samedi 31 mars 2018

Pierre Tal Coat (1905-1985) - Nature morte au pichet renversé


Pierre Tal Coat (1905-1985)   
Nature morte au pichet renversé, 1941

Que voit on ? Exactement ce que décrit le titre... à quoi cependant s'ajoute un oignon, un demi citron et derrière le pichet qui n'est pas renversé une très belle composition abstraite qui peut être le tissu du dossier d'une chaise ou bien un linge pendant sur le rebord d'une fenêtre qui serait esquissée par un  trait bleu pâle à droite de la composition.

Rappel biographique : Le peintre, graveur et illustrateur français Pierre Tal Coat (pseudonyme de Pierre Jacob pour éviter l'homonymie avec Max Jacob quimpérois comme lui), apparenté au mouvement de l'École de Paris Avec les artistes de ce mouvement, il exposa régulièrement à  la Galerie de France (de 1943 а 1965), dans les  galeries Maeght (de 1954 а 1974), Benador (de 1970 à 1980) puis à  la galerie H-Met , la galerie Clivages. En 1956, seize de ses peintures furent présentées à la Biennale de Venise. Aux côtés de Joan Miro et de Raoul Ubac, il collabore en 1963 aux réalisations pour la Fondation Maeght de Saint-Paul de Vence d'une mosaïque pour le mur d'entrée.
En 1968 le Grand Prix national des arts.
Une grande exposition rétrospective lui fut consacrée au Grand Palais à Paris en 1976.
А partir de 1961, Tal Coat s'installа  à la Chartreuse de Dormont  près de Vernon (Eure), où il finira sa vie. Tal Coat a illustré de nombreux livres d'art avec des gouaches, dessins, pointes sèches ou aquatintes, notamment de nombreux ouvrages d'André du Bouchet, Pierre Schneider, Pierre Torreilles, Philippe Jaccottet, Claude Esteban, Maurice Blanchot, Pierre Lecuire, Jacques Chessex...
Tal Coat a peint une série importante de natures mortes, toutes réalisées en 1942, en pleine guerre, alors qu'il se trouvait réfugié à Aix-en-Provence. De toutes ces peintures très dépouillées et exécutées avec une grande économie de moyens, il se dégage une grande force.

vendredi 30 mars 2018

Valentin Khrushch (1943–2005) - Fish

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Valentin Khrushch (1943–2005) 
Fish, 1985

Rappel biographique : Valentin Khrushch est un artiste ukrainien, l'un des créateurs de l'école d'art non officielle d'Odessa mais surtout l'une des figures centrales de l'art non conformiste et underground à Odessa, et plus tard à Moscou, dans les années 1960 et 1970, en plein régime soviétique. Il fut l'organisateur des célèbres expositions dites "en plein air" où il accrochait ses oeuvres dans la rue sur des palissades, pendant parfois seulement une heure ou deux, le temps que les autorités policières réagissent et le forcent à décrocher. Il fut aussi le premier organisateur, dans Odessa occupé, des "expositions d'appartement" où il accrochait les oeuvres interdites par le régime dans des maisons privées, transformées en galerie d'art d'un soir.
Les œuvres de Valentin Khrushch  qui  évoluent sans heurt particulier de la figuration à l' abstraction, tiennent une place extrêmement importante dans l'Histoire de l'art contemporain russe. Aujourd'hui assez bizarrement,  il reste plus connu en Ukraine et en Russie qu'à l'ouest de l'Europe, bien que quelques unes de ses œuvres soient conservées dans quelques musées américains et collections privées concernées par cette période de l'art non-conformiste russe. Il fut également largement exposé et collectionné en France et notamment au siège de l' UNESCO à Paris.

2018 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau



jeudi 29 mars 2018

Dick Ket (1902–1940)



Dick Ket (1902–1940)
Stilleven

Rappel biographique : Dick Ket était un peintre connu pour ses natures mortes et ses autoportraits.
Ses natures mortes méticuleusement composées tournent toujours autour des mêmes thèmes et représentent souvent les mêmes objets à savoir des bouteilles, un bol vide, des œufs, des instruments de musique, des journaux... Ket a juxtaposé ces objets dans des arrangements angulaires, vus d'un point de vue élevé, dans un cadrage "en plongée",  les ombres portées des objets créant toujours d'intéressantes diagonales.  Dick Ket a réalisé environ 140 peintures, dont une quarantaine d'autoportraits. Ses expérimentations techniques de différents additifs dans la composition de ses pigments, medium  et vernis, ont eut pour effet de provoquer un résultat étonnant et difficilement gérable par les conservateurs, puisque certaines  de ses peintures ne sont pas complètement sèches après quatre vingt ans !!!
Le Rijksmuseum d'Amsterdam, le musée Arnhem et le musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam figurent parmi les musées présentant des œuvres de Dick Ket.

mercredi 28 mars 2018

George Copeland Ault (1891-1948)


George Copeland Ault (1891-1948)
Vegetables

Rappel biographique : George Copeland Ault fut un peintre américain plus ou moins affilié aux  " Precisionist " et très influencé par  le cubisme et le surréalisme. Sa vie personnelle ne brilla pas par sa sérénité. Devenu alcoolique dans les années 1920, après la mort de sa mère placée dans un établissement psychiatrique, ses trois frères se suicident après la perte de la fortune de la famille dans le krach boursier de 1929.
Bien qu'il ait exposé ses œuvres avec un certain succès, au début des années 1930, son comportement névrotique et la grande solitude dans laquelle il s'enfermait l'avaient éloigné du monde des galeries.
Ault travaillait à l'huile, aquarelle et crayon. Il peignait ce qu'il voyait  autour de lui, en gommant légèrement les détails dans des formes plus simplifiées et des espaces aplanis et en rendant systématiquement les modèles géométriques sous-jacents des structures.
Peindre pour lui était un moyen de «créer l'ordre dans le chaos».
En 2011, le Smithsonian American Art Museum a organisé une grande exposition autour du travail d'Ault.

mardi 27 mars 2018

Jane Freilicher (1924-2014)


Jane Freilicher (1924-2014)
The Lace Tablecloth, 1972
Parrish Art Museum, Water Mill, N.Y

Que voit on ?  Sur la nappe en dentelles qui donne son titre au tableau et recouvre cette table  visiblement dressée dans l'atelier même de la peintre dont on aperçoit une partie de la production sur les murs : du pain, un gâteau et des fleurs pour célébrer la douceur de la vie et deux citrons... pour en  rappeler l'indissociable et sans doute équilibrante amertume.

Rappel biographique : Jane Freilicher, est une artiste-peintre américaine assimilée à la fois aux mouvements " figuratif " et  " expressionniste abstrait ". A l'âge de 17 ans,  elle termina ses études scolaires et fit la rencontre du pianiste de jazz Jack Freilicher qu'elle épousa en  1941 avant que le mariage ne soit annulé en 1946. Elle fait ensuite la rencontre du peintre Hans Hofmann, auprès de qui elle étudie l'art à partir de 1947, mais aussi de Larry Rivers avec lequel elle se lie d'amitié. En 1952, elle rencontre Joe Hazan, ancien businessman et danseur, devenu artiste-peintre. qu'elle épouse  en 1957 ;  Jane travaille dans la 5e Avenue à Manhattan où elle et son mari se sont établis. Le couple devient propriétaire d'une maison d'été qu'il fait bâtir à Long Island.
Dans les années 1950, Jane est membre d'un cercle informel d'artistes, peintres et écrivains, connu sous le nom de  " 'École de New York ". Influencée par Hofmann, elle réalise d'abord des toiles expressionnistes abstraites. Puis, séduite par le style de Pierre Bonnard, elle s'oriente vers les paysages et les natures mortes. Son domaine de prédilection devient les scènes pastorales en milieu urbain. Elle s'inspire de la vie à Long Island. Ses œuvres sont présentées à la Tibor de Nagy Gallery de New York à partir de 1952. En 2013, une exposition Jane Freilicher: Painter Among Poets y est présentée. L'exposition déménage à Chicago en 2014 où elle est présentée à la Poetry Foundation, association de promotion de la poésie et de la culture.

lundi 26 mars 2018

Antoine Vollon (1833-1900)



Antoine Vollon (1833-1900)
Natureza Morta com Macaco e Violão 
Pinacotheca de Sao Paulo, Brazil 

Que voit on ?  Sur un entablement recouvert d'un très beau tissu imprimé dont le motif abstrait entretient une confusion volontaire avec le minéral, exactement ce que décrit le titre, à savoir : un guitare en équilibre sur une pile de livres fermés ; une partition de musique ouverte sous la guitare ; une assiette en porcelaine très fine contenant trois fruits ; une carafe en verre teinté sombre ou céramique vernissé noire... et confortablement installé sur la pile de livres, un petit macaque invité de cette nature morte et qui, malgré son air innocent, a déjà croqué le fruit défendu...  On apprécie comme d'habitude la précision de la touche de ce peintre et sa grande poésie dans le traitement du moindre élément.  

Rappel biographique : le peintre français Antoine Vollon  est considéré comme appartenant au mouvement réaliste, bien que son style s'adapte toujours en fonction du sujet traité. Artiste productif, fougueux et extrêmement doué, Antoine Vollon affichait une préférence marquée pour les effets de lumière. Il a peint des ports, des marines aux grands cieux tourmentés et des pêcheurs mais c'est surtout comme peintre de natures mortes qu'il aimait se présenter lui-même.
Il débute sa carrière à Lyon, où il apprend la gravure sur métaux et fréquente l 'Ecole des beaux-arts de la ville où il est l'élève de Théodule Ribot. Il développe rapidement une attention particulière surtout pour les natures mortes qui relèvent d’un défi technique et artistique. Ce défi couvre un champs très large qui va de la représentation d'une motte de beurre, à la peinture de fruits et de fleurs isolés (poires, prunes, cerises, pêches, tomates, courges, violettes...) en passant par le rendu des reflets du métal des ustensiles de cuisines jusqu'à la représentation des matières vivantes quotidiennes de la cuisine (plateau d'huîtres, œufs, carcasse de cochon pendu et vidé, poissons de mer en attente de cuisson...).  Ses œuvres sont aujourd’hui conservées dans les plus grands musées du monde entier (Amsterdam, Londres, New York...) et chez quelques chanceux collectionneurs privés principalement aux Etats-Unis où Vollon est beaucoup plus connu qu'en Europe (Washington, New York, Boston, Philadelphie…). En France, le musée d'Orsay à Paris conserve une de ses toiles (Autoportrait), de même que les musées de Lyon (sa ville natale), Amiens et Rouen. Le Musée des Beaux arts de Dieppe quant à lui conserve deux toiles : Femmes du Pollet à Dieppe et Poissons de mer.
Alexandre Dumas fils était le grand collectionneur  français de l'œuvre de Vollon, ainsi que de riches américains, comme Henry Frick (Frick Collection) ou le peintre William Merritt Chase qui l'admirait beaucoup et s'inspira, dans la plupart de ses propres natures mortes de celles d'Antoine Vollon. Le MET à New York conserve l'une des plus belles toiles de Vollon. 

dimanche 25 mars 2018

Robert de Niro Sr. (1922-1993)


Robert de Niro Sr. (1922-1993) 
Still life with Pears 
Private collection 

Que voit-on ?  Disposés sur un entablement qui semble être un dessus de commode, de gauche à droite : un ananas, un falcon de verre fermé, deux poires et un pot de fleurs.

Rappel biographique : Fabuleux destin et belle vie que celle de ce peintre hors normes admirateur de Matisse.  Robert de Niro Senior (1922-1993) qui ressemble beaucoup physiquement à son fils le célèbre acteur du même nom, fut un artiste peintre, sculpteur et poète américain.
En 1939,  il fut l'élève d'Hans Hofmann, artiste allemand émigré et eut une relation amoureuse de jeunesse avec Robert Duncan. En 1946, la milliardaire collectionneuse et mécène Peggy Guggenheim lui consacre une exposition personnelle dans sa galerie Art of this Century.
Dans les années 1960, De Niro décide de venir vivre  plusieurs années en France, à Paris, où il se propose de revisiter la tradition européenne de grands peintres comme Matisse, Edouard Manet, Gauguin ou Bonnard...
L'œuvre picturale de De Niro n'a pas connu le succès de son vivant. Sa peinture est animée par la couleur et par les formes dans des compositions figuratives, des paysages agités par la lumière ou des natures mortes. En juin 2005, 56 de ses oeuvres sont exposées à La Piscine - Musée d'Art et d'Industrie à Roubaix, pour la première rétrospective jamais présentée en Europe.
Une exposition lui est également  consacrée au Musée Matisse de Nice en mai 2010.
Il était une fois le Bronx,  un film réalisé par son  très célèbre fils, lui est dédié et lui rend hommage.

samedi 24 mars 2018

Frans Snijders (1579-1657)


Frans Snijders (1579-1657)
Nature morte avec un rafraîchissoir à vin, (C.1610-20)
Fundacion Banco Santander.

Que voit-on ? Une somptueuse nature morte au gibier à plumes et à fourrure que notre époque contemporaine condamnera sûrement au nom de la  protection des animaux... et des régimes végétariens, mais qu'il convient de ne pas isoler de l'époque où elle a été peinte pour en apprécier toute la beauté. Pour les âmes sensibles, on attirera l'attention sur le panier de légumes à droite de la composition avec ses magnifiques salades, artichauts et oignons.... On s'attardera aussi sur la petite nature morte aux flacons à l'extrême gauche du cadre,  juste sous le rafraîchissoir à vin en cuivre sculpté, une petite merveille d 'étude des textures (cristal, porcelaine, métaux, verre teinté...).  Quand au paon !  il est mort certes...  mais bon nous aussi nous mourrons (c'est d'ailleurs le message principal de toute nature morte)... et donc ne nous gâchons pas le plaisir d'admirer l'excellence de la manière avec laquelle son orgueilleux plumage est peint. 

Rappel Biographique : Le peintre flamand Frans Snyders ou Snijders fut un élève de Pieter Bruegel le Jeune et de Hendrick van Balen. Spécialisé dans la nature morte Frans Snyders réalisa l'essentiel de son œuvre dans sa ville natale, Anvers. Appartenant à l'important atelier de Rubens, même s'il ne fut pas son élève, il collabora avec lui dans plusieurs tableaux, comme Philopœmène reconnu par ses hôtes (Musée du Prado, Madrid). Il forma aussi lui-même plusieurs élèves, notamment Jan Fyt.
Son œuvre se compose essentiellement de natures mortes et de scènes de chasses, auxquelles il conféra une monumentalité nouvelle. Ses étals de commerçants, notamment de poissonniers  constituent peut-être la partie la plus originale de son répertoire. Ses compositions s'organisent en général autour d'un élément horizontal stable, comme une table, sur laquelle sont exposés des éléments désordonnées. Le foisonnement des objets peut rappeler l'abondance et la prospérité des Flandres au 17e siècle. Sa touche est très proche de celle de Rubens, en jouant sur des empâtements et des glacis dilués.
Snyders exerça une grande influence sur la nature morte française, chez des peintres comme Jean-Baptiste Oudry ou Alexandre-François Desportes.

vendredi 23 mars 2018

Sir Kyffin Williams (1918–2006)



Sir Kyffin Williams (1918–2006)
 Mackerel, 1988
The National Library of Wales

Que voit on ? Posé sur tabouret de bois, la queue dépassant d'un plat en céramique assez profond : un maquereau.

Rappel biographique : Sir John "Kyffin" Williams (KBE,  RA) fut un peintre paysagiste gallois qui a vécu sur l'île d' Anglesey. Williams est généralement considéré comme l'artiste définissant le mieux l'art au pays de Galles au 20e siècle.  Ses œuvres s'inspirent du paysage gallois et de ses terres agricoles. Quelques toiledétaillent des paysages de la colonie galloise de Patzgonie Y Wladfa  où il obtint une bourse d'études pour aller peindre en 1968 !
Les oeuvres de Williams  Elles sont exposées de façon  permanente à la galerie Oriel Kyffin Williams qui a ouvert en 2008 à Oriel Ynys Môn à Llangefni, Anglesey, ainsi que dans de nombreuses autres galeries en Grande-Bretagne. Il a été président de la Royal Cambrian Academy et a été nommé membre de l' Académie royale en 1974.
Les œuvres de Williams sont conservées dans de nombreuses collections publiques, notamment la Government Art Collection,  la Arts Council Collection et le National Museum of Wales.

jeudi 22 mars 2018

Gabriel Laderman (1929-2011)


Gabriel Laderman (1929-2011)
 Still Life #2 Homage to David, 1969

Que voit on ? Une accumulation d'objets sur une table devant un tableau vert d'écolier, dans un style hyper réaliste, le tout en hommage au peintre français Jacques Louis David (1758-1825)... plus connu pour son Sacre de Napoleon que pour les natures mortes qu'il n'a d'ailleurs jamais peintes ! 
Comme pour justifier ce travail  d'hommage (lointain) qui n'en est pas un, tout en voulant l'être, Laderman écrit : " Un tel travail découle de la nécessité de faire un lien entre notre compréhension et l'héritage des préoccupations et capacités artistiques qui est partout dans notre passé, avant 1950. Nous devons également faire des liens avec les processus de construction métaphorique consciente.  Quand nous nous rendons compte que ce que nous voyons ne suffit pas, nous devons être capables de mettre au point des procédures pour développer cela dans notre travail. " 

Rappel Biographique : Gabriel Laderman  était un peintre New Yorkais, important représentant du  renouveau figuratif des années 1950 -1960.  Apres avoir  étudié notamment avec Hans Hoffman,  Wilhelm de Kooning et Rothko, il commence  à peindre dan un style très réaliste !
En 1957, il fut  nommé professeur d'art à SUNY, New Paltz où il passa deux années avant  de retourner à New York où il enseigna au Pratt Institute jusqu'en 1967.
Entre 1967  et 1996, il a été artiste en résidence et a enseigné dans plusieurs écoles et musées, dont l'Université de Princeton, l'Université Yale, le Bennington College, le Philadelphia College of Art, l'Académie de Pennsylvanie, l'Université de Pennsylvanie, Boston University School, Stanford University  Kansas City Art Institute, Art School de Surabaya, Art Center Jakarta, USIS à Tokyo  mais aussi à  Nagoya , Sapporo et Fukuoka, Royal College of Art de Bangkok, Collège d'Art Victorien de Melbourne, Le Collège Ballarat, Université d'Indiana, Université d'État de Louisiane, Skowhegan, Chautauqua, Art Students League de New York .
Il a pris sa retraite en 1996 mais a continué à peindre jusqu'à son décès en 2011.

mercredi 21 mars 2018

Mykola Hlushchenko (1901-1977)


Mykola Hlushchenko (1901-1977) 
Winter still life

Que voit-on ?  Un plateau de fruits et une carafe posés sur une petite table, à côté d'une fauteuil recouvert d'une tissus bariolé,  devant une immense fenêtre qui s'ouvre sur un paysage d'hiver dans la lumière bleutée de l'hiver ukrainien. La preuve même que l'on peut peindre le coeur de l'hiver dans une explosion de couleurs joyeuses et chaleureuses. 

Rappel biographique : Mykola Petrovych Hlushchenko est un artiste peintre ukrainien. Durant la Révolution russe, il fut mobilisé dans l'armée des volontaires de Dénikine, avant d'être fait prisonnier et déporté en Pologne. Il parvint à s'évader du camp de prisonniers, et rejoint finalement l'Allemagne à pied, où il intégra l'Académie des Arts de Berlin. Il en sortit diplômé  en 1924, et dès l'année suivante, il commença à travailler à Paris, où ses œuvres attirèrent immédiatement l'attention des critiques.  Au début des années 1930, en tant que membre de l'Association des Artistes Ukrainiens Indépendants, il participe à des grande expositions de peintures ukrainiennes au Musée national de Lviv.
En 1936, il déménagea en Union soviétique où il devint un collaborateur des services secrets soviétiques ; il est  ainsi par exemple l'un des premiers à les prévenir du projet d'attaque de l'URSS par les Allemands au début de la Deuxième Guerre mondiale. En 1944, il partit vivre à Kiev où il  composa une série de peintures sur la Kiev d'après-guerre, ainsi que de nombreux paysages issus de ses voyages en France, Belgique, Suisse et Italie notamment.
Dans les années 1960, s'étant rapproché des nouveaux courants artistiques grâce à ses voyages à l'étranger, il enrichit ses œuvres avec des couleurs vives.
Parmi ses œuvres, on compte de nombreux paysages  (France, Italie, Pays-Bas Ukraine), des natures mortes, des nus et des portraits. Il réalisa également de nombreuses  commandes pour le gouvernement soviétique, et des portraits des écrivains français Henri Barbusse, Romain Rolland, Victor Margueritte et de même qu'un portrait du peintre Paul Signac.
Les oeuvres de Hlushchenko ont été exposées de son vivant, à Berlin (1924), Paris (à cinq reprises de 1925 а 1934), Milan (1927), Budapest (1930 et 1932), Stockholm (1931), Rome (1933), Lviv (1934 et 1935), Moscou (1943 et 1959), Belgrade (1966 et 1968), Londres (1966), Toronto (1967 à 1969) et plus de dix fois à Kiev.

mardi 20 mars 2018

Juan Gris (1887-1927) - Bodegón 1913


Juan Gris (1887-1927) 
Bodegón, 1913
Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid  

 Que voit on ? Déstructuré  à l'extrême dans une composition cubiste à la frontière de l'abstraction, on peut penser reconnaître un pot. Le peintre ne concède aucun autre détail dans le titre à cette généralité qu'est le nom de Bodegon (Nature morte en espagnol).

Rappel Biographique : Le peintre espagnol Juan Gris vécut et travailla en France à partir de 1906, où il fut proche du mouvement cubiste mais occupa une place très à part dans la peinture de son temps, sans doute toujours dans l'ombre de Picasso qui l'aurait volontiers  " éliminé de la carte "  selon les dires de Gertrude Stein. Salvador Dali disait de lui : « Juan Gris est le plus grand des peintres cubistes, plus important que Picasso  parce que plus vrai.  Picasso était constamment tourmenté par le désir de comprendre la manière de Gris dont les tableaux étaient techniquement toujours aboutis, d'une homogénéité parfaite, alors qu'il ne parvenait jamais à remplir ses surfaces de façon satisfaisante, couvrant avec difficulté la toile d'une matière aigre. Il interrogeait sans cesse : « Qu'est-ce que tu mets là ? — De la térébenthine. » Il essayait le mélange, échouait, abandonnait aussitôt, passant à autre chose, divin impatient. »
Aujourd'hui Juan Gris apparait comme un génie injustement resté dans l'ombre. Il a peint quasiment autant de natures mortes que de paysages ou de portraits.

Jusqu’en 1920, sa peinture est encore marquée par l’Espagne, celle des natures mortes de l’école de Séville des 16e-17e siècles – d’un Sanchez Cotan, d’un Valdes Léal ou d’un Zurbaran, par exemple – Gris aime profondément ces peintures des « blancs chartreux qui, dans l’ombre, glissent silencieux sur les dalles des morts ». Des blancs contrastant avec les noirs, il va donc tirer le parti le plus fort. Les œuvres des années de guerre 1916-1917 se distinguent par une sobriété, une austérité toutes particulières des couleurs sombres autant que des motifs : « C’est bien là cette ardeur castillane qui s’habille de noir, s’interdit tout éclat, et qui paraît de la froideur à un observateur superficiel », écrit Kahnweiler. Et Maurice Raynal de renchérir : « Toute l’Espagne est dans son œuvre : l’Espagne des tons livides, sulfureux et sombres du Greco, de Zurbaran, de Ribera, de Herrera. Rien ne servait davantage la notion du tableau-objet en soi que les choses les plus simples, les plus humbles et les plus maniables, auxquelles ils feront subir toutes les déformations possibles pour réaliser la plénitude de cet « objet ». 

2018 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau, #AStillLifeCollection, #NaturesMortes 

lundi 19 mars 2018

Grace Hartigan (1922-2008)


Grace Hartigan (1922-2008)
Spanish Still Life, 1954
Tibor de Nagy Gallery

Que voit on ?  Une collection de vases, de pots et une théière que l'on imagine se trouvant sur une table  de cuisine mais qui pourraient tout aussi  bien être dans la vitrine d'un magasin, vitrine pour lesquelles Grace Hartigan avait une fascination sans limites.

Rappel biographique : Grace Hartigan est une artiste peintre américaine souvent décrite comme une expressionniste abstraite de seconde génération, sans pour autant que son oeuvre rompe complètement avec la tradition figurative. Membre de l'Ecole de New York, amie de peintres  majeurs tels  que Jackson Pollock et Willem de Kooning, ses toiles aux couleurs vives illustrent parfois des objets du quotidien et des personnes issus de la culture populaire, ce qui a fait dire à certains critiques que son oeuvre préfigurait  le pop art. Elle connaît tôt le succès dans l'expressionnisme abstrait, sans pour autant être à l'aise avec cette étiquette, puis devient célèbre comme pionnière du pop art, qu'elle  dit haï, pour enfin voir sa notoriété diminuer, alors que l'expressionnisme abstrait laisse la place au pop art et au minimalisme. Elle passe les dernières décennies de sa vie à Baltimore où elle enseigne la peinture à l'Ecole de peinture Hoffberger au Maryland Institute College of Art.

dimanche 18 mars 2018

Melchior d'Hondecoeter (1636-1695)


Melchior d'Hondecoeter (1636-1695) 
Still Life with Birds and Hunting Gear in a Niche
Nationalmuseum Stockholm, Sweden

 Que voit on ? Une nature morte aux oiseaux dans une niche avec trophée de chasse d'une stupéfiante modernité et peinte pourtant il y a presque 400 ans. 

Rappel biographique :  Melchior d'Hondecoeter, né en 1636 à Utrecht et mort le 3 avril 1695 à Amsterdam, est un peintre néerlandais spécialiste de la peinture d'animaux et de natures mortes.
Il a été formé à Utrecht par son père puis par son oncle, Jan Baptist Weenix et s'installe à la Haye en 1658 ; sa première oeuvre date  de cette année là. Il devint membre de la Guilde de La Haye en octobre 1659 et en 1662, à la tête  de la Fraternité des peintres (Confreria Pictura).
Il s'installe ensuite à Amsterdam avant septembre 1664, et il y achète sa citoyenneté en 1668.
Il a eu pour élève Willem Frederik van Roye.

samedi 17 mars 2018

Fairfield Porter (1907-1975) - Still Life on the terrace


Fairfield Porter (1907-1975)
Still Life on the terrace, 1975 

Que voit on ? Un jeu de reflets dans la lumière d'été pour un petit déjeuner solitaire où les bols en céramique de Quimper ont la part belle !

Rappel biographique : Fairfield Porter était un peintre et critique d'art américain, frère du photographe Eliot Porter. C’est en étudiant à Harvard, que Porter décida de se spécialiser dans les beaux-arts et de poursuivre, après son déménagement à New York en 1928, ses études à l'Art Students League. Son passage à l’Art Students League le formate plus ou moins pour produire un travail réaliste. Il sera d’ailleurs beaucoup critiqué et à la fois vénéré pour s'être obstiné dans ce style réaliste à une époque où  l'expressionniste abstrait battait son plein dans le monde. Les sujets des tableaux de Porter sont principalement des paysages, des intérieurs, quelques natures mortes et beaucoup de portraits. Portraits de famille, portraits d'amis et de collègues artistes, dont beaucoup étaient affiliés à l’école littéraire de New York, comme John Ashbery, Frank O'Hara ou James Schuyler. Un grand nombre de ses peintures ont été réalisées dans ou autour de sa maison estivale de famille à Great Spruce Head Island, dans le Maine et dans sa maison de famille citadine à New York. Sa vision picturale englobe à la fois une réelle fascination pour la nature et la capacité de révéler tout ce qu’il peut y avoir d’exceptionnel dans la vie ordinaire.  Très influencé par les peintres français Pierre Bonnard et Edouard Vuillard, il a même écrit   " Quand je peins, je pense que ce qui peut me satisfaire est d'exprimer au mieux ce que Renoir conseillait à Bonnard : «  Rendre tout plus beau » ".





vendredi 16 mars 2018

Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779) - La raie

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Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779)
La Raie, 1728
Musée du Louvre, Paris

Que voit- on ?  Au delà de la multitude d'analyses formelles qui a été faite de cette oeuvre extrêmement célèbre, la description sans doute la plus belle est celle de Marcel Proust quand il écrit :
" Maintenant venez jusqu'à la cuisine dont l'entrée est sévèrement gardée par la tribu des vases de toute grandeur, serviteurs capables et fidèles, race laborieuse et belle. Sur la table les couteaux actifs, qui vont droit au but, reposent dans une oisiveté menaçante et inoffensive. Mais au-dessus de vous un monstre étrange, frais encore comme la mer où il ondoya, une raie est suspendue, dont la vue mêle au désir de la gourmandise le charme curieux du calme ou des tempêtes de la mer dont elle fut le formidable témoin, faisant passer comme un souvenir du Jardin des Plantes à travers un goût de restaurant. Elle est ouverte et vous pouvez admirer la beauté de son architecture délicate et vaste, teintée de sang rouge, de nerfs bleus et de muscles blancs, comme la nef d'une cathédrale polychrome. À côté, dans l'abandon de leur mort, des poissons sont tordus en une courbe raide et désespérée, à plat ventre, les yeux sortis. Puis un chat, superposant à cet aquarium la vie obscure de ses formes plus savantes et plus conscientes, l'éclat de ses yeux posé sur la raie, fait manœuvrer avec une hâte lente le velours de ses pattes sur les huîtres soulevées et décèle à la fois la prudence de son caractère, la convoitise de son palais et la témérité de son entreprise. L'œil qui aime à jouer avec les autres sens et à reconstituer à l'aide de quelques couleurs, plus que tout un passé, tout un avenir, sent déjà la fraîcheur des huîtres qui vont mouiller les pattes du chat et on entend déjà, au moment où l'entassement précaire de ces nacres fragiles fléchira sous le poids du chat, le petit cri de leur fêlure et le tonnerre de leur chute"
Le tableau avait été présenté à l'Exposition de la Jeunesse du 3 juin 1728, jour de la Petite Fête-Dieu. Chardin le présenta ensuite, avec Le Buffet comme morceau de réception à l'Académie royale, le 25 septembre 1728.
 Par la suite Chardin a peint plusieurs  fois ce thème que l'on retiendra aussi dans cette version très différente " Chat avec raie, huitres et pain ".

2018 - A Still Life Collection 


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Rappel biographique : Jean-Baptiste-Siméon Chardin est considéré comme l'un des plus grands peintres français et européens du 18e siècle. Célèbre pour ses scènes de genre et ses pastels, il est aussi reconnu pour ses natures mortes dont il reste le maître incontesté. D'après les frères Goncourt, c'est Coypel qui en faisant appel à Chardin pour peindre un fusil dans un tableau de chasse, lui aurait donné le goût pour les natures mortes. A partir du Salon de 1748, Chardin expose de moins en moins de scène de genre, il multiplie désormais les natures mortes. Ce retour à ce type de peinture va durer une vingtaine d'années. Il est difficile de donner des raisons à ce changement de cap. On sait que pendant cette période la vie de Chardin est en pleine mutation. Il se remarie, il reçoit une pension du roi. Il est désormais à l'abri du besoin. Ces deux tableaux de réception à l'Académie Royale de peinture sont tous deux des natures mortes, La Raie et Le Buffet qui se trouvent aujourd'hui au Musée du Louvre (salle 39). Chardin devient ainsi peintre académicien « dans le talent des animaux et des fruits », c'est-à-dire au niveau inférieur de la hiérarchie des genres alors reconnus. Et c'est sans aucun doute Chardin qui va lui donner ses lettres de noblesse et en faire un genre pictural égal, voire même supérieur à bien des égards, aux autres.
Les natures mortes qu'il peindra à partir de 1760 sont assez différentes des premières. Les sujets en sont très variés : gibier, fruits, bouquets de fleurs, pots, bocaux, verres...  Chardin semble s'intéresser davantage aux volumes et à la composition qu'à un vérisme soucieux du détail, ou aux effets de trompe-l'œil. Les couleurs sont moins empâtées. Il est plus attentif aux reflets, à la lumière : il travaille parfois à trois tableaux à la fois devant les mêmes objets, pour capter la lumière du matin, du milieu de journée et de l'après-midi. On peut souvent parler d'impressionnisme avant la lettre.
Chardin cherchait à reproduire la matière, ces fruits semblent aussi vrais que nature, Diderot s'extasiait devant ce réalisme dans son compte-rendu du Salon de 1759 : " Vous prendriez les bouteilles par le goulot si vous aviez soif ". ou encore en 1763, " C'est la nature même; les objets sont hors de la toile et d'une vérité à tromper les yeux. (...)
 Pour regarder les tableaux des autres, il semble que j'ai besoin de me faire les yeux ; pour voir ceux de Chardin, je n'ai qu'à regarder ce que la nature m'a donné et   m'en bien servir ".
" O Chardin ! ce n'est pas du blanc, du rouge, du noir que tu broies sur ta palette: c'est la substance même des objets, c'est l'air et la lumière que tu prends à la pointe de ton pinceau et que tu attaches sur la toile ".

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jeudi 15 mars 2018

Pablo Picasso (1881-1973) - Nature morte au Pot de Grès



Pablo Picasso (1881-1973) 
Nature morte au Pot de Grès, 1947 
Collection privée

Que voit-on ? Une dessin de Picasso extrêmement sobre ou le sujet (le pot) et sa texture (le grès) sont concentré dans un aplat sans la moindre  nuance et pourtant d'une vitalité organique frappante. L'ombre portée du pot est griffonnée au crayon noir sur la réserve. A côté du pot  : un plat en forme de losange, contenant deux fruits impossible à identifier, deux masses noires posées sur une dentelle de céramique tracée elle aussi sur la réserve et dont le titre ne fait pas mention.  La perspective est soulignée par deux traits au crayon dans le fond de composition : l'un vertical, l'autre horizontal dont seul la surface du pot en grès interrompt la linéarité.
Du grand Picasso !

Rappel biographique : le peintre espagnol Pablo Ruiz Picasso qui a passé l'essentiel de sa vie en France, est l'auteur d'un oeuvre immense, tous genres confondus, que l'on chiffre à près de 50 000 pièces. Les premiers collages et assemblages sont réalisés pendant l'hiver 1912, Nature morte à la chaise cannée (Paris, Musée Picasso), Guitare(s) en carton (Paris, Musée Picasso). A partir des années 20 ses natures mortes seront très proches, sur la même ligne de conception " cubiste analytique " que celles de George Braque, dont il devient un temps l'intime avant de s'en séparer définitivement.  Il y eut une connivence d'inspiration très rare entre ces deux peintres pendant une certaine période de leur vie et en particulier dans le domaine du traitement de la nature morte. 
Picasso a peint énormément d'autres natures mortes après la Seconde guerre mondiale et hors de la période cubiste, mais malgré leur impressionnante quantité, rapportées à la masse énorme de sa production, elles ne constituent pas un genre qui tient autant de place dans son oeuvre que dans l'oeuvre de Georges Braque.

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mercredi 14 mars 2018

Nell Blaine (1922-1996)


Nell Blaine (1922-1996)
 Big Table with Pomegranates, 1978
 The MET

Que voit-on ?  Une table en bois dressée pour un petit déjeuner solitaire et néanmoins extrêmement  copieux ou l'on peut voir, groupés autour de la tasse en porcelaine blanche immaculée, un gros gâteau carré, une assiette contenant trois pommes et deux poires, deux oeufs et une assiette blanche dans laquelle triomphent les trois grenades qui donnent le titre au tableau. Deux bouquets de fleurs, (thème favori de Blaine)  une bougie allumée, un miroir, un sucrier et un petit pot à lait  accompagnent une boisson chaude (thé ou café ?) totalement absente de la table ! Une nature morte composée comme un paysage intérieur.  

Rappel biographique :  Nell Blair Walden Blaine est une peintre américaine principalement paysagiste mais qui a peint aussi un certains nombre de nature mortes. Pendant toute sa carrière, elle n'eut de cesse de résister à ce que l'on classe son travail,  à ce que l'on l'enferme dans une catégorie, se définissant elle-même comme quelqu'un qui "se contente d'explorer la couleur et l'interaction de la lumière et de l'ombre". Ses sujets favoris étaient des vues de la rivière Hudson saisies à travers la fenêtre de son appartement, des vases de fleurs, des natures mortes, des intérieurs de maison, ou des recoins de son jardin à Gloucester dans le Massachusetts. Elle a écrit :  "Je considère mes peintures comme des  peintures d' action. Je veux être à chaque peinture, surprise par ce que je fais. Une artiste doit toujours être sa propre chef, quelle que soit  importe la direction qu'elle prenne. " 
Dans les années 1950, le travail de Blaine avait atteint un succès considérable à New York. Le critique d'art Clement Greenberg qui  appréciait particulièrement  son travail ne tarissait pas d 'éloges sur elle et  participa beaucoup à son début de carrière fulgurante.  Dès 1945, Peggy Guggenheim  choisit une de ses pièces pour sa fameuse exposition de groupe intitulée Art of This Century.
Plus Nell Blaine avançait dans son art, plus elle devenait expressionniste,  privilégiant l'aquarelle et le le thème  répétitif de la vue d'une fenêtre.  En 1943, elle épouse Bob Bass, un joueur de cor français qui lui présente quelques bons amis peintres tels que Larry Rivers et Jane Freilicher. Leur union dure que 5 ans et le divorce est prononcé en1949.  Désormais, cette grande solitaire partagera sa vie entre un  grand appartement et un atelier au 210 Riverside Drive (avec sa compagne l'artiste Carolyn Harris)  et sa résidence d'été de Gloucester.
Dans les  années 1950, elle affine son style de plus en plus pictural et coloré. Elle  travaille directement à partir de la nature en se concentrant particulièrement sur les formes et les teintes des fleurs. Elle évolue alors dans un cercle d'artistes New Yorkais d'inspiration très germanopratine comme John Ashbery, Leland Bell, Louisa Matthiasdottir,  et Rudy Burckhardt.
En 1955, elle conçoit le logo original et la mise en page de ce qui allait devenir le célébrissime journal hebdomadaire The Village Voice.
En 1959, malgré une santé fragile et affaiblie, Blaine se met à voyager beaucoup, peignant des scènes de paysages dans les Caraïbes, en Europe, en Nouvelle-Angleterre et partout où elle se trouvait.
 Au milieu des années 1970, elle s' installe  dans sa maison de campagne à Gloucester, au Massachusetts.
En 1973, le Musée des Beaux-Arts de Virginie lui consacre une exposition retrospective sur plus d'une décennie de  travail.  En 1980, elle est élue à la National Academy of Design en tant que membre associé, avant d'en devenir un membre à part entière en 1982.
En 1986, elle reçoit le Lifetime Achievement Award du Women's Caucus for Art.
Le travail de Blaine exprime souvent un sentiment de solitude et cela dès ses premiers travaux. Ce style personnel  très "reclus" peut être attribué à la relation intime qu'elle entretient avec la nature, avec laquelle elle se sent profondément en accord. Elle  était célèbre pour ne peindre que tard dans la  nuit pour peindre lorsqu'elle était sur d'être totalement seule et entourée d'un silence parfait.
Les œuvres de Nell Blaine font aujourd'hui partie des collections permanentes du Metropolitan Museum of Art, du Whitney Museum of American Art, du Brooklyn Museum, de la National Academy of Design, du Hirshhorn Museum and Sculpture Garden et de bien autres institutions américaines... Son oeuvre reste encore très peu connue en Europe.

mardi 13 mars 2018

Theo van Rysselberghe (1862-1926)


Theo van Rysselberghe (1862-1926) 
 Nature morte aux prunes


Rappel biographique : Théo van Rysselberghe est un peintre belge, connu pour avoir été l'un des principaux représentants du divisionnisme en Belgique. Acquis aux idйes anarchistes, ami de Paul Signac il donne des dessins а la presse libertaire dont Les Temps nouveaux de Jean Grave de 1897 а 1911. Il fréquente le géographe Elisée Reclus et le peintre Camille Pissarro.
Il peint de nombreux portraits qu'il consacre essentiellement à ses proches, qu'il peint avec précision, ce qui contraste avec la volonté synthétique des pointillistes français.  Comme le souligne Emile Verhaeren " Ses personnages n'ont pas l'hiératisme de ceux de Seurat " .
Admirateur, en particulier d'Hiroshige, il sera aussi influencé par le japonisme. Ses paysages maritimes se simplifient, contrastant avec le luxe de détails de ses portraits.
Il a peint un certain nombre de groupes de nus féminins dont il fait son thème de prédilection а partir de 1910.  L'érotisme n'est pas la caractéristiques majeur de ses nus qu'André Gide qualifie volontiers  de « nus hygiéniques ».  Peu de natures mortes dans son oeuvre.

lundi 12 mars 2018

Willem Frederik van Royen (1645-1723)


Willem Frederik van Royen (1645-1723) 
La Carotte, 1699, 
Märkisches Museum, Berlin

Que voit-on ? Ce que décrit le titre : une carotte !  Mais pas n'importe quelle  carotte une carotte avec deux bras, deux jambes et un un sexe masculin.  Van  Royen pousser l'anthropomorphisme végétal a des extrémités  (si on peut dire) qu'Arcimboldo n'avait pas osé atteindre 

Rappel biographique : Wilhelm Frederik van Royen est un peintre néerlandais, plutôt spécialisé dans les oiseaux, donc autant dire que cette incursion dans le domaine de la nature morte fait figure  d'exception dans son oeuvre !  Entre  1661 et 1668, il étudie auprès d'Arend van Ravesteyn puis de Melchior d'Hondecoeter. Il se spécialise dans les peintures d'oiseaux et de fleurs, qui séduisent la clientèle d'aristocrates germaniques qui patronne le peintre de natures mortes Jan Weenix. En 1669 il travaille pour Frédéric-Guillaume Ier de Brandebourg, à Potsdam qui lui donne une maison dans laquelle il installe un atelier où il fait travailler de nombreux assistants. En 1689, Frédéric Ier de Prusse, transfère sa cour à Berlin et Van Royen devient le fondateur et le Directeur de l'Académie de Berlin.

dimanche 11 mars 2018

Donald Beauregard (1884-1914)




Donald Beauregard (1884-1914)
 Still life
Museum of New Mexico, Santa Fé

Que voit on ?  Sur  un entablement qui semble être un plateau bleu (les bords relevés de sa surface l'atteste) : une assiette en porcelaine jaune et verte contenant un pomme ; une assiette creuse présentée debout contre le mur, en porcelaine bleu vernissée à dessins d'étoiles stylisées ou d'étoiles de mer ; une pomme et un citron utilisés comme pour caler l'assiette contre le mur sur le lequel elle repose ;  à la gauche du cadre, un pot en porcelaine bleu et jaune tronqué dans le sens de la longueur. ;  au milieu du tableau, une carafe en verre transparent bleu contenant de l'eau tout à fait dans le goût de ce modèles en verre bleu que Jacques-Emile Blanche a peint dans Nature morte avec couteau.
Cette nature morte, conservé au Musée de Santa Fé, est une des rares que Donald Beauregard ait peinte ; ce peintre impressionniste américain dont l'oeuvre est devenue rare, est plus connu pour ses portraits ses paysages.

Rappel Biographique : L'artiste américain Donal Beauregard disparu prématurément à l'âge de 30 ans est surtout connu pour être le peintre des Canyons, des paysages de l'Utah, du Grand Ouest américain, de l'exploration des mines et de l'épopée des premières familles de colons. Il n'a peint beaucoup de natures mortes, mais visiblement il n'ignorait pas le genre puisque les rares que l'on peut observer, sont toute d'une grande délicatesse, d'une grande beauté et d'une très grande richesse de coloris.
Beauregard commença ses études en 1901 à l'Université Brigham Young, puis les poursuivit à l'Université d'Utah avec Edwin Evans dont il devient l'assistant en 1905.  Il se rendit ensuite à Paris, où il étudia avec Paul Laurens à l'Académie Julian et se familiarisa avec les travaux de Gaughin et Cézanne.  En 1910, de retour aux Etats Unis, Frank Springer le chargea de peindre six grandes peintures murales illustrant la vie de saint François d'Assise pour l'exposition  Panama-Pacifique de 1915 à San Diego. Alors qu'il faisait des recherches et étudiait la vie de saint François, Beauregard tomba gravement malade et ne termina jamais cette commande. 

samedi 10 mars 2018

Leland Bell (1922-1991) - Roses and Cymbals II



Leland Bell (1922-1991)
Roses and Cymbals II (1979-82)
North Carolina Museum of Art

 Que voit on ? Comme le titre l'indique  "des roses et des cymbales" avec dans cette version  numéroté II (car il existe une autre version antérieure de 10 ans), l'apparition en bonne place de baguettes de cymbales. Un objet pas si incongru que cela dans une nature morte pour qui sait que Leland Bell était  non seulement un passionné de jazz, mais un  batteur acharné et talentueux.
Du pinceau à la baguette donc, il n'y avait qu'un pas... en l'occurrence quelques roses !

Rappel Biographique : Leland Bell (1922-1991) était un peintre américain autodidacte qui  fut un ardent défenseur  dans son pays  de Karl Knaths, Jean Arp ou Piet Mondrian. Après avoir fait clairement allégeance à la peinture abstraite au tout début de sa carrière, il revient à un style délibérément figuratif, grandement influencé en cela par sa femme la peintre Louisa Matthíasdóttir (1917-2000), qu'il épouse en 1944  et  sans doute aussi, par son amitié avec Jean Hélion. Quand à savoir qui influença qui ?... on ne le sait toujours pas clairement  mais toujours est-il que Bell défendra avec beaucoup de conviction l'oeuvre  d'Helion qui ressemble tant à la sienne à une certaine époque en tout cas.  Contrairement à Matthíasdóttir, qui travaillait très  rapidement,  il pouvait arriver à Leland Bell de travailler ses peintures pendant des années.
Bell était un peintre hyperactif à la fois artiste,  enseignant et conférencier. En 1987, de son vivant, la Phillips Collection de Washington lui consacre une premiere grande rétrospective.
  

vendredi 9 mars 2018

Pompei - Nature morte aux oiseaux morts, fruits secs et poissons dans un plat


Pompei  
Nature morte aux oiseaux morts, fruits secs et poissons dans un plat
Musée archéologique de Naples 

Que voit-on ? Comme souvent à Pompei et Herculanum, il s'agit d'une nature morte qui décrit le contenu d'un garde manger de cuisine. 
A l 'étage inférieur deux oiseaux récemment tués attendent d'être plumés.  
A l'étage intermédiaire, un pot assez précieux contenant des fruits secs (pruneaux séchés ou plus vraisemblablement des dattes) dont deux se sont égarés sur la pierre (avec leurs ombres portées au couchant  de droite à gauche). Ces fruits sucrés sont les témoins du goût immodéré des romains pour les recettes qui associaient sucré et salé, l'un ne pouvant pas se concevoir sans l'autre. 
A l'étage supérieur : un plat rond dans lequel sont rangés en cercle avec un soin jaloux, des poissons (anchois frais ou sardines) sans doute en cours de salaison, les poissons étant un aliment aussi souvent présents dans les natures mortes romaines qu'ils l'étaient dans les cuisines d'alors. Accessoirement, on rapprochera ce plat de poisson du 1er siècle de notre ère de celui qu'Emmanuel Sougez a photographié en 1932 (ici dans ce blog).

Rappel historique : Pline l'Ancien raconte que dans la Grèce antique, le peintre Piraikos qui vivait au 3e siècle avant notre ère, vendait déjà fort cher ses " Provisions de cuisine ", des tableaux de chevalets représentant des victuailles ou des instantanés d'échoppes de cordonniers et de barbiers. Dans la hiérarchie des genres picturaux d'alors, ces représentations de provisions de cuisine sont déjà considérées comme un genre mineur... et  elles le resteront pendant de longs siècles... au moins jusqu'à Chardin, si ce n'est jusqu'à Cézanne. Genre mineur donc, loin derrière les sujets religieux, les portraits et les paysages, mais genre que les commanditaires s'arrachent pourtant !
Le grec Piraikos reste le plus célèbre des peintres de ce genre. Hélas, aucun exemple n'est parvenu jusqu'à nous de ces peintures des menus objets du quotidien par Piraikos,  peinture que l'on nommait à cette époque Rhyparographie .
A la même époque, un autre peintre grec, Zeuxis rivalisait avec la nature au point que des oiseaux voulaient picorer les raisins qu'il peignait et qu'il passe être l'inventeur du réalisme et  de l'illusionnisme, pour ne pas dire du premier trompe-l'oeil. Il faut là encore faire confiance au récit de Pline l'Ancien, car aucun exemple de cet art ne nous est parvenu.
Les premières natures mortes connues du monde occidental sont des fresques et des mosaïques du 1er siècle de l'ère chrétienne, provenant de Campanie (Herculanum et Pompéi) ou de Rome. Elles sont exécutées dans un style réaliste et illusionniste : fruits veloutés, poissons et volailles posés sur une marche de pierre ou sur deux étagères d'un garde manger, généralement en trompe l'œil avec des ombres portées, ou quelquefois dans des coupes en verre avec des transparences subtiles.
Ces peintures évoquent le xenion antique, un cadeau fait de denrées qu'un hôte doit offrir à ses invités. Pourtant la nature morte de l'Antiquité possède une autre ambition que celle du seul plaisir mimétique. Comme le précise Charles Sterling : « Il est clair que les natures mortes hellénistiques et romaines qui représentaient des mets prêts à être consommés comportaient une allusion épicurienne ». On trouve ainsi assez fréquemment des mosaïques de natures mortes et des vanités dans les atriums d'été romains, où les convives invités aux repas étaient ainsi encouragés à cueillir le jour qui passe, Carpe diem selon la célèbre formule d'Epicure, à profiter de la vie tant qu'il était encore temps de le faire. Une déclinaison plus sophistiquée de la tradition égyptienne pharaonique qui voulait que l'on fît passer un cadavre devant les convives avant de commencer un repas pour leur rappeler l'impermanence de la vie !  Les natures mortes garderont tout au long des siècles jusqu'à nos jours,  cette signification épicurienne.

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jeudi 8 mars 2018

Pavel Tchelitchew (1898–1957) - Still Life with eggs


Pavel Tchelitchew (1898-1957)
Still Life with eggs

 Que voit-on  ? Un bol en porcelaine blanche contenant trois oeufs, un des objets favoris  de ce grand peintre dès qu'il s 'agit de nature morte... avec les poires, tous deux symboles érotiques.

Rappel biographique : le peintre américain d'origine russe Pavel Tchelitchew fut à la fois un peintre qui appartint au mouvement surréaliste et un créateur reconnu de décors et de costumes de théâtre. Ainsi travailla-t-il un temps à Paris pour  Serge de Diaguilev en créant des décors et des costumes pour les Ballets russes en 1928. En 1930, Tchelitchev présenta ses œuvres dans le cadre d'une exposition collective dans le tout nouveau Museum of Modern Art de New York, ouvert depuis une année seulement. Quatre ans plus tard, il décida de quitter Paris avec son compagnon, l'écrivain Charles Henri Ford, et de vivre à New York, où il continua à travailler pour des metteurs en scène et des chorégraphes, tels que George Balanchine ou encore A. Everett Austin, pour lesquels il dessina des décors et des costumes de ballet. De 1940 à 1947, il publia des illustrations dans le magazine surréaliste View, dirigé par son compagnon  Charles Henri Ford et par le critique de cinéma Parker Tyler.
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mercredi 7 mars 2018

Pierre Tal Coat (1905-1985) - Nature morte sur la table



Pierre Tal Coat (1905-1985) 
Nature morte sur la table, 1944 
Collection particulière 

 Que voit on ?  Sur une table dans le goût des tables industrielles dessinées par Jean Prouvé : une accumulation de carafes, cafetière, théière, thermos, et autres contenants (au total 6) regroupés dans sun espace très étroit. deux grappes de raisins et un grande nappe qui s'allonge jusqu'au  sol comme une chevelure magique !  Pour fermer le cadre, dans le fond du tableau, un linge sèche sur un fil. Le tout est saisi dans la palette lumineuse et éclatante de blancheur des couleurs de l 'été provençal.

 Rappel biographique : Le peintre, graveur et illustrateur français Pierre Tal Coat (pseudonyme de Pierre Jacob pour éviter l'homonymie avec Max Jacob quimpérois comme lui), apparenté au mouvement de l'École de Paris Avec les artistes de ce mouvement, il exposa régulièrement à  la Galerie de France (de 1943 а 1965), dans les  galeries Maeght (de 1954 а 1974), Benador (de 1970 à 1980) puis à  la galerie H-Met , la galerie Clivages. En 1956, seize de ses peintures furent présentées à la Biennale de Venise. Aux côtés de Joan Miro et de Raoul Ubac, il collabore en 1963 aux réalisations pour la Fondation Maeght de Saint-Paul de Vence d'une mosaïque pour le mur d'entrée.
En 1968 le Grand Prix national des arts.
Une grande exposition rétrospective lui fut consacrée au Grand Palais à Paris en 1976.
А partir de 1961, Tal Coat s'installа  à la Chartreuse de Dormont  près de Vernon (Eure), où il finira sa vie. Tal Coat a illustré de nombreux livres d'art avec des gouaches, dessins, pointes sèches ou aquatintes, notamment de nombreux ouvrages d'André du Bouchet, Pierre Schneider, Pierre Torreilles, Philippe Jaccottet, Claude Esteban, Maurice Blanchot, Pierre Lecuire, Jacques Chessex...
Tal Coat a peint une série importante de natures mortes, toutes réalisées en 1942, en pleine guerre, alors qu'il se trouvait réfugié à Aix-en-Provence. De toutes ces peintures très dépouillées et exécutées avec une grande économie de moyens, il se dégage une grande force.

mardi 6 mars 2018

Paula Modersohn-Becker (1876-1907) - Stillleben mit Spiegeleiern in der Pfanne,


Paula Modersohn-Becker (1876-1907)
Stillleben mit Spiegeleiern in der Pfanne, 1905

Que voit on ? Posée sur un entablement blanc une poêle en fonte contenant quatre "oeufs au plat" parfaitement cuits. Encadrant cette poêle au contenu  bien appétissant : un verre vide sur la gauche et une carafe en verre pleine d'eau sur la droite.  De façon assez étrange la queue de la poêle semble transpercer la base de la carafe. 

Rappel biographique : Paula Modersohn-Becker est une artiste peintre allemande qui est l’une des représentantes les plus précoces du mouvement expressionniste dans son pays. Originaire de Dresde, Paula Becker s'engage dans des études de peinture et rejoint les artistes indépendants réunis dans le village de Worpswede, qui prônent un retour à la nature et aux valeurs simples de la paysannerie. Elle y épouse le peintre Otto Modersohn. Le manque d'audace des peintres worpswediens, toutefois, la pousse à s'ouvrir aux inspirations extérieures et à effectuer des séjours répétés à Paris, auprès de l'avant-garde artistique. Au cours des quatorze courtes années durant lesquelles elle exerce son art, elle réalise pas moins de 750 toiles, 13 estampes et environ un millier de dessins. Son style est le fruit d'influences multiples, aux confins de la tradition et de la modernité. Sa peinture présente des aspects mêlant l'impressionnisme de Cézannevan Gogh ou Gauguin, le cubisme de Picasso, le fauvisme, l'art japonais ou encore l'art de la Renaissance allemande. La force expressive de son œuvre résume à elle seule les principaux aspects de l’art au début du 20e siècle.
Elle meurt prématurément а trente-et-un ans, des suites d'un accouchement.
L'œuvre de Paula Modersohn-Becker est essentiellement constituée de natures mortes, de paysages et de portraits d'adultes ou d'enfants évoquant la vie paysanne à Worpswede. Quant aux autoportraits, l'artiste en réalisa tout au long de sa vie. Contrairement aux règles académiques les plus élémentaires, les œuvres sont bien souvent d'un format très réduit : Paula, de ce fait,  peignait sur tout l'espace de toile disponible, et il n'est pas rare que le cadre du tableau dissimule une partie de la composition.
Jusqu'à l'exposition que lui consacre le  MAM (Musée d'art moderne de la ville de Paris) en 2016, elle restait assez peu connue au-delà des pays germanophones.

lundi 5 mars 2018

Paul Gauguin (1848-1903) - Nature morte aux pêches



Paul Gauguin (1848-1903)
Nature morte aux pêches c. 1889 
Fogg Art Museum, Cambridge, MA

Que voit-on  ?  Ce que ne décrit pas le titre  !  c'est à dire un compotier en porcelaine qui a plutôt l'air d'un cache pot d'ailleurs, dans lequel quatre pêches (qui ont l'air de pommes dodues) jouent une bien jolie petite musique en rouges et jaunes.Ce que l'on voit aussi derrière le compotier cache pot, c'est un bel éventail  ovale... l 'été est là !

Rappel biographique : le peintre français Paul Gauguin est un peintre post impressionniste, chef de file  bien connu de l'École de Pont-Aven et inspirateur des Nabis. Il est considéré comme l'un des peintres français majeurs du 19e siècle. En 1874, la connaissance qu'il fait de Camille Pissaro et  la première exposition du courant impressionniste, l'inclinent à devenir amateur d'art et à s'essayer alors à la peinture.  En 1882, il abandonne son emploi de courtier en bourse  pour se consacrer uniquement à sa nouvelle passion, la peinture. De janvier à novembre 1884, il s'établit à Rouen où Pissaro vivait également. Pendant ces 10 mois passés à Rouen, il réalise près de quarante tableaux, principalement des vues de la ville et de ses alentours et quelques natures mortes très classiques. Cela ne suffit pas pour vivre et il part avec sa femme et ses enfants dans la famille de celle-ci à Copenhague.
Ses affaires ne vont pas bien et il revient à Paris en 1885 pour peindre à plein temps, laissant femme et enfants au Danemark, n'ayant pas les moyens d'assurer leur subsistance. Il est déchiré par cette situation. Il expose avec les impressionnistes régulièrement de 1876 à 1886.
C'est en juillet 1886 que Paul Gauguin effectue un premier séjour en Bretagne. Il s'installe pour 3 mois à la pension Le Gloanec, à Pont-Aven où vit une colonie d'artistes. Il y rencontre le très jeune peintre (et écrivain) Emile Bernard  adepte du " Cloisonnisme ", une technique picturale cernant chaque plan de couleur d'une fine cloison, un peu à la manière de la technique du vitrail ou des estampes japonaises.
Influencé par Emile Bernard et par le courant symboliste, Paul Gauguin renonce à l'impressionnisme pour élaborer, une nouvelle théorie picturale, le " Synthétisme ". Sa recherche va alors dans le sens d'une simplification des formes, il élimine les détails pour ne garder que la forme essentielle, simplification obtenue par l'usage du cerne et de l'aplat de couleur.
Nabis et Synthétistes, inspirés également par Stéphane Mallarmé et les symbolistes littéraires, partageront pendant quelques temps des convictions communes sur la nécessité de libérer la peinture de sa sujétion au réel et de laisser davantage de place à l'idée ou à la symbolique. Maurice Denis, Paul Sérusier, Édouard Vuillard, Pierre Bonnard, Odilon Redon font partie de ce mouvement.
Gauguin retournera en Bretagne en 1889 et 1890, au Pouldu, tout proche de Pont-Aven, deux lieux où chaque été une importante colonie d'artistes tentera d'élaborer une nouvelle peinture. Il y loge à " la Buvette de la Plage " de Marie Henry, en compagnie des peintres Meyer de Haan, Sérusier et Filiger.
En 1891, ruiné, il s'embarque pour la Polynésie, grâce à une vente de ses œuvres dont le succès a été assuré par deux articles enthousiastes  d'Octave Mirbeau. Il s'installe à Tahiti où il espère pouvoir fuir la civilisation, tout ce qui est artificiel et conventionnel.  

dimanche 4 mars 2018

Estêvão Silva (1844-1891)


Estêvão Silva (1844-1891) 
Natureza-morta, 1889
Musueu Afro Brasil, Sao Paulo

Rappel biographique : Stephen Roberto da Silva plus connu sous le nom d' Estêvão Silva est né et mort  au Brésil. Peintre, dessinateur et professeur, il eut une importance majeure dans son pays dans la seconde moitié du 19e siècle. Premier éminent peintre d'origine africaine diplômé de l'Académie impériale des Beaux-Arts du Brésil, il fut célèbre pour ses natures mortes, dont il est considéré comme l'un des plus grands maîtres brésiliens. A l'Académie impériale des Beaux-Arts de Rio de Janeiro, il fut été très influencé par son professeur Agostinho José da Mota, le tout premier peintre de natures mortes brésiliennes. Dans les années 1880, il se joint au groupe Grimm, renforçant la proposition novatrice de ses membres : l'étude de la nature par l' observation directe et la peinture en plein air.


samedi 3 mars 2018

François Kupka (1871-1957)


François Kupka (1871-1957) 
Le Chou, 1906 

Que voit-on ? Une des rares natures mortes et surtout une des rares toiles figuratives de ce maître de l'abstraction avec ce chou rouge peint en gros plan dont les magnifiques coloris verts et bordeaux  sont relevés par l'éclat de quelques raves posés à l'arrière du cadre devant un fond non figuratif. Le virage radical vers l'abstraction s'amorcera quatre années apres cette toile, en 1910.

 Rappel biographique :  Frantisek Kupka, dit François Kupka est un peintre tchèque comptant parmi les pères de l'abstraction avec Vassili Kandinsky, Gino Severini, Piet Mondrian, Kasimir Malevitch, Auguste Herbin et Robert Delaunay.
Durant ses quatre-vingt-cinq années de vie, il aura vu de nombreux bouleversements de l'art, du symbolisme au pop art, en passant par l'impressionnisme, le cubisme, et bien sûr l'art abstrait, mais il aura toujours  garder son indépendance, sa liberté par rapport à tous les grands mouvements  de l'Art. Bien qu'il soit un pionnier de l'abstraction, il refusera toujours l'appellation d'artiste abstrait, et s'en expliquera ainsi : « Ma peinture, abstraite ? Pourquoi ? La peinture est concrète : couleur, formes, dynamiques. Ce qui compte, c'est l'invention. On doit inventer et puis construire. »
La Grand Palais à Paris consacre à partir de la  fin du  mois de Mars 20178 une grande exposition à ce peintre majeur du 20e siècle.


vendredi 2 mars 2018

Edouard Pignon (1905-1993) - Edouard Pignon (1905-1993) Nature morte aux poissons 1944


Edouard Pignon (1905-1993)
Nature morte aux poissons, 1944 

Que voit on ?  Posés sur un entablement rouge (LA couleur favorite de ce peintre)  qui semble être en Formica, un papier bleu qui contient trois poissons, des oignons, une tomate et un verre d'eau : tout le nécessaire pour réaliser des poissons en papillote.  

Rappel biographique  issu d'une famille de mineurs du Pas-de-Calais il fut lui-même galibot avant de devenir cimentier-plafonneur parce qu'il ne supportait pas l'absence de lumière au fond de la mine.
En 1926, il décide, contre l'avis de tous, de devenir peintre et part s'installer à Paris. Il exerce alors plusieurs métiers : manœuvre aux usines Citroën, pointeau, figurant dans la troupe de Raymond Rouleau, metteur en pages... Ces années sont celles de la formation, mais son université, ce sont les cours du soir de l'université ouvrière, une culture arrachée aux heures de sommeil et aux rythmes difficiles du labeur. Les matières abordées sont la littérature  la philosophie, l'économie politique, l'histoire, l'histoire de  l'art . Et pour peindre, en plus des soirées à l'école Germain Pilon, il profite des courts moments des heures de congé le samedi après-midi et le dimanche. En toile de fond, les réunions de l'Association des artistes et écrivains révolutionnaires. C'est la période intense et fructueuse des années trente, riche d'ardents débats, de responsabilités civiques et culturelles au milieu desquelles Pignon étudie et fait ses choix fondamentaux. Son engagement au Parti communiste en 1933 ainsi que sa rencontre avec Picasso en 1936 sont décisifs pour sa peinture, qu'il conçoit comme une « quête de la réalité ». À trente ans, quand il peint ses Meeting ou son premier Ouvrier mort, il se rattache au cubisme, utilisant les aplats de couleurs, les cernes épais et la règle d'or. Puis, très rapidement, il a la volonté de pénétrer au cœur des choses, de saisir, à leur naissance, ses émotions perceptives. Pour Édouard Pignon, la peinture est un moyen de connaissance. Il va peindre une toile qui va en créer une autre, chacune prenant la place de la dernière et créant aussi le besoin de celle qui va suivre. 
"Au début, on ne voit rien. On voit un ensemble de choses, mais on ne voit rien, ou plutôt, on voit comme tout le monde. Ce qu'il faut, c'est une longue observation méditative, crayon en main. Et au bout d'un certain temps on s'aperçoit que les choses commencent à avoir une autre vérité. La réalité apparaît beaucoup plus vraie. Cela demande beaucoup de temps" (La Quête de la réalité) 

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2018 - A Still Life Collection 

Un blog de Francis Rousseau