samedi 3 décembre 2016

Willem Claeszoon Heda (1594-1680)





Willem Claeszoon Heda (1594-1680)
Still-Life with Gilt Goblet, 1635
 Rijksmuseum Amsterdam

Que voit-on ?  Sur une table recouverte d’une nappe verte elle même recouverte de deux serviettes en lin blanc damassé :  un plat en étain contenant des harengs (ingrédients central du petit déjeuner hollandais), un plat en étain contenant des huitres, un plat en étain contenant du pain, un verre de vin rouge, un vinaigrier en cristal, une grande salière en argent pleine de sel,  un verre Rummer à moitié plein de vin blanc, une  grande coupe en argent renversée pointant vers un vase sculpté en vermeil et vers une grande jarre en étain, un citron et un verre Berkemeyer couché sur le côté qui ferme la composition à droite.  Cette description froide cache à peine un veritable monument de l’âge d’or de la nature morte hollandaise, un chef d’oeuvre unanimement célébré de l’art de peindre en Hollande au 17e siècle, une référence absolue qui contient toutes les règles et tous les éléments du genre de la nature morte universelle, que tous les peintres (et photographes) déclineront jusqu’à nos jours de Chardin à Irving Penn…. On ne sait trop sur quoi s'extasier en premier ! Peut être la palette, très économe, presque monochrome du peintre qui rompt avec celle de son temps et qui en inspirera plus d'un ;  seule couleur vive : celle du citron et pour cause il est le symbole même de la vie : amère dans sa chair, fugace dans son zeste. Et puis il y a ces reflets !  Reflets de la fenêtre de la pièce dans le grand verre Rummer et dans le pot en étain au bas duquel on peut même apercevoir le reflet de la main du peintre peignant le tableau,  le reflet de ce qui se passe de l’autre côté du tableau !  Ce chef d’oeuvre a été mille fois copié à travers les siècles surtout dans l’ordonnancement de ces éléments, dont la composition, apparemment désordonnée, n’a pas d’égal. Il y a, au-delà,  de la précision des descriptions, de la diversité des matières décrites et de l’opposition constante des textures (le verre et l’étain, l’argent et l’or, le cristal et le lin de la nappe) un mystère, peut être dû à la vacuité  du fond que seul habite un rayon de lumière… Bien  sûr le message ici comme toutes les natures mortes de cette époque n’est autre que celui d’un  « Memento mori » qui dit :  " Souviens toi que tu vas mourir et que toutes ces richesses, toute cette abondance ne te seront plus d’aucune utilité." Le citron n’est pas une invitation à la tristesse mais au contraire, une invitation à profiter de la vie tant qu’il en est encore temps.  Le message épicurien omniprésent depuis les natures mortes de l‘antiquité et de Pompei (qu'Heda ne pouvait pas connaitre) se retrouve pourtant donc intact ici, magnifié par la technique et le génie de cet immense peintre.

Rappel biographique : Le peintre néerlandais Willem Claeszoon Heda qui signait de son prénom "Claez" ce qui engendre souvent des confusions avec un autre peintre de nature morte Pieter Claesz, fut un peintre spécialisé dans la peinture exclusive de natures mortes. Il travailla toute sa vie à Haarlem où il fut le président de la célèbre Guilde de Saint Luc. Sa peinture montre son excellence dans le rendu des reflets et dans la qualité de la reproduction de la surface des objets. Les natures mortes de Heda ont souvent une composition en forme de triangle, dans laquelle les objets les plus hauts sont placés sur un côté. Il utilise assez peu de couleur dans ses peintures qui semblent presque être des monochromies. Il réutilise souvent les mêmes objets d'un tableau sur l'autre. Récipients en argent, coûteux verres de Venise, Nautiles, verres Rummer, verres Berkemeyer intensifient les contrastes entre les aliments sur fond clair obscur.  Les tableaux de l'artiste furent le plus souvent des huiles exécutées sur panneau de bois, plus rarement sur toile. On peut déceler dans ses œuvres d’avant 1635, l’influence de Pieter Claesz (ainsi que de Floris Van Dyck (1575-1651). Après 1640 les compositions de Heda s'agrandissent, deviennent plus riches, plus décoratives, telle la nature morte exposée au Musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg. Dès cette époque, Heda abandonne le format horizontal qu'il utilisait traditionnellement pour le vertical.


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