petit déjeuner " détaille une profusion de victuailles présentés dans des éléments de vaisselle précieuse comme les plats en porcelaine de Delft, l'argenterie finement ciselée et le Berkemeyer (verre précieux au réceptacle conique fabriqué en Allemagne et en Hollande depuis le 15e siècle) totalement rempli ici de vin. De gauche à droite s'étalent ainsi le menu du petit déjeuner : un crabe entier non décortiqué, des pains plats sans levain, une crème ou un sorbet présenté dans un magnifique coupe en argent ciselé, un plat de crevettes, un pain rond protégé par une serviette pliée en chapeau de nonne, diverses galettes et sauces, un plat d'oeufs de poule mêlés à des oeufs de caille, un gros homard cuit mais non décortiqué, et à l'arrière plan au centre du tableau parachevant cette composition en pyramide, une pile de 3 demi fromages a pâtes cuites. Il n'y a sur cette table du matin aucun élément symbolique comme un verre renversé ou  un citron pelé qui vienne rappeler la fragilité de la vie. C'est ne nature morte qui ne vise à rien d'autre que la représentation de la richesse de la table et de la bonne santé économique de son propriétaire. 


Rappel biographique : la peintre Flamande Clara Peeters  était autodidacte et a peint essentiellement des natures mortes. (à l'exception d'un auto portrait). Elle fut active très jeune en tant que  peintre (dès l'âge de 13 ou 14 ans selon les documents !) et fait partie des premières femmes peintres qui ait exercé officiellement ce métier, avec une place reconnue de son vivant, par les Guildes des peintres de la période d'or du baroque flamand.  Cette femme à la personnalité hors du commun, dont on pense qu'elle fut, adolescente, l'élève très privée d'Osias Beertse spécialise, dès l'âge de 18 ans, dans les natures mortes dont elle saisit les sujets soit autour de la table des repas quotidiens soit dans des mises en scène plus sophistiquées. Elle s'intéresse beaucoup aux reflets sur les objets métalliques, pièces, plats, vases, coupes, timbales bijoux, présents fréquemment dans ses compositions, en premier plan, avec un fond plus sombre. Ces plus belles natures mortes - qui sont autant de chef d'oeuvres - ont été peintes dans l'année 1611 et sont conservées au Musée du Prado.



mardi 10 novembre 2015

Felice Boselli (1650-1732)




Felice Boselli (1650-1732)
Dispensa con ortaggi, funghi, selvaggina,testa di vitello e civetta (1690)
Parma Galeria Nazionale

Que voit-on ? En pleine nature,  dans un paysage de sous-bois qui s'ouvre sur une clairière à gauche et un décor de ruines antiques à droite, un amoncellement de victuailles (gibiers et légumes) rangées dans une structure pyramidale, sous l'oeil interrogateur  et stupéfait d'une chouette perchée sur un tronc (à droite) et de ce qui semble être un perroquet, seules animaux vivants rescapés de ce massacre !  Les éléments représentés sont des légumes (un cardon et son feuillage, des oignons en tresse, des navets en bottes, des champignons et une poire égarée), du gibier à foison déjà dépecé ou non (lièvre, dinde, poulet, perdrix, canard), une tête  de veau et une jarre en céramique vernissée verte qui trône littéralement auprès de la tête de veau.  Cette "copie d'après " des natures mortes hollandaises très en vogue en Italie au 17e siècle s'applique à décrire la différence entre l'apparence et la réalité.  Les historiens de l'art se sont souvent demandés ce que Boselli avait cherché à suggérer au spectateur à travers cet amoncellement de symboles disparates. Qu'il ait voulu montrer la richesse et le faste, comme dans les natures mortes d'apparat hollandaises ne fait pas de doute,  mais on peut s'étonner dans ce cas qu'il n'y figure pas le moindre élément d'argenterie, de porcelaine de Chine ou de verreries finement ciselée.  Il semblerait que Boselli - qui s'adressait à la clientèle aristocratique et cultivée de son temps - ait plutôt voulu signifier  à travers cet amoncellement de victuailles, un   appel à la modération et la frugalité.  Ce qui plaide définitivement en faveur de cette hypothèse est  la présence incongrue de la chouette vivante au milieu du  massacre. Attribut de la sagesse de Minerve,
la chouette est dans la mythologie le symbole de la clairvoyance. Pour appuyer cette analogie, la chouette est représentée sur fond de paysage de ruines antiques. L'invitation à la frugalité et à une vie simple, très ancrés dans la littérature antique (Virgile et Horace notamment) était sans doute un élément auquel les aristocrates, commanditaires de Boselli, à l'éducation humaniste, ne pouvaient qu'être sensibles.

Rappel biographique :   Boselli fut un peintre actif principalement à  Piacenza, où il a étudié et a été introduit dans le monde de la peinture par Michel-Ange Nuvolone, frère du célèbre  peintre Joseph Nuvolone. C'est avec eux qu'il a rencontré Angelo Crivelli, (connu aussi sous le nom Crivellone), peintre animalier spécialisé dans la peinture de gibier. Cette rencontre a considérablement influencé le style de Boselli qui fut avant tout, un peinte  autodidacte,  acquérant ses connaissances par l'observation des oeuvres des maîtres passés ou étrangers (hollandais principalement) ou de ses contemporains comme Parmigianino ou Annibale Carracci. Boselli a peint  près d'une centaine de natures mortes, dont la plupart sont conservées dans les musées de la Lombardie et d'Emilie et représentent des événements de la vie quotidienne de son temps, des cuisines avec des quartiers de porcs ou de bœuf, des poulets, du gibier et des poissons, éléments  morts auprès desquels  il  introduisait souvent un animal vivant, de préférence un petit chat. Il a également peint des fresques comme celles de l'église de Santa Brigidade Piacenza et des scènes mythologiques pour la forteresse de Fontanellato.

lundi 9 novembre 2015

Man Ray (1890-1976)



Man Ray (1890-1976)
Cuisine - Planche 7 du portfolio de Électricité 10 rayogrammes
Paris, Compagnie parisienne de distribution d'électricité, 1931.
BnF / Estampes et Photographies.

Que voit-on ? dans un plat de service en porcelaine blanche couché sur un lit de riz blanc, une volaille sans tête ( canard ? pintade ? poulet? )  et dont la cuisson est très prononcée. Tracés sur la photographie, une dessin en forme de spirale blanche (évocation d'ondes électriques)  part de l'emplacement de la tête pour se perdre  hors cadre dans la haut de la photographie.

Rappel biographique :  Emmanuel Radinsky plus connu sous le pseudonyme de Man Ray fut un  peintre, photographe et réalisateur de cinéma, acteur du mouvement Dada à New York, puis du  surréalisme à Paris. Son pseudonyme emprunte trois lettres à son prénom et trois à son nom, et signifie littéralement homme rayon (de lumière), ce qui doit être entendu comme l'homme qui écrit avec la lumière, c'est-à-dire la signification du mot photographe
À Montparnasse, durant trente ans, Man Ray révolutionne l'art photographique. Les grands artistes de son temps posent sous son objectif, comme James JoyceGertrude Stein ou Jean Cocteau. Il contribue à valoriser l'œuvre d'Eugène Atget qu'il fait découvrir aux  surréalistes  En 1934, Meret Oppenheim pose pour Man Ray, cette série de photos de nus devient l'une de ses séries les plus célèbres.
En 1940, après la défaite de la France, Man Ray s'embarque pour les Etats-Unis en compagnie de  Salvador Dali, de sa femme Gala et du cinéaste René Clair.  Il  a photographié peu de natures mortes. Quand Man Ray, photographe surréaliste, choisit en toute liberté le vocabulaire de sa nature morte, il n'en reste pas moins fidèle au souci générique de rendre la complexité subtile des formes et les effets de reflets. Dans une de ces natures mortes (Objets 1926) il reprend, par ailleurs, sous la forme d'un briquet gravé à son nom, la tradition ancestrale de la signature d'artiste au cœur du tableau. 


dimanche 8 novembre 2015

Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779) ,Lièvre avec besace et cartouche de poudre

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Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779)
Lièvre avec besace et cartouche de poudre  (1730)
Philadelphia Museum of Art

Ce que l'on voit :  Un lièvre mort attaché par un fil à la patte et présenté tête bêche avec quelques ustensiles de chasse sur un fond qui se confond avec les nuances du pelage de l'animal.  Jean-Baptiste-Siméon Chardin n'avait aucun intérêt particulier pour la peinture des  trophées de chasse dans lesquels les peintres hollandais s'étaient illustrés au 17e siècle,  à grands renforts d'amoncellement de cadavres de bestiaux, de ruissellement de sang et de viscères. Lorsque l'on commanda à Chardin ce genre de trophées de chasse, il fit comme pour les natures mortes végétales, il adapta le genre à sa propre sensibilité et, du même coup, le transforma radicalement. Ainsi dans cette première série de trophées de chasse peintes autour de 1730,  où il peint des lièvres morts au milieu de quelques ustensiles simples utilisés par les chasseurs, comme que le flacon de poudre en corne et la besace, accessoires qui apparaissent régulièrement dans bon nombre de ses autres peintures. Cette thématique est un prétexte pour Chardin à explorer les propriétés des matériaux, les différence de texture set les jeux de la lumière sur les objets, tout à fait dans le droit de fil de ce qu'il avait initié avec son tableau La raie peint deux ans avant celui-ci et qui l'avait fait remarquer de l'Académie Royale de peinture. Marqué par sa simplicité et son extrême dépouillement  (en comparaison des tableaux du même genre que pouvait peignait à la même époque le grand spécialistes des trophées de chasse, les deux français Alexandre-François Desportes et Jean-Baptiste Oudry), ce Lièvre avec besace et cartouche de poudre est presque monochromatique. La palette choisie  oblige le spectateur à un effort visuel inédit jusque là et qui fait de cette représentation un chef d'œuvre d'une modernité qui étonne encore aujourd'hui tant les similitudes avec à le style impressionniste sont grandes.


Rappel biographique :   Célèbre pour ses scènes de genre et ses pastels, Chardin est aussi reconnu pour ses natures mortes dont il reste le maître incontesté. D'après les frères Goncourt, c'est Coypel qui en faisant appel à Chardin pour peindre un fusil dans un tableau de chasse, lui aurait donné le goût pour les natures mortes. Ces deux tableaux de réception à l'Académie Royale de peinture sont tous deux des natures mortes, La Raie et Le Buffet qui se trouvent aujourd'hui au Musée du Louvre. Chardin devient ainsi peintre académicien « dans le talent des animaux et des fruits », c'est-à-dire au niveau inférieur de la hiérarchie des genres alors reconnus. Et c'est sans aucun doute Chardin qui va lui donner ses lettres de noblesse et en faire un genre pictural égal, voire même supérieur à bien des égards, aux autres. Les natures mortes qu'il peindra plus tard (à partir de 1760) sont assez différentes des premières. Les sujets en sont très variés : gibier, fruits, bouquets de fleurs, pots, bocaux, verres...  Chardin semble s'intéresser davantage aux volumes et à la composition qu'à un vérisme soucieux du détail, ou aux  effets de trompe-l'œil. Les couleurs sont moins empâtées. Il est plus attentif aux reflets, à la lumière : il travaille parfois à trois tableaux à la fois devant les mêmes objets, pour capter la lumière du matin, du milieu de journée et de l'après-midi. On peut souvent parler d'impressionnisme avant la lettre.

2015 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau, #AStillLifeCollection, #NaturesMortes 

samedi 7 novembre 2015

Alexandre-François Desportes (1661-1743) - Nature morte avec gibier, chien, chat, lièvre et bas-relief


Alexandre-François Desportes (1661-1743)
Nature morte avec gibier, chien, chat, lièvre et bas-relief, 1730
Collection privée

Que voit-on ?  Une treille chargée de lourdes grappes de raisins rouge. Nous sommes à l'extérieur. Un grand chien de chasse regarde avec interêt le gibier (canard, perdrix) qui gît à même la terre,  derrière deux gigantesque cardon blancs. A l'arrière plan, derrière la treille, une table à gibier improvisée sur le rebord d'une ouverture richement ornée d'un bas relief antique, sur laquelle repose un grand lièvre dont la tête et les deux pattes avant pendent dans le vide. Un chat, animal fétiche de Desportes, surgit de l'ombre, attiré par le lièvre qu'il observe avec appétit tout en  faisant mine de s'intéresser à autre chose ! 

Rappel biographique :  le peintre français Alexandre-François Desportes est le maître incontesté de la peinture animalière au 17e et 18e siècle. Ce genre était considéré fort injustement avec la nature morte, comme une sous catégorie pictural, ce qui n'empêcha ni Louis XIV ni Louis XV de faire largement appel à Desportes pour peindre leurs chiens favoris.  Elève de Frans Snydersil s’est largement imprégné de la tradition flamande. Portraitiste à la Cour de Pologne au début de sa carrière, il  rejoint la Cour de Versailles à partir de 1700 et ne la quittera plus jusqu'à sa mort. Il exécute de nombreux tableaux décoratifs pour orner les demeures royales (Versailles, Marly, Meudon Compiègne, Choisy...) et devient  peintre des chasses et de la meute royales pour Louis XIV puis pour Louis XV. Lors des chasses royales, Desportes suit le roi et Saint Simon rapporte :  « qu’il allait même d’ordinaire à la chasse à ses côtés, avec un petit portefeuille pour dessiner sur les lieux leurs diverses attitudes, entre lesquelles le roi choisissait, et toujours avec goût, celles qu’il préférait aux autres. »  La nature morte n'entre dans l'art de Desportes que très épisodiquement et uniquement pour son aspect décoratif et la mise en scène dont elle permet d'entourer les peintures de gibiers et d'animaux morts ou pour rehausser les portraits des chiens royaux.

vendredi 6 novembre 2015

William-Michael Harnett (1848-1892)



William-Michael Harnett (1848-1892)
After the Hunt (1885)
California Palace of the Legion of Honor, San Francisco

Que voit on ? Un trompe l'oeil avec une porte aux ferronneries ouvragées, rouillées et mal entretenues (en bas à droite une brisure de volutes de la ferronnerie est nettement visible) et dont on aperçoit à gauche la serrure et la clé. Pendus sur la porte, plusieurs attributs de chasse ont été rangés dans un désordre feint, autour de trois oiseaux (cailles?), d'un petit lièvre et d'un " massacre " de jeune cerf (trois ans selon les cornes). On y trouve : le chapeau du chasseur, son fusil, son cor d'hallali en cuivre, sa besace en cuir et une "flasque" appelée sans doute à contenir quelque alcool fort. A gauche du massacre, suspendu à un clou, un petit cor de rabattage en corne de sanglier. A droite, un couteau de dépeçage solidement fixé sur la menuiserie de la porte.
Harnett a peint trois versions différentes de cet After the Hunt qui varient par la nature du gibier exposé, son emplacement et des changements de coloris ou de formes dans les attributs de chasse. Dans la version qui se trouve à la Hungtinton Library de San Marino (Californie), la première version peinte (1883), un canard col vert remplace le lièvre et les attributs de chasse sont moins fournis (pas de " massacre " par exemple). Dans la seconde version (1884) qui se trouve au Butler Institute of American Art de Youngstown (Ohio),  les pièces de gibier et les attributs sont à peu près les mêmes que dans cette version de 1885 à l'exception de deux palombes remplaçant les cailles et d'une pique à gibier à manche de bois qui est absente de la  version présentée ici, qui reste la plus équilibrée des trois.

Rappel Biographique : Le peintre américano-irlandais William-Michael Harnett est connu pour ses natures mortes en trompes-l'oeil faites à partir d'objets du quotidien au sens large puisque l'on y trouve aussi bien des livres que des ustensiles de bureau, de cuisine, des attributs de chasse ou des instruments de musique folklorique. Il se situe, dans ce sens, dans la tradition des grands peintres de trompes l'oeil et de natures mortes hollandais du 17e siècle et de Peter Claesz en particulier. Beaucoup d'autres peintres américains se sont engouffrés dans cette tendance à la suite de William-Michael Harnett, comme Raphaelle Peale ou John Peto, mais il en demeure le représentant le plus spectaculaire. 

jeudi 5 novembre 2015

Eugène-Louis Boudin (1824-1898)


Eugène-Louis Boudin (1824-1898)
Gibier et fruits sur une table, ca. 1854-1857 
MuMa Le Havre

Que voit-on ?  Sur une belle table à gibiers en bois sur la partie droite de laquelle une nappe blanche a été jetée,  de gauche a droite : un grand lièvre présenté sur le flanc, une de ses pattes prises dans un panier de légumes à anse, comme dans un dernier piège fatal, un canard sauvage gisant sur un coin de la nappe blanche, une perdrix enfouie dans la verdure et dont la tête s'efface derrière un oignon jaune. Quelques pommes et poires éparses sur la nappe blanche ferment la composition sur la droite du cadre. A l'arrière plan, dans la pénombre, un amoncellement de légumes verts entretient comme un trompe-l'oeil, une confusion possible avec l'existence d'un paysage dans le lointain, alors que l'on perçoit bien que le fond du tableau est fermé par un mur sur lequel s'appuie la table à gibiers.

Rappel biographique : Le grand peintre français de paysages, de marines et de plages, Eugène-Louis  Boudin n'a pas peint énormément de natures mortes, mais il en a laissé tout de même un catalogue significatif. On peut comprendre que cet homme qui fut à l'origine de la peinture à l'extérieur de l'atelier, n'ait pas été très attiré par le genre de la nature morte qui est par essence un genre d'atelier.
Eugène-Louis Boudin est considéré comme l'un des précurseurs de l'impressionnisme. Peintre marin, expert en matière de rendu de tout ce qui est lié à la mer et à ses rivages, il peint notamment de nombreux tableaux décrivant la vie des pêcheurs sur les ports et les marchés,  ainsi que celle des familles bourgeoises du 19e siècle sur les plages de Normandie. S'il ne rencontre un succès public relatif qu'à l'approche de la soixantaine, son travail de peintre d’avant-garde est reconnu par les critiques et peintres impressionnistes dès les années 1870, les collectionneurs (Ivan Tourgueniev, Georges Feydeau, puis les Rothschild ou Cary Grant) se mettant dès lors à acheter ses tableaux de paysage mais c'est surtout à partir de 1929, année qui voit Jeanne Lanvin acheter une de ses toiles, que le succès et la reconnaissance lui sont définitivement assurés.
Au cours de sa vie, Eugène-Louis Boudin  a peint près de 4 500 tableaux et laissé autant de dessins, pastels et aquarelles. C'est le musée d'art moderne André-Malraux du Havre qui possède la plus grande collection de tableaux de Boudin, avec 224 peintures dont de nombreuses esquisses et études, toutes exposées. Une grande partie provient du « legs Boudin », comportant 60 toiles et 180 panneaux, reliquat de la vente aux enchères, le 21 mars 1899, des œuvres retrouvées dans son atelier à sa mort. Le Musée Eugène-Boudin de Honfleur possède en outre 93 œuvres de l'artiste. Ce musée a été créé en 1868 par Louis-Alexandre Dubourg, peintre honfleurais et ami de Boudin. Ce dernier enrichit les collections du musée en léguant à sa ville natale 53 de ses œuvres ainsi que 17 œuvres de ses amis (Ribot, Hamelin...).