
Frédéric Bazille (1841 – 1870)
Fleurs, 1868.
Rappel Biographique : Jean Frédéric Bazille est un des premiers
grands peintres impressionnistes français mort au combat le 28 novembre
1870 à Beaune-la-Rolande (Loiret).
Une balle de fusil peut-elle changer le cours de l'histoire des arts ?
Certainement, puisqu'un coup de feu prussien a fauché, le 28 novembre
1870, à Beaune-la-Rolande, le sergent-major Frédéric Bazille, peintre au
civil et l'un des plus prometteurs de sa génération. Il n'avait pas 29
ans et ne saurait jamais que sur lui et ses amis Monet, Renoir, Sisley, allait se lever le soleil de l'impressionnisme.
Cent cinquante ans plus tard, quelle a été la destinée de la soixantaine
de tableaux qui forment l'œuvre de Bazille ? L'oubli profond d'abord,
puis une timide résurrection due à l'historien d'art Henri Focillon en
1926. Mais il faudra attendre les années 1950-1960 pour qu'un vrai
regard soit porté sur sa peinture, l'extrayant du cercle très local des
initiés montpelliérains. C'est l'époque où ses tableaux s'évadent du
cénacle familial et rejoignent les cimaises des musées américains. Le
musée Fabre de Montpellier complète, dès qu'il le peut, son fonds déjà
conséquent et monte en 1992 une exposition, puis à l'été 2016, cette
rétrospective avec le musée d'Orsay et la National Gallery of Art de
Washington.
Frédéric Bazille aspirait pourtant à la lumière. Sans arrogance, mais
sans fausse modestie non plus. « Je suis lancé et tout ce que
j'exposerai dorénavant sera regardé », écrit-il à son frère, après que
sa Scène d'été a été exposée au Salon de 1870 : une magnifique
composition, peinte pendant l'été 1869, de jeunes garçons se baignant
sous les ombres des pins et des bouleaux, une scène de nu moderne et une
célébration du plein été. Fraîcheur de l'eau, délassement des corps et
des esprits, allégresse d'un ciel céruléen… C'est aussi la glorification
du Sud à laquelle se voue Bazille, cette Arcadie natale (« itinéraire
spirituel »), vive dans ses couleurs et sa lumière, dont il revendique
l'héritage légitime mais saisonnier, lui qui est devenu un exilé
parisien.
Né en 1841 dans la bourgeoisie protestante de Montpellier, Bazille
construit son œuvre trop brève entre ces deux pôles de sa vie,
géographiquement et mentalement bien éloignés l'un de l'autre. Les bords
du Lez, Aigues-Mortes, la propriété familiale du Domaine de Méric,
surtout, qui composent cet inoubliable territoire de l'enfance, le «
paradis des grandes vacances ».
Et puis le Nord, la Normandie des artistes, la forêt de Chailly et
Paris, où il prend pied en 1862, ayant obtenu de ses parents
l'autorisation de venir y poursuivre une éducation artistique commencée à
Montpellier avec Joseph Baussan. Condition sine qua non : poursuivre
ses études de médecine. Comme on peut s'en douter, les bancs de la
faculté ne recevront pas souvent la visite de Bazille et, à partir de
1864, il n'appartient plus qu'à la peinture.
Car, sitôt parisien, il s'est inscrit aux cours de Charles Gleyre La
formation qu'il trouve rue Notre-Dame-des-Champs sera décisive, les
rencontres qu'il y fait vont orienter sa vie : ses meilleurs amis se
nomment Claude Monet, Auguste Renoir et Alfred Sisley. Le séjour de
Bazille à Paris est presque entièrement l'histoire de leurs
pérégrinations complices.
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