vendredi 31 mars 2017

Roger Chastel (1897-1981)


Roger Chastel  (1897-1981) 
Natures mortes 1939  et 1941
Collection privée

Que voit on ? Dans ce diptyque peint à deux ans d'écart, un même sujet : trois pêches traitées dans une tonalité très sombre. Dans la composition de 1939, les pêches sont posées sur un plat en céramique. Dans le tableau de 194, elles sont posées sur un lit de feuilles à même la terre. 

Rappel biographique : Roger Chastel est un peintre français de l'Ecole de Paris dont l'œuvre s'inscrit à la limite de la non figuration.
« L’importance de Chastel lui vient de sa situation à un carrefour où il n’a jamais cessé de se tenir… L’art de Chastel n’est pas autre chose qu’une lente pénétration. (...) А la netteté du savoir il ajoute la plénitude de l’émotion. (...) Chastel se place dans cette sphère où l’art devient sa propre réalité… Le dépassement auquel parvient Chastel ne s’opиre pas malgré l’intégration toujours plus large du monde dans sa peinture, mais а cause d’elle. Il est le résultat de l’enchaînement de ses intégrations successives. Cet enchaînement seul, parce qu’il n’élimine rien du monde, est en mesure, engageant profondément le peintre dans le réel et l’en dégageant а la fois, de faire déboucher son art sur l’univers de la pure peinture. »
Jean-Louis FerrierRoger Chastel, dans Les Temps modernes, Paris, novembre 1958.

« Les tonalistes sont rares dans l’histoire de l’art. Ils y occupent une place singulière. C’est qu’ils donnent à la peinture son visage le plus secret en mкme temps que le plus patient. Pour Chastel les couleurs ne se différencient que parce qu’elles expriment des valeurs comparables. Entre un violet de cobalt et un violet d’alizarine la différence n’est pas de couleur, elle est de noirceur. »
Jean Lescure, préface à Chastel, Dessins, Galerie Numaga, La Chaux-de-Fonds, 1959, non paginé

jeudi 30 mars 2017

Othon Friesz (1879-1949)



Othon Friesz (1879-1949)
 Nature morte à la théière
 Collection particulière

 Que voit on ? Dans une atmosphère très sombre, une théière posée en équilibre sur un rebord de table où se bousculent des raisins, une poire, une pomme et  une boule à thé ouverte et vide. Un trait blanc cinglant, péremptoire, dessine le rebord, la ligne de fracture à ne pas franchir.

Rappel biographique :  Achille-Emile Othon Friesz, dit Othon Friesz, qui signait E. Orthon Friesz est un peintre et graveur français.  Othon Friesz est, avec Georges Braque et Raoul Dufy, l’élève de Charles Lhuillier à l’Ecole municipale des beaux-arts du Havre. Une bourse lui permet d’entrer à l’Ecole des beaux-arts de Paris dans l'atelier de Léon Bonnat en 1897, mais il préfère se former en fréquentant le musée du Louvre. D’abord influencé par les impressionnistes, puis par Vincent van Gogh et Paul Gauguin, quelques-unes de ses toiles sont exposées au Salon d'automne de 1905, avec des œuvres d'Henri MatisseAlbert Marquet et Henri Manguin. Les aplats de couleurs éclatantes et la nervosité du dessin donnent la sensation au spectateur de pénétrer dans une « cage aux fauves ». C’est le début du fauvisme, dont il va devenir l’un des représentants.
А l’été 1906, il effectue un séjour à Anvers avec Georges Braque, travaillant sur les mêmes sujets, puis, l’année suivante, à l’Estaque et La Ciotat, transposant sur leurs toiles la lumière du Midi. De retour à Paris, tandis que Braque élabore avec Pablo Picasso qu’il vient de rencontrer, les fondements du cubisme, Friesz poursuit un naturalisme influencé par Paul Cézanne et réalise des paysages, des natures mortes et des marines plus traditionnels, tout en conservant de sa période fauve l’énergie du trait et le goût affirmé pour la couleur et les contrastes forts.
En 1912, il ouvre son premier atelier en Normandie puis, de retour а Paris en 1919, il voyage dans le Jura et en Italie et commence а enseigner le dessin а l'Académie de la Grande Chaumière en 1921, et à l'atelier de peinture A de l'Académie scandinave. En 1937, il réalise la décoration du Palais de Chaillot avec Raoul Dufy. Outre ses peintures, il produit un grand nombre de dessins, de gravures et de lithographies.  De 1914 а son décès en 1949, il occupe un atelier au no 73 rue Notre-Dame-des-Champs à Paris. Othon Friesz est inhumé à Paris au cimetière du Montparnasse (27e division). Sa tombe est ornée de son portrait en médaillon en bronze par Paul Belmondo.

mercredi 29 mars 2017

Antoine Vollon (1833-1900) - Le cornet de cerises

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Antoine Vollon (1833-1900)
Le cornet de cerises
Collection privée

Que voit on ? Sur un entablement de pierre posé contre un fond noir, un cornet en papier assez grossier dans lequel ont été emballées des cerises rouges et mûres à point. Ce type d'emballage en cornet (généralement fait de papier journal) était très fréquemment employé au 19e siècle et au debut du 20e par les commerçants et sur les marchés pour emballer les aliments et en faciliter le transport. Il arriva même à Claude Monet de constater que l'on avait emballé du poisson qu'il avait acheté sur le marché dans une estampe japonaise d'Hiroshige !

Rappel biographique : le peintre français Antoine Vollon est considéré comme appartenant au mouvement réaliste, bien que son style s'adapte toujours en fonction du sujet traité. Artiste productif, fougueux et extrêmement doué, Antoine Vollon affichait une préférence marquée pour les effets de lumière. Il a peint des ports, des marines aux grands cieux tourmentés et des pêcheurs mais c'est surtout comme peintre de natures mortes qu'il aimait se présenter lui-même.
Il débute sa carrière à Lyon, où il apprend la gravure sur métaux et fréquente l 'Ecole des beaux-arts de la ville où il est l'élève de Théodule Ribot. Il développe rapidement une attention particulière surtout pour les natures mortes qui relèvent d’un défi technique et artistique. Ce défi couvre un champs très large qui va de la représentation d'une motte de beurre, à la peinture de fruits et de fleurs isolés (poires, prunes, cerises, pêches, tomates, courges, violettes...) en passant par le rendu des reflets du métal des ustensiles de cuisines jusqu'à la représentation des matières vivantes quotidiennes de la cuisine (plateau d'huîtres, œufs, carcasse de cochon pendu et vidé, poissons de mer en attente de cuisson...).  Ses œuvres sont aujourd’hui conservées dans les plus grands musées du monde entier (Amsterdam, Londres, New York...) et chez quelques chanceux collectionneurs privés principalement aux Etats-Unis où Vollon est beaucoup plus connu qu'en Europe (Washington, New York, Boston, Philadelphie…). En France, le musée d'Orsay à Paris conserve une de ses toiles (Autoportrait), de même que les musées de Lyon (sa ville natale), Amiens et Rouen. Le Musée des Beaux arts de Dieppe quant à lui conserve deux toiles : Femmes du Pollet à Dieppe et Poissons de mer.
Alexandre Dumas fils était le grand collectionneur  français de l'œuvre de Vollon, ainsi que de riches américains, comme Henry Frick (Frick Collection) ou le peintre William Merritt Chase qui l'admirait beaucoup et s'inspira, dans la plupart de ses propres natures mortes de celles d'Antoine Vollon.

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mardi 28 mars 2017

Alfred Sisley (1839-1899


Alfred Sisley (1839-1899)
Grapes and Walnuts on a table, 1876,
Boston Museum of Fine Arts

Que voit on ? Sur une table ronde partiellement recouverte d'un drapé blanc dont l'impeccable plissé rappelle ceux de Monet, une assiette en céramique vernissée, remplie de raisins sous lesquels se cachent deux pommes ; à même la table : quelques noix ; le traditionnel couteau marquant la perspective dans toute nature morte est ici doublé d'un casse noix, tous deux disposés dans l'exact alignement du pli de la nappe. Cet inventaire simple et cette modeste composition de fruits présentent toutes les caractéristiques d'un tableau impressionniste, peint à la lumière naturelle. À travers l'étendue enneigée de la nappe, délimitée par la topographie de plis rendus à force de traits bleus et blancs très vivants, ces objets et ces fruits prennent tout à coup des allures d'éléments de paysage, genre que Sisley connaissait bien. Selon la notice du Musée de Boston où cette toile est conservée, ce fut probablement sur la suggestion de Monet que Sisley entreprit de peindre cette nature morte, une des neuf qu'il ait jamais peintes, ce genre ne lui étant pas familier du tout...

Rappel Biographique :  Le peintre franco anglais Alfred Sisley,  fut un peintre et graveur de nationalité britannique mais ayant principalement vécu et travaillé en France. Il est l'un des représentants les plus célèbres du mouvement Impressionniste. On connait 960 huiles sur toile, 100 pastels et de nombreux autres dessins, produits par Sisley bien qu'il n'eût vécu que 59 ans. Peu de natures mortes ( 9 au total) dans ses oeuvres et un nombre impressionnant de faux Sisley posthumes (sans doute un record dans le genre) à son actif, présents jusque dans certains grands musées de monde, en cours de purge ! А côté de ces faux, des œuvres réalisées par sa fille Jeanne, vers 1895, portent légitimement la signature Sisley.
Sisley est aujourd’hui considéré comme l’incarnation même de l'impressionnisme. L’essentiel de son inspiration est le paysage. Les personnages dans ses peintures ne sont que des silhouettes. Les portraits de ses proches (femme et enfants) et les quelques natures mortes qu'il a peintes sont rares.
Selon Gustave Geffroy, l’un de ses premiers historiographes, Sisley vouait en effet un amour instinctif au paysage. Pour lui il n’y avait dans la nature rien de laid dès lors qu’il s’agissait du rapport entre le ciel et la terre. Sisley écrivit : « Toutes les choses respirent et s’épanouissent dans une riche et féconde atmosphère qui distribue et équilibre la lumière, établit l’harmonie ».
Sisley choisit inlassablement pour sujet de ses toiles le ciel et l’eau animés par les reflets changeants de la lumière dans ses paysages des environs de Paris, la région de Louveciennes et de Marly-le-Roi. La région de Moret-sur-Loing eut notamment une incidence toute particulière sur l'œuvre de Sisley, comme en témoigne Un soir à MoretFin d'octobre, peint en 1888. Il s’inscrit dans la lignée de Constable, Bonington et Turner. S’il subit l’influence de Monet, il s’éloigne de son ami par sa volonté de construction qui lui fait respecter la structure des formes.
Dans certains des tableaux d'Alfred Sisley, on peut percevoir une influence marquée par l'art japonais. et l'on peut s'amuser a rapprocher pour comparaison des toiles telles que  La Place du Chenil à Marly, effet de neige peinte par Sisley de Nuit de neige à Kambara peinte par Hiroshige. Les perspectives de ses tableaux montrent l'influence d'Hokusai dont il découvrit les estampes grâce а Claude Monet. 

lundi 27 mars 2017

Adrian Stokes (1902-1972) - Still Life 1958



Adrian Stokes (1902-1972)
Still Life 1958
Tate

Que voit-on ?  Sur un entablement posé contre un mur dont on devine une étagère : un verre vide et des carafes et décanteurs. Sur l'étagère elle-même : un bol, un pot en verre vide, et une bouteille vide, elle aussi, et dont on perçoit que l'étiquette est tournée contre le mur. C'est le seul objet sombre de cette nature morte et le plus clairement lisible, la volonté de ce peintre étant de rendre les frontières entres les objets, aussi indistinctes que possible.

Rappel biographique :  Adrian Stokes - à ne pas confondre avec son homonyme l'architecte Victorien Adrian Scott Strokes (1854-1935) - fut surtout célèbre comme auteur de livres et d'articles sur  Henry Moore (1898-1986), Ben Nicholson (1894-1982) et Barbara Hepworth (1903-1975), de même que  pour son érudition concernant la Renaissance italienne. Mais Adrian Strokes peignit aussi des paysages, des nu et des natures mortes se caractérisant par une monochromie qui rend toujours les sujets  indistincts les uns des autres. Un style qui rend ses toiles immédiatement identifiables.  Stokes a appris à peindre de façon autodidacte dans les années 1930, ne voulant pas se contenter d'être un critique d'art qui ne savait comment les peintres peignaient.  Il exposa ensuite à Londres dans les années 1950 et 1960, mais resta un artiste très confidentiel, seulement apprécié de l'intelligentsia britannique, sans jamais être célèbre hors des frontières du Royaume-Uni. Ayant suffisamment de moyens financiers pour ne pas avoir besoin de vendre son travail, il ne chercha jamais à le promouvoir auprès du grand public. Son écriture pictural est réputée " abstraite et psychanalytique ", plus en  rapport avec la perception de la forme qu'avec la description elle-même de la forme. Il fut un grand admirateur de la psychanalyste américaine Melanie Klein (1882-1960) dont la pensée influença beaucoup l'écriture de Stokes. A la fin de sa vie, voici ce que Stokes écrivait sur Turner, et qui d'un certaine manière pourrait s'appliquer à sa propre peinture qui en est - à bien des égards - très proche : " Il y a une longue histoire  "d'indistinction" des formes dans l'art de Turner, liée à ce que j'ai appelé une  "qualité enveloppante " qui ne concerne pas seulement le tableau lui-même mais aussi le rapport enveloppant du spectateur au tableau  ". Et en effet les peintures de Stokes s'appliquent à représenter des objets dont la substance est rendue indistincte et ce par l'usage de pinceaux cassés qui transmettent une lumière légère, dissolvant littéralement la distinction entre les formes et leur support. En 2001, la Tate de Londres a reçu le legs de huit peintures de Stokes (des natures mortes principalement) données par son ami et admirateur, le critique d'art David Sylvester (1924-2001).

dimanche 26 mars 2017

Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779) - Le bocal d'olives, 1760.

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Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779)
Le bocal d'olives, 1760.
Musée du Louvre, Paris 

Que voit on ? Sur un entablement de pierre qui ressemble à une bordure plutôt qu'a une table, posés contre un fond neutre, plusieurs éléments composants une collation campagnarde estivale. De gauche à droite : une terrine encore fermée ; le traditionnel couteau marquant la perspective (doublé ici d'une planchette à découper) ; une tomate ancienne, isolée sur le bord de l'entablement ; deux verres à pieds aux reflets cinglants, inégalement emplis de vin rouge ; un plat en céramique vernissée contenant quatre poires passe-crassane ; une pomme isolée sur l'entablement ; deux fruits plats (figues séchées?) ; une jolie soupière en porcelaine à décor de fleurs en relief ; et enfin, à l'arrière plan, dans une pénombre et un fondu au fond savamment étudiée, un bocal en verre foncé en forme de tube, rempli au quart d'olives vertes baignant dans leur saumure. C'est lui qui donne son nom à cette célèbre nature morte de Chardin, exposée au Salon de 1763,  qui suscita l’admiration du philosophe et critique d’art Denis Diderot lequel écrivit à son propos  : "On n'entend rien à cette magie... Approchez-vous, tout se brouille, s'aplatit et disparaît ; éloignez-vous, tout se crée et se reproduit".

Rappel biographique : Jean-Baptiste-Siméon Chardin est considéré comme l'un des plus grands peintres français et européens du 18e siècle. Célèbre pour ses scènes de genre et ses pastels, il est aussi reconnu pour ses natures mortes dont il reste le maître incontesté. D'après les frères Goncourt, c'est Coypel qui en faisant appel à Chardin pour peindre un fusil dans un tableau de chasse, lui aurait donné le goût pour les natures mortes.  A partir du Salon de 1748, Chardin expose de moins en moins de scène de genre, il multiplie désormais les natures mortes. Ce retour à ce type de peinture va durer une vingtaine d'années. Il est difficile de donner des raisons à ce changement de cap. On sait que pendant cette période la vie de Chardin est en pleine mutation. Il se remarie, il reçoit une pension du roi. Il est désormais à l'abri du besoin. Ces deux tableaux de réception à l'Académie Royale de peinture sont tous deux des natures mortes, La Raie et Le Buffet qui se trouvent aujourd'hui au Musée du Louvre. Chardin devient ainsi peintre académicien « dans le talent des animaux et des fruits », c'est-à-dire au niveau inférieur de la hiérarchie des genres alors reconnus. Et c'est sans aucun doute Chardin qui va lui donner ses lettres de noblesse et en faire un genre pictural égal, voire même supérieur à bien des égards, aux autres.
Les natures mortes qu'il peindra à partir de 1760 sont assez différentes des premières. Les sujets en sont très variés : gibier, fruits, bouquets de fleurs, pots, bocaux, verres...  Chardin semble s'intéresser davantage aux volumes et à la composition qu'à un vérisme soucieux du détail, ou aux effets de trompe-l'œil. Les couleurs sont moins empâtées. Il est plus attentif aux reflets, à la lumière : il travaille parfois à trois tableaux à la fois devant les mêmes objets, pour capter la lumière du matin, du milieu de journée et de l'après-midi. On peut souvent parler d'impressionnisme avant la lettre.
Chardin cherchait à reproduire la matière, ces fruits semblent aussi vrais que nature, Diderot s'extasiait devant ce réalisme dans son compte-rendu du Salon de 1759 : " Vous prendriez les bouteilles par le goulot si vous aviez soif ". ou encore en 1763, " C'est la nature même; les objets sont hors de la toile et d'une vérité à tromper les yeux. (...)
 Pour regarder les tableaux des autres, il semble que j'ai besoin de me faire les yeux ; pour voir ceux de Chardin, je n'ai qu'à regarder ce que la nature m'a donné et   m'en bien servir ".
" O Chardin ! ce n'est pas du blanc, du rouge, du noir que tu broies sur ta palette: c'est la substance même des objets, c'est l'air et la lumière que tu prends à la pointe de ton pinceau et que tu attaches sur la toile ".

2017 - A Still Life Collection 
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samedi 25 mars 2017

Margaret Preston (1875-1963)



Margaret Preston (1875-1963) 
The veranda
Private collection 

Que voit-on ? Sur une table de veranda en fer : un vase en terre cuite contenant un bouquet de fleurs d'hibiscus à l'arrière plan, un saladier en verre transparent contenant quatre oranges, un drapé blanc  qui est sans doute celui d'une nappe négligemment repliée et, au premier plan, une tasse à café  en porcelaine sur laquelle on peut lire la signature de la peintre. Nous arrivons visiblement à l'extrême fin d'un repas sur la veranda !

Rappel biographique :  Margaret Preston est une figure majeure de la peinture australienne du 20e siècle. Avec Grace Cossington, elle introduisit le mouvement moderniste en Australie dès le début du 20e siècle. A  la tête de ce qui constituait alors une véritable avant-garde artistique dans l'hémisphère sud, Margaret Preston fut  parmi la première artiste australienne que l'art aborigène influença notablement. Elle est connue pour ses peintures de la flore et de la faune autochtone australienne. Avant son mariage, pour des raisons principalement financières, elle fit une carrière de pédagogue privée dans le domaine de l’art. Plus tard elle enseigna dans le public,  à la fois au Collège Saint-Pierre et au Collège Presbyterian Ladies, à Adelaïde. Parmi ses élèves, on peut citer des artistes aussi remarquables que Bessie Davidson, Gladys Reynell ou Stella Bowen.

vendredi 24 mars 2017

Sarah Miriam Peal (1800-1885)


Sarah Miriam Peal (1800-1885)
Basket of berries, 1860
Private collection 

Que voit-on ?  Une nature morte extrêmement académique représentant un panier de framboises tombé ou posé au sol et dont une partie du contenu a chu à même la terre. En dehors de la question de savoir ce qui a bien pu arriver à sa propriétaire, on sera sensible à la maîtrise parfaite du rendu de la texture de ces petits fruits sauvages dont voit nettement les poils microscopiques qui leurs confèrent ce velouté incomparable. Une peinture très appréciée à son époque par un public exigeant et sensible au réalisme, même s'agissant du rendu de ce qui - pour qui l'aurait oublié - n'est rien de plus ni de moins que le fruit d'une ronce. Les craquelures que le temps a imprimé à cette toile ajoute une impression étrange au travail de Sarah William Peal sur la pilosité des framboises ; son propriétaire a décidé de la conserver ainsi, sans restaurations, sensible à cette marque du temps, qui œuvre presque en osmose avec la toile...

Rappel biographique :  Sarah Miriam Peale était une peintre portraitiste américaine (la première femme peintre professionnelle aux Etats-Unis) dont la famille comptait une nombre important d'artistes miniaturistes et peintres de natures mortes, notamment James Peale, son père.  Miriam Peale fut connue principalement comme peintre de portrait de personnalités politiques et de personnalités militaires de son temps. 
Lafayette a posé pour elle pas moins de quatre fois !
Sarah fut formée à la fois par son père James Peale et son oncle  moins célèbre que son père, Charles Willson Peale. D'abord assistante dans l'atelier de son père, elle commença à livrer ses propres toiles en 1816, des toiles à sujets de fleurs et des natures mortes. En 1818, après trois mois passés chez son cousin  - qui se prénommait modestement Rembrandt - à Baltimore, elle décide de se tourner vers le portrait. Rembrandt Peale eut une grande influence aussi bien sur sa peinture que sur le choix de ses sujets. Pendant 25 ans, elle peint à Baltimore (1822-1847) et, par intermittence, à Washington, DC. Elle assiste à de nombreuses sessions du Congrès et peint des portraits de nombreuses personnalités publiques. En 1824, elle fait son entrée à la Pennsylvania Academy of Fine Arts. Avec sa sœur Anna Claypoole Peale, elles furent les premières femmes à obtenir cette distinction. Plus d'une centaine de portraits de commande de la bonne société de Baltimore et de Washington sont répertoriés la concernant, lui forgeant une solide réputation d'artiste "la plus prolifique de Nouvelle Angleterre".  En 1847, des problèmes de santé l'oblige à déménager à Saint-Louis (Missouri) où, en tant première femme artiste professionnelle des Etats Unis, elle est parfaitement en mesure de gagner sa vie par son travail. Vers 1860, elle délaisse peu à peu le portrait pour revenir à la nature morte, mais avec plus de spontanéité que dans ses premières années.  En 1878, elle retourna vivre dans sa ville natale avec ses sœurs Anna Claypoole  et Margaretta Angelica.  Comme ses sœurs, elle ne se maria jamais.  Elle est morte en 1885,  à l'âge de 85 ans.

jeudi 23 mars 2017

Patrick Heron (1920-1999)


Patrick Heron (1920-1999) 
 Still-Life with Peaches, Grapes and Bottle, 1947
Private collection 

Que voit-on ? Sur un même entablement séparé en plan distinct par des nappes de couleurs différentes (Heron fut aussi designer de tissus) exactement ce que décrit le titre avec en haut à gauche les pêches, au centre les raisins et à droite la bouteille. La hiérarchie par aplats de couleurs et l'absence de perspectives donne à la composition un aspect étrange et fascinant.  

Rappel biographique : Patrick Heron est un peintre anglais qui vivait à St Ives en Cornouailles
où il passa son enfance avant de devenir élève à la Slade School of Fine Art (1937-1939). Il commença à peindre après la Seconde Guerre mondiale tout en travaillant comme assistant dans  l’Atelier de Poterie de Bernard Leach à St Ives (1945).  Entre 1953 et 1956, il enseigna à la Central School of Fine Art. Entre 1947 et 1950, il devint un critique d’art influent pour les journaux New Stateman et The Nation. De 1955 a 1958, il fut le correspondant londonien de la revue Arts. Il est l’auteur de  plusieurs ouvrages dont The Changing Forms of Art (1955), Ivon Hitchens (1955),  et Braque (1956). A ses débuts, son oeuvre fut plutôt influencée par Matisse et Braque avec un style figurativo-cubiste et des couleurs très vives. Plus tard, il développa un style abstrait sur le modèle de l’Ecole américaine de New York. Sa première exposition eut lieu à Londres en 1947 à la Redfern Gallery puis à New York chez Bertha Schaefer Gallery en 1960. En 1952, il fut présent à la Biennale de Sao Paulo avec 12 toiles. Heron était également dessinateur de motifs pour tissus imprimés. Dans son ouvrage The Shape of Colour (1978),  il se livre à une analyse détaillée des formes rencontrées dans la nature. Une partie de ses travaux les plus conséquents ont disparu dans l’incendie qui ravagea l’entrepôt de stockage du Momart (Londres) le 24 mai 2004.

mercredi 22 mars 2017

Pablo Picasso (1881-1973) - Nature morte sur la commode


Pablo Picasso (1881-1973)
Nature morte sur la commode, 1919
Musée Picasso, Paris 

Que voit-on ? Contre un mur dont les lambris sont dessinés avec une précision de décorateur d'intérieur : une commode en bois, de facture rustique et modeste dont l'aspect est assez décalé par rapport à la somptuosité du lambris. Un drapé rouge sang recouvre cette commode, drapé sur lequel sont posés les trois éléments constitutifs de cette nature morte : un compotier en porcelaine blanche rempli de poires, un vase en terre cuite sombre contenant un bouquet de fleurs et un plat contenant un gros cake au chocolat !

Rappel biographique : le peintre espagnol Pablo Ruiz Picasso qui a passé l'essentiel de sa vie en France, fut aussi dessinateur et sculpteurUtilisant tous les supports pour son travail, il est considéré comme le fondateur du cubisme avec Georges Braque auquel son nom est lié surtout dans le domaine des natures mortes. Il est considéré comme l'un des plus importants artistes du 20e siècle tant par ses apports techniques et formels que par ses prises de positions politiques et que par l'immensité de sa production tous genres confondus, que l'on chiffre à près de 50 000 œuvres.
Les premiers collages et assemblages sont réalisés pendant l'hiver 1912, Nature morte à la chaise cannée (Paris, Musée Picasso), Guitare(s) en carton (Paris, Musée Picasso). A partir des années 20 ses natures mortes seront très proches, sur la même ligne de conception " cubiste analytique " que celles de George Braque, dont il devient un temps l'intime avant de s'en séparer définitivement.  Il y eut une connivence d'inspiration très rare entre ces deux peintres pendant une certaine période de leur vie et en particulier dans le domaine du traitement de la nature morte. 
Après la Seconde guerre mondiale et hors de la période cubiste, Picasso continue de peindre beaucoup d'autres natures mortes bien que ce ne soit pas un genre qui tienne une place aussi essentielle dans son oeuvre que dans l'oeuvre de Georges Braque. Malgré cela, et assez bizarrement, Picasso a cependant peint, par rapport à d'autres peintres, énormément de natures mortes, peut être même autant, voir plus que Braque, mais noyées dans le flot de ses 50.000 oeuvres !

2017 - A Still Life Collection 

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mardi 21 mars 2017

Ferdinand Hodler (1853-1918),


Ferdinand Hodler  (1853-1918)
Pensées
Collection privée.

Que voit-on ?  Sur un fond coloré très tourmenté qui représente sans doute un parterre de jardin : quatre "pensées noires"  comme il est convenu d'appeler ces fleurs qui, en réalité, ne sont pas noires mais d'un profond rouge bordeaux.

Rappel biographique : Ferdinand Hodler fut l'un des peintres suisses les plus connus du 19e siècle. Ses premiers travaux étaient des portraits, des paysages et des peintures de genre dans un style réaliste. Plus tard, il a adopté une forme personnelle de symbolisme qu'il a appelé le Parallélisme.
Dans la dernière décennie du 19e siècle, son travail évolua pour combiner des influences de plusieurs genres dont le Symbolisme et l'Art Nouveau. En 1890, il peint Night, une œuvre qui marque le virage de Hodler vers le symbolisme. Elle représente plusieurs personnages couchés, tous détendus dans le sommeil, à l'exception d'un homme agité, menacé par une figure enveloppée de noir, symbole de  la mort. Dans des peintures telles que The Chosen One, des groupements de figures sont disposés symétriquement dans des poses suggestives de rituel ou de danse. Hodler a peint nombre de peintures historiques à grande échelle, souvent avec des thèmes patriotiques, les laissant souvent inachevées.
A la fin de sa vie Hodler se tourne vers l'expressionnisme en peignant des figures fortement colorées et géométriques ou des paysages de montagnes réduits à l'essentiel, parfois constitués d'un coin déchiqueté de terre entre l'eau et le ciel. Ses natures mortes sont assez rares. 

lundi 20 mars 2017

Paul Cézanne (1839-1906) - Nature morte au trois crânes


Paul Cézanne  (1839-1906)
Nature morte au trois crânes, 1900
Detroit Institute of Arts, USA

 Que voit on ? Posés sur petite une table d'atelier, trois crânes de formes et de couleurs différentes.   Cézanne qui n'en était pas à son coup d 'essai avec cette Vanité reprenait en réalité ce motif d'une toile que Theodore Géricault avait peinte en 1812-1814 et qui est publiée ici dessous, en regard, à titre documentaire. Il suffit d'ailleurs de comparer les deux sujets pour voir comment Cézanne transforme ce sujet qui reste une document d'ossuaire chez Géricault, en tableau hautement symbolique. Le crâne en effet se trouvant au sommet du squelette symbolise la partie impérissable du corps. Il est le siège de l'âme,  son véhicule, tout comme la grotte, la caverne et le cairn sont des demeures de l'Esprit. Le crâne est réceptacle de vie, mais il symbolise aussi (en particulier dans le rituel maçonnique) la mort physique, par laquelle il faut passer pour renaître à un niveau spirituel supérieur. Dans les légendes européennes et asiatiques, le crâne humain est un homologue de la voûte céleste. Il est une caverne en miniature qui, elle-même, est une représentation en miniature du Ciel.



Rappel biographique : Cézanne a peint environ 300 tableaux et parmi ses premières « obsessions picturales », ce sont les natures mortes qui arrivent en tête, et notamment les pommes. Pour Cézanne, la nature morte est un motif comme un autre, équivalent à un corps humain ou à une paysage, mais qui se prête particulièrement bien à des recherches sur l'espace, la géométrie des volumes, le rapport entre couleurs et formes : « Quand la couleur, est à sa puissance, la forme est à sa plénitude » disait-il.  Au lieu de la notation chronométrique des phénomènes, Cézanne  conserva l' émotion du moment. Il composa ses natures mortes, variant à dessein les lignes et les masses, disposant les draperies selon des rythmes prémédités, évitant les accidents du hasard, cherchant la beauté plastique, mais sans rien perdre du véritable motif, de ce motif initial qu'on saisit à nu dans ses ébauches et ses aquarelles, de " cette délicate symphonie de nuances juxtaposées, que son oeil découvrait d'abord, mais que sa raison venait aussitôt et spontanément appuyer sur le support logique d'une composition, d'un plan, d'une architecture."

2017 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau, #AStillLifeCollection, #NaturesMortes 

dimanche 19 mars 2017

Marsden Hartley (1877-1943)


Marsden Hartley (1877-1943)
The Lily
Private collection 

Que voit on ?  Sur un fond beige uniforme : un pot en terre noire contient une fleur au feuillage noir et à l'unique fleur blanche arborant un arrogant pistil jaune. C'est le "Lily(Lys en anglais mais aussi diminutif d'un prénom féminin) que le titre évoque pour designer la fleur... improprement d'ailleurs puisqu'il s'agit en réalité d'un Arum (qui se dit Arum aussi en anglais). La confusion est donc volontaire de la part de l'artiste. Pour achever cette nature morte (pas si morte que cela) le pot et la fleur sont posés sur un guéridon dont les deux cercles concentriques noir et blanc évoquent une cible de tir... A bon entendeur... !

Rappel biographique : Le peintre américain Marsden Hartley (1877-1943) a séjourné à Paris dès 1912, période à laquelle il a fait partie du cercle de Gertrude Stein. L'année suivante il rencontre à Berlin, Vassily Kandinsky par lequel il est très impressionné au point de commencer à peindre une série de peintures abstraites, avec des formes aux contours très nets et aux couleurs vives  C'est à cette époque aussi qu'il entame une histoire d'amour avec un officier allemand qui sera tué au combat pendant la Première Guerre mondiale et le laissera inconsolable. Il enchaînera ensuite les aller-retour entre l'Europe et les Etats-Unis avant de se fixer en 1937 dans le Maine après avoir déclaré qu'il voulait devenir «le peintre du Maine» et dépeindre la vie américaine à un niveau local. Hartley se rapproche alors du mouvement régionaliste, un groupe d'artistes actif du début au milieu du 20ème siècle et qui a tenté de représenter un"art américain différent". Il a continué à peindre dans le Maine, jusqu'à son décès en 1943. Hartley a trouvé un expressionnisme original et très personnel qui donne toute sa mesure non pas tant dans ses natures mortes (assez rares) que dans les peintures des paysages et montagnes austères et tourmentés du Maine qu'il a merveilleusement peints.

samedi 18 mars 2017

John Stewart (1919-2017)





John Stewart (1919-2017)
Crassane Pears, 1996.
Private collection

Que voit-on  ? Sur une étagère faite à la fois d'une planche de bois et d'un pierre plate : 3 poires passe crassane qui se caractérisent par leur rondeur mais aussi par la traditionnelle pointe de cire qui en obstrue généralement l'extrémité de la queue.

Rappel biographique: John Stewart est né à Londres en 1919 puis a été élevé à Paris. En 1951, sa rencontre avec Henri Cartier-Bresson, lors de l’inauguration de la Chapelle de Matisse à Vence marque  «l’instant décisif» de sa vie de photographe. Il se remettait alors de six années de guerre dans l’armée britannique, dont trois ans et demi dans des camps de prisonniers japonais en Thaïlande sur la Rivière Kwai.  II devait sa survie à l’apprentissage de la langue japonaise, qui lui permit d'acquérir le statut de prisonnier-interprète, moins pénible que celui de manœuvre. Son endurance morale, sa résilience, même se résume dans ce conseil :  " Quoique qu’il se passe, ne jamais perdre l’émerveillement d’être en vie et toujours rester en mesure de se dire, aujourd’hui j’ai vu ou senti ceci, que je n’aurais jamais pu connaître auparavant ".  Avant le milieu des années 50, fort de sa passion pour la photographie, il part s'installer à New York où il devient rapidement, aux côtés de Richard Avedon et d’Irving Penn, l’un des collaborateurs d’Alexey Brodovitch pour le prestigieux magazine de mode Harper’s Bazaar. Puis c'est la revue Fortune qui fait appel à lui et lui permet de photographier des personnalités aussi diverses qu'Andy Warhol ou Muhammnad Ali. Dans les années 50 toujours, à la demande de Diana Vreeland et d’Alex Liberman,  il travaille plusieurs années pour un autre grand magazine de mode, celui de de Condé Nast cette fois ci, Vogue, dont c'est véritablement dans ces années là, la période d'or.
Une deuxième aventure asiatique s'offre à lui quand on lui propose le poste de conseiller technique pour le film Le Pont sur la Rivière Kwai tourné au Sri Lanka. C’était le début de nombreux voyages en Asie – une année entière au Ladakh, la remontée de la Rivière Kwai et l’entrée en Birmanie avec les « guerilleros », deux mois dans une province du Tibet interdite aux étrangers, et en 1996 l’établissement d’une organisation caritative (ONG) avec Michèle Claudel au Cambodge.
En 1976, après 20 années de photographie de reportage, de mode et de publicité aux Etats-Unis et en France, John Stewart change de braquet et décide de développer un travail plus personnel.
De retour en France, tournant résolument le dos à la photographie en couleur qui fit sa réputation dans les magazines, il se passionne pour la nature morte et devient un maître du noir et blanc et des tirages d’art avec l’aide de la famille Fresson, dont la technique de tirage au charbon contribue largement au rendu unique de ses natures mortes. Le tirage au Charbon a été élaboré en 1890 par Michel Fresson. qui  utilisait, comme pigment, le pied de vigne calciné plutôt que les sels d’argent, base de toute la photographie jusqu’à l’arrivée du numérique.  Sa pratique requiert un long travail (trois jours pour sortir un tirage 60x80 cm), et une étroite collaboration entre le photographe et  le tireur pour arriver à un résultat d’une résonance et d’une richesse caractéristiques du “charbon”. Ces tirages qui ne sont pas sensibles aux rayons ultra-violets et qui sont stables en dépit de leur exposition au soleil, dépendent en revanche énormément du “coup de main” et des conditions météorologiques, si bien il est impossible d’obtenir une constance absolue. C'est ce qui rend chacun de ces tirages unique. A partir de ce moment là, pour John Stewart, les expositions se succèdent rapidement : la première à NewYork, la deuxième à la Bibliothèque Nationale de France à Paris, en 1976,  puis son travail est montré à Genève, Shanghai, Hong Kong, Londres...  Le Metropolitan Museum de New York à été le premier musée à lui acheter des tirages. Les oeuvres de John Stewart sont désormais exposées dans plus de 60 musées et galeries dans le monde. En 2004, Jan Krugier a présenté ses images à la FIAC et la Galerie Acte 2 a organisé une rétrospective de son œuvre en 2008. Il a également été exposé en 2009 à la Galerie Pia Pierre à Shanghaï, à la Galerie Binôme, au Art Fair de San Francisco, à Art Basel Miami et à Genève en 2010. La même année, la Gallery Tristan Hoare de Londres lui a organisé une rétrospective. Il a également exposé en 2014 à la Galerie Anne Clergue une série de " Véroniques" qui sont une référence directe à l'œuvre de Zurbaran.
John Stewart est décédé à Paris, la semaine dernière, le 9 mars 2017.

vendredi 17 mars 2017

Mikhaïl Larionov (1881-1964)


Mikhaïl Larionov (1881-1964) 
 Nature morte aux poires
Collection privée

Que voit-on ?  Sur un drapé blanc qui se confond avec un fond également blanc pouvant évoquer un paysage de neige aperçu à travers la vitre d'un fenêtre : un verre transparent et vide et deux poires dont le jaune-vert constitue la seule tache de couleur (bien qu'un peu éteinte) de la composition. Une sorte de chaleur de la vie en plein coeur de l'hiver.

Rappel Biographique : Mikhaïl Fiodorovitch Larionov (en russe : Михаил Фёдорович Ларионов) dit Michel Larionov, est un peintre et décorateur russe naturalisé français. Michel Larionov a étudié а l’Ecole de peinture de Moscou. Passant rapidement de l'impressionnisme au fauvisme, il est l'un des tous premiers animateurs de l'Avant-garde en Russie. Il se lie avec Kasimir Malevitch, a pour élève Vladimir Tatline et fonde, en 1910, le groupement du Valet de Carreau puis, en 1912 après une dispute avec David Bourliouk, la Queue d'Ane. Il épouse Nathalie Gontcharova, avec qui il élabore, dès 1909-1910, les fondements du Rayonnisme (une variante de l'art abstrait dont Guillaume Apollinaire rédigera le catalogue d'exposition à Paris en 1914 ). Très enclin à créer des mouvements et des groupes, Larionov crée l'année suivante le mouvement du Toutisme avec Mikhail Le Dentu et le poète Ilia Zdanevitch. Il expose au Salon des indépendants à Paris, en même temps que Nathalie Gontcharova et l'artiste peintre Alexandra Exter, grâce à l'appui des époux Sonia et Robert Delaunay,.
En 1914, il s'installe à Paris, se consacrant aux décors pour les Ballets russes de Serge de Diaghilev, qu'il réalise entre 1915 et 1922. Il ne retourne plus dans son pays natal après la révolution bolchévique de 1917 et est naturalisé français dans les années 20.  Il meurt en France en 1964 dans l'oubli le plus total.  Son oeuvre est aujourd'hui dans beaucoup de grands musées russes et au Musée du Petit Palais à Genève. 

jeudi 16 mars 2017

Milton Avery (1885-1965) - Pink Still Life


Milton Avery (1885-1965)
Pink Still Life, 1938
Private collection

Que voit on ? Posé en équilibre sur un parquet et un fond rose qui donne son nom au tableau, un plateau rond et blanc contenant une bouteille de whisky Bourbon, un verre à liqueur vide, une pipe, une blague à tabac, un cure pipe et une grosse boîte d'allumettes suédoises ouverte. Une nature morte  très masculine.

Rappel biographique :  Milton Clark Avery est  un artiste peintre américain de figures, portraits, animaux, intérieurs, paysages et quelques rares natures mortes.   S'il existe un lien entre le monde de la peinture traditionnelle américaine du début du 20e siècle et de celui de l'expressionnisme abstrait autour de 1945, c'est bien Milton Avery qui l'a créé. On ne lui connait aucune formation particulière, sinon en 1913 un cours de dessin d'après nature donné par Charles Noël Flagg à la Connecticut League of Art à Hartford. En 1925, il épouse Sally Michel, également peintre, dont on retrouve l'image dans les nombreux portraits exécutés par son époux.  Sa première exposition personnelle a lieu en 1928, elle est suivie d'autres à partir de 1940. Une grande rétrospective lui est consacrée en 1952 au Baltimore Museum, puis à la Fondation Ford et au Whitney Museum en 1960. Une autre rétrospective posthume est présentée à Lincoln puis à Little Rock en 1966, puis deux autres encore en 1983, à la Albright-Knox Art Gallery de Buffalo et au Minneapolis Institute of Arts. Il reçoit le prix Atheneum de la Connecticut Academy of Fine Arts en 1929, et le prix Logan de l(Art Institute de Chicago.
Après la période Fauve de ses débuts, qui lui a permis de jouer avec de riches couleurs, il atténue sa palette et simplifie ses compositions qui tendent vers un dépouillement de plus en plus grand. Ses sujets restent simples tels que Rothko les définit. C'est dans un style presque Intimiste,( Avery peignant son atelier, sa femme Sally, sa fille March, Central Park, les plages et montagnes où il passait l'été, des vaches, des poissons, des vols d'oiseaux, ses amis réunis dans son atelier...), qu'il peint des œuvres aux formes simplifiées, aux plans colorés, découpés, dans un espace à deux dimensions, évoquant l'art de Matisse. Toutefois, ses peintures ne sont jamais brillantes quoique très riches et plus sourdes. Il maîtrise fort bien ses rapports de couleurs dont les contours peuvent être parfois fluide, créant une sorte d'osmose entre elles. L'art de Milton Avery rejoint ainsi, peu à peu l'abstraction expressionniste de Rothko et de Adolph Gottlieb. Ensemble, ils ont participé à de longues conversations hebdomadaires qui ont facilité la naissance de la peinture abstraite américaine d'après guerre et plus particulièrement de l'école dite de New York.

mercredi 15 mars 2017

Pierre Bonnard (1867-1947)


Pierre Bonnard (1867-1947)
Les cerises 
Collection privée

 Que voit on ? Sur un guéridon de jardin peint en bleu disposé sur un étrange fond rouge qui peut figurer un parterre de cerises au pied d'un arbre : un plat en céramique vernissée provençale de couleur jaune contenant des cerises. Si ce n'était le feuillage que ce plat contient ici et là, sa couleur jaune et sa forme pourrait tout à fait laisser penser qu'il s'agit d'un fond de tarte ! Un Bonnard facétieux qui s'amuse ici avec l'illusion et parvient à brouiller les pistes tout en étant on ne peut plus clair avec un sujet (les cerises) qu'il a beaucoup peint dans sa vie.

Rappel biographique : le peintre français Pierre Bonnard est connu pour ses peintures de personnages, ses nus, ses portraits, ses paysages animés, ses intérieurs et ses natures mortes de fleurs et fruits. Bonnard est un artiste post-impressionniste, membre du groupe des Nabis, par lesquels il fut surnommé le Nabi japonard. En réaction à l'impressionnisme, les Nabis veulent libérer leur peinture des exigences du réalisme : « Ensemble, nous avons méprisé l'école et les écoles, les rapins, leurs traditions, leurs farces et leurs bals inutilement nudistes. Ensemble nous nous sommes sérieusement amusés ». Les artistes nabis cherchent des voies plus spirituelles au contact de philosophies et de doctrines nouvelles teintées d'Orient, d'orphisme, d'ésotérisme, et de théosophie. Ils s'appliquent à retrouver le caractère « sacré » de la peinture et à provoquer un nouvel élan spirituel par le seul moyen de l'art.
Une fois devenu célèbre, Pierre Bonnard fut connu pour ne pouvoir s’empêcher de retoucher ses toiles une fois celles-ci achetées et exposées dans un musée. Ses amis appelaient ça « bonnarder » ou « bonnardiser ». Un journaliste relate cette attitude devenue visiblement coutumière. « Au  musée de Grenoble et au Musée du Luxembourg, il  arriva à Bonnard de guetter le passage d'un gardien d'une salle à l'autre, de sortir d'une poche une minuscule boîte garnie de deux ou trois tubes et, d'un bout de pinceau, d'améliorer furtivement de quelques touches un détail qui le préoccupait. Et, son coup fait, de disparaître, radieux, comme un collégien après une inscription vengeresse au tableau noir. »

mardi 14 mars 2017

Adolphe de Meyer (1868-1948) - Still life 1912


Adolphe de Meyer (1868-1948)
 Still life, 1912

Que voit-on ?  Des fleurs de lys dans un broc de cuisine en verre rempli d'eau claire. Un contraste saisissant et souhaité entre la sophistication de ces fleurs et la simplicité du contenant. Simplicité apparente seulement, car c'est une véritable symphonie de reflets et de formes qui se joue dans ce simple morceau de verre mis sous l'objectif d'un des très grands maîtres de la transparence du 20e siècle.

Rappel biographique : Le baron Adolf Gayne de Meyer est un photographe d'origine allemande.
Il est le fils d'un banquier juif allemand vivant à Paris, Adolphus Louis Meyer et d'Adele Watson d'origine écossaise. Il est déclaré auprès des autorités parisiennes le 3 septembre 1868 par son père, alors rentier, sous le nom de Adolphe Edouard Sigismond Meyer. Bien que né à Paris, il passe son enfance à Dresde. Au cours de sa vie, il utilisera différentes versions de son nom : Meyer, von Meyer, de Meyer, de Meyer-Watson et Meyer-Watson. C'est à cette époque que le  jeune Adolf Meyer aurait pris des cours privés de peinture et de dessin auprès de Claude Monet. 
Adepte du pictorialisme, mouvement en opposition avec le réalisme de l’épreuve, il finit cependant par se spécialiser dans la photographie de portraits. En 1893, Adolf de Meyer affirme son inclination pour la photographie en devenant membre de la Royal Photographic Society. 
En juin 1899, il épouse, à Londres, Olga Caracciolo (1871-1930), fille biologique du prince de Galles Albert Edward, futur roi d'Angleterre sous le nom d' Edouard VII. Cette union fut un mariage de convenances, du fait de l'homosexualité déclarée d'Adolf de Meyer d'une part et de celle de son épouse Olga. Peu après son mariage, Adolf de Meyer fut anobli comme baron de Meyer par Frédéric-Auguste III de Saxe, à la demande du prince de Galles. Dès1903, il est également membre de la société Linked Ring Brotherhood qui a pour but de promouvoir la photographie comme un art à part entière.
Entre 1900 et 1910, Adolf de Meyer réalisa un (ou plusieurs) voyage au Japon, accompagné de sa femme Olga. Il y réalisa une importante série de photographies, aujourd'hui conservées au MET de New-York. Il y a très peu de personnages sur ces clichés avant tout constitués des paysages et de bâtiments dans des mises en scènes où la population japonaise n'apparaît que rarement. 
De 1898 à 1913, il habite le très chic hôtel Cadogan Garden de Londres. Il fait la connaissance du photographe Alfred Stieglitz qui devient son mentor et ami, et avec qui il entretient une correspondance. Il rejoint également le mouvement artistique Photo-Secession initié par Stieglitz. Entre 1903 et 1907, ses œuvres sont publiées dans la revue trimestrielle Camera Work, dirigée par Alfred Stieglitz. А la même époque, il expose à deux reprises à la Galerie 291, fondée par Alfred Stieglitz et Edward Steichen à New-York. Cecil Beaton le qualifiera alors de « Debussy de la photographie ». C'est à cette époque qu'il réalise de nombreuses natures mortes dans lesquelles son travail sur la transparence, l'opacité et la lumière est mis en avant. En 1912, il travaille également en collaboration avec les Ballets russes à Paris et assure, en partie, leur promotion avec sa femme Olga à l'occasion de leur première représentation à Londres. Il réalise alors des clichés de Nijinski, dans le ballet L'Après-midi d'un faune, clichés devenus depuis célébrissimes.
Alors que la Première Guerre mondiale éclate, les époux de Meyer prennent les noms de Gayne (pour Adolf de Meyer) et Mahrah (pour Olga de Meyer), sur les conseils d'un astrologue, et partent pour New York. Là, Adolf Gayne de Meyer rencontre Condé Nast, propriétaire des magazines Vogue et Vanity Fair, grâce à qui il devient photographe de mode. Il réalise ses premières photographies de mode en 1910 pour Vogue, puis y devient photographe à temps plein de 1913 à 1921, avant de rejoindre la revue Vanity Fair. Il est considéré comme le tout premier photographe de mode du monde, les magazines de mode étaient jusque là illustrés par des croquis et des dessins. Dans ses nombreux clichés de mode, Adolf de Meyer suggère la ligne d’un couturier dans des ambiances floues et crée, par des effets de transparence, une inimitable impression de légèreté. En 1921-1922, de Meyer accepte de revenir à Paris pour devenir responsable de la photographie du magazine Harper's Bazaar, propriété du célèbre homme d'affaires William Randolph Hearst ; il y passera seize années de sa vie. Vers 1934, un nouvel éditeur est chargé de rajeunir l'image du magazine, ce qui mettra fin à la carrière d'Adolf de Meyer au sein de la publication. Il voyage alors en Europe avant de quitter à nouveau le vieux continent.
А la veille de la Seconde Guerre mondiale, il retourne aux Etats-Unis, et s'installe dans le sud de la Californie où il passe ses dernières années dans la pauvreté et l'anonymat. Il meurt à Los Angeles en janvier 1946, sa mort étant enregistrée dans l'état-civil dans les termes suivants : « Gayne Adolphus Demeyer, writer (retired) », « Gayne Adolphus Demeyer, écrivain retraité ».
Seule une partie de son œuvre a survécu jusqu’à nos jours, la majorité ayant été détruite durant la Seconde Guerre mondiale et par Adolf de Meyer lui-même à la fin des années 1930.

lundi 13 mars 2017

Sebastian Stoskopff (1597-1657) - Corbeille de verres et orfèvrerie,

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Sebastian Stoskopff (1597-1657)
Corbeille de verres et orfèvrerie, 1644 
Musée de l'oeuvre  Notre Dame, Strasbourg  

Que voit on ? Sur un entablement de bois qui n 'occupe pas toute la composition et sur un fond brun : une splendide corbeille en fils d'or (ou de vermeil) tressés dans laquelle sont amassés 7 verres à pied d'une grande finesse d'exécution et comportant tous des ornements gravés différents.  En s'approchant on peut constater que tous les verres ne sont pas en verre... l'un deux au moins est en or. Au milieu des verres, il y a également une large coupe en vermeil. Sur l'entablement même : des fragments de verre brisé, dont l'un repose exactement au centre de la toile et pourrait former ,avec le couvercle de la pièce d'orfèvrerie à droite et le fragment de gauche, une nature morte dans la nature morte.
Le tout est exprimé avec une économie de couleur rarement atteinte, dans une tonalité monochrome étrange, comme si le peintre - que ses contemporains accusait volontiers d'avoir passer un pacte avec le Diable pour atteindre tant de perfection - comme si le peintre donc, avait voulu explorer en même temps que les transparences et les reflets, la couleur de l'au-delà... et du domaine privé de la Mort.


Rappel biographique : le peintre alsacien Sébastien Stoskopff a été formé par Frédéric Brentel puis par Daniel Soreau. Sébastien Stoskopff vit à Paris entre 1621 et 1641 environ et voyage en Italie vers 1629.  Très apprécié à son époque, il est considéré comme l'un des maîtres européens de la nature morte très à l'aise dans le traitement des textures opposées comme le verre et l'osier d'un côté, ou le verre et l'étain etc...  L'œuvre de Sebastian Stoskopff a été redécouverte très tardivement, au milieu du 20e siècle, dans les années 1930, ce qui signifie qu'elle est restée dans l'ombre pendant plus de 3 siècles !   Il reste de l’œuvre de Stoskopff entre 60 et 69 tableaux, selon les critiques. 10 d’entre eux sont datés et 26 à 29 sont signés de la main du maître. Toutes les œuvres signées sont des natures mortes. Mais des correspondances attestent que Stoskopff était aussi portraitiste, et qu’il a notamment exécuté un double portrait du comte Jean de Nassau-Idstein et de son épouse Anna. Pour la plupart, les œuvres de l’artiste ont pour thème la représentation d’objets quotidiens, très souvent dans le domaine de la cuisine ou de la nourriture.
En 1640, lorsqu'il revient à Strasbourg, les peintres locaux jalousent cet artiste apprécié, célibataire de surcroît. On lui interdit de porter le titre de maître peintre. Qu'importe! Son insolence et la beauté de ses oeuvres le rendent intouchable et la protection de Jean de Nassau fait le reste. Avec de l'huile et quelques pigments, il s'attaque au clair-obscur. Dans la Corbeille de verres vénitiens, son chef-d'oeuvre, les très fines lignes blanches et les légers reflets d'un verre brisé procurent la même émotion qu'un tableau religieux.
Sébastien Stoskopff meurt assassiné chez Jean de Nassau au terme d'une messe noire où il aurait abusé de drogue et d'alcool. L'organisateur du sabbat finira brûlé sur le bûcher pour sorcellerie. La vie de Stoskopff reste donc un mystère. L'historien d'art Charles Sterling, qui, en 1934, retrouva la trace de Stoskopff, écrivit : « C'est un poète des reflets. Les amas de verre dont il a la passion prennent pour lui un aspect fantastique et sorcier. On croit sentir le souffle du Dr Faust.» 

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dimanche 12 mars 2017

Sören Emil Carlsen (1853-1932) - Silver and Gray

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Sören Emil Carlsen (1853-1932)
Silver and Gray
Private collection 

Que voit on ?  Une cruche à eau en métal argenté dans laquelle quelques pommes et le côté invisible de l'atelier de l'artiste se reflètent, en particulier l'intense lumière qui pénètre par la fenêtre et donne à l'ensemble de la pièce une tonalité grise (d'où le titre du tableau) alors que la tonalité de la composition est plutôt jaune-brun.

Rappel biographique : Sören Emil Carlsen est un peintre impressionniste américain d'origine danoise. Rapidement qualifié de " Chardin américain " par la critique locale de son  temps, il se spécialisa dans les natures mortes. Membre de la National Academy of Design, professeur de dessin respecté à  Chicago, San Francisco et New York,  et bien que figurant dans plusieurs collections privées, il n'a jamais été classé parmi les grands peintres américains du 20e siècle et pourtant... il l'est bel et bien ! 

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samedi 11 mars 2017

Pierre-Auguste Renoir (1841-1919) - Nature Morte aux Fraises (2)



Pierre-Auguste Renoir (1841-1919)
 Nature Morte aux Fraises
Collection privée

Que voit-on ? Renoir a peint à de nombreuses reprises les fraises, à peu près dans toutes les situations, dans la nature ou dans des intérieurs. Il aimait particulièrement la couleur et la texture contradictoire des fraises à la fois rugueuse et veloutée. Belle étude de rouges qu'il réalise dans ce petit format sur le fond blanc de la nappe et le lit de feuilles qui recouvre le plat de céramique vernissé, bleu et blanc.

Rappel biographique : L'un des plus célèbres peintres français, Pierre-Auguste Renoir, membre éminent s'il en est du mouvement impressionniste a peint beaucoup de natures mortes, comme l'ensemble de ses collègues impressionnistes d'ailleurs qui ont participé au renouveau de ce genre vieux de plus de 3000 ans.  Au début de sa carrière, ses natures mortes s'inspirent beaucoup de celles de Courbet avant d'imposer le style unique que l'on connait. La dernière toile qu'il aurait voulut peindre serait une nature morte florale. Sur son lit de mort, Renoir aurait demandé une toile et des pinceaux pour peindre le bouquet de fleurs qui se trouvait sur le rebord de la fenêtre. En rendant pour la dernière fois ses pinceaux à l'infirmière il aurait déclaré : « Je crois que je commence à y comprendre quelque chose ».

vendredi 10 mars 2017

Margaret Preston (1875-1963)


Margaret Preston (1875-1963) 
Tea time
Private collection 

 Que voit on ?  une nature morte très académique, oeuvre de jeunesse de Margaret Preston, pas du le style moderniste qui fera sa célébrité. Malgré la touche académique, la peintre se livre à un extraordinaire travail sur les reflets, surtout dans la théière où - à l'exemple des natures mortes de l'âge d'or  hollandais-  l'autre partie de la pièce, la réalité, apparait déformée. On peut d'ailleurs s'amuser à reconnaitre dans ses déformations de la théière et son mélange des volumes ce qui deviendra, beaucoup plus tard,  sa manière de peindre. Ici en tout cas, bien isolée sur la nappe blanche : la pince à sucre ! un ustensile de cuisine aujourd'hui relégué aux oubliettes et pourtant symbole majeur du raffinement Victorien et apport crucial des hygiénistes au fin fond de l'Empire !

Rappel biographique :  Margaret Preston est une figure majeure de la peinture australienne du 20e siècle. Avec Grace Cossington, elle introduisit le mouvement moderniste en Australie dès le début du 20e siècle. A la tête de ce qui constituait alors une véritable avant-garde artistique dans l'hémisphère sud, Margaret Preston fut la première artiste australienne que l'art aborigène influença notablement. Elle est connue pour ses peintures de la flore et de la faune autochtone australienne dont cette nature morte est un exemple. Avant son mariage, pour des raisons principalement financières, elle fit une carrière de pédagogue privée dans le domaine de l’art. Plus tard elle a enseigna dans le public,  à la fois au Collège Saint-Pierre et au Collège Presbyterian Ladies, à Adelaïde. Parmi ses élèves, on peut citer des artistes aussi remarquables que Bessie Davidson, Gladys Reynell ou Stella Bowen.

jeudi 9 mars 2017

John Bratby (1928-1992)


John Bratby (1928-1992) 
In the kitchen with Thistle 
Private collection 

Que voit-on ? Comme d'habitude chez Bratby plutôt adepte des natures mortes trash et du désordre total : un beau bazar, pour ne pas dire plus !!!  Il s'agit de la cuisine (c'est ce que dit le titre en tout cas), mais cela aurait tout aussi bien pu être le bureau ou l'atelier, tant les éléments accumulés sont hétéroclites. Pas mal de nourriture sur la table avec à gauche un paquet de cornflakes (c'est écrit dessus) et à droite des toasts un peu secs sous une accumulation de petits cadres jouxtant ds tubes de couleurs et des tubes de ketchup (ne pas confondre les deux !), de la sauce soja et du vernis à tableaux  (là aussi ne pas confondre !!!).  Sous la table bureau : un vrai petit débarras avec - dans le désordre bien sûr - un vieux plateau de petit déjeuner abandonné, et un amoncellement de trucs et de machins  que l'on pourrait appeler dans trop de problèmes une poubelle ! 
On remarquera surtout aussi le beau dessin des chardons séchés et de leur ombre portée sur le mur, dans une composition très géométrique où les fils électriques des prises murales jouent un rôle important.  C'est la pièce centrale du tableau sachant que le chardon (thistle) est le symbole de l'Ecosse et l'une des plus prestigieuses décoration du Royaume-Uni. Autre fait notoire  : un seule bouteille de vin présente sur cette table,  ce qui est très inhabituel chez ce peintre qui en peignait (et en consommait) toujours de nombreuses à la fois. A l'extrême droite de la composition, derrière la chaise, observant cette atmosphère étouffante et très colorée : un enfant avec sa casquette à visière...

Rappel biographique :  Le peintre britannique John Bratby fut une star des tabloïdes de son époque, dans lesquels il était régulièrement présent tant il défraya la chronique (souvent plus par ses déclarations et ses actes que par ses toiles ! ). La notoriété de Bratby date de ses premières toiles très expressionnistes, et notamment de la série des Angry Young Men (Jeunes hommes en colère) décrivant un certaine ultra-gauche anglaise qui fit sensation dans les années 1960.  Classé lui-même très à gauche sur l'échiquier politique, Bratby commença à être l'objet des premiers scandales lorsque les tabloïds révélèrent qu'il avait amassé une fortune considérable.  "Accusation" à laquelle il répondit en 1965 par un célèbre :" Les prolétaires sont des crétins. Ils sont incultes et il dominent la société. Peut-on imaginer pire ? ". Très vite, sa vie entière qui se déroulait déjà dans un désordre revendiqué et assez ingérable, (tout à fait à l'image de ce qui se passe sur les table de ses natures mortes) tourna au cauchemar et cette société qu'il dénonçait à longueur de temps, lui tourna le dos du jour au lendemain. Le succès s'en alla aussi vite qu'il était venu et, en dehors de Sir Alec Guiness qui le rencontra pour incarner son rôle dans le film The Horse's Mouth de Joyce Cary en 1958, il ne vit plus personne. Ce qui est fascinant avec Bratby c'est que sa façon de peindre et les sujets peints sont à l'identique de sa façon de vivre. Son style expressionniste, désinvolte, vigoureux et quelquefois violent, n'est pas une exception dans l'Europe du milieu du 20e siècle, mais c'est vraiment la façon dont il peint qui est nouvelle. Il applique la peinture du tube pour l'étaler directement sur la toile au couteau à palette, en se moquant ouvertement du résultat obtenu, sur lequel il ne revient jamais.  On donna à cette technique le nom de Tubism. Il a peint beaucoup de natures de mortes, principalement de tables de cuisine très encombrées de toutes sortes d'objets ou d'éviers remplis de vaisselle sale, ce qui lui valut une autre surnom, celui  de " peintre d'évier ".  Il a peint les cuisines et les intérieurs anglais habituellement si réputés pour leur raffinement sous leur angle sans doute le plus répugnant  !
Totalement alcoolique et égocentrique, violent et sale, il a  néanmoins fini sa vie comblé d'honneurs dans une Angleterre qui entre ses débuts dans les années 50 et les années 90 s'enfonçait elle-même dans un chaos assez comparable aux oeuvres de Bratby ! En 1971, il fut élu à la Royal Academy of Arts. Ses natures mortes à l'emporte pièce comme sa propre vie, apparaissent pour certains comme une peinture assez fidèle de la société dans laquelle il vécut.

mercredi 8 mars 2017

Etienne Moulinneuf (1706-1789)


Etienne Moulinneuf (1706-1789) 
Nature morte à la plume d'oie, panier d'osier et partition de musique
Collection Privée 

Que voit-on ? Exactement ce que décrit le titre, posé sur une table de jardin en bambou dont aperçoit la tranche. A ce que décrit le titre s'ajoutent une petite bouteille contenant un élixir qui joue le rôle de presse papier entre un carnet à dessin et la partition de musique et un encrier, sur la droite de la composition. Une nature morte studieuse ou entièrement dédiée aux beaux arts, selon l'angle sous lequel le spectateur veut bien l'appréhender.  

Rappel biographique ; Etienne Moulinneuf, est né а Marseille et mort dans la même ville quelques mois avant la Revolution Française.  Peintre  et homme de lettre français,  il fut Secrétaire perpétuel de l'Académie de peinture et de sculpture de Marseille. Syndic des peintres et sculpteurs de Marseille en 1740, il habite avec sa famille dans un immeuble situé à l'angle de la rue du Tapis-Vert et du Cours Belsunce relevant de la paroisse de l'Eglise Saint-Martin. 
Avec Jean-Joseph Kapeller, Michel-François Dandré-Bardon ou le sculpteur Jean-Michel Verdiguier, Moulinneuf propose la création à Marseille d'une Académie de peinture et de sculpture à l'approbation du gouverneur de Provence, le duc de Villars. Ce dernier approuve le 28 décembre 1752 une telle création et autorise la tenue des réunions de cette nouvelle assemblée dans les locaux de l'Arsenal des galères. Le 19 mars 1756, la ville de Marseille accorde à l'Académie de peinture une subvention annuelle de 3 000 livres, aide autorisée par le Conseil d'Etat le 15 juin 1756. Affable et sociable, il fut avec Jean-Joseph Kapeller, membre de la loge maçonnique Saint Ferréol dès 1750. Il laissa à ses contemporains le souvenir d'un dessinateur et peintre de talent mais surtout d'un cœur simple et grand. Etienne Moulinneuf a peint essentiellement des natures mortes, des trompe-l'œil, des paysages et des portraits, dont l'essentiel se trouve dans des collections particulières. Très peu d'œuvres sont conservées dans des musées. Egalement  homme de plume, il échangea une abondante correspondance avec Dandré-Bardon qu'il admirait particulièrement. Il tient également un journal et transmettra cette passion de l'écriture à sa fille, Julie Pellizzone.




mardi 7 mars 2017

Eugène-Louis Boudin (1824-1898)


Eugène Boudin (1824-1898) 
Nature morte avec gibiers et pommes.
Musée Boudin, Honfleur.

Que voit on ? Sur un entablement recouvert d'un nappe blanche au drapé désordonné : trois pièces de gibiers (perdrix, poules d'eau) et quelques pommes  dans la meilleure tradition normande. Mais ce qu'il faut surtout remarquer dans cette nature morte est le fait que la majeure partie de la composition (plus de la moitié de la partie supérieure) est occupée par la peinture d'un fond abstrait et tourmenté qui n'est autre qu'un mur d'office ,mais qui n'est pas sans rappeler ces magnifiques cieux de plages par lesquels Boudin s'est rendu célèbre.

Rappel biographique : Le grand peintre français de paysages, de marines et de plages, Eugène-Louis  Boudin n'a pas peint énormément de natures mortes, mais il en a laissé tout de même un catalogue significatif. On peut comprendre que cet homme qui fut à l'origine de la peinture à l'extérieur de l'atelier, n'ait pas été très attiré par le genre de la nature morte qui est par essence un genre d'atelier.
Eugène-Louis Boudin est considéré comme l'un des précurseurs de l'impressionnisme. Peintre marin, expert en matière de rendu de tout ce qui est lié à la mer et à ses rivages, il peint notamment de nombreux tableaux décrivant la vie des pêcheurs sur les ports et les marchés,  ainsi que celle des familles bourgeoises du 19e siècle sur les plages de Normandie. S'il ne rencontre un succès public relatif qu'à l'approche de la soixantaine, son travail de peintre d’avant-garde est reconnu par les critiques et peintres impressionnistes dès les années 1870, les collectionneurs (Ivan Tourgueniev, Georges Feydeau, puis les Rothschild ou Cary Grant) se mettant dès lors à acheter ses tableaux de paysage mais c'est surtout à partir de 1929, année qui voit Jeanne Lanvin acheter une de ses toiles, que le succès et la reconnaissance lui sont définitivement assurés.
Au cours de sa vie, Eugène-Louis Boudin a peint près de 4 500 tableaux et laissé autant de dessins, pastels et aquarelles. C'est le musée d'art moderne André-Malraux du Havre qui possède la plus grande collection de tableaux de Boudin, avec 224 peintures dont de nombreuses esquisses et études, toutes exposées. Une grande partie provient du « legs Boudin », comportant 60 toiles et 180 panneaux, reliquat de la vente aux enchères, le 21 mars 1899, des œuvres retrouvées dans son atelier à sa mort. Le Musée Eugène-Boudin de Honfleur possède en outre 93 œuvres de l'artiste. Ce musée a été créé en 1868 par Louis-Alexandre Dubourg, peintre honfleurais et ami de Boudin. Ce dernier enrichit les collections du musée en léguant à sa ville natale 53 de ses œuvres ainsi que 17 œuvres de ses amis (Ribot, Hamelin...).

lundi 6 mars 2017

Othon Friesz (1879-1949)

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Othon Friesz (1879-1949)
Nature morte au verre de vin, 1929
Collection privée

Que voit on ? Sur une table blanche :  trois bouteilles de vin de Bordeaux de qualité dont deux débouchées ; une carafe de type "décanteur" en verre, vide ; un verre à eau, plein de vin ; une boîte de cigares fermée ; deux pipes et une boîte d'allumettes.  L'évocation d'une dégustation de vin ou bien d'une scène dans un bar ou dans un club, dans une atmosphère monochrome et une palette sourde qui sont très peu dans le style " fauve " de ce grand peintre de natures mortes plutôt partisan des couleurs éclatantes.

Rappel biographique :  Achille-Emile Othon Friesz, dit Othon Friesz, qui signait E. Orthon Friesz est un peintre et graveur français.  Othon Friesz est, avec Georges Braque et Raoul Dufy, l’élève de Charles Lhuillier à l’Ecole municipale des beaux-arts du Havre. Une bourse lui permet d’entrer à l’Ecole des beaux-arts de Paris dans l'atelier de Léon Bonnat en 1897, mais il préfère se former en fréquentant le musée du Louvre. D’abord influencé par les impressionnistes, puis par Vincent van Gogh et Paul Gauguin, quelques-unes de ses toiles sont exposées au Salon d'automne de 1905, avec des œuvres d'Henri Matisse, Albert Marquet et Henri Manguin. Les aplats de couleurs éclatantes et la nervosité du dessin donnent la sensation au spectateur de pénétrer dans une « cage aux fauves ». C’est le début du fauvisme, dont il va devenir l’un des représentants.
А l’été 1906, il effectue un séjour à Anvers avec Georges Braque, travaillant sur les mêmes sujets, puis, l’année suivante, à l’Estaque et La Ciotat, transposant sur leurs toiles la lumière du Midi. De retour à Paris, tandis que Braque élabore avec Pablo Picasso qu’il vient de rencontrer, les fondements du cubisme, Friesz poursuit un naturalisme influencé par Paul Cézanne et réalise des paysages, des natures mortes et des marines plus traditionnels, tout en conservant de sa période fauve l’énergie du trait et le goût affirmé pour la couleur et les contrastes forts.
En 1912, il ouvre son premier atelier en Normandie puis, de retour а Paris en 1919, il voyage dans le Jura et en Italie et commence а enseigner le dessin а l'Académie de la Grande Chaumière en 1921, et à l'atelier de peinture A de l'Académie scandinave. En 1937, il réalise la décoration du Palais de Chaillot avec Raoul Dufy. Outre ses peintures, il produit un grand nombre de dessins, de gravures et de lithographies.  De 1914 а son décès en 1949, il occupe un atelier au no 73 rue Notre-Dame-des-Champs à Paris. Othon Friesz est inhumé à Paris au cimetière du Montparnasse (27e division). Sa tombe est ornée de son portrait en médaillon en bronze par Paul Belmondo.


dimanche 5 mars 2017

Louis Valtat (1860-1952)


Louis Valtat (1860-1952) 
Nature morte au chou et a la bouilloire  (1930)
Collection privée

Que voit-on ? Une association assez inhabituelle d'éléments probablement contenus sur une table de cuisine et traités en gros plan  : au premier plan un chou rouge aux feuilles dépliées et désordonnées ; au second plan,  une bouilloire en cuivre ; à l'arrière plan, un bouquet de fleurs dans un vase. Une composition éclatante de couleurs et de gaieté.

Rappel biographique : le peintre français Louis Valtat est un précurseur du fauvisme. En 1895,  il va poursuivre sa convalescence d'une tuberculose à Arcachon et réalise dans cette ville de nombreuses peintures aux tons très vifs qu'il  expose au Salon des indépendants de 1896. Ces peintures annoncent le « fauvisme » qui fera scandale dix ans plus tard au Salon d'automne de 1905.  Louis Valtat a peint beaucoup de paysages mais aussi un nombre conséquent de natures mortes, genre auquel il a apporté  un renouveau incontestable avec une étonnante diversité de styles.