lundi 29 février 2016

Richard Diebenkorn (1922-1993)



Richard Diebenkorn (1922-1993)
Eggs, ashtray, and sunglasses on a table
Private collection

Que voit-on ? Cette oeuvre fait partie des  « found still life » que le peintre a commencé a peindre très tôt dans sa carrière. Il ne s’agit pas d’un arrangement d’objets fait a dessein en vue d’une nature morte, mais d’un désordre quotidien que le peintre saisi ici et là dans de magnifiques huile sur toiles ou de gouaches souvent monochromes (comme ici) et dans une multitude de dessins.

Rappel biographique : Richard Diebenkorn est un peintre américain du 20e siècle dont le style passe de l’abstrait au figuratif en fonction des périodes qu’il a traversées. Après une première exposition au California Palace of the Legion of Honor à San Francisco en 1948, ses débuts sont associés à l'expressionnisme abstrait et à l'école de San Francisco, mouvement figuratif des années 1950-1960.  De 1955 à 1966,  il vit à Berkeley (Californie), change de style et devient un peintre figuratif important, dans un genre qui réunit  à la fois la manière de Henri Matisse qu’il admire et l'expressionnisme abstrait. Diebenkorn, Elmer Bischoff, Henry Villierme, David Park, James Weeks participent ensemble à une renaissance de la peinture figurative, qu'on appelle l'École de San Francisco (Bay Area Figurative Movement). En 1967, Diebenkorn s'installe à Santa Monica et devient professeur à l'UCLA. Il installe son atelier dans le même immeuble que son vieil ami Sam Francis. Pendant l'hiver 1966-1967, il revient une nouvelle fois à l'abstraction, cette fois avec une vision très personnelle, un style géométrique qui se démarque clairement de ses débuts de la période expressionniste abstraite. La série Ocean Park, qu’il commence en 1967 se poursuit pendant les  dix-huit années suivantes. Elle est devenue la partie de son œuvre la plus célèbre aujourd’hui. Elle se compose d'environ 135 peintures. Basées sur le paysage vu depuis la fenêtre de son atelier, ses compositions abstraites à grande échelle sont nommées d'après une communauté de Santa Monica où il a eu un temps son atelier. A la même époque, il peint aussi ce qu’il appelle des found still life,  c’est a dire des toiles d’après ce qu’il trouve sur sa table san rien retoucher à l’arrangement qu’il voit.
La première rétrospective importante de son oeuvre a eu lieu à la Albright–Knox Art Gallery а Buffalo en 1976 et 1977.  En 1989, John Elderfield, conservateur au MOMA (New York) organise une exposition d’oeuvres de Diebenkorn sur papier, qui constitue d’ailleurs la partie la plus prolifique de sa production.
En 2012, l'exposition Richard Diebenkorn : The Ocean Park Series, organisée par Sarah C. Bancroft, a lieu simultanément à la Corcoran Gallery of Art,  à l'Orange County Museum of Art et au Forth Worth Museum of Modern Arts de Washington.

dimanche 28 février 2016

Roy Lichtenstein (1923-1997) - Still life with palette

https://astilllifecollection.blogspot.com/2016/02/roy-lichtenstein-1923-1997.html


Roy Lichtenstein (1923-1997)
Still life with palette 1972
Gagosian Gallery, Los Angeles

Que voit-on ?  Sur la table noire d'un atelier d'artiste : un assemblage  très disparate d'ustensiles avec au premier plan un mortier servant  à broyer et mélanger les couleurs ; une boîte de pigments ; un pinceau et et cuillère, destinée à doser les poudres de couleurs ;  une équerre, pour vérifier les angles des chassis ;  des bouteilles contenant des huiles et autres liquides de dissolution ;  la palette qui donne le titre au tableau ; une feuille papier pliée,; un chassis dont la toile est tournée à l'opposé du spectateur et adossée à un pot contenant des pinceaux de diverses tailles ;  un drapé  derrière le quel se cache un pot de fleurs, dont on peut imaginer qu'il sera le sujet du futur tableau en préparation.  Aucun tube de peintures sur cette toile qui laisse donc supposé que le peintre travaille comme  au 17e ou 18 e siècle en préparant lui même ses couleurs,...ce qui est le contraire du cas de Lichtenstein  dont l"atelier ressemblait a une clinique  high tech plutôt qu'a un atelier d'artiste !

Rappel biographique :  Le peintre américain Roy Fox Lichtenstein est un des artistes les plus importants du mouvement pop art américain. Ses œuvres s'inspirent fortement de la publicité et de l'imagerie populaire de son époque, ainsi que des « comics » . Il décrira lui-même son style comme étant « aussi artificiel que possible » et  tirera une grande fierté de cette superficialité revendiquée. Extrêmement célèbre de son vivant, sa côte atteint très vite des sommets. On estime qu'il laisse au total 4 500 œuvres en circulation dans le monde, sachant qu'au moment de sa mort il lui restait encore une bonne dizaine de commandes  privées qu'il n'aurait pu honoré qu'avec 2 années de retard.
Le « pop art », terme abrégé de « popular art » en anglais, signifiant « art populaire » en français, émerge vers la fin des années 1950 en Angleterre. C’est un mouvement artistique caractérisé par le rôle prépondérant de la consommation et de la culture de masse dans la société américaine. Le pop art regroupe des artistes qui contestent l’omniprésence et l’influence de la publicité, de la télévision, des magazines, etc, ou qui en empruntent seulement les codes. En isolant des objets issus de la culture populaire pour en faire des œuvres d’art, les artistes pop rompent avec la vision élitiste et authentique de prime abord que la société avait de l’art. Lichtenstein déclare : « Je pense que ce qui me plaît dans l’art commercial – dans le nouveau monde extérieur largement façonné par l’industrialisation ou par la publicité – c’est sa force, son impact, ainsi que la franchise et cette sorte d’agressivité et d’hostilité qu’il véhicule. […] ». A l’instar d’Andy Warhol reprenant une idole telle que Marilyn Monroe, Lichtenstein reproduit les icônes des bandes-dessinées comme Mickey et Donald en 1961 dans son tableau Look Mickey. Il peint aussi des tableaux de guerre, des produits de consommation courante comme le hot-dog, et s’intéresse à la passion amoureuse. En 1963, il lance une série de portraits de femmes glamour, sorties tout droit des bandes-dessinées sentimentales très populaires de l’époque destinées aux adolescents, comme Secret Hearts ou Girls’ Romances (cf Roy Lichtenstein, Oh, Jeff… I Love You, Too… But…, 1964, Huile et Magna sur toile, 121,9 x 121,9 cm). L’artiste reproduit les vignettes des comics de l’époque, en les agrandissant et en reprenant leurs codes d’illustration, identifiables par un style lisse et épuré, l’accentuation des contours par des traits noirs, les bulles de dialogue, les onomatopées, l’aplat des couleurs primaires (jaune, rouge, bleu) de manière directe et d’un ton vif, et enfin, les trames en pointillés et en lignes parallèles, utilisées dans l’imprimerie et le dessin industriel. Malgré les critiques de l’époque qui ne considéraient pas la reproduction comme une réelle création artistique, le travail de Lichtenstein est en réalité plus complexe qu’il n’y paraît. En effet, les trames relevaient d’une extrême précision et il s’efforçait de peindre d’une façon mécanique. Pour cela, il utilisait souvent le Magna, une peinture acrylique permettant de modifier la couleur sans laisser de traces. Il déclare : « Je veux que mon tableau ait l’air d’avoir été programmé. Je veux cacher la trace de ma main. ». Il expérimenta plusieurs matériaux, notamment l’émail (donnant un reflet brillant) et le plexiglas. Nous connaissons Lichtenstein en tant que peintre pop, mais une part bien méconnue de son travail repose sur sa pratique de la sculpture, de la céramique et de l’estampe. De plus, l’exposition met en avant des œuvres qui s’inspirent des grands mouvements artistiques et d’artistes référents qui ont façonné l’histoire de l’art. En effet, Lichtenstein se réapproprie les chefs-d’œuvre de nombreux maîtres tels que Picasso, Matisse, Léger, Mondrian, Cézanne, Brancusi, Vélasquez, Delacroix et Rembrandt.

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samedi 27 février 2016

Raoul Dufy (1877-1953)



Raoul Dufy (1877-1953)
Nature morte aux poires et aux citrons (1946)
Collection privée

Que voit on ? Sur une  nappe qui pourrait être une serviette pliée : 3 poires et deux citrons prétextes   à association de couleurs. Dans  l'élément central, la poire est vert turquoise et le citron est jaune oranger, couleurs magiques qui ont peu de choses en commun avec une quelconque réalité. Une dédicace manuscrite de Dufy court le long du bas de cette délicate composition : "Aquarelle signée et dédicacée à Marcelle Oury que je retrouve à Perpignan le 23 février 1946"

Rappel biographique : le peintre  français Raoul Dufy était aussi dessinateur, graveur, illustrateur de livres, créateur de tissus, céramiste, créateur de tapisseries et de mobilier, décorateur d'intérieur, décorateur d'espaces publics et décorateur de théâtre. Raoul Dufy a produit  plus 3 000 toiles, 6 000 grandes aquarelles, 6 000 dessins et en a détruit presque autant. Ses natures mortes ne constituent pas l'essentiel de sa production très largement consacrée aux paysages, aux évènements de son temps, aux portraits de femme et surtout... à la musique et aux concerts qu'il est presque parvenu à faire entendre à travers ses toiles. Dessinateur hors pair - certains l'aurait même vu dessiner avec ses deux mains à la fois - c'était aussi un merveilleux coloriste, un coloriste du bonheur et de la magie, tant il est vrai que la joie de vivre et l'ode constante à  la vie soutiennent chaque tableau, chaque gouache, chaque dessin. Dufy promène un regard émerveillé sur le monde et nous invite à une fête qui n’a rien de superficiel ou  de mondain, comme on l'a dit un peu trop hâtivement. « Si je pouvais exprimer toute la joie qui est en moi ! » disait-il. Il y est largement parvenu, et peu d’œuvres sont une telle invitation à cheminer vers le bonheur... au point qu'elles pourraient presque nous faire croire qu'il existe !




vendredi 26 février 2016

Antoine Vollon (1833-1900) - Fraises dans du papier journal


Antoine Vollon (1833-1900)
Fraises dans du papier journal
Collection privée

Que voit-on ? Exactement ce que décrit le titre à quoi s'ajoute un pichet en grès qui équilibre la composition sur la droite. Tout est peint avec un réalisme photographique  surtout les fraises  dont le grain est extraordinairement réaliste et le papier journal dont on peut lire les annonces  L'étagère de bois  est traité dans la meme veine de trompe l'oeil de même que le fond  du tableau, lui aussi en bois, qui laisse imaginer que cette nature morte est contenue dans un placard ou un desserte.

Rappel biographique : le peintre français Antoine Vollon est considéré comme appartenant au mouvement réaliste, bien que son style s'adapte toujours en fonction du sujet traité. Artiste productif, fougueux et extrêmement doué, Antoine Vollon affichait une préférence marquée pour les effets de lumière. Il a peint des ports, des marines aux grands cieux tourmentés et des pêcheurs mais c'est surtout comme peintre de natures mortes qu'il aimait se présenter lui-même. 
Il débute sa carrière à Lyon, où il apprend la gravure sur métaux et fréquente l 'Ecole des beaux-arts de la ville où il est l'élève de Théodule Ribot. Il développe rapidement une attention particulière surtout pour les natures mortes qui relèvent d’un défi  technique et artistique. Ce défi couvre un champs très large qui va de la représentation d'une motte de beurre (comme ici), à la peinture de fruits et de fleurs isolés (poires, prunes, cerises, pêches, tomates, courges, violettes...) en passant par le rendu des reflets du métal des ustensiles de cuisines jusqu'à la représentation des matières vivantes quotidiennes de la cuisine (plateau d'huîtres, œufs, carcasse de cochon pendu et vidé, poissons de mer  en attente de cuisson...)   Ses œuvres sont aujourd’hui conservées dans les musées du monde entier (Amsterdam, Londres) et principalement aux Etats-Unis où Vollon est beaucoup plus connu qu'en Europe (Washington, New York, Boston, Philadelphie…). En France, le musée d'Orsay à Paris conserve une de ses toiles (Autoportrait), de même que les musées de Lyon (sa ville natale), Amiens et Rouen. Le musée des beaux arts de Dieppe quant a lui conserve deux toiles : Femmes du Pollet à Dieppe et Poissons de mer.
Alexandre Dumas fils était le grand collectionneur  français de l'œuvre de Vollon, ainsi que de riches américains, comme  Henry Frick ou le peintre William Merritt Chase qui l'admirait beaucoup et s'inspira, dans la plupart de ses propres nature mortes de celles d'Antoine Vollon. 

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jeudi 25 février 2016

Raymond Rochette (1906-1993)



Raymond Rochette (1906-1993)
Nature morte avec coquillages
Collection privée

Que voit-on ?  Sur un table blanche : une boîte en nacre, deux coquillages, une étoile de mer et un ruban. Objets du quotidien patiemment rendus et avec une immense poésie tout à long de la vie de ce peintre du 20e siècle encore  injustement méconnu.  La monochromie de l'ensemble est à peine rompue par la couleur de l'étoile de mer déjà recroquevillée et palissante.

Rappel Biographique : l'artiste peintre français Raymond Rochette est né aux frontières de la forêt morvandelle et de l’usine métallurgique du Creusot. Malgré ses nombreux échanges avec des peintres Parisiens et de province, malgré ses nombreuses lectures artistiques, ses voyages à Paris, en Italie, au Maroc, il reste en dehors des écoles et des tendances tout en réussissant à être un peintre témoin de son temps. Avant la guerre, ses sources essentielles d’inspiration sont les scènes de vie dans le Morvan, les vues du Creusot et de nombreux portraits. Pendant la guerre, les difficultés pour trouver du matériel le conduisent à réaliser une peinture très lisse, et une cinquantaine de tableaux de cette époque sont peints recto/verso.
Son obsession reste cette envie de représenter la vie dans les ateliers. d'usine. En 1949, 13 ans après sa première demande, il obtient l’autorisation de venir peindre à l'usine : « J’aime les machines comme on peut aimer les fontaines de Provence ; les ateliers me font penser aux nefs des cathédrales, et leurs lueurs aux fêtes nocturnes sur le grand canal. Les danseurs de l’opéra n’ont pas de gestes plus beaux que ceux des ouvriers, Claude Lorrain peignant ses palais n’avait pas de plus pure joie que celle que j’éprouve en dessinant les ateliers, le foisonnement des titanesques assemblages métalliques me donne la joie du Piranèse, mais c’est la joie de Le Nain que je goûte en en glorifiant soudeurs, meuleurs, lamineurs qui deviennent dans mes tableaux les magiciens d’une flamboyante forêt, celle de la métallurgie lourde. » 
En 1962, il apprend la construction de l’immense usine de Dunkerque et passe ses congés d’été à en peindre l’évolution. Très intéressé aussi par la mine, il descendra à plusieurs reprises au fond et en rapportera des paysages et des portraits de mineurs saisissants.
Malgré cette soif de peindre le milieu industriel, tous les sujets, même les plus communs, lui donnent le désir le les peindre ; il est un peintre de l’actualité, du quotidien, fixant dans tous les aspects de son environnement le temps qui passe.
Pendant 70 ans, Raymond Rochette n’a cessé de peindre : un paysage, un visage, un fruit, des objets simples, tout fascinait son regard. Il décède en 1993 dans sa maison natale.
Depuis 2006, centenaire de sa naissance, de nombreuses expositions ont eu lieu en Bourgogne,  à Paris, Dijon mais aussi  au Luxembourg et en Allemagne (au Rheinisches Industriemuseeum d'Oberhausen), au siège social d'Arcelor Mittal Paris.

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mercredi 24 février 2016

Pyotr Konchalovsky (1876-1956) - Still Life with Rowan

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Pyotr Konchalovsky (1876-1956)
Still Life with Rowan (1947)
Private collection

Le peintre russe Piotr Petrovitch Kontchalovski était  membre du mouvement artistique Valet de Carreau. (Jack od Diamonds group) Pendant cette période, il a principalement dessiné des natures mortes et des paysages. Ses peintures, comme celles des autres artistes du Valet de Carreau, étaient fortement influencées par  Cézanne. Plus tard, il commença à peindre des portraits qui furent considérés comme des exemples du style du réalisme socialiste soviétique.
Piotr Kontchalovski était un peintre très prolifique, et est connu pour avoir créé plus de 5000 œuvres.

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lundi 22 février 2016

Pablo Picasso (1881-1973) - Nature morte dans un paysage



Pablo Picasso  (1881-1973)
Nature morte dans un paysage, 1915
Meadows Museum Dallas, USA

Que voit-on ? L'importance du collage dans le cubisme synthétique peut être vu dans le Meadows Picasso. Alors que Nature morte dans un paysage ne comporte aucun éléments de collage a proprement parlé,  Picasso  s'amuse à faire comme si il avait fait appel a cette technique pour composer ce tableau: segments sont clairement séparés, certaines zones colorées semblent ici de modèles imprimés,  l'espace pictural n'a quasiment pas de profondeur, la verdure chevauche les nuages ... A partir de 1912, Picasso a opté pour une  nouveau style, le Cubisme Synthétique,  très radical  par rapport à la phase initial du Cubisme analytique (1909-1912), caractérisé par une gamme de couleurs limitées, des formes à facettes géométriquement brisées évocatrices d'une multiplicité de points de vue simultanément visibles, et un espace pictural peu profond mais varié.  Le Cubisme synthétique à partir de 1912 apporte de nombreuses couleurs texturées, et présente les grandes unités formelles disposées en couches et plat plutôt que entremêlées et striées. Nature morte dans un paysage est exemplaire de cette période.

Rappel biographique : le peintre espagnol Pablo Ruiz Picasso qui a passé l'essentiel de sa vie en France, fut aussi dessinateur et sculpteurUtilisant tous les supports pour son travail, il est considéré comme le fondateur du cubisme avec Georges Braque auquel son nom est lié surtout dans le domaine des natures mortes. Il est considéré comme l'un des plus importants artistes du 20e siècle tant par ses apports techniques et formels que par ses prises de positions politiques et que par l'immensité de sa production, tous genres confondus, que l'on chiffre à près de 50 000 œuvres.
Les premiers collages et assemblages sont réalisés pendant l'hiver 1912, Nature morte à la chaise cannée (Paris, Musée Picasso), Guitare(s) en carton (Paris, Musée Picasso). A partir de 1912 et surtout a partir de 1915, es natures mortes sont très proches, sur la même ligne de conception  du " cubiste analytique " que celles de George Braque, dont il devient un temps l'intime avant de s'en séparer définitivement.  Il y eut une connivence d'inspiration très rare entre ces deux peintres pendant une certaine période de leur vie et en particulier dans le domaine particulier du traitement de la nature morte.  Picasso  a peint beaucoup d'autres natures mortes après la Seconde guerre mondiale et hors de la période cubiste, mais ce n'est pas un genre qui tient une place aussi essentielle dans son oeuvre que dans l'oeuvre de Georges Braque.

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dimanche 21 février 2016

Jean-Pierre Sudre (1921-1997)



Jean-Pierre Sudre (1921-1997)
Les poires pourries, 1954
BnF, Estampes et Photographie

Que voit-on ? Photographe spécialiste des natures mortes, Jean-Pierre Sudre signe ici une composition aux lectures multiples : son compotier de poires pourries relève en effet autant d'une recherche plastique liée aux textures, moisissures et crépi, que d'une citation du thème classique de la vanité, à travers la pourriture des fruits.

Rappel biographique  :  Photographe et enseignant, formé comme cinéaste à l'I.D.H.E.C. de Nice et de Paris (1942-1943), chef de file et défenseur infatigable d'une photographie créative, Jean-Pierre Sudre est relativement peu conformiste. Son amour de la nature l'a rapidement amené à explorer les sous-bois de son enfance et sa curiosité permanente l'a très tôt incité à s'approcher au plus près de la matière pour atteindre au plus secret des choses : 
Dès 1949, Jean-Pierre Sudre va s'orienter, vers la photographie industrielle dont il devient rapidement l'un des spécialistes les plus réputés. De 1946 à 1960, il met en scène une extraordinaire chorégraphie d'objets quotidiens, sujets de ses rêveries visuelles sur l'ombre et la lumière, le jeu et l'accord des formes et les vibrations de la matière. Il affirme, dans ce long travail, un style et des conceptions quasi philosophiques qui en font, à l'époque, un créateur à part dans le monde photographique.
Si « le geste fondateur de la nature morte [...] est l'isolement » (Jean-Claude Lemagny), Sudre va aller plus loin encore en s'installant solitairement dans le secret de la chambre noire, au sein même de la matière dont il avait au préalable glorifié l'enveloppe externe. 


samedi 20 février 2016

Fernand Léger (1881-1955)



Fernand Léger (1881-1955) 
Composition à l'algue rouge (1936)
Collection privée

Que voit-on ? Dans les années 1930, le travail de Léger est axé en grande partie sur de grands projets de design d'intérieur, et les tableaux de cette période s'en ressentent forcément et ont un aspect décoratifs très evident. En 1937, il conçoit des décors pour l'Opéra de Paris, ainsi que des décors pour le Congrès des syndicats au Vélodrome d'Hiver  à Paris de même que  Le transport des Forces pour le Palais de la Découverte à Paris. En 1938, Léger continue toujours de travailler à ce projet, lorsqu'il est chargé de décorer l'appartement de Nelson Rockefeller à New-York, décor dans lequel cette toile aurait pu être incluse.  Les compositions de Léger e à cette époque sont pleines de référence à la nature comme les papillons, les fleurs et les plantes sous-marines. L'algue rouge, est la forme dominante de cette toile, combinée combiné à  des formes plus abstraites sur la droite, toutes peintes dans des couleurs primaries, entourée d'une filet noir et semblant flotter au-dessus d'un fond vert très rafraichissant. Selon Léger, ce sont ces couleurs qui expriment le mieux la réalité du média que constitute la peinture. Plutôt que d'imiter la nature, l'artiste s'intéresse plus à explorer le langage de la peinture à travers des formes simples et " pures " , réduisant ainsi son vocabulaire aux seuls éléments de la couleur et la forme. Cette  composition de Léger défie la gravité habituelle des natures mortes  et  les objets qui ne sont posés nulle part semble flotter dans l'air.

Rappel Biographique : le peintre français Fernand Léger fut un peintre aussi créateur de cartons de tapisseries et de vitraux, décorateur, céramiste, sculpteur, dessinateur, illustrateur. Il a été l’un des premiers à exposer publiquement des travaux d’orientation cubiste. Cet amoureux du modernisme, du machinisme et de l'industrie, va peindre énormément de natures mortes tout au long de sa carrière. Déjà remis au goût du jour par les cubistes, "le genre traditionnel de la nature morte est réinterprété par Léger par le biais de sa théorie de l’objet. Tandis que les surréalistes l’intègrent à leurs œuvres pour sa charge symbolique, lui l’utilise comme point de départ d’une formulation plastique. La nature morte sert de prétexte à l’affirmation radicale de la valeur plastique de l’objet" (voir texte de référence :« Un nouveau réalisme, la couleur pure et l’objet », extrait d’une conférence au MoMA, New York, 1935).

vendredi 19 février 2016

Jacques-Emile Blanche (1861- 1942) - Nature morte à la langouste et aux figues

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Jacques-Emile Blanche (1861-1942)
Nature morte à la langouste et aux figues
Collection privée

Que voit-on ? Sur un guéridon recouvert d'une nappe qui épouse de très près les veines du bois de la table  : un compotier en porcelaine contenant des figues, un verre de vin ou de bière, une serviette soigneusement pliée et une langouste découpée et dressée dans un plat en argent.

Rappel biographique : Le peintre, graveur et écrivain français Jacques-Emile Blanche a été élevé dans une atmosphère parisienne de grand raffinement et il n'est pas un seul de ces tableaux qui n'en portent la marque.  Très vite qualifié de peintre mondain eut égard à la société parisienne choisie  que recevait ses parents et dans laquelle il s 'inséra très vite, sous la protection bienveillante du comte Robert de Montesquiou, Jacques-Emile Blanche  peut être considéré comme un peintre autodidacte, exception faite de l'enseignement en pointillé qu'il reçut de la part d' Henri Gervex.
 ll fréquentait le salon de  Genevieve Bizet devenue ensuite Madame Strauss, bien connu du  Tout Paris littéraire et artistique de l'époque qui comptait, entre autres, parmi ses membres Edgar Degas et Marcel Proust, dont Jacques Emile Blanche le portrait le plus célèbre comme il le fit pour Audrey Bearsdley, Igor Stravinsky ou le Groupe des Six et Germaine Taillefer..
Il a peint  beaucoup de portraits de ses contemporains mais très peu de natures mortes  toutes d'une grande simplicité et d'un raffinement consommé !  

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jeudi 18 février 2016

Gustave Caillebotte (1848-1894)



Gustave Caillebotte (1848-1894)
Nature Morte avec Homard (1881)
Collection particulière

Que voit-on ? Sur un entablement de marbre blanc veiné de gris, un homard cuit facilement reconnaissable à sa couleur rouge, un bouquet de persil, un bol en porcelaine blanche rempli de mayonnaise, unes reste d'une coquille d'œuf dur.  Le blanc de l'entablement fait bine entendu ressortir le rouge de  l'animal, procédé que Caillebotte a utilisé à plusieurs reprises et notamment dans la nature morte à la langouste présentée aussi sur ce blog le 19/12/2014.

Rappel Biographique : le peintre français Gustave Caillebotte fut aussi mécène, collectionneur  et organisateur des expositions impressionnistes de 1877, 1879, 1880 et 1882. Le talent de Caillebotte fut longtemps méconnu (sauf aux États-Unis) au profit de son rôle de « mécène éclairé ». Le peintre fut redécouvert dans les années 1970 à l'initiative de collectionneurs américains. Les rétrospectives de ses œuvres sont désormais fréquentes. Certains de ses tableaux se trouvent maintenant au musée d'Orsay à Paris. Caillebotte est l'un des premiers grands peintres français à exposer régulièrement aux États-Unis, où il rencontre un vif succès, et où se trouvent aujourd'hui nombre de ses toiles. Il est l'un des fondateurs du courant « réaliste », qu'illustrera par exemple au 20e siècle l'américain  Edward Hopper. Fortuné, il n'a pas besoin de vendre ses toiles pour vivre, si bien que ses descendants possèdent encore près de 70 % de ses œuvres. À sa mort, Martial et Auguste Renoir son exécuteur testamentaire, prennent les dispositions pour que l’État accepte le legs de ses tableaux impressionnistesLes historiens d'art qualifient volontiers cet artiste « d’original et audacieux ». Sa technique ne l'est pas moins assez proche de l'art photographique, mais, par de puissants effets de perspectives tronquées, les distances et les premiers plans sont écrasés et l'horizon absent, d'où la perception instable et plongeante (Caillebotte invente la vue en plongée dans la peinture). Les effets de vue plongeante s'imposent dans son art à travers les personnages au balcon et ses vues en surplomb des rues et des boulevards.  Dans ses natures mortes saisies souvent dans des cadrages et sous des angles inhabituels, il s'intéresse surtout à l'aspect préparé et alimentaire. Il affectionne les natures mortes à l'étalage dont il croque le plan sur les marchés, dans les restaurants, ou dans les boutiques et qu'il retravaille entièrement dans son atelier, car contrairement aux impressionnistes qui peignent en plein air, Caillebotte retravaille toutes ses esquisses à l'atelier. 

mercredi 17 février 2016

Guillaume Fouace (1827-1895) - Nature morte à la timbale d'argent




Guillaume Fouace (1827-1895)
Nature morte à la timbale d'argent, 1881
Musée Thomas-Henry  Cherbourg-Octeville

Que voit-on ? C'est l'élément qui n'est pas mentionné dans le titre qui apparait à première vue sur la gauche du cadre, à savoir l'orange. La timbale en argent de taille plus petite, la reflète d'ailleurs sur un de ses côtés.

Rappel biographique :  Né fils de cultivateur, il reprend la ferme familiale à la suite de la mort de son père, au hameau de Jonville à Réville, à l'âge de 24 ans. Dessinant depuis son enfance, son talent fut remarqué par le conservateur du Musée de Cherbourg de l'époque. Grâce à lui, il obtient, comme son illustre prédécesseur cotentinais Jean-François Millet, deux bourses de la municipalité cherbourgeoise afin de poursuivre ses études de peintre à Paris. En 1870, trois ans après son arrivée dans la capitale, il expose au Salon comme peintre-portraitiste. En 1873, il présente ses premières natures mortes qui, pour beaucoup, sont assez novatrices. Il a réalisé plus de 700 tableaux à tendance réaliste, principalement des portraits, des natures mortes et quelques paysages. Le Musée d'Orsay à Paris possède quelques-unes de ses toiles. Le Musée Thomas-Henry de Cherbourg-Octeville consacre une salle à une quarantaine de ses oeuvres.
Peintre romantique jusque dans sa vie, Fouace meurt en 1895, d'une maladie pulmonaire avant de recevoir la médaille de Chevalier de la Légion d'honneur que le gouvernement venait de lui attribuer. Sa tombe, que l'on peut voir au cimetière de Réville, est ornée d'un gisant en marbre blanc de sa fille Beatrix, née en 1875 et décédée en 1888.

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mardi 16 février 2016

Henri-Horace Roland de La Porte (1724-1793) - Nature morte aux potirons et aux champignons



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Henri-Horace Roland de La Porte (1724-1793)
Nature morte aux potirons et aux champignons
Musée des Beaux-arts de Rouen, France

Que voit-on ?  Posés sur un entablement de pierre pouvant être celui d'une remise ou d'un garde- manger :   un  gros quartier de potiron comportant encore ses pépins,  un panier de champignons, de Paris rempli à ras bord,  des racines et  des carottes, sauvages, une roue de brie dont un quartier a été coupé et posé sur la roue, fromage, un couteau  et sur la mur à l'extrême droite de la composition une bouteille accroché en hauteur.  Peinte dans des tonalités monochromes, cette oeuvre fut longtemps attribuée à Chardin, comme beaucoup d'oeuvres d'Henri-Horace Roland de La Porte, et elle dut attendre 1967 pour être enfin attribuée à son véritable auteur.

Rappel biographique : Le peintre français Henri-Horace Roland de la Porte  fut un  élève de Jean-Baptiste OudrySpécialisé dans les natures mortes  animalières , natures mortes avec  fruits mais aussi  trompe l'oeil, De La Porte est reçu à l’Académie royale de peinture et de sculpture avec Vase de lapis, sphère et instruments de musique comme morceau de réception. Peignant de nombreuses natures mortes aux instruments de musique, il expose très fréquemment au Salon de 1761 à 1789. La proximité de son style avec celui de Chardin  a été souvent une source d’erreurs d’attribution comme précisément pour cette nature morte a la vielle encore quelquefois attribué aujourd'hui à Chardin.  Les deux peintres sont pourtant assez différents et leur touche n'a rien de commun. 
En 1765, Diderot écrit, excédé par ce rapprochement permanent entre De La Porte et Chardin  : 
« Dites à ceux qui passent devant Roland de La Porte sans s’arrêter, qu’ils n’ont pas le droit de regarder Chardin. Ce n’est pourtant ni la touche, ni la vigueur, ni la vérité, ni l’harmonie de Chardin ; c’est tout contre, c’est-à-dire à mille lieues et à mille ans. C’est cette petite distance imperceptible, qu’on sent et qu’on ne franchit point. Travaillez, étudiez, soignez, effacez, recommencez, peines perdues. La nature a dit : Tu iras là, jusque là, et pas plus loin que là. Il est plus aisé de passer du pont Notre Dame à Roland de La Porte, que de Roland de La Porte à Chardin. » 

2016 - A Still Life Collection 

Un blog de Francis Rousseau

lundi 15 février 2016

Alexandre-François Desportes (1661-1743) - Fruits, fleurs et légumes dans un paysage




Alexandre-François Desportes (1661-1743)
Fruits, fleurs et légumes dans un paysage, 1720
Collection privée

Que voit-on ? Une œuvre qui brille par l’équilibre de sa composition et la douceur de son chromatisme. Francois Desportes maîtrise ici les éléments qui font de lui un des plus grands artistes du 18e siècle français dans le genre de la nature morte et du paysage. Il livre ici une vision poétique, harmonieuse, presque romantique d’un paysage parfaitement ancré dans le raffinement du siècle.
Les éléments de nature morte comme le panier de prunes ou encore le panier de fraises renvoient à une culture très classique du genre de la nature morte et révèlent pleinement la parfaite connaissance des œuvres de Louyse Moillon, François Garnier et Pierre Dupuis. Il associe le fond de paysage qui est une de ses grandes inventions en extérieur. En effet, Desportes est un des premiers artistes à s’intéresser à la peinture du paysage réel. C’est à partir de 1700 qu’il se consacre à la réalisation de nombreuses études de paysages et de plantes réalisées in situ (nombre d'entre elles sont conservées à la manufacture nationale de Sèvres). Ces études faites d’après nature sont autant de motifs ornementaux destinés aux grandes natures mortes qu’ils commencera à peindre dans les années 1704-1708. Ainsi, dans ce tableau, la tige de pavot fleuri est librement inspirée  de l’esquisse peinte sur papier  du musée de Sèvres.  Ce tableau est l’aboutissement des premières expériences du peintre. 

Rappel biographique : Issu d’une famille modeste, François Desportes était destiné à être paysan mais, à la suite d’une longue période de convalescence, il s’initia au dessin et acquit peu à peu une grande maitrise de cette technique. Il devint l’élève de Nicasius Bernaerts, d'origine flamande, alors membre de l’Académie royale et spécialisé dans la peinture animalière. Au cours de ses premières années, il découvrit ainsi la peinture flamande dont il va subir l’influence tout au long de sa carrière. 
A la mort de Bernaerts, Desportes ne se fia plus qu’à la nature. En 1695-1696, il fut nommé portraitiste à la cour de Pologne avant d’être rappelé en France où il abandonna le genre du portrait pour se consacrer presque exclusivement à la peinture animalière. Reçu à l’Académie royale en 1699, il participa à la décoration de la ménagerie de Versailles. Outre la peinture animalière, Desportes se distingua aussi par ses natures mortes. On y perçoit l’approche réaliste flamande qui se traduit aussi bien dans les fonds de paysage que dans le rendu riche et méticuleux des matières alliée à une délicatesse toute française.

dimanche 14 février 2016

Emmanuel Sougez (1889-1972)




Emmanuel Sougez (1889-1972)
Nature morte avec linges, 1935
BnF, Estampes et Photographie, Paris

Que voit on ?  Les natures mortes de Sougez répondent à une fascination visuelle pour la répétition d'un même motif. Qu'il s'agisse de piles de linge, de sardines disposées en rond, ou de bouteilles alignées, la multiplication d'objets simples et leur organisation en ensembles graphiques élaborés les détachent de leur trivialité fonctionnelle pour en dégager une esthétique élémentaire. Dans ses nombreuses natures mortes, Sougez cherche à atteindre une certaine perfection des formes : mises en lumière avec soin et prises à la chambre pour un meilleur rendu des nuances, ses compositions épurées ne laissent rien au hasard. Par leur agencement, le photographe soumet les éléments choisis aux lois de l'équilibre et des contrastes optiques.

Rappel BiographiqueJeune étudiant aux Beaux-arts de Bordeaux, Emmanuel Sougez voit bientôt dans la photographie le moyen de circonvenir le risque d'un éventuel insuccès artistique. L'histoire de la photographie est heureusement riche de ces détournements de vocations, et Paris puis Lausanne offrent à Sougez les moyens de ses ambitions. Dans les studios qui l'emploient, il perfectionne une pratique de l'image appliquée à la publicité et l'illustration.
Par le hasard d'une rencontre, Sougez est conduit en 1926 à fonder le service photographique du journal l'Illustration. Devenu acteur important du Paris photographique, il contribue par ailleurs à perfectionner un système de prise de vue en couleur : le procédé Finlay.
Dans la florescence éditoriale de l'entre-deux guerres, Emmanuel Sougez publie dans la revue Arts et Métiers Graphiques, éditée par l'indéfectible Charles Peignot. Les plus grandes signatures, Kertész, Man-Ray, Krull, Moholy-Nagy s'y expriment et cet illustre voisinage finit d'asseoir sa renommée.
Expositions et succès critique s'enchaînent. En 1937, Emmanuel Sougez participe à l'émergence du groupe Le Rectangle, qui défend une photographie technique, professionnelle et maîtrisée. Pourtant, la situation de la France occupée, dans le conflit mondial, jette sur l'entreprise un voile de malentendu qui s'estompera en 1946 avec la fondation du Groupe des XV.
Adepte des grands formats, rigoureux à la prise de vue comme au tirage, et créditant l'objet de sa photographie d'un équilibre et d'une exactitude formels intrinsèques, Emmanuel Sougez peut s'inscrire dans le grand courant de la photographie objective, qui s'étendrait d'Albert Renger-Patzsch à Edward Weston. Puriste par ferme conviction il n'a de cesse de pratiquer la photographie qu'en " ennemi du hasard ".




samedi 13 février 2016

François Garnier (1600-1672)



François Garnier (1600-1672)
Nature morte au panier de poires, amandes et  figues sur un entablement de bois
Collection privée

Que voit-on ?  Posées à même un entablement de bois des amandes fraiches encore recouvertes de leur peau duvetée verte à côté de trois figues mûres à point dont la peau commence à s'entrouvrir. Un panier en paille occupe le fond cadre et aussi le principal espace ; il est rempli d'au moins deux douzaines de poires (de la variété Williams) astucieusement présentées sous tous leurs angles.     Selon Sotheby's qui a authentifié cette toile au moment de son passage en vente publique, ce travail de Garnier  atteste de l'héritage des maîtres flamands, mais avec une prédilection pour des compositions austères et bien construites, conçues davantage comme des " portraits "de fruits que pour leur valeur décorative.  Ce tableau répond sans aucun doute à cette approche plus intellectuelle de la nature morte. Un long entablement de bois structure la composition et focalise l'attention du spectateur sur ce ' portrait'" de corbeille de poires baignées dans une lumière grave presque caravagesque.

Rappel Biographique : Le peintre français François Garnier, spécialisé dans les natures mortes, fut  très connu dans les milieux calvinistes parisiens. En 1620, il épouse Marie Gilbert, veuve du peintre et marchand de tableaux Nicolas Moillon (père de Louise Moillon et d'Isaac Moillon).  On peut d'ailleurs tout à fait imaginer qu'il initia Louise au genre de la nature morte, tant certaines de leurs oeuvres se ressemblent. Calviniste comme sa femme, il habite dans l'Ile de la Cité  à Paris et possède le titre de bourgeois de Paris. Peintre et marchand de tableaux il achète une loge rue Mercière, à la foire Saint-Germain, en 1627. Sa femme meurt en 1630 et il se remarie en 1634 avec Denise Du Pont, la veuve de l'orfèvre Jacques Le Sage. Quelques-unes de ses nature mortes sont conservées au Musée du Louvre, bien que l'u d'entre elles aient disparue du catalogue. Elles se caractérisent toutes par une grande réserve et une sobriété de moyens inhabituelle en France, si on les compare au délire décoratif qu'atteint ce genre au 17e siècle partout en Europe. 

vendredi 12 février 2016

Jean Lurçat (1892-1966)




Jean Lurçat (1892-1966)
Trois fruits coupés (1927)
Collection privée

Que voit-on ?  Encadrée par deux fruits coupés de formes oblongues et de couleurs différentes (l'un jaune, l'autre mauve), un  gros fruits  central qui pourrait être une pomme dont on aperçoit le coeur.

Rappel biographique : Le peintre, céramiste et créateur de tapisseries monumentales français, Jean Lurçat doit principalement sa notoriété à ses travaux de tapisserie dont il rénova en profondeur le langage. Après des études dans  l'atelier de Victor Prouvé, le chef de l'Ecole de Nancy Jean Lurçat s'installe à Paris où  s'inscrit à  l'académie Colarossi puis à l'atelier du graveur Bernard Naudin. Il découvre alors  Matisse Cézanne, Renoir. l devient ensuite apprenti auprès du peintre fresquiste Jean-Paul Lafitte avec lequel il mène, en 1914, un premier chantier à la faculté des sciences de Marseille. 
En 1917, Jean Lurçat fait exécuter par sa mère, ses premiers canevas : Filles vertes et Soirées dans Grenade. Dès la fin de la guerre, en 1918, il revient en Italie où il passe, en 1919 des vacances en compagnie de Rilke,  Busoni,  Hermann Hesse et Jeanne Bucher. Sa deuxième exposition se tient à Zurich cette année-là.
En 1920, il s'installe à Paris avec Marthe Hennebert (qui avait été, à partir de 1911, la muse de Rainer Maria Rilke). C'est elle qui tisse au petit point deux tapisseries : Pêcheur et Piscine. Il expose cette année-là au Salon des indépendants deux tapisseries et quatre toiles. En 1927,  il décore le salon de la famille David Weill  : il s'agit de quatre tapisseries au petit point et réalise L'Orage pour  Georges Salles (Musée d'art moderne) ). En 1928. il fait sa  première exposition à  New York. 
En 1930, il expose à Paris, Londres, New-York,  Chicago.
En juillet 1937, à Angers  la vision de L'Apocalypse (14e siècle) provoque chez lui un choc esthétique et artistique annonciateur de l'œuvre à venir. En 1938, Moisson (2,75 × 5,50 m) est tissée chez Tabard. La manufacture de  Beauvais  tisse les tapisseries pour quatre fauteuils, un divan et un paravent destinés à accompagner la tenture d'Icare. En 1939, il expose à New-York et Paris . En septembre, il s'installe à Aubusson avec  Gromaire et Dubreuil pour essayer de redonner vie à la tapisserie qui, à l'époque, subit une grave crise. Il met au point un nouveau langage technique : carton numéroté, palette réduite, tissage robuste à large point. Et désormais, il abandonne le travail à l'huile au profit de la gouache  Le Musée d'art moderne 
En 1944, ses tapisseries sont exposées à Paris et ses peintures à New-York.
Comblé d'honneur et au fait de la gloire, Jean Lurçat meurt subitement en janvier 1966 à  Saint Paul de Vence.  Sur sa tombe un soleil gravé dans la pierre avec une devise : « C'est l'aube ». Ces deux mots sont le début de la phrase, écrite par lui, qu'il avait fait graver sur son épée d'académicien :
« C'est l'aube d'un temps nouveau où l'homme ne sera plus un loup pour l'homme… »






jeudi 11 février 2016

Harmen Steenwijck (1612-1656)



Harmen Steenwijck (1612-1656)
Still-Life with pickles
Private Collection

Que voit-on ? Sur un entablement de bois, de droite à gauche : deus gros cornichons symbole évoquant la virilité entouré de quelques cerises ; deux pêches, symboles évoquant la féminité, entourées de mûres et de deux catégories différentes de groseilles. Il est possible que cette nature morte à visées pédagogiques, qui n'est pas t dans la manière habituelle de ce peintre, ait été commandée  pour être offerte à une jeune couple, fraîchement marié, comme cela se pratiquait assez fréquemment aux Pays-Bas au 17e siècle.

Rappel biographique : le peintre néerlandais du siècle d'or Harmen Steenwijck ou Harmen van Steenwyck est connu pour ses natures mortes et ses vanités. Il est le frère de Pieter Steenwijck,qui fut également peintre de natures mortes. Il demeure peintre actif à Leyde de 1628 à 1633. Il retourne dans sa ville natale de 1633 à 1656. En 1654-1655, il entreprend un voyage vers les Indes orientales néerlandaises. Il est surtout connu pour son œuvre Une allégorie des vanités de la vie humaine visible à la National Gallery de Londres.



mercredi 10 février 2016

Eugène-Louis Boudin (1824-1898)



Eugène-Louis Boudin (1824-1898)
Nature morte avec gigot d'agneau (1859)
Musée Eugène Boudin, Honfleur

Que voit-on ?  Quatre éléments posés sur un entablement peu identifiable. Au premier plan un oiseau mort toutes ailes déployées ; à gauche une pomme ; à droite un bocal en verre sombre fermé par une bouchon à cachet de cire ; au fond du cadre à droite, envahissant la moitié de la composition, un gigot d'agneau  dont les parties grasses semblent plus importantes que les parties charnues. Ces natures mortes dites de  " tableaux de salle a manger " étaient très recherché des marchands et collectionneurs de la région  riche région du Havre au 19e siècle, reflet anecdotique intéressant d'une identification certaines entre les commerçants maritimes du Havre et les riches commerçants hollandais du 17e siècle qui eux mêmes commandèrent beaucoup de " tableaux de salle a manger" aux peintres de l'âge d'or.

Rappel biographique : Le grand peintre français de paysages, de marines et de plages, Eugène-Louis  Boudin n'a pas peint énormément de natures mortes, mais il en a laissé tout de même un catalogue significatif. On peut comprendre que cet homme qui fut à l'origine de la peinture à l'extérieur de l'atelier, n'ait pas été très attiré par le genre de la nature morte qui est par essence un genre d'atelier.
Eugène-Louis Boudin est considéré comme l'un des précurseurs de l'impressionnisme. Peintre marin, expert en matière de rendu de tout ce qui est lié à la mer et à ses rivages, il peint notamment de nombreux tableaux décrivant la vie des pêcheurs sur les ports et les marchés,  ainsi que celle des familles bourgeoises du 19e siècle sur les plages de Normandie. S'il ne rencontre un succès public relatif qu'à l'approche de la soixantaine, son travail de peintre d’avant-garde est reconnu par les critiques et peintres impressionnistes dès les années 1870, les collectionneurs (Ivan Tourgueniev, Georges Feydeau, puis les Rothschild ou Cary Grant) se mettant dès lors à acheter ses tableaux de paysage mais c'est surtout à partir de 1929, année qui voit Jeanne Lanvin acheter une de ses toiles, que le succès et la reconnaissance lui sont définitivement assurés.
Au cours de sa vie, Eugène-Louis Boudi  a peint près de 4 500 tableaux et laissé autant de dessins, pastels et aquarelles. C'est le musée d'art moderne André-Malraux du Havre qui possède la plus grande collection de tableaux de Boudin, avec 224 peintures dont de nombreuses esquisses et études, toutes exposées. Une grande partie provient du « legs Boudin », comportant 60 toiles et 180 panneaux, reliquat de la vente aux enchères, le 21 mars 1899, des œuvres retrouvées dans son atelier à sa mort. Le Musée Eugène-Boudin de Honfleur possède en outre 93 œuvres de l'artiste. Ce musée a été créé en 1868 par Louis-Alexandre Dubourg, peintre honfleurais et ami de Boudin. Ce dernier enrichit les collections du musée en léguant à sa ville natale 53 de ses œuvres ainsi que 17 œuvres de ses amis (Ribot, Hamelin...).

mardi 9 février 2016

Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779), Nature morte au pilon et mortier, deux oignons et bassine en cuivre

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Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779)
Nature morte au pilon et mortier, deux oignons et bassine en cuivre
Musée Cognacq-Jay. Paris

Que voit-on ? Sur un entablement de pierre qui porte la signature du peintre, une nature morte d'ustensiles de cuisine qui permet à Chardin d'explorer, comme ses maîtres les peintres hollandais l'avaient fait avant lui, les diverses textures en présence : pierre de l'entablement, bois chantourné du pilon et du mortier, céramique vernissée du plat de cuisson et cuivre et manche en fer de la bassine  rehaussé par la texture a la fois soyeuses et brillantes de deux oignes et d'un couteau au manche d'ébène. Du point de vue des tonalités, malgré l'atmosphère dorée qui baigne la toile, c'est une nature morte qui tend vers cette monochromie que Chardin explora  dans toute une partie de son oeuvre.

Rappel biographique : Célèbre pour ses scènes de genre et ses pastels, Chardin est aussi reconnu pour ses natures mortes dont il reste le maître incontesté. D'après les frères Goncourt, c'est Coypel qui en faisant appel à Chardin pour peindre un fusil dans un tableau de chasse, lui aurait donné le goût pour les natures mortes. Ces deux tableaux de réception à l'Académie Royale de peinture sont tous deux des natures mortes, La Raie et Le Buffet qui se trouvent aujourd'hui au Musée du Louvre. Chardin devient ainsi peintre académicien « dans le talent des animaux et des fruits », c'est-à-dire au niveau inférieur de la hiérarchie des genres alors reconnus. Et c'est sans aucun doute Chardin qui va lui donner ses lettres de noblesse et en faire un genre pictural égal, voire même supérieur à bien des égards, aux autres. Les natures mortes qu'il peindra plus tard (à partir de 1760) sont assez différentes des premières. Les sujets en sont très variés : gibier, fruits, bouquets de fleurs, pots, bocaux, verres...  Chardin semble s'intéresser davantage aux volumes et à la composition qu'à un vérisme soucieux du détail, ou aux  effets de trompe-l'œil. Les couleurs sont moins empâtées. Il est plus attentif aux reflets, à la lumière : il travaille parfois à trois tableaux à la fois devant les mêmes objets, pour capter la lumière du matin, du milieu de journée et de l'après-midi. On peut souvent parler d'impressionnisme avant la lettre.

2016 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau, #AStillLifeCollection, #NaturesMortes 


lundi 8 février 2016

Jan Jansz Treck (1606-1652)


Jan Jansz Treck (1606-1652) 
Still Life with a Pewter Jug and Two Porcelain Plates
The National Gallery, London

Que voit-on ?  Une nature morte constituée d'objets. Objets en étain, en argent, en porcelaine en verre et tissu dont la peinture permet de se livrer à un exercice de style  sur les contraste de textures et de matières

Biographie : En 1623 Treck a commencé son apprentissage de peintre de natures mortes chez son beau frère Jan den Uyl. Son style est également  très influencé par celui de  Pieter Claesz Heda et Willem Kalf. En 1643 et 1644 on retrouve Treck poursuivant son apprentissage dans l'atelier d'Abraham Jansz. Sa première œuvre connue est signée et datée de 1641, après la mort de Jan den Uyl. Cependant une œuvre est connue pour comporter les deux signatures, ce qui laisse supposer que Treck ait pu peut-être terminé peintures Den Uyl après sa mort. A partir de1640, il fournit en tableaux  le marchand d'art Hendrick Uylenburgh contre de l'argent et acquiert de ce fait le statut de peintre professionnel.

dimanche 7 février 2016

Henri Fantin-Latour (1836-1906) - Nature morte aux pensées



Henri Fantin-Latour (1836-1906)
Nature morte aux pensées  1874
The MET, NYC

Que voit-on ?  Des pots remplis de pensées (une fleur de printemps) et une branche de pommier portant 5 pommes (un fruit de fin d'été voir d'automne).  Il est donc fort probable que les pensées peintes ici aient été  cultivées dans une serre. A la suite de cette nature morte, Fantin-Latour est revenu plusieurs fois sur le thème des pensées :  en 1883 avec Pensées dans un pot, et en 1903 (un an avant sa mort) avec son magnifique Pensées, sans doute le plus abouti de ses tableaux sur ce thème. D'après la propre femme de Fantin-Latour, cette nature morte aux pensées fait parie de des 31 natures mortes de fleurs et fruits que le peintre peignit dans la seule années 1874

Rappel biographique : le peintre et lithographe français  Henri Fantin-Latour était plus connu  de son vivant pour ses portraits de femmes, ses portraits de groupes dont il rénova le style compassé et  pour ses peintures allégoriques que pour ses natures mortes, pourtant admirables. Aujourd'hui c'est exactement le contraire  ! Membre du groupe dit « de 1863  », puis du Cénacle des Batignolles où l'Impressionnisme serait né, Fantin-Latour fait souvent figure de chaînon entre la peinture romantique et l'impressionnisme.  Ses natures mortes, fleurs ou fruits, ont souvent trouvé acquéreur grâce à son ami Whistler qui a attiré en l'attention en Angleterre sur Fantin, à une époque où la peinture impressionniste française était peu appréciée dans ce pays.

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samedi 6 février 2016

Floris Gerritsz van Schooten (1585-1656)



Floris Gerritsz van Schooten (1585-1656)
Nature morte avec collation au jambon et fromages
Frans Hals Museum

Que voit-on ?  Sur un entablement partiellement recouvert d'une nappe blanche dont on aperçoit les plis et d'une  serviette posée sur la coin droit de la composition : une collation  présentée dans divers plats exposés sur deux plans. Au premier plan, en pleine lumière : une motte de  beurre dans un plat en porcelaine ; du jambon et deux cerises dans un plan en argent devant lequel on a posé deux biscuits ; du pain  rond dans un plat en étain en équilibre sur le bord de l'entablement et visiblement retenu par la serviette sur la droite ; deux fromages à pâtes cuites empilés les uns sur les autres dur la partie droite du cadre. A l'arrière plan dans un pénombre très accentuée, on remarque de gauche à droite : un plat en céramique vernissée sombre contenant, des raisins secs ou des olives (difficile à identifier) , un pot en verre contenant visiblement du miel ;  l'extrémité du jambon ; un objet en forme de "roulé "qui semble être un pain d'épices ou un morceau de fromage ou un pâté qui arrête un moment la lumière avant qu'elle ne réapparaisse derrière la grande pièce de fromage. Cette collation plutôt modeste au regard d'autres de la même époque est prétexte à description minutieuse des diverses textures présentes : verre, porcelaine, argent, étain, tissu et pâtes des fromages. On notera l'assiette contenant la motte de beurre isolée sur le fond noir de la table pour mieux en accentuer les couleurs. De même que le liseré en dentelle de la nappe à gauche qui revient fréquemment à l'identique dans plusieurs des natures mortes de ce peintre.

Rappel biographique : Peintre néerlandais du siècle d'or, Floris Gerritsz van Schooten (1585-1656) est principalement connu pour ses natures mortes. Entre 1617 et 1642,  il va peindre une centaine de natures mortes. Les premières, dans des coloris très vifs et explosifs et les dernières avec une touche qui évolue progressivement vers des compositions plus monochromes privilégiant souvent les accords de bruns et des gris, déjà sensible plusieurs de ces toiles précédentes.
Floris Gerritsz van Schooten signait ses tableaux avec le monogramme FvS.
Le catalogue de ses œuvres fut établi, assez tardivement,  dans les années 1960.

vendredi 5 février 2016

Giuseppe Recco (1634-1695)



Giuseppe Recco (1634-1695)
Grande natura morta cucina con verdure, piatto, cestino, pollame morto e l'uvade
Museo Ceralbo, Madrid.

Que voit-on ? Un  bric à brac saisi dans un garde manger de cuisine où se mélangent plats en céramiques et marmites en cuivre avec  des légumes (navets tomates, chou céleri et avoine), du gibier,  des fruits (raisin et pommes) et  un morceau de fromage largement entamé. Un verre brisé gisant au premier plan près du soufflet servant à attiser l'âtre, laisse entrevoir la fin prochaine de cette abondance et la fragilité de la condition humaine.

Rappel biographique : Issu d'une famille de peintres napolitains, Giuseppe Recco se forma d'abord près de son père, Giacomo, dans un milieu auquel avait  été transmis l'impulsion décisive du caravagisme. Malgré sa grande importance dans l'histoire de la nature morte  napolitaine, Giuseppe Recco, surtout  peintre de fleurs, ne peut être toutefois considéré comme un chef d'école, même s'il ne fait pas de doutes qu'il ait initié à ce genre quelques-uns de ses meilleurs représentants comme  Paolo Porpora, Luca Forte, puis ses propres fils, Giambattista et Giuseppe. 
Mais la manière brillante de ce dernier, la qualité qui s'affirme dès ses premières œuvres datées (1664) révèlent une personnalité beaucoup plus vigoureuse que celle de son père, une ouverture aussi à d'autres exemples : celui de son frère Giambattista, celui des Lombards — Evaristo Baschenis, Bettera — qu'il découvre au cours d'un séjour à Milan vers sa vingtième année. 
Au-delà de ces influences, l'art de Giuseppe Recco s'affirme par une sensibilité extrême à la poésie de la nature, dont une observation attentive lui fait percevoir les nuances les plus subtiles, les modulations les plus riches. Qu'il peigne des Fleurs (pinacothèque de Pesaro, musée de Varsovie), des Poissons (musée du Prado, palais Pitti, Florence), une Nature morte au gibier (palais de Montecitorio, Rome) ou une Cuisine (galerie de l'Académie, Vienne), la fraîcheur de sa vision picturale servie par une touche rutilante et déliée lui assure une place de premier plan parmi les maîtres de la nature morte italienne.


jeudi 4 février 2016

Claude Monet (1840-1926) - Oranges en branche




Claude Monet (1840-1926)
Nature morte aux oranges en branche (1884)
Collection privée

Que voit-on ? Une branche d'oranger qui porte 6 oranges groupés par trois et leurs feuilles. Le fond est blanc cassé, gris bleu et  et bleu.  Une autre version de ce tableau ce trouve à l'Orangerie de Versailles. Il existe aussi une version similaire avec des citrons.

Rappel biographique : le peintre français Claude Monet, l'un des fondateurs de l'impressionnisme, est surtout connu pour ses paysages et ses portraits.  " La couleur, disait-il " est mon obsession quotidienne, ma joie et mon tourment ".   Claude Monet est l’un des fondateurs de l'impressionnisme. En 1859, il part à Paris tenter sa chance sur le conseil d'Eugène Boudin. Après des cours à l'académie Suisse puis chez Charles Gleyre et la rencontre de Johan Barthold Jongkind, le tout entrecoupé par le service militaire en  Algérie, Monet se fait remarquer pour ses peintures de la baie d'Honfleur. En 1866, il connait le succès au Salon de la peinture. Toute cette période est cependant marquée par une grande précarité. Il fuit ensuite la  guerre de 1870  à Londres puis aux Pays-Bas. Dans la capitale anglaise, il fait la rencontre du marchand d'art Paul Durand-Ruel qui lui assurera sa principale source de revenu pendant le reste de sa carrière. Revenu en France, la première exposition des futurs impressionnistes a lieu en 1874. À partir de 1890, Monet se consacre à des séries de peintures, c'est-à-dire qu'il peint le même motif à différentes heures de la journée, à diverses saisons. Il peint alors parfois des dizaines de toiles en parallèle, changeant en fonction de l'effet présent. La fin de sa vie est marquée  par une maladie, la  cataracte, qui affecte son travail.
Monet peint devant le modèle sur l'intégralité de sa toile dès les premières ébauches, il retouche ensuite de nombreuses fois jusqu'à ce que le résultat le satisfasse. Contrairement à ce qu'il affirme, il termine la plupart de ses toiles en atelier, prenant modèle sur les premières peintures d'une série pour peindre les autres. D'un caractère parfois difficile, prompt à la colère comme au découragement, Claude Monet était un grand travailleur qui n'hésitait pas à défier la météo pour pratiquer sa passion. Monet résume sa vie ainsi de la meilleure manière : « Qu'y a-t-il à dire de moi ? Que peut-il y avoir à dire, je vous le demande, d'un homme que rien au monde n'intéresse que sa peinture - et aussi son jardin et ses fleurs ».








mercredi 3 février 2016

Clara Peeters (1594-1657)



Clara Peeters (1594-1657)
Nature morte aux noix, friandises et fleurs, 1611
Museo Nacional del Prado, Madrid

Que voit-on ? C'est une nature morte d'apparat qui représente une collation. Comme d'habitude, Clara Peeters s' y applique surtout à détailler les contrastes de matières et de textures entre l'or du calice très richement sculpté, (qui trône véritablement au centre de la composition),  l'étain du pot à eau (dans lequel se reflète le coôé opposé de la chambre), l'argent du plat qui supporte friandises et biscuits, le cristal du magnifique verre  qui contient un jus de fruits rouges, et les porcelaines du saladier qui contient les fruits secs et du vase qui contient les fleurs. Sans oublier l'entablement en pierre  dont la texture est très précisément exécutée.

Rappel biographique : la peintre Flamande Clara Peeters  était autodidacte et a peint essentiellement des natures mortes. (à l'exception d'un auto portrait). Elle fut active très jeune en tant que peintre (dès l'âge de 13 ou 14 ans selon les documents !) et fait partie des premières femmes peintres qui ait exercé officiellement ce métier, avec une place reconnue de son vivant, par les Guildes des peintres de la période d'or du baroque flamand.  Cette femme à la personnalité hors du commun, dont on pense qu'elle fut, adolescente, l'élève très privée d'Osias Beertse spécialise, dès l'âge de 18 ans, dans les natures mortes dont elle saisit les sujets soit autour de la table des repas quotidiens soit dans des mises en scène plus sophistiquées. Elle s'intéresse beaucoup aux reflets sur les objets métalliques, pièces, plats, vases, coupes, timbales bijoux, présents fréquemment dans ses compositions, en premier plan, avec un fond plus sombre. Ces plus belles natures mortes - qui sont autant de chef d'oeuvres - ont été peintes dans l'année 1611 et sont conservées au Musée du Prado.

mardi 2 février 2016

Chaïm Soutine (1893-1943)



Chaïm Soutine (1893-1943)
Nature morte au faisan (1924)
Musée de l'Orangerie, Paris
Coll. Jean Walter et Paul Guillaume

Que voit-on ? Posé sur un table, un faisan gisant dans un  torchon  blanc déplié et taché de traces jaune qui figurent sans doute l'état d'avancement du gibier. Soutine dans son style si particulier a conservé les plumes et la parure de l'animal qu'il s'applique à rendre en circonvolutions abstraites et colorées. Ce cadavre d'animal, contrairement a beaucoup d'autres qu'il a peint, n'est pas éventré. Un gros piment rouge posé en plein milieu du torchon blanc (et du cadre )évoque à peine une tache de sang indélébile. Une saucière blanche disposée dans le fond de la toile est liée à la blancheur du torchon par une cuillère en bois au manche interminable.  Le torchon lui-même avec ses taches et ses empreintes finit par former à lui seul une très interessante composition abstraite..

Rappel biographique : Le peintre français d'origine biélorusse Chaïm Soutine a développé une technique de peinture très qui utilise une palette de couleurs éclatantes et tourmentées tout en se situant dans une mode expressionniste avant la lettre qui a pu peut parfois, dans ses portraits, rappeler le style d' Egon Schiele. Il est l'un des peintres majeurs rattachés, à ce qu'on appelle l'École de Paris avec Modgliani et Chagall  et sans doute le personnage le plus extravagant de la bande.  
Dans le domaine des natures mortes, Soutine a commencé par traiter (avant la première guerre mondiale) des sujets assez banals (Nature morte a la pipe ou  Nature morte à la Soupière) puis se consacre surtout  à la représentation des animaux et en particulier des animaux écorchés ou éventrés qu’il prend comme modèle. Ces visions morbides issues de son enfance hanteront une bonne part de sa peinture, comme la série des carcasses de bœufs et celle des volailles (dindons, poulets, lapin etc...). Les voisins, horrifiés par les cadavres d’animaux qu’il conserve dans son atelier et les poissons qu'il laissent  plusieurs jours à l'air libre avant de les peindre, se plaignent des odeurs qui émanent de son atelier. Visiblement les natures mortes à sujets de  fleurs échappent à cette règle  (Glaïeuls (1919) et Le Vase de fleurs (1918).  
Pendant la Seconde guerre mondiale Soutine, traqué puisque juif, mène une vie clandestine, retournant souvent à Paris pour se faire soigner d'un ulcère récidivent. Bien que conscient du danger auquel il s’expose, il n'a jamais fait ou même tenter de faire les démarches nécessaires pour fuir la France. Suite à une dénonciation, il se réfugie près de Tours, avec sa nouvelle liaison, Marie-Berthe Aurenche, ex épouse de Max Ernst.  Le 31 juillet 1943, il est fiévreux et doit être hospitalisé. Avant d’être transporté, il se rend à son atelier et brûle ses toiles. À l’hôpital de Chinon, on le dirige vers une clinique parisienne. Les contrôles de la France occupée doivent être évités et le voyage se révèle plus long que prévu. Opéré sept jours  après son arrivée, il meurt deux jours après l'opération.


Au cimetière du Montparnasse, rien ne fut gravé sur la tombe avant la fin de la guerre. Pablo Picasso fut l'un des rares à suivre son enterrement. Malgré des interruptions plus ou moins longues, Chaïm Soutine a beaucoup peint et beaucoup détruit ses oeuvres et ce jusqu’à la fin de sa vie.

lundi 1 février 2016

Camille Pissarro (1830-1903)


Camille Pissarro (1830-1903)
Nature morte avec poivrons, 1899
Collection privée

Que voit-on ? Dans un intérieur aux murs tendu de tissus a impression abstraites bleues, posée sur un tapis d'orient au tonalités jaune oranger, une table en bois recouverte d'une nappe dont on aperçoit les plis. Sur la table : une théière et une cruche à vin espagnole mais surtout un poivron rouge posé sur la nappe blanche et  un saladier de céramique vernissée à motif floral dans lequel ont été déposés un poivron vert , deux rouges et un jaune. La scène se déroule dans un intérieur espagnol.

Rappel biographique : Jacob Abraham Camille Pissarro, dit Camille Pissarro, est un  peintre français d'origine danoise, qui appartient au mouvement de l'impressionnisme et du neo-impressioninsme. Théoricien du mouvement anarchiste, il fréquente assidûment les peintres de la Nouvelle-Athènes qui appartiennent au mouvement libertaire. Il partage cette position avec Paul Gaughin avec lequel il eut cependant des relations très tendues. Peintre de paysage et de scène de rues, Pissaro a peint moins d'une dizaine de natures mortes dans toute sa carrière.