samedi 4 février 2017

Sebastian Stoskopff (1597-1657)


 Sebastian Stoskopff (1597-1657)
Vanité avec un vase de Thériaque ( 1627) 
Musée de l'Oeuvre Notre-Dame, Strasbourg 

Que voit on ?  Sur un entablement de pierre comportant un accident en son centre (juste sous le  carnet) : une série d'objets groupés autour de la tête de mort centrale (très jaunie et à laquelle il manque presque toutes les dents), objets étranges et que l'on ne trouve pas habituellement dans les natures mortes de ce peintre très particulier. La tête de mort elle-même qui sert à qualifier cette nature morte de Vanité repose sur un carnet écorné, pouvant être des notes secrètes ayant appartenu au défunt. A droite de la composition, posé sur une  boite en bois, un vase medicinal fermé en faïence contenant - selon l'indication inscrite - de la Thériaque (un contrepoison très connu à base d'opium qui fut importé à Rome par Pompée et complété par Andromaque, médecin de Néron). On utilisait la thériaque en pommade ou sous forme de pâte diluée dans de l'eau-de-vie en potion pour ses vertus soporifiques. A la gauche de la tête de mort, un flacon en verre fermé et cacheté rempli d'un liquide jaune qui pourrait être justement une  de ces potions somnifères à base de thériaque que l'on administrait soit aux enfants pour les calmer soit aux grands malades. A l'extrême droite de la composition, plus mystérieux, un nécessaire de toilette complet en cuir noir comportant des ciseaux, un double peigne en os, une épingle à cheveux en os et divers stylets et couteaux dont la signification ne peut être clairement établie. D'autant que la dimension de la tête de mort par rapport au reste des éléments laisse perplexe... s'agit- il d'une tête de femme ? d'une tête d'enfant ? Toujours est-il que cette Vanité a la particulartié de mettre le spectateur dans un état de malaise rare...  encore aujourd'hui.

Rappel biographique : le peintre alsacien Sébastien Stoskopff a été formé par Frédéric Brentel puis par Daniel Soreau. Sébastien Stoskopff vit à Paris entre 1621 et 1641 environ et voyage en Italie vers 1629.  Très apprécié à son époque, il est considéré comme l'un des maîtres européens de la nature morte très à l'aise dans le traitement des textures opposées comme le verre et l'osier d'un côté, ou le verre et l'étain etc...  L'œuvre de Sebastian Stoskopff a été redécouverte très tardivement, au milieu du 20e siècle, dans les années 1930, ce qui signifie qu'elle est restée dans l'ombre pendant plus de 3 siècles !   Il reste de l’œuvre de Stoskopff entre 60 et 69 tableaux, selon les critiques. 10 d’entre eux sont datés et 26 à 29 sont signés de la main du maître. Toutes les œuvres signées sont des natures mortes. Mais des correspondances attestent que Stoskopff était aussi portraitiste, et qu’il a notamment exécuté un double portrait du comte Jean de Nassau-Idstein et de son épouse Anna. Pour la plupart, les œuvres de l’artiste ont pour thème la représentation d’objets quotidiens, très souvent dans le domaine de la cuisine ou de la nourriture.
En 1640, lorsqu'il revient à Strasbourg, les peintres locaux jalousent cet artiste apprécié, célibataire de surcroît. On lui interdit de porter le titre de maître peintre. Qu'importe! Son insolence et la beauté de ses oeuvres le rendent intouchable et la protection de Jean de Nassau fait le reste. Avec de l'huile et quelques pigments, il s'attaque au clair-obscur. Dans la Corbeille de verres vénitiens, son chef-d'oeuvre, les très fines lignes blanches et les légers reflets d'un verre brisé procurent la même émotion qu'un tableau religieux.
Sébastien Stoskopff meurt assassiné chez Jean de Nassau au terme d'une messe noire où il aurait abusé de drogue et d'alcool. L'organisateur du sabbat finira brûlé sur le bûcher pour sorcellerie. La vie de Stoskopff reste donc un mystère. L'historien d'art Charles Sterling, qui, en 1934, retrouva la trace de Stoskopff, écrivit : « C'est un poète des reflets. Les amas de verre dont il a la passion prennent pour lui un aspect fantastique et sorcier. On croit sentir le souffle du Dr Faust.» 

vendredi 3 février 2017

Paul Serusier (1864-1927) - Nature morte aux pommes

Paul Serusier (1864-1927) Nature morte aux pommes Collection privée

Paul Serusier (1864-1927)
Nature morte aux pommes
Collection privée

Que voit-on ?  Une cascade de pommes dévalant des drapés chaleureux, une explosion de couleurs sur une palette de rouges, de verts et de jaunes que Cézanne aurait adoré ! Un manifeste de la façon de voir des Nabis  face à laquelle un seul mot s'impose : Waouh !!

Rappel Biographique : Le peintre français Paul Sérusier est né à Paris, entre à l’Académie Julian en 1888 et devient massier des petits ateliers que fréquentaient alors Denis, Ranson et Bonnard. En octobre 1888,  on le retrouve à Pont-Aven où il fait la connaissance de Gauguin qui l’initie à sa nouvelle esthétique. Sérusier fonde alors la confrérie des Nabis. Son tableau le plus célèbre est Le Talisman, l'Aven au Bois d'Amour peint en 1888 et  conservé au Musée d'Orsay à Paris. Très peu de natures mortes dans son oeuvre mais toujours très représentatives de l'esthétique Nabis et de son postulat de " recherche de d'authenticité et de retour aux sources ".

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2017 - A Still Life Collection 
Un blog par Francis Rousseau

jeudi 2 février 2017

Suzanne Valadon (1865 -1938) - La boîte à violon, 1923

Suzanne Valadon (1865-1938) La boîte à violon, 1923 Huile sur toile,81 x 100 cm Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

Suzanne Valadon (1865-1938)
La boîte à violon, 1923
Huile sur toile, 81 x 100 cm
Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

Que voit on ?  C'est une nature morte très narrative et au thème inhabituel que propose Suzanne Valadon avec cet étui à violon qui lui donne, accessoirement, l'opportunité d'exprimer avec brio son extraordinaire talent de coloriste. En opposant le rouge du drapé et le bleu profond de l'intérieur de l'étui à violon, présenté sur une commode noir (agissant comme un exhausteur de coloris), elle perce littéralement sa composition d'un cri de couleurs qui relègue à l'arrière plan les autres éléments constitutifs du tableau. Car, outre le drapé et l'étui, de nombreux autres éléments animent cette nature morte dont pas moins de 3 vases : l'un d'un bleu encore plus profond que celui de l'étui, l'autre plein de tulipes qui s'épanouissent en désordre, le dernier enfin (ou le premier peut être !), grand, très grand, couvert d'un motif ou le bleu-mauve s'oppose au blanc dévoilant une ouverture désespérément béante. Dans le fond du tableau : un drapé d'imprimé sur la gauche du cadre et... des jambes ! Trois jambes : deux cuisses, genoux et mollets de femmes (à gauche) et un genou et mollet d'homme (à droite) qui racontent, par leur seule présence, une histoire. Sans doute secrète puisque l'on ne voit pas les visages.  Histoire entre le violoniste et la peintre ?  Le violon lui-même pour le coup n'est là que pour l'anecdote, comme s'il avait suffit d'ouvrir l'étui pour séduire la belle ?! Un livre enfin sur le rebord de la commode, presque prêt à tomber et dont il est impossible de lire le titre... incomplet.

Rappel biographique  :  Suzanne Valadon est une des plus importantes peintres françaises du 20e siècle et la premiere femme admise, en 1894,  à la Société nationale des beaux-arts. Elle a commencé sa carrière comme acrobate de cirque en 1880, jusqu’à ce qu’une chute mette fin prématurément à cette activité. Dans le quartier de Montmartre où elle habite avec sa mère, puis avec son fils naturel, le futur peintre Maurice Utrillo, né 1883, elle a la possibilité de s’initier à l’art. Devenue modèle d’artistes, elle les observe en posant, et apprend ainsi leurs techniques. Modèle de Pierre Puvis de Chavannes, Pierre-Auguste Renoir, Henri de Toulouse-Lautrec, elle noue des relations avec certains. Habituée des bars de Montmartre où la bourgeoisie parisienne vient s’encanailler, Toulouse-Lautrec durant cette période, fait d’elle le portrait intitulé Gueule de bois.
Edgar Degas (pour qui elle n'a jamais posé), remarquant les lignes vives de ses dessins et de ses peintures, encourage ses efforts. Elle connaît de son vivant le succès et réussit à se mettre à l’abri des difficultés financières de sa jeunesse. Suzanne Valadon peint des natures mortes, des bouquets et des paysages remarquables par la force de leur composition et leurs couleurs vibrantes. Elle est aussi connue pour ses nus. Ses premières expositions au début des années 1890 comportent principalement des portraits, dont celui d’Erik Satie avec qui elle a une relation en 1893. Il lui propose le mariage au matin de leur première nuit.
Suzanne Valadon est alors connue pour travailler plusieurs années ses tableaux avant de les exposer.
La peintre trouve dans la galeriste Berthe Weill, une alliée solide qui soutient son travail. La marchande fait ainsi participer l'artiste à près de dix-neuf expositions entre 1913 et 1932, dont trois rétrospectives personnelles.
Son mariage, en 1896, avec un agent de change, prend fin en 1909, Suzanne quitte son mari pour l'ami de son fils, le peintre André Utter (1886-1948), qu’elle épouse en 1914. Cette union, houleuse, dure près de trente ans. André Utter en Adam et elle-même en Eve figurent sur l’une de ses toiles les plus connues, Adam et Eve. En 1923 elle achète avec Utter le château de Saint-Bernard, au nord de Lyon, pour couper son fils Maurice Utrillo de ses penchants pour l'alcool. Ce dernier  qui signait ces toiles Maurice Utrillo V. (pour Valadon) peint le château ainsi que l’église ou encore le restaurant du village. Suzanne Valadon morte, le 7 avril 1938, entourée de ses amis peintres André Derain, Pablo Picasso et Georges Braque, est enterrée au cimetière parisien de Saint-Ouen.
Ses oeuvres sont conservées dans de nombreux musées, dont le Musée national d'art moderne à Paris, le Metropolitan Museum of Art à New York, le Musée de Grenoble, le Musée des beaux-arts de Lyon.
Une exposition permanente lui est dédiée à Bessines-sur-Gartempe (Haute-Vienne), sa ville natale.

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2018 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau 

mercredi 1 février 2017

Raoul Dufy (1877-1953) - Le violon rouge


Raoul Dufy (1877-1953) 
Le violon rouge 1948  
Centre Pompidou,  Paris 

Que voit-on  ? Un fantasme musical de Raoul Dufy qui s'imagine en compositeur de musique puisqu'il annote la partition de ce magnifique violon rouge " Musique et partition de Raoul Dufy ".
Trois couleurs seulement pour rendre toute la chaleur de cet instrument qui peut être aussi doux que volcanique : le rouge, le noir, le blanc. Et Dufy tapisse le fond de cette nature morte à l'instrument de musique de  rose...

Rappel biographique : le peintre  français Raoul Dufy était aussi dessinateur, graveur, illustrateur de livres, créateur de tissus, céramiste, créateur de tapisseries et de mobilier, décorateur d'intérieur, décorateur d'espaces publics et décorateur de théâtre. Raoul Dufy a produit  plus 3 000 toiles, 6 000 grandes aquarelles, 6 000 dessins et en a détruit presque autant. Ses natures mortes ne constituent pas l'essentiel de sa production très largement consacrée aux paysages, aux évènements de son temps, aux portraits de femme et surtout... à la musique et aux concerts qu'il est presque parvenu à faire entendre à travers ses toiles. Dessinateur hors pair - certains l'aurait même vu dessiner avec ses deux mains à la fois - c'était aussi un merveilleux coloriste, un coloriste du bonheur et de la magie, tant il est vrai que la joie de vivre et l'ode constante à  la vie soutiennent chaque tableau, chaque gouache, chaque dessin. Dufy promène un regard émerveillé sur le monde et nous invite à une fête qui n’a rien de superficiel ou  de mondain, comme on l'a dit un peu trop hâtivement. « Si je pouvais exprimer toute la joie qui est en moi ! » disait-il. Il y est largement parvenu, et peu d’œuvres sont une telle invitation à cheminer vers le bonheur... au point qu'elles pourraient presque nous faire croire qu'il existe !

mardi 31 janvier 2017

William Scott (1913-1989) - Kitchen-still-life


William Scott (1913-1989) 
Kitchen-still-life (1948)
Tate. London

Que voit on ?  Sur une table de cuisine noire dont on aperçoit les deux pieds carrés en métal, le peintre trace deux plans distincts entre l'entablement de la table et un plateau à rebords gris-bleu posé sur le coin droit de la composition. Sur l'entablement : une casserole, une pelle à oeufs (un des accessoires fétiches de Scott), des citrons, des oranges, une bouteille en verre vide. Sur le plateau gris-bleu qui est un plateau de petit déjeuner : 3 oeufs (comme dans presque toutes ses natures mortes), un grand bol vide, un coquetier vide et un ravier contenant du beurre. Le fond de la toile est orange, couleur complémentaire du bleu, faisant de cette nature morte une des plus lumineuses de l'oeuvre de ce peintre habituellement sombre et volontiers monochrome.

Rappel biographique : le peintre britannique William Scott est à la fois célèbre pour ses natures mortes et ses toiles abstraites. Il séjourna un peu à Pont Aven (France) mais c'est pendant son séjour Etats-Unis où il rencontra Jackson PollockElaine de KooningFranz Kline et Mark Rothko qu'il évolua vers l'abstraction. En 1958, il représenta la Grande-Bretagne à la Biennale de Venise. Ses natures mortes sont généralement la propriété des plus grands musées de la planète. 

lundi 30 janvier 2017

Pompei - Nature morte au pain coupé


Pompei
Nature morte au pain coupé
Musée de Naples 

Que voit-on ?  Il s'agit  tout simplement d'un pain rond coupé en deux pour recevoir une garniture centrale, tout à fait similaire à l'actuel casse-croûte italien Pan Bagnato qui trouve son équivalent en Provence avec le Pan Bagnat qui signifie littéralement Pain Baigné. 
Agrémenté en son centre d'un garniture de légumes, de viandes ou de poissons, il offrait un repas complet et rapide principalement aux pêcheurs qui partaient en mer ou aux soldats romains en campagne.  Sur cette nature morte, veuillez donc admirer, cher lecteur,  l'ancêtre du "Macdo"

Rappel historique : Pline l'Ancien raconte que dans la Grèce antique, le peintre Piraikos qui vivait au 3e siècle avant notre ère, vendait déjà fort cher ses " Provisions de cuisine ", des tableaux de chevalets représentant des victuailles ou des instantanés d'échoppes de cordonniers et de barbiers. Dans la hiérarchie des genres picturaux d'alors, ces représentations de provisions de cuisine sont déjà considérées comme un genre mineur... et  elles le resteront pendant de longs siècles... au moins jusqu'à Chardin, si ce n'est jusqu'à Cézanne. Genre mineur donc, loin derrière les sujets religieux, les portraits et les paysages, mais genre que les commanditaires s'arrachent pourtant !
Le grec Piraikos reste le plus célèbre des peintres de ce genre. Hélas, aucun exemple n'est parvenu jusqu'à nous de ces peintures des menus objets du quotidien par Piraikos,  peinture que l'on nommait à cette époque Rhyparographie .
A la même époque, un autre peintre grec, Zeuxis rivalisait avec la nature au point que des oiseaux voulaient picorer les raisins qu'il peignait et qu'il passe être l'inventeur du réalisme et  de l'illusionnisme  ne peinture, pour ne pas dire du premier trompe-l'oeil. Il faut là encore faire confiance au récit de Pline l'Ancien, car aucun exemple de cet art ne nous est parvenu.
Les premières natures mortes connues du monde occidental sont des fresques et des mosaïques du 1er siècle de l'ère chrétienne, provenant de Campanie (Herculanum et Pompéi) ou de Rome. Elles sont exécutées dans un style réaliste et illusionniste : fruits veloutés, poissons et volailles posés sur une marche de pierre ou sur deux étagères d'un garde manger, généralement en trompe l'œil avec des ombres portées, ou quelquefois dans des coupes en verre avec des transparences subtiles.
Ces peintures évoquent le xenion antique, un cadeau fait de denrées qu'un hôte doit offrir à ses invités. Pourtant la nature morte de l'Antiquité possède une autre ambition que celle du seul plaisir mimétique. Comme le précise Charles Sterling : « Il est clair que les natures mortes hellénistiques et romaines qui représentaient des mets prêts à être consommés comportaient une allusion épicurienne ». On trouve ainsi assez fréquemment des mosaïques de natures mortes et des vanités dans les atriums d'été romains, où les convives invités aux repas étaient ainsi encouragés à cueillir le jour qui passe, Carpe diem selon la célèbre formule d'Epicure, à profiter de la vie tant qu'il était encore temps de le faire. Une déclinaison plus sophistiquée de la tradition égyptienne pharaonique qui voulait que l'on fît passer un cadavre devant les convives avant de commencer un repas pour leur rappeler l'impermanence de la vie !  Les natures mortes garderont tout au long des siècles jusqu'à nos jours,  cette signification épicurienne.

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dimanche 29 janvier 2017

Pierre Tal Coat (1905-1985) - Nature morte aux pichets et raisins


Pierre Tal Coat (1905-1985)
 Nature morte aux pichets et raisins
 Collection privée 

Que voit on ? Exactement ce que décrit le titre, esquissé à coup de pinceau grossier et pourtant d'une extrême précision sans une seule hesitation et sans un seul repentir. Un premier jet  définitif ou Tal Coat exprime tout son talent de dessinateur et où le coloriste sait aussi se manifester, simplement mais sûrement.

Rappel biographique : Le peintre, graveur et illustrateur français Pierre Tal Coat (pseudonyme de Pierre Jacob pour éviter l'homonymie avec Max Jacob quimpérois comme lui), apparenté au mouvement de l'École de Paris Avec les artistes de ce mouvement, il exposa régulièrement à  la Galerie de France (de 1943 а 1965), dans les  galeries Maeght (de 1954 а 1974), Benador (de 1970 à 1980) puis à  la galerie H-Met , la galerie Clivages. En 1956, seize de ses peintures furent présentées à la Biennale de Venise. Aux côtés de Joan Miro et de Raoul Ubac, il collabore en 1963 aux réalisations pour la Fondation Maeght de Saint-Paul de Vence d'une mosaïque pour le mur d'entrée.
En 1968 le Grand Prix national des arts.
Une grande exposition rétrospective lui fut consacrée au Grand Palais à Paris en 1976.
А partir de 1961, Tal Coat s'installа  à la Chartreuse de Dormont  près de Vernon (Eure), où il finira sa vie. Tal Coat a illustré de nombreux livres d'art avec des gouaches, dessins, pointes sèches ou aquatintes, notamment de nombreux ouvrages d'André du Bouchet, Pierre Schneider, Pierre Torreilles, Philippe Jaccottet, Claude Esteban, Maurice Blanchot, Pierre Lecuire, Jacques Chessex...
Tal Coat a peint une série importante de natures mortes, toutes réalisées en 1942, en pleine guerre, alors qu'il se trouvait réfugié à Aix-en-Provence. De toutes ces peintures très dépouillées et exécutées avec une grande économie de moyens, il se dégage une grande force.

samedi 28 janvier 2017

Pieter Gerritsz van Roestraten (1630-1700) - Vanidad


Pieter Gerritsz van Roestraten (1630-1700) 
Vanidad
 Rijksmuseum Twenthe

Que voit on ?  C'est une Vanité aux objets du savoir,  qui a la particularité de ne pas comporter de tête de mort.   Par quoi alors va-t-on être porté le sinistre message? Et bien par le flambeau à la bougie consumée et éteinte que porte la statue d'argent qui symbolise la " Connaissance " au milieu d'autre objets qui la matérialise comme la  mappemonde, le livre épais, les médailles, la montre et le miroir sorcière et la magnifique soupière en argent massif sculptée qui ne parvient pas à refléter autre chose qu'une collection d'arrogants poinçons.

Rappel biographique : Le peintre hollandais Pieter Gerritsz van Roestraten a été actif dans le domaine des natures mortes et des scènes de genre pendant la période de ce qu'il est convenu d'appeler l'Age d'or néerlandais. Elève de Frans Hals dont il épousa la fille en 1654,  il vécut à Amsterdam avant de déménager à Londres en 1666. Dans cette ville, Roestraten acquit très rapidement la réputation d'être le meilleur peintre de natures mortes à sujet d'argenterie qui soit.  Sir Peter Lely lui  fit un véritable pont d'or pour qu'il abandonne la peinture des portraits qui était sa spécialité à son arrivée à Londres. Et c'est ce qu'il fit pour la somme alors importante de quarante à cinquante livres sterling par tableau.

vendredi 27 janvier 2017

Paula Modersohn-Becker (1876-1907) - Stilleben mit Blattpflanze, Zitrone und Apfelsine,



Paula Modersohn-Becker  (1876-1907)
Stilleben mit Blattpflanze, Zitrone und Apfelsine, 1906 
Private collection 

Que voit-on ? Un gros plan sur un fragment d'entablement et un linge drapé. Sur l'entablement : une plante grasse à l'intérieur d'un banal pot en terre cuite qui repose dans une assiette en porcelaine verte. Sur le drapé : une orange, un citron et au milieu des deux un coquetier en porcelaine blanche dans lequel quelqu'un a improvisé un petit bouquet de fleurs des champs, des myosotis et des violettes.

Rappel biographique : Paula Modersohn-Becker est une artiste peintre allemande qui est l’une des représentantes les plus précoces du mouvement expressionniste dans son pays. Originaire de Dresde, Paula Becker s'engage dans des études de peinture et rejoint les artistes indépendants réunis dans le village de Worpswede, qui prônent un retour à la nature et aux valeurs simples de la paysannerie. Elle y épouse le peintre Otto Modersohn. Le manque d'audace des peintres worpswediens, toutefois, la pousse à s'ouvrir aux inspirations extérieures et à effectuer des séjours répétés à Paris, auprès de l'avant-garde artistique. Au cours des quatorze courtes années durant lesquelles elle exerce son art, elle réalise pas moins de 750 toiles, 13 estampes et environ un millier de dessins. Son style est le fruit d'influences multiples, aux confins de la tradition et de la modernité. Sa peinture présente des aspects mêlant l'impressionnisme de Cézannevan Gogh ou Gauguin, le cubisme de Picasso, le fauvisme, l'art japonais ou encore l'art de la Renaissance allemande. La force expressive de son œuvre résume à elle seule les principaux aspects de l’art au début du 20e siècle.
Elle meurt prématurément а trente-et-un ans, des suites d'un accouchement.
L'œuvre de Paula Modersohn-Becker est essentiellement constituée de natures mortes, de paysages et de portraits d'adultes ou d'enfants évoquant la vie paysanne à Worpswede. Quant aux autoportraits, l'artiste en réalisa tout au long de sa vie. Contrairement aux règles académiques les plus élémentaires, les œuvres sont bien souvent d'un format très réduit : Paula, de ce fait,  peignait sur tout l'espace de toile disponible, et il n'est pas rare que le cadre du tableau dissimule une partie de la composition.
Jusqu'à l'exposition que lui consacre le  MAM (Musée d'art moderne de la ville de Paris) en 2016, elle restait assez peu connue au-delà des pays germanophones.

jeudi 26 janvier 2017

Pierre-Auguste Renoir (1841-1919) - Nature morte aux Fraises (1)


Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), 
Nature morte aux Fraises
Collection privée 

Que voit-on ?  sur un guéridon rond recouvert d'une nappe blanche dont un pli est très visible, des fraises fraichement cueillies et  déposées délicatement sur leur feuillage.  Une scène d'extérieur si l'on en juge par la belle lumière d 'été  qui inonde la toile et par l'environnement verdoyant évocateur d'un jardin. Pour Renoir qui a peint au moins quatre natures mortes aux fraises différentes, celle-ci est l'opportunité de présenter les fraises sous un angle inhabituel : elles ne sont pas rangées en pyramide bien équilibrée comme chez les hollandais de l'âge d'or ou chez Chardin, elles ne sont pas déposées en ordre de bataille à l'étale d'un marchand comme chez Caillebotte, ou même posées dans une assiette comme il a pu les peindre lui même.. elles sont  dans cette composition juste offertes à l'oeil dans leur état le plus naturel, feuillages entremêlés, avec pour atout majeur le fait d'avoir été cueillies à l'instant. On notera aussi la touche particulière (très longue et filandreuse), presque abstraite que Renoir emploie pour rendre la texture si complexe des fraises.

Rappel biographique : L'un des plus célèbres peintres français, Pierre-Auguste Renoir, membre éminent s'il en est du mouvement impressionniste a peint beaucoup de natures mortes, comme l'ensemble de ses collègues impressionnistes d'ailleurs qui ont participé au renouveau de ce genre vieux de plus de 3000 ans.  Au début de sa carrière, ses natures mortes s'inspirent beaucoup de celles de Courbet avant d'imposer le style unique que l'on connait. La dernière toile qu'il aurait voulut peindre serait une nature morte florale. Sur son lit de mort, Renoir aurait demandé une toile et des pinceaux pour peindre le bouquet de fleurs qui se trouvait sur le rebord de la fenêtre. En rendant pour la dernière fois ses pinceaux à l'infirmière il aurait déclaré : « Je crois que je commence à y comprendre quelque chose ».

mercredi 25 janvier 2017

Pieter Claesz (1597-1661) - Nature morte aux instruments de musique

Pieter Claesz (1597-1661) Nature morte aux instruments de musique (1623), Germanisches Nationalmuseum, Nuremberg

Pieter Claesz (1597-1661)
Nature morte aux instruments de musique (vers 1625)
Huile sur toile, (35,9 x 59,0 cm)
Germanisches Nationalmuseum, Nuremberg

 Que voit on ?   Pour ce grand maitre de la nature morte hollandaise, il s'agit dans cette oeuvre de sa jeunesse de réaliser, sur commande, une Vanité, c'est à dire une toile qui renvoie à la mort et au caractère éphémère de la vie et des plaisirs. Claesz en a peint énormément tout au long de sa vie. Celle-ci, qui est une de ses premières, rassemble toutes les règles du genre à savoir : des instruments de musique (deux violons sans cordes), une montre à complication, des vieux livres, des ustensiles d'écriture, une plume d’oie placée en perspective du crâne, un verre Rohmer renversé et vide (symbole d'une riche vie qui s'est écoulée et dont il ne reste plus rien) et le crâne bien entendu. Mais cette nature morte vaut aussi et surtout par la présence d'un miroir de sorcière ou miroir de banquier, ainsi appelé car sa surface convexe permettait aux usuriers de surveiller tous les mouvements suspects dans leur officine. Fréquemment placé prés d'un fenêtre dont il réfléchissait la lumière dans les intérieurs flamands assez sombres, on lui attribuait des pouvoirs magiques d'où son autre nom de miroir de sorcière. Ici le miroir est situé derrière la montre à complications, adossé à un violon sur la gauche de la composition et réfléchit la partie de la pièce que l'on ne voit pas et une partie de ce que l'on voit, ce qui va devenir une règle intangible dans les natures mortes de l'âge d'or hollandais; règle qui va  perdurer longtemps après. 
Dans l'agrandissement du miroir ci-dessous, on peut voit le reflet de la fenêtre mais aussi le reflet du jeune Pieter Claesz, coiffé d'un chapeau, et peignant le tableau sur son chevalet de même que le dos du tableau lui même. Ce n'est plus le miroir, mais la toile elle même qui devient pour le coup... magique. 



Rappel biographique : Le peintre Pieter Claesz  ou Pieter Claesz Van Haarlem  (du nom de la ville ou il fut le plus actif),  dont ce blog a posté déjà de nombreuses natures mortes, est un des plus grands représentants de la nature morte hollandaise de l'époque baroque, un maître auquel la plupart des peintres de natures mortes se sont référés à un moment ou a un autre de leur carrière.  Willem Claeszoon Heda avec lequel on peut le confondre tant celui ci s'inspira de  Pieter Claezs jusqu'à signer ses tablaux de son prénom abrégé (Claez), il fut l’un des peintres les plus importants de ce genre très diversifié qu'est la nature morte.
Au 17 siècle, les natures mortes se divisaient en plusieurs catégories :
- pronkstilleven  (natures mortes d’apparat),  dans lesquelles sont représentés des coupes en argent ou en or lourdement décorées, des nautiles, des verres de vins, et beaucoup de fruits ou de fleurs. Beaucoup d’aliments composent ces natures mortes comme du pain, du fromage, du vin, des huîtres, du poisson, de la volaille, du jambon, des olives et des noix. Le citron est également souvent représenté, comme touche jaune dans la palette monochromatique. Il faut savoir  toutefois que Pieter Claesz introduisait rarement des fruits dans ses peintures. Quand il le faisait, c'était toujours sur la demande du commanditaire  Dans ce cas Claesz recours à un de ses collègues peintres, Roelof Koets, qui était chargé de remplir  alors le quart ou la moitié du tableau de fruits et de feuilles de vigne et y plaçait une corbeille ou une porcelaine. Les deux peintres signaient alors le tableau, Claesz lui-même signait des initiales PC, ou PCH (« H » pour Haarlem) comme c'est le cas ici.
-  ontbijtgens  (petits déjeuners) qualifiant des natures mortes avec du pain, des couteaux, et du poisson et qui correspondait à ce que l’on mangeait dans un repas situé en fin de matinée.
- banketgens  (petits banquets) qualifiant des natures mortes dans lesquelles était représenté  spécifiquement et exclusivement un pâté bien rempli.
- toebackjes (petits tabacs) : qualifiant des natures mortes contenant du tabac, une pipe, et d'autres objets du même type.
- les vanités enfin, natures mortes qui renvoient à la mort et au caractère éphémère de la vie et du plaisir et que Claesz a peint en nombre important. Dans ce cas, il peint des bougies éteintes ou complètement consumées, des instruments de musique, des montres, de vieux livres, des ustensiles d'écriture telle qu'une plume d’oie, qu'il place en perspective des crânes. Ces Vanités de Claesz étaient destinées à encourager le public à mener une vie simple et religieuse et a tempérer les excès de plaisir auxquels invitaient ses autres natures mortes.
Bien que très construites et obéissant a un style très défini,  une évolution dans la composition des natures mortes de Claez est perceptible. Si, au début, il disposait fréquemment les objets en croix ou dans une diagonale rigoureuse, par la suite il utilisa beaucoup plus le chevauchement des objets, ce qui crée une plus grande profondeur. En outre, au cours de sa vie, il élargit son point de vue  et la vue latérale sur la table de la nature morte devient plus fréquente que la vue en plongée.
Claesz, souvent, utilisa les mêmes objets dans ses natures mortes : un couteau avec un lourd manche en nacre,  une bouteille de verre brun, des assiettes en étain et des cruches à col de cygne, ainsi que de fin coquillages  des porcelaines importés de Chine.  On retrouve ces éléments d'une nature morte à l'autre, on les reconnait comme des objets familiers. Souvent, un verre est représenté couché, ce qui confère une certaine tension à la composition.
Si, au début de sa carrière, Claesz utilisait assez souvent des couleurs vives, il adoucit considérablement sa palette par la suite, employant des couleurs presque monochromatique et conférant ainsi à ses tableaux une  atmosphère plus intimiste.
L’utilisation qui est faite de la lumière et de l’ombre par Claesz est remarquable. Il  donner un tel rendu des textures par  l'effet de la lumière sur les surfaces, que l'on peut reconnaître immédiatement une assiette en étain d’une assiette en argent, un roemer d'un pot en céramique. Cette maîtrise dans le traitement de la matière et des textures (les reflets du vin dans les verres sont des effets de pur génie !) est une caractéristique partagée par plusieurs peintres néerlandais du 17e siècle. C'est ce qui fait leur spécificité..
Claesz, avec Heda, fut à l’origine d’une véritable école de la nature morte, donnant à ce genre un statut véritablement noble.   À partir de 1628, une sérieuse concurrence apparaît à Haarlem entre Pieter Claesz et Willem Claeszoon Heda, lequel s’inspirait fortement de lui et le suivait de près dans toutes ses innovations.
Nicolaes Berchem, le fils de Claesz, fut  quant à lui un peintre de paysage  très réputé.
En 2004/ 2005, une exposition itinérante rassemblant quarante-cinq œuvres de Claesz fut montée et présentée au Musée Frans Hals à Haarlem, ensuite au Kunsthaus de Zurich, et enfin au National Gallery of Art de Washington.

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mardi 24 janvier 2017

Mikhaïl Larionov (1881-1964) - Nature morte aux poires vertes



Mikhaïl Larionov (1881-1964)  
Nature morte aux poires vertes
Collection privée

Que voit on ? C'est un mouvement. Celui d'un foulard rouge et blanc de paysanne russe, dans lequel un dizaine de poires ont été transportées apres la cueillette avant d'être répandues au sol. Cette nature morte représente le moment précis où le foulard vient de  s'ouvrir en laissant s'échapper les poires sur le sol. Une interprétation extrêmement sensible (et très russe) du genre de la nature morte dans la grande tradition de tous les peintres qui tentèrent de  "figer un mouvement" depuis la Rome antique.  

Rappel Biographique : Mikhaïl Fiodorovitch Larionov (en russe : Михаил Фёдорович Ларионов) dit Michel Larionov, est un peintre et décorateur russe naturalisé français. Michel Larionov a étudié а l’Ecole de peinture de Moscou. Passant rapidement de l'impressionnisme au fauvisme,  il est l'un des  premiers animateurs de l'avant-garde en Russie. Il se lie avec Kasimir Malevitch, a pour élève Vladimir Tatline et fonde, en 1910, le groupement du Valet de Carreau puis, en 1912 après une dispute avec David Bourliouk, la Queue d'Ane. Il épouse Nathalie Gontcharova,  avec qui il élabore, dиs 1909-1910, les fondements du Rayonnisme (une variante de l'art abstrait dont Guillaume Apollinaire rédifera le catalogue d'exposition a Paris en 1914 ). Très enclin a crée des mouvements et des groupes, Larionov crée l'année suivante le mouvement du Toutisme avec Mikhail Le Dentu et le poète Ilia Zdanevitch. Il expose au Salon des indépendants а Paris, en même temps que Nathalie Gontcharova et l'artiste peintre Alexandra Exter, grâce à l'appui des époux Sonia et Robert Delaunay,.
En 1914, il s'installe à Paris, se consacrant aux décors pour les Ballets russes de Serge de Diaghilev, qu'il réalise entre 1915 et 1922. Il ne retourne plus dans son pays natal après la révolution bolchévique de 1917 et est naturalisé français dans les années 20.  Il meurt en France en 1964 dans l'oubli le plus total.  Son oeuvre est aujourd'hui dans beaucoup de grands  musées russes et au Musée du petit Palais à Genève. 

lundi 23 janvier 2017

Nicolas Issaiev (1891-1977) - Nature morte au pichet


Nicolas Issaiev (1891-1977) Nature morte au pichet, 1927 Collection privée


Nicolas Issaiev (1891-1977)
Nature morte au pichet, 1927
Collection privée

Que voit on ? Dans un palette très sourde et un style encore très cubiste, une splendide nature morte au pichet où ce dernier - très disproportionné et très lumineux occupe toute la hauteur de la composition sur la droite (comme dans certaines toiles de Picasso de la même époque) alors qu'un plateau de fruits (pommes vertes ?) repose à gauche sur une pile de livres à la splendide reliure rouge. Une composition très élaborée où l'on reconnait la touche du décorateur de théâtre que fut Issaiev, un grand peintre français, hélas encore presque totalement inconnu de nos jours.

Rappel biographique : Nicolas Issaiev est un artiste français né près d'Odessa en 1891. Peintre, graphiste et décorateur de théâtre, Issaiev a étudié à Odessa et Kharkiv dans les studios de V. Shuchajev et A. Yakovlev et à l'Académie Ranson à Paris. Il était dans l'armée pendant la Première Guerre mondiale avant d' immigrer en 1919 à Belgrade où il travailla au Théâtre national comme décorateur. En 1925 il s'installe à Paris où il se fait connaître du milieu artistique du Montparnasse en peignant des paysages, des natures mortes et quelques portraits.  Il ne sera cependant jamais intégré parmi les peintres célèbres de Montparnasse comme  Soutine et Foujita et encore moins parmi les peintres de l'Ecole de Paris dont il faisait pourtant bel et bien partie. Le seul mouvement et groupe auquel il parvient à s'intégrer fut l'assez obscur groupe tcheco-belge Circle (Krug) Group avec lequel il exposa de nombreuses fois, aussi bien à Bruxelles, Paris que Belgrade. En 1940-1945, il s'installa dans le sud de la France pour y vivre seul. Après la Seconde Guerre mondiale, il fit de fréquents séjours en Suisse, Italie et Espagne. Entre 1945 et 1950, Issaiev réalisa de nombreuses  illustrations pour des ouvrages d'éditions d'art notamment sur les publications de Pierre de Ronsard, Edgar Allan Poe et Nikolay Gogol. Dans les années 1950 et 1960, il exposa à Paris dans les galeries La Boétie et A. Weil de même qu'à la galerie P. Bernet à New York.  Il participa avec plusieurs de ses toiles à la grande exposition qui eut lieu à Paris en 1961 puis en Russie en 1974 sous le titre Les Artistes russes de l'École de Paris, trouvant ainsi trois ans avant son décès un début de reconnaissance.  
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dimanche 22 janvier 2017

Meiffren Conte (1630-1705)


Meiffren Conte  (1630-1705)
Nature morte au rideau rouge 
Collection privée 

Que voit on ?  En parodiant le poète on pourrait dire " Tout ici n'est que luxe, or et tissu précieux " tant cette nature morte fait dans l'excès. C'est l'objectif d'ailleurs puisque ce genre d'oeuvre  dite " nature morte d'apparat "  destinée à trôner en bonne place dans la maison d'un riche marchanda pour devoir d'étaler le plus de richesses possible... De toutes les richesses répandues ici, celle que le peintre retient est cette somptueuse pièce de velours rouge bordée de passementerie d'or soulevée sur un coin coin de table en ébène (bois précieux entre tous) agrémentée d'un  bronze d'une finesse presque irréelle. Celle que le spectateur devra retenir est le cédrat jaune et mûr à point qui git au pied d'un coffre en bois précieux et dont la symbolique est ici double.  La présence d'un cédrat sur cette nature morte d'apparat signifie d'abord que le marchand commanditaire était un riche marchand juif.  Le cédrat (le fruit du bel arbre en hébreu) constitue en effet l'une des quatre espèces utilisées lors de la fête juive de Souccot, les trois autres étant le loulav (branche de dattier), le hadass (branche de myrte) et la aravah (branche de saule). Le deuxième symbole de ce cédrat est placée bien en evidence hors de l'entablement directement sous le regard du spectateur : c'est la branche aux feuilles flétries et séchées qui symbolise l'impermanence des biens terrestres, qui retourneront à la poussière et  qui engage le spectateur à jouir de la vie avant qu'il ne soit trop tard...

Rappel biographique : Le peintre français Meiffren Conte ou Comte connu aussi sous le nom d'Ephren Leconte a commencé sa carrière à Marseille où il est né avant de partir compléter sa formation de peintre à Rome où il est fortement influencé par Francesco Noleti ou Francesco Ferivarino dit le Maltais. Il travaille à Paris et Aix-en-Provence avant de revenir s'installer à Marseille. Les natures mortes qui constituent l'essentiel de son œuvre sont toujours mises en scène dans des décors très somptueux, très évocateur de l'Ecole Napolitaine bien que son goût immodéré pour la représentation de pièces d'orfèvrerie le rapproche souvent et l'a même fait confondre (pour une de deux de ses toiles au moins) avec Jan Davidz de Heem.

samedi 21 janvier 2017

John Stewart (1919-2017) - Hommage à Morandi



John Stewart (1919-2017)
Hommage à Morandi, 1974.
Collection privée

Que voit-on ?  Sur un entablement recouvert d'une nappe blanche dont on remarque le pli central, une accumulation d'ustensiles de cuisine, une variante importante dans le genre de la nature morte et ce depuis l'antiquité romaine où l'on trouve les premières représentations de ce genre d'objets traités comme sujets à part entière. Les bouteilles, brocs, carafes, pots et (dans une moindre mesure) les moules à gâteaux, sont les objets de prédilection du Morandi dont beaucoup d'œuvres ont déjà été postées sur ce blog (cliquer sur Giorgio Morandi dans la colonne du blog) pour y accéder. Cet hommage que John Stewart rend à Morandi fait partie de la série des hommages qu'il décida, à un moment de sa vie  de rendre aux grand maîtres de la nature morte du passé lointain (Zurbaran) ou moins lointain  (Morandi).


Rappel biographique:  John Stewart est né à Londres en 1919 puis a été élevé à Paris. En 1951, sa rencontre avec Henri Cartier-Bresson, lors de l’inauguration de la Chapelle de Matisse à Vence marque  «l’instant décisif» de sa vie de photographe. Il se remettait alors de six années de guerre dans l’armée britannique, dont trois ans et demi dans des camps de prisonniers japonais en Thaïlande sur la Rivière Kwai.  II devait sa survie à l’apprentissage de la langue japonaise, qui lui permit d'acquérir le statut de prisonnier-interprète, moins pénible que celui de manœuvre. Son endurance morale, sa résilience, même se résume dans ce conseil :  " Quoique qu’il se passe, ne jamais perdre l’émerveillement d’être en vie et toujours rester en mesure de se dire, aujourd’hui j’ai vu ou senti ceci, que je n’aurais jamais pu connaître auparavant ".  Avant le milieu des années 50, fort de sa passion pour la photographie, il part s'installer à New York où il devient rapidement, aux côtés de Richard Avedon et d’Irving Penn, l’un des collaborateurs d’Alexey Brodovitch pour le prestigieux magazine de mode Harper’s Bazaar. Puis c'est la revue Fortune qui fait appel à lui et lui permet de photographier des personnalités aussi diverses qu'Andy Warhol ou Muhammnad Ali. Dans les années 50 toujours, à la demande de Diana Vreeland et d’Alex Liberman,  il travaille plusieurs années pour un autre grand magazine de mode, celui de de Condé Nast cette fois ci, Vogue, dont c'est véritablement dans ces années là, la période d'or.
Une deuxième aventure asiatique s'offre à lui quand on lui propose le poste de conseiller technique pour le film Le Pont sur la Rivière Kwai tourné au Sri Lanka. C’était le début de nombreux voyages en Asie – une année entière au Ladakh, la remontée de la Rivière Kwai et l’entrée en Birmanie avec les « guerilleros », deux mois dans une province du Tibet interdite aux étrangers, et en 1996 l’établissement d’une organisation caritative (ONG) avec Michèle Claudel au Cambodge.
En 1976, après 20 années de photographie de reportage, de mode et de publicité aux Etats-Unis et en France, John Stewart change de braquet et décide de développer un travail plus personnel.
De retour en France, tournant résolument le dos à la photographie en couleur qui fit sa réputation dans les magazines, il se passionne pour la nature morte et devient un maître du noir et blanc et des tirages d’art avec l’aide de la famille Fresson, dont la technique de tirage au charbon contribue largement au rendu unique de ses natures mortes. Le tirage au Charbon a été élaboré en 1890 par Michel Fresson. qui  utilisait, comme pigment, le pied de vigne calciné plutôt que les sels d’argent, base de toute la photographie jusqu’à l’arrivée du numérique.  Sa pratique requiert un long travail (trois jours pour sortir un tirage 60x80 cm), et une étroite collaboration entre le photographe et  le tireur pour arriver à un résultat d’une résonance et d’une richesse caractéristiques du “charbon”. Ces tirages qui ne sont pas sensibles aux rayons ultra-violets et qui sont stables en dépit de leur exposition au soleil, dépendent en revanche énormément du “coup de main” et des conditions météorologiques, si bien il est impossible d’obtenir une constance absolue. C'est ce qui rend chacun de ces tirages unique. A partir de ce moment là, pour John Stewart, les expositions se succèdent rapidement : la première à NewYork, la deuxième à la Bibliothèque Nationale de France à Paris, en 1976,  puis son travail est montré à Genève, Shanghai, Hong Kong, Londres...  Le Metropolitan Museum de New York à été le premier musée à lui acheter des tirages. Les oeuvres de John Stewart sont désormais exposées dans plus de 60 musées et galeries dans le monde. En 2004, Jan Krugier a présenté ses images à la FIAC et la Galerie Acte 2 a organisé une rétrospective de son œuvre en 2008. Il a également été exposé en 2009 à la Galerie Pia Pierre à Shanghaï, à la Galerie Binôme, au Art Fair de San Francisco, à Art Basel Miami et à Genève en 2010. La même année, la Gallery Tristan Hoare de Londres lui a organisé une rétrospective. Il a également exposé en 2014 à la Galerie Anne Clergue une série de " Véroniques" qui sont une référence directe à l'œuvre de Zurbaran.

vendredi 20 janvier 2017

Jean-Pierre Sudre (1921-1997)


Jean-Pierre Sudre (1921-1997) 
Oignons
BnF, Paris

Que voit on ? Sur un entablement noir qui occupe les 9/10 ème de la composition : une assiette plate en porcelaine blanche contenant 4 oignons avec leur peau dont un petit coupé en deux. Hors de l'assiette, posé sur l'entablement noir comme dans un vide intersidéral, un autre oignon semble  graviter autour de l'assiette tel un satellite naturel autour de sa planète ou plutôt, dans le cas précis, d'une galaxie. Un magnifique travail sur le noir et blanc d'une précision que seules les photos faites " à la chambre " permettent d'obtenir et que le gris de la peau des oignons rehausse d'un relief particulier.  

Rappel biographique : Photographe et enseignant, formé comme cinéaste à l'I.D.H.E.C. de Nice et de Paris (1942-1943), chef de file et défenseur infatigable d'une photographie créative, Jean-Pierre Sudre est relativement peu conformiste. Son amour de la nature l'a rapidement amené à explorer les sous-bois de son enfance et sa curiosité permanente l'a très tôt incité à s'approcher au plus près de la matière pour atteindre au plus secret des choses. Dès 1949, Jean-Pierre Sudre va s'orienter, vers la photographie industrielle dont il devient rapidement l'un des spécialistes les plus réputés. De 1946 à 1960, il met en scène une extraordinaire chorégraphie d'objets quotidiens, sujets de ses rêveries visuelles sur l'ombre et la lumière, le jeu et l'accord des formes et les vibrations de la matière. Il affirme, dans ce long travail, un style et des conceptions quasi philosophiques qui en font, à l'époque, un créateur à part dans le monde photographique.
Si « le geste fondateur de la nature morte [...] est l'isolement » (Jean-Claude Lemagny), Sudre va aller plus loin encore en s'installant solitairement dans le secret de la chambre noire, au sein même de la matière dont il avait au préalable glorifié l'enveloppe externe. 



jeudi 19 janvier 2017

Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779) - Le melon entamé

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Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779)
Le melon entamé
Collection particulière

Que voit-on ?  Sur un entablement de marbre en demie-lune, posé contre un fond neutre, occupant le centre de la composition : une pyramide de pêches soyeuses à souhait et un melon fraîchement coupé dont la tranche non consommée repose sur le sommet du fruit et offre au spectateur son aspect juteux et la dentelle de ses pépins filandreux. De part et d'autre de ces fruits, à même l 'entablement, des prunes (à droite) et des poires (à gauche) presque cachées dans une pénombre qui rehausse la brillance de leur peau. Dans le fond du tableau : à gauche, un petit contenant en verre et une grosse  bouteille de liqueur de fruits dans le verre de laquelle se reflète avec minutie la partie de la pièce que l'on ne voit pas,  à la manière des peintres hollandais de l'Age d'or dont Chardin n'oublie jamais qu'ils furent ses maîtres ; à droite, un magnifique nécessaire de toilette en porcelaine française, aiguière et cuvette, qui offre à Chardin matière à parfaire l'étude complète de textures que constitue cette nature morte.

Rappel biographique :  Jean-Baptiste-Siméon Chardin est considéré comme l'un des plus grands peintres français et européens du 18e siècle. Célèbre pour ses scènes de genre et ses pastels, il est aussi reconnu pour ses natures mortes dont il reste le maître incontesté. D'après les frères Goncourt, c'est Coypel qui en faisant appel à Chardin pour peindre un fusil dans un tableau de chasse, lui aurait donné le goût pour les natures mortes.  A partir du Salon de 1748, Chardin expose de moins en moins de scène de genre, il multiplie désormais les natures mortes. Ce retour à ce type de peinture va durer une vingtaine d'années. Il est difficile de donner des raisons à ce changement de cap. On sait que pendant cette période la vie de Chardin est en pleine mutation. Il se remarie, il reçoit une pension du roi. Il est désormais à l'abri du besoin. Ces deux tableaux de réception à l'Académie Royale de peinture sont tous deux des natures mortes, La Raie et Le Buffet qui se trouvent aujourd'hui au Musée du Louvre. Chardin devient ainsi peintre académicien « dans le talent des animaux et des fruits », c'est-à-dire au niveau inférieur de la hiérarchie des genres alors reconnus. Et c'est sans aucun doute Chardin qui va lui donner ses lettres de noblesse et en faire un genre pictural égal, voire même supérieur à bien des égards, aux autres.
Les natures mortes qu'il peindra à partir de 1760 sont assez différentes des premières. Les sujets en sont très variés : gibier, fruits, bouquets de fleurs, pots, bocaux, verres...  Chardin semble s'intéresser davantage aux volumes et à la composition qu'à un vérisme soucieux du détail, ou aux effets de trompe-l'œil. Les couleurs sont moins empâtées. Il est plus attentif aux reflets, à la lumière : il travaille parfois à trois tableaux à la fois devant les mêmes objets, pour capter la lumière du matin, du milieu de journée et de l'après-midi. On peut souvent parler d'impressionnisme avant la lettre.
Chardin cherchait à reproduire la matière, ces fruits semblent aussi vrais que nature, Diderot s'extasiait devant ce réalisme dans son compte-rendu du Salon de 1759 : " Vous prendriez les bouteilles par le goulot si vous aviez soif ". ou encore en 1763, " C'est la nature même; les objets sont hors de la toile et d'une vérité à tromper les yeux. (...)
 Pour regarder les tableaux des autres, il semble que j'ai besoin de me faire les yeux ; pour voir ceux de Chardin, je n'ai qu'à regarder ce que la nature m'a donné et   m'en bien servir ".
" O Chardin ! ce n'est pas du blanc, du rouge, du noir que tu broies sur ta palette: c'est la substance même des objets, c'est l'air et la lumière que tu prends à la pointe de ton pinceau et que tu attaches sur la toile ".

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mercredi 18 janvier 2017

Henri Fantin-Latour (1836-1904) - Nature morte aux pêches

Henri Fantin-Latour (1836-1904) Nature morte aux pêches, 1880 Collection privée

Henri Fantin-Latour (1836-1904)
Nature morte aux pêches, 1880
Collection privée

 Que voit on ? Sur un fond neutre, un assiette en porcelaine blanche recouverte de feuilles de vigne sur lesquelles repose un pyramide de pêches. Le fruit sommital est séparé des fruits de la base par une feuille de vigne, un procédé très connu des maîtresses de maison d'autrefois pour empêcher le pourrissement des fruits. En dehors du plat, ponctuant la composition sur la droite du cadre : un demi pêche très jaune dont on aperçoit le noyau. Un Fantin-Latour réalisé dans un style très impressionniste qui rappelle - si besoin était - que ce peintre fut un des précurseurs majeurs de ce mouvement.

Rappel biographique : Le peintre et lithographe français Henri Fantin-Latour était plus connu de son vivant pour ses portraits de femmes, ses portraits de groupes dont il rénova le style compassé et pour ses peintures allégoriques que pour ses natures mortes, pourtant admirables. Aujourd'hui c'est exactement le contraire  ! Membre du groupe dit « de 1863  », puis du Cénacle des Batignolles où l'Impressionnisme serait né, Fantin-Latour fait souvent figure de chaînon entre la peinture romantique et l'impressionnisme. Ses natures mortes, fleurs ou fruits, ont souvent trouvé acquéreur grâce à son ami Whistler qui a attiré en l'attention en Angleterre sur Fantin, à une époque où la peinture impressionniste française était peu appréciée dans ce pays.

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mardi 17 janvier 2017

Henri Le Secq (1818-1882)


Henri Le Secq (1818-1882)
Pichet et pastèque n° 29,  vers 1852-1860 
Négatif sur papier ciré  
BnF, Paris 

Que voit on ? Ce que décrit le titre : un pichet de bière et un tranche de pastèque déjà consommée sur un entablement. Cette nature morte qui date des premiers temps de la photographie est volontairement présentée par son auteur en négatif ,tiré sur du papier ciré et donc transparent.  Ce n'est pas anodin si l'on se souvient que beaucoup de négatifs de cette époque étaient tirés sur plaque de verre. En tirant ce négatif sur papier ciré,  Henri Le Secq réalise en quelque sorte un trompe l'oeil de négatif sur plaque de verre ! Clin d'oeil (si l'on peut dire) de ce grand photographe qui est aujourd'hui un des trésors du fond photographique de la Bibliothèque nationale de France.

Rappel Biographique : Le peintre français Jean-Louis-Henri Le Secq des Tournelles, fut aussi graveur, photographe et collectionneur. À partir de 1848, il débute une activité de photographe. En 1850, ses vues de la cathédrale d'Amiens, préparatoires à la restauration menée par l'architecte Viollet-le-Duc, sont remarquées. En 1851, membre de la Société Héliographique, il est retenu par la Commission des monuments historiques pour participer à la Mission Héliographique. Œuvrant sur les édifices religieux en Champagne, en Alsace et en Lorraine, Le Secq utilise à la prise de vue le procédé du calotype, qu'il traduit en épreuves sur papier salé.
Bien que reconnu comme un puriste de la photographie d'architecture, Henri Le Secq s'en détourne peu à peu au profit de natures mortes et d'images plus symbolistes. Il reste, avec ses quatre compagnons de la Mission héliographique, un « primitif » essentiel de  l'histoire de la photographie.

lundi 16 janvier 2017

Roger Fry (1866-1934)


Roger Fry (1866–1934)
Still Life with T'ang Horse (circa 1919–21)  
Presented by Mrs Pamela Diamand, 1973 
Tate, London 

Que voit on ?  Sur un entablement laqué reposant contre un mur tricolore (jaune, bleu et bordeaux très sourd) :  trois objets. De gauche à droite : celui qui donne le titre au tableau, une statuette équestre chinoise en terre cuite d'époque T'ang ; un soliflore en porcelaine noire contenant une fleur exotique bleue ; enfin derrière le vase, au ras du  bord de l'entablement, une statuette chinoise d'homme (un lettré d'après son costume) que l'on imagine en terre cuite.  On remarque que la statuette d'homme et le soliflore se reflètent sur la surface laquée du support alors que la statuette équestre, elle, n'émet visiblement aucun reflet...

Rappel biographique :  Roger Eliot Fry, peintre et critique d'art britannique, appartenait au Bloomsbury Group. L'historien d'art Kenneth Clark voyait en lui le successeur de John RuskinVirginia Woolf publia sa biographie en 1940. Au cours de plusieurs voyages à Paris, en Provence où il travaille avec le peintre de l'Ecole de Paris, Zygmunt Landau, et en Italie, il commence à peindre des paysages. Plus tard, il réalise différents portraits et autoportraits. Peu de natures mortes dans son oeuvre. Dans les années 1900, Roger Fry commence à enseigner l'histoire de l'art à la Slade School of Fine Art of University College à Londres. Il collabore à l’Athenaeum à partir de 1901 et participe en 1903 ) la fondation du Burlington Magazine avec Bernard Berenson et Herbert Horne. Entre 1906 et 1910, il passe quatre ans aux Etats-Unis où il travaille au Metropolitan Museum of Art de New York comme conservateur du département des peintures. C'est lors de ce séjour qu'il découvre l'œuvre de Cézanne et se désintéresse peu à peu des primitifs italiens, au profit des peintres français.
De retour en Angleterre, il organise aux Grafton Galleries de Londres, en 1910, une exposition Manet et les post-impressionnistes, terme dont il est l'auteur. Celle-ci exerce une influence considérable sur le goût du public, tout en étant fraîchement accueillie par la critique. Fry organise alors, en 1912, une seconde exposition d'art post-impressionniste. Il reçoit le soutien financier de Lady Ottoline Morrell, avec qui il a une liaison éphémère. En 1913, il fonde avec Vanessa Bell et Duncan Grant les Omega Workshops, un atelier d'art et d'artisanat situé à Fitzroy Square (Londres).
Deux de ses essais, Vision and Design (1920) et Transformations (1926), contribuent également à faire découvrir la peinture française contemporaine.
En 1933, il occupe la chaire Slade pour l'enseignement des beaux-arts à l'université de Cambridge, poste qu'il avait vivement souhaité.
Roger Fry est mort d'une chute à son domicile. Vanessa Bell a décoré son cercueil avant qu'il ne soit enseveli dans la chapelle de King's College, à Cambridge.


dimanche 15 janvier 2017

Giorgio Morandi (1890-1964) - Natura Morta 1939.


 
Giorgio Morandi (1890-1964)
Natura Morta 1939.
Musée des Beaux-arts de Lyon, France

Que voit on  ? Une nature morte représentant des bouteilles et brocs comme Morandi en a peint de très nombreuses tout au long de sa vie. La rigueur de cet artiste qui ne traita que deux thèmes seulement (le paysage et la nature morte) et l’austérité de son style marqué par une prédilection pour les formats modestes et les couleurs sourdes, ne sont sans doute pas étrangères à sa relative confidentialité. Il est devenu plus connu du grand public, il y a une dizaine d'années et notamment à la faveur de grandes expositions au Metropolitan Museum de New York en 2008, à la Tate Modern de Londres ou encore au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris en 2001. On peut regretter la très faible représentation de ce grand artiste dans les collections publiques françaises (5 tableaux seulement : 2 au Musée national d’art moderne – Centre Georges Pompidou : 2 au Musée Granet d'Aix en Provence et 1 au Musée des Beaux arts de Lyon).

Rappel biographique : Le peintre italien Giorgio Morandi, bien que qualifié de futuriste ne peut être identifié à aucun mouvement pictural du 20e siècle en particulier. Ayant peint de très nombreuses natures mortes, l’œuvre de Cézanne représente évidemment une influence majeure pour lui ; il lui emprunte la monumentalité des formes et les zones denses de couleurs. Mais simultanément, il développe une approche beaucoup plus intime de l’art.
Les natures mortes de Giorgio Morandi représentent des objets toujours ordonnés avec soin sur une table dans l'atelier, pour être observés et peints. Ces objets qu'il a lui même achetés chez des brocanteurs, qui lui ont été donnés par des amis ou qu'il a ramassés dans la rue, sont facilement identifiables de toile en toile ; ce sont des bouteilles, cubes,  entonnoirs auxquels viennent se mêler, à l'occasion mais rarement, un coquillage ou un fruit. Le positionnement des objets dans le cadre est réalisé avec une attention particulière portée à la " géométrisation" de l'espace qui peut alors se lire en carrés et diagonales. Un lent travail de maturation est mis en œuvre par le dessin et la peinture par reprises successives, superpositions de couleurs faites d'une pâte ample avec des dégradés de gris d'une extrême sensibilité, qu'amplifie une sorte de délectation morose. Morandi avait la réputation de broyer lui-même ses couleurs.

samedi 14 janvier 2017

Paul Rebeyrolle (1926-2005) - Deux lampes


Paul Rebeyrolle (1926-2005)  
Deux lampes, 1973
Collection Privée 

Que voit on ? Dans l'atmosphere sombre de l'intérieur d'une remise ou d'un atelier d'où surgit, comme venant de l'intérieur d'une boite éventrée, une intense tâche jaune centrale : une accumulation d'objets disparates parmi lesquels de gauche à droite : de véritables fragments de cagette de bois brisé, comme celleq dont on se sert pour allumer des feux ; une table pleine de journaux froissés dont on devine à peine les titres ; une autre table avec encore de véritables fragments de journaux anciens et jaunis ;  à droite fermant la composition deux chassis de tableaux avec leurs toiles enduites mais encore vierges de tout contenu. En haut de la composition, les deux éléments qui donnent leur nom à cette nature morte d'objets : deux lampes et leur suspension de porcelaine, l'une blanche, l'autre verte.  Des ampoules en pendent : celle de gauche est éclairée, celle de droite éteinte.

Rappel biographique :  Le peintre français Paul Rebeyrolle fut aussi lithographe et sculpteur. Rattaché au courant de la Nouvelle figuration, on le définissait volontiers comme  expressionniste et matiériste. Son œuvre, immense, toujours figurative, est marquée par la violence, la rage, la révolte face à l'oppression ou l'engagement politique. Elle est ponctuée de tableaux animaliers et paysagers, ainsi que de tableaux employant des matières collées sur la toile (terre, crin, ferraille...) et de quelques natures mortes qui n'en portent cependant jamais clairement le titre. 
Peu médiatisée de son vivant, méconnue du grand public ainsi que de certaines institutions, cette œuvre a néanmoins été appréciée par des personnalités tels que  Jean-Paul Sartre ou Michel Foucault ainsi que par certains collectionneurs, dont François Pinault.
L'enfance de Paul Rebeyrolle  fut marquée par une tuberculose osseuse, l'obligeant à de longs moments d'immobilité. Il étudie à Limoges avant de rejoindre Paris à la Libération. Il découvre alors les peintres contemporains ainsi que la peinture classique au musée du Louvre. Il est un acteur engagé du Manifeste de l'homme témoin qui, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, prône autour du critique d'art Jean Bouret un retour au réalisme contre les tendances de l'art contemporain. Il participe ainsi le 21 juin 1948 à la Galerie du Bac à l'exposition de « L'homme témoin » (avec Bernard Lorjou, Yvonne Mottet, Michel Thompson, Bernard Buffet  et Michel de Gallard). Ce groupe de L'homme témoin sera fondateur du Mouvement de la Jeune Peinture.
En 1949, Paul Rebeyrolle fut même  à l'origine du « Salon de la Jeune Peinture » dont la première édition se tint le 26 janvier 1950 à la Galerie des beaux-arts avec Denys Chevalier, Pierre Descargues, Philippe Cara Costea et Gaëtan de Rosnay,
Membre du parti communiste français à partir de 1953, Rebeyrolle rompt avec ce dernier en 1956 lors de l'invasion russe en Hongrie et du fait de la duplicité du Parti face à la guerre d'Algérie.
À cette occasion, il peint un grand tableau intitulé À bientôt j'espère.
En 1959, à 33 ans, il exécute un grand tableau qu'il intitule Planchemouton, commandé par le comité de la première Biennale de Paris, pour orner l'escalier du Palais des Beaux-arts. En 1963, il quitte Paris et s'installe à la campagne pour y vivre et y travailler, d'abord dans l'Aube puis en Côte d'Or ou il restera jusqu'à sa mort en 2000. Plusieurs retrospectives lui ont été consacrée dans sa carrière dont une en 1979 au Grand Palais (Paris), une en  2000 à la  Fondation Maeght (Saint-Paul-de-Vence),
et une 2015, Rebeyrolle vivant ! - 60 ans d'une oeuvre essentielle », à Espace Rebeyrolle (Eymoutiers).

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2017 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau 

vendredi 13 janvier 2017

Juan van der Hamen y Leon (1596-1631)- Bodegón con frutas y verduras

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Juan van der Hamen y Leon (1596-1631)
Bodegón con frutas y verduras
Colección particular

Que voit on ?  Sur un entablement de pierre, trois éléments présentés sur un fond noir dans la meilleure tradition de la nature morte espagnole de l'âge d'or. Dans le titre de l'oeuvre, le peintre fait référence à des  fruits et des légumes, sans préciser de quels fruits et légumes il s'agit.  Et pour cause !!! Exprimés ici dans une palette restreinte de quatre couleurs seulement (noir, gris, jaune, vert)  mais déclinées jusque dans leurs plus subtiles nuances, de gauche à droite :  à même l'entablement, quatre cornichons et trois aubergines à peine écloses de leurs fleurs qui sont autant de symboles érotiques pour ne pas dire sexuels ; au centre de la composition  dans un panier en osier qui dépasse légèrement de l'entablement et trace la profondeur de champs, une accumulation de pêches ou d'abricots (difficiles à définir tant la couleur est pâle) dont les formes ne laissent aucun doute quand à leur symbolique érotique ("un panier de fesses" aurait dit Picasso) et ceux d'autant plus que des branches de nèfles ou de jujubes flétries en jaillissent en gerbes fatiguées !  A droite de la composition enfin, une courge ou un cornichon de taille totalement monstrueuse ne laisse là non plus aucun doute quand à la symbolique de la chose. Voilà donc une nature morte en apparence bien innocente qui sut échapper à la censure féroce de son temps en présentant quelques cornichons, nèfles, aubergines et abricots, alors qu'en réalité elle affichait clairement les symboles d'une débauche rare d'organes sexuels dans tous leurs états ! Un subterfuge assez rare chez Juan van der Hamen y Leon mais dont Pablo Picasso saura largement s'inspirer quatre siècles plus tard. 

Rappel biographique : le peintre espagnol Juan van der Hamen y Leon (1596-1631) est surtout connu pour ses natures mortes et ses bouquets de fleurs bien qu'il ait peint également des motifs religieux, des paysages et des portraits. Influencé autant par Juan Sanchez Cotan que par la peinture flamande de Frans Snyders dans ses premières natures mortes, il opta finalement pour un naturalisme plus italien et introduisit beaucoup de fraîcheur dans ses compositions. Sa touche est d'une grande délicatesse et d'un absolue précision. Van der Hamen emprunte à Sánchez Cotán le style apparemment sobre de ses compositions mais aussi cette façon systématique de détacher les objets sur un fond sombre et de les éclairer d'une  lumière puissante. Les arrangements en quinconces et les ombres portées renforcent l'impression de précision et révèlent que ces compositions sont finalement tout sauf simples ! A partir de 1626, Van der Hamen peint des natures mortes plus complexes que ses premières en plaçant les objets sur différents niveaux. Ce type de composition que l'on retrouve à Rome au début des années 1620  dans les œuvres de Tomasso Salini et d'Agostino Verrocchi, était déjà présent dans les natures mortes de l'Antiquité que l'on découvrira à Pompei et Herculanum au 18e siècle. Les natures mortes de Juan van der Hamen ont exercé une grande influence sur ses contemporains comme Francisco de Zurbarán et plus tard chez des peintres comme Antonio Ponce et Juan Arellano. Une des caractéristiques de la peinture de Van der Hamen, pour laquelle il était surtout connu de son vivant,  résidait dans la représentation des coûteuses et luxueuses verreries de Venise ou d'Allemagne. Très préoccupé par l'agencement harmonieux des objets et la représentation précise des textures et des lumières, Van der Hamen livre toujours des compositions très géométriques où les cercles et les sphères ont un rôle primordial (comme c'est le cas ici). Contrastant avec cette sévérité géométrique, l'artiste dispose souvent ses objets sur les bords des structures ou sur des escaliers en pierre, en faisant ainsi varier leur distance à partir de la source lumineuse. Les objets représentés, fruits légumes, bois, terre cuite, et  cristaux sont  toujours magistralement rendus avec une science de la répartition des couleurs, des ombres, des reflets et des lumières qui en font un maître d'une sensibilité incomparable.

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