samedi 31 octobre 2015

Louis Valtat (1860-1952) - Nature morte avec poires et raisins

Louis Valtat (1860-1952) - Nature morte avec poires et raisins

Louis Valtat (1860-1952)
Nature morte avec poires et raisins (1905)
Collection privée

Que voit-on ? Dans un décor lumineux où domine le jaune de l'entablement et le jaune plus pâle des murs, plein cadre : un plat en céramique provençale vernissée à bords ourlés bleu dans lequel on a placé deux poires, une grappe de raisin blanc et quatre fruits rouges et dodus qui pourraient être, soit des pêches, soit des pommes, soit même les deux à la fois (deux pêches à gauche, encadrant une poire  deux pommes à droite sous le raisin). Valtat laisse planer l'imprécision dans le titre et laisse courir l'imagination.

Rappel biographique : le peintre français Louis Valtat est un précurseur du fauvisme. En 1895,  il va poursuivre sa convalescence d'une tuberculose à Arcachon et réalise dans cette ville de nombreuses peintures aux tons très vifs qu'il va exposer au Salon des indépendants de 1896. Ces peintures annoncent le « fauvisme » qui fera scandale dix ans plus tard au Salon d'automne de 1905.  Louis Valtat a peint beaucoup de paysages mais aussi un nombre conséquent de natures mortes, genre auquel il a apporté  un renouveau incontestable avec une étonnante diversité de styles.

vendredi 30 octobre 2015

Jean Fautrier (1898-1964)- Nature morte aux poires ,1926



Jean Fautrier (1898-1964)
Nature morte aux poires (1926)
Collection particulière

 Que voit-on ? Cette composition présente sur un coin de table blanche, de gauche à droite :  une fleur stylisée (une pivoine?) et ses feuillage, rendu dans un bleu très foncé et totalement irréel, une vase blanc de forme triangulaire et vide de tout contenu, deux poires une verte et une rouge. Le fond du tableau est noir et comme dans toutes les toiles de cette époque là chez Fautrier, c'est le noir qui domine. L'ensemble reste très dynamique en dépit des couleurs volontairement éteintes, à l'exception de la poire verte.

Rappel biographique : le peintre, sculpteur et graveur  français Jean Léon Fautrier est, avec Jean Dubuffet, le plus important représentant du courant de  "l'Art Informel"  appelé aussi " Art Brut " ou   " Tachisme " . L’Art Informel regroupe à la fois le courant de  l’abstraction lyrique avec ses techniques d’expressions essentiellement gestuelles, le matiérisme dont l’objet est de travailler les matières sur les surfaces de la toile, et par rapprochement, le spatialisme dont les recherches portent sur les dimensions de l’espace et du temps et sur la lumière. D’autres courants, comme le mouvement CoBrA, le Groupe Gutai, l’expressionnisme abstrait en Allemagne, l’Action Painting de Jacskon Pollock aux Etats-Unis peuvent être rapprochés aussi de l'art Informel. Fautrier est aussi un pionnier de la technique des hautes pâtes.  Dès l'âge de 14 ans, il étudie l’art à la Royal Academy de Londres et  découvre  les peintures de Turner qui l'impressionnent beaucoup. De retour en France, il est mobilisé en 1917. Gazé à Montdidier, il est définitivement réformé en 1921. Il expose dès 1921 des natures mortes et des portraits. En 1923, il rencontre Jeanne Castel, avec laquelle il vivra un certain temps. En 1924, première exposition personnelle et premières ventes ; l’année suivante, le marchand d’art Paul Guillaume  lui achète quelques tableaux. C’est avec ce même Paul Guillaume que Fautrier passe un contrat d’exclusivité en 1927. Jusqu'en 1933  il se partage entre sculpture, peinture et gravures. Il réalise notamment des gravures pour l'édition illustrée de l'Enfer de Dante préparée par Gallimard, projet qui n'aboutira pas. Quelques unes de ses peintures sont exposées en 1945 à la Galerie Drouin, suscitant une vive admiration de l'intelligentsia parisienne. Le catalogue de l'exposition était préfacé par André Malraux. Dans les années qui suivent, Fautrier travaille à l'illustration de plusieurs ouvrages, parmi lesquels L'Alleluiah de Georges Bataille et enchaîne sur une série consacrée aux petits objets familiers. En  1950, il invente avec sa compagne,  Jeanine Aeply, un procédé complexe mêlant reproduction chalcographique et peinture, qui permet de tirer ses œuvres à plusieurs exemplaires, pour obtenir ce qu’ils appelleront des « originaux multiples ».
Jean Fautrier est un très grand peintre français, injustement oublié de ce début de 21e siècle. 

jeudi 29 octobre 2015

Antoine Vollon (1833-1900) - Poires Bon-Chrétien et pommes de reinette



Antoine Vollon (1833-1900)
Poires Bon-Chrétien et pommes de reinette
Collection Privée

Que voit-on ? Sur un fond gris évoquant un coin de mur, deux poires de la variété dite bon-chrétien appelée ainsi par le roi Louis XI qui en fit planter, après sa guérison, une semence issue du jardin de Francois de Paule en Calabre. Passée en Angleterre, elle prit le nom de Poire Williams qu'elle porte aujourd'hui communément en Europe alors qu'elle s'appelle Bartlett aux Etats-Unis. A l'avant du cadre, une petite pomme de reinette, ainsi nommé en 1540 par Charles Etienne et dont plus de 150 variétés différentes portent l'appellation. Cette petite nature morte impressionniste avant l'heure comme beaucoup de toiles de ce peintre, si modeste dans la description fidèle des variétés qu'elle met en scène, est un chef d'œuvre, tout comme la motte de beurre qu'il peignit à la même époque et qui est montrée aussi  sur ce blog.

Rappel biographique : le peintre français Antoine Vollon est considéré comme appartenant au mouvement réaliste, bien que son style s'adapte toujours en fonction du sujet traité. Artiste productif, fougueux et extrêmement doué, Antoine Vollon affichait une préférence marquée pour les effets de lumière. Il a peint des ports, des marines aux grands cieux tourmentés et des pêcheurs mais c'est surtout comme peintre de natures mortes qu'il aimait se présenter lui-même. 
Il débute sa carrière à Lyon, où il apprend la gravure sur métaux et fréquente l'Ecole des beaux-arts de la ville où il est l'élève de Théodule Ribot. Il développe rapidement une attention particulière surtout pour les natures mortes qui relèvent d’un défi  technique et artistique. Ce défi couvre un champs très large qui va de la représentation d'une motte de beurre (comme ici), à la peinture de fruits et de fleurs isolés (poires, prunes, cerises, pêches, tomates, courges,violettes...) en passant par le rendu des reflets du métal des ustensiles de cuisines jusqu'à la représentation des matières vivantes quotidiennes de la cuisine (plateau d'huîtres, œufs, carcasse de cochon pendu et vidé, poissons de mer  en attente de cuisson...).  
Ses œuvres sont aujourd’hui conservées dans les musées du monde entier (Amsterdam, Londres) et principalement aux Etats-Unis où Vollon est beaucoup plus connu qu'en Europe (Washington, New York, Boston…). En France, le musée d'Orsay à Paris conserve une de ses toiles (Autoportrait), de même que les musées de Lyon (sa ville natale), Amiens et Rouen. Le musée des beaux arts de Dieppe quant a lui conserve deux toiles : Femmes du Pollet à Dieppe et Poissons de mer.
Alexandre Dumas fils était le grand collectionneur  français de l'œuvre de Vollon, ainsi que de riches américains, comme  Henry Frick ou le peintre William Merritt Chase qui l'admirait beaucoup et s'inspira, dans la plupart de ses propres nature mortes de celles d'Antoine Vollon. 


mercredi 28 octobre 2015

Paul Gauguin (1848-1903) - Le jambon


Paul Gauguin (1848-1903)
Le jambon, 1889
Philips Memorial Gallery (Washington)

Que voit-on ? Un intérieur baigné de cette lumière rouge-orangée très caractéristique de l'Ecole de Pont-Aven. La lumière vient de l'extérieur (d'un coucher de soleil) à travers une fenêtre dont les volets intérieurs coulissants sont grands ouverts (on en aperçoit les chainettes du mécanisme). Un guéridon de jardin, en fer vert, occupe le cadre, du bas de la toile à sa moitié. Sur le guéridon, de gauche à droite : un jambon de Bayonne qui a été déjà bien entamé mais dont on n'aperçoit pas encore l'os est présenté sur un plat en céramique vernissée de couleur verte. Huit petits oignons crus avec leurs peaux et leurs fanes dont deux sont dans le plat forment comme un ligne en pointillée, comme des points de suspension vers l'extrémité droite du guéridon. Derrière les oignons, à l'arrière plan sur le guéridon, un verre biseauté rempli au quart de vin rouge représenté dans une couleur très sombre. Cette nature morte qui fait écho à distance, au Jambon que Manet a peint quelques années plus tôt a été réalisée lors du retour de Gauguin en Bretagne, alors qu'il logeait au Pouldu, tout proche de Pont-Aven, et peut-être même sur une des tables de la  " la Buvette de la Plage " de Marie Henry.

Rappel biographique : le peintre français Paul Gauguin est un peintre post impressionniste, chef de file  bien connu de l'École de Pont-Aven et inspirateur des Nabis. Il est considéré comme l'un des peintres français majeurs du 19e siècle. En 1874, la connaissance qu'il fait de Camille Pissaro et  la première exposition du courant impressionniste, l'inclinent à devenir amateur d'art et à s'essayer alors à la peinture.  En 1882, il abandonne son emploi de courtier en bourse  pour se consacrer uniquement à sa nouvelle passion, la peinture. De janvier à novembre 1884, il s'établit à Rouen où Pissaro vivait également. Pendant ces 10 mois passés à Rouen, il réalise près de quarante tableaux, principalement des vues de la ville et de ses alentours et quelques natures mortes très classiques. Cela ne suffit pas pour vivre et il part avec sa femme et ses enfants dans la famille de celle-ci à Copenhague.
Ses affaires ne vont pas bien et il revient à Paris en 1885 pour peindre à plein temps, laissant femme et enfants au Danemark, n'ayant pas les moyens d'assurer leur subsistance. Il est déchiré par cette situation. Il expose avec les impressionnistes régulièrement de 1876 à 1886.
C'est en juillet 1886 que Paul Gauguin effectue un premier séjour en Bretagne. Il s'installe pour 3 mois à la pension Le Gloanec, à Pont-Aven où vit une colonie d'artistes. Il y rencontre le très jeune peintre (et écrivain) Emile Bernard  adepte du " Cloisonnisme ", une technique picturale cernant chaque plan de couleur d'une fine cloison, un peu à la manière de la technique du vitrail ou des estampes japonaises.
Influencé par Emile Bernard et par le courant symboliste, Paul Gauguin renonce à l'impressionnisme pour élaborer, une nouvelle théorie picturale, le " Synthétisme ". Sa recherche va alors dans le sens d'une simplification des formes, il élimine les détails pour ne garder que la forme essentielle, simplification obtenue par l'usage du cerne et de l'aplat de couleur.
Nabis et Synthétistes, inspirés également par Stéphane Mallarmé et les symbolistes littéraires, partageront pendant quelques temps des convictions communes sur la nécessité de libérer la peinture de sa sujétion au réel et de laisser davantage de place à l'idée ou à la symbolique. Maurice DenisPaul Sérusier, Édouard VuillardPierre BonnardOdilon Redon font partie de ce mouvement.
Gauguin retournera en Bretagne en 1889 et 1890, au Pouldu, tout proche de Pont-Aven, deux lieux où chaque été une importante colonie d'artistes tentera d'élaborer une nouvelle peinture. Il y loge à " la Buvette de la Plage " de Marie Henry, en compagnie des peintres Meyer de Haan, Sérusier et Filiger.
En 1891, ruiné, il s'embarque pour la Polynésie, grâce à une vente de ses œuvres dont le succès a été assuré par deux articles enthousiastes  d'Octave Mirbeau. Il s'installe à Tahiti où il espère pouvoir fuir la civilisation, tout ce qui est artificiel et conventionnel.  
Influencé par l'environnement tropical et la culture polynésienne, son œuvre gagne en force, il réalise des sculptures sur bois et peint ses plus beaux tableaux, notamment son œuvre majeure, aujourd'hui au Musée des Beaux arts de Boston  au titre explicite de D'où venons nous? Que sommes sommes, Où allons nous ? qu'il considère lui-même comme son testament pictural. En 1901, il va vivre a Atuona dans les îles Marquises. Il lui semble être au paradis. Il va vite déchanter en se rendant compte des abus des autorités et en essayant de se battre pour les indigènes. Malgré ce combat auprès des autorités, Gauguin reste peu apprécié des Polynésiens en général et des Marquisiens en particulier, qui ont l'impression d'avoir eu affaire à un homme qui s'est servi d'eux, de leur culture ancestrale et surtout des femmes, comme si cela lui était dû. Affaibli, fatigué de lutter, il meurt au printemps 1903. Il est enterré dans le cimetière d'Atuona. La tombe du chanteur Jacques Brel est juste à côté de la sienne.

mardi 27 octobre 2015

Pablo Picasso (1881-1973) - Bol vert et bouteille noire



Pablo Picasso (1881-1973)
Bol vert et bouteille noire (1908)
Musée de l'Ermitage, Saint Petersbourg, Russie

Que voit-on ? Un intérieur rouge avec un coin de commode qui sert d'entablement à une bouteille noire et à un bol vert. Les formes très géométriques de cette bouteille et de ce bol annoncent le style pour lequel Picasso optera des années plus tard.  De quoi embarrasser ceux qui séparent sa production en périodes trop précises !

Rappel biographique : le peintre espagnol Pablo Ruiz Picasso qui a passé l'essentiel de sa vie en France, fut aussi dessinateur et sculpteurUtilisant tous les supports pour son travail, il est considéré comme le fondateur du cubisme avec Georges Braque auquel son nom est lié surtout dans le domaine des natures mortes. Il est considéré comme l'un des plus importants artistes du 20e siècle tant par ses apports techniques et formels que par ses prises de positions politiques et que par l'immensité de sa production, tous genres confondus, que l'on chiffre à près de 50 000 œuvres.
Les premiers collages et assemblages sont réalisés pendant l'hiver 1912, Nature morte à la chaise cannée (Paris, Musée Picasso), Guitare(s) en carton (Paris, Musée Picasso). A partir des années 20 ses natures mortes seront très proches, sur la même ligne de conception " cubiste analytique " que celles de George Braque, dont il devient un temps l'intime avant de s'en séparer définitivement.  Il y eut une connivence d'inspiration très rare entre ces deux peintres pendant une certaine période de leur vie et en particulier dans le domaine particulier du traitement de la nature morte. 
Picasso peint beaucoup d'autres natures mortes après la Seconde guerre mondiale et hors de la période cubiste, mais ce n'est pas un genre qui tient une place aussi essentielle dans son oeuvre que dans l'oeuvre de Georges Braque.

2015 - A Still Life Collection 


Un blog de Francis Rousseau, #AStillLifeCollection, #NaturesMortes 

lundi 26 octobre 2015

Georges Valmier (1885-1937) - Nature morte 1927



Georges Valmier (1885-1937) 
Nature morte (1927)
Collection privée

Que voit-on ?  Dans cette nature morte cubiste et presque abstraite de 1927, Valmier reprend le thème classique du guéridon (en gris) et de la nappe blanche qui il représente au centre de la composition. Sur le guéridon de gauche à droite : un compotier (vert foncé) et un paquet (marron et rose) qui est identifié par l'auteur comme étant des biscuits " LU " (l'inscription figure en toute lettre)  ; au centre une grande bouteille  dont la taille et la forme laisse imaginer qu'il s'agit d'une bouteille d'apéritifs à base de vin cuit aromatisé; à droite (vert, rose, gris et banc) ce qui pourrait être un instrument de musique, guitare ou mandoline (Valmier était aussi musicien).  Des structures en losanges entourent le guéridon : il pourrait s'agit de la représentation du carrelage au sol.


Rappel biographique : l'œuvre du peintre français Georges Valmier traverse les grands courants modernes de l'histoire de la peinture, de ses débuts impressionnistes au cubisme qu'il découvre à l'âge de  25 ans, et enfin à l'abstraction à partir de 1921, qui fut comme une réponse finale à ses recherches. Il réalisera des décors et des costumes pour le théâtre et pour les ballets, des maquettes pour des tissus, des tapis, des objets. Ses huiles n'excèdent pas les 300, Valmier étant mort à l'âge de 52 ans ; elles sont l'aboutissement de nombreuses gouaches préparatoires dont les multiples versions sont de véritables œuvres en elles-mêmes, qui témoignent d'une grande maîtrise, de sa gourmandise de couleurs et de son extrême inventivité des formes. Valmier fut également musicien.

dimanche 25 octobre 2015

John Bratby (1928-1992)



John Bratby (1928-1992) 
Table top (1955)
Portsmouth City Museum and Art Gallery

Ce que l'on voit : une table qui n'a pas été rangée depuis longtemps, ce qui est la caractéristique des natures mortes de John Bratby, réputé être " le peintre du chaos". Ici il s'agit d'une table de salle à manger partiellement recouverte d'une nappe à carreaux rouge et blanc et entourée de trois chaises. Trois assiettes dont une (en bas à droite) pleine de reliefs attestent d'un repas qui a eut lieu ici,
 il y a...  plus ou moins longtemps ! Le repas devait être abondamment arrosé puisqu'il n'y pas moins de 14 bouteilles et carafes dont 5 bouteilles de vin, 8 de divers alcools forts, eau de vie, liqueurs et 1 de whisky ! On trouve aussi un bock de bière, une tasse à thé à moitié vide et diverses boîtes en cartons pouvant contenir céréales, sucres ou biscuits. En haut du cadre, plutôt vers la droite en bout de table, une salière renversée... présage de malheur à venir. Sur la gauche du cadre, un personnage aux cheveux mi longs, assis dans un fauteuil lit un livre face à la fenêtre à travers laquelle on aperçoit deux autres personnages en contrebas, dans la rue. Le lecteur ou l'observateur des deux personnages (on ne sait pas très bien) semble en tout cas totalement indifférent au désordre ambiant. 

Rappel biographique :  Le peintre britannique John Bratby fut une star des tabloïdes de son époque, dans lesquels il était régulièrement présent tant il défraya la chronique (souvent plus par ses déclarations et ses actes que par ses toiles ! ). La notoriété de Bratby date de ses premières toiles très expressionnistes, et notamment de la série des Angry Young Men (Jeunes hommes en colère) décrivant un certaine ultra-gauche anglaise qui fit sensation dans les années 1960.  Classé lui-même très à gauche sur l'échiquier politique, Bratby commença à être l'objet des premiers scandales lorsque les tabloïds révélèrent qu'il avait amassé une fortune considérable.  "Accusation" à laquelle il répondit en 1965 par un célèbre :" Les prolétaires sont des crétins. Ils sont incultes et il dominent la société. Peut-on imaginer pire ? ". Très vite, sa vie entière qui se déroulait déjà dans un désordre revendiqué et assez ingérable, (tout à fait à l'image de ce qui se passe sur la table de cuisine de cette nature morte) tourna au cauchemar et cette société qu'il dénonçait à longueur de temps, lui tourna le dos du jour au lendemain. Le succès s'en alla aussi vite qu'il était venu et si ce n'est Sir Alec Guiness qui le rencontra pour incarner son rôle dans le film The Horse's Mouth de Joyce Cary en 1958, il ne vit plus personne. Ce qui est fascinant avec Bratby c'est que sa façon de peindre et les sujets peints sont à l'identique de sa façon de vivre. Son style expressionniste, désinvolte, vigoureux et quelquefois violent, n'est pas une exception dans l'Europe du milieu du 20e siècle, mais c'est vraiment la façon dont il peint qui est nouvelle. Il applique la peinture du tube pour l'étaler directement sur la toile au couteau à palette, en se moquant ouvertement du résultat obtenu, sur lequel il ne revient jamais.  On donna à cette technique le nom de Tubism. Il a peint beaucoup de natures de mortes, principalement de tables de cuisine très encombrées de toutes sortes d'objets ou d'éviers remplis de vaisselle sale, ce qui lui valut une autre surnom, celui  de " peintre d'évier ".  Il a peint les cuisines et les intérieurs anglais habituellement si réputés pour leur raffinement sous leur angle sans doute le plus répugnant  !
Totalement alcoolique et égocentrique, violent et sale, il a  néanmoins fini sa vie comblé d'honneurs dans une Angleterre qui entre ses débuts dans les années 50 et les années 90 s'enfonçait elle-même dans un chaos assez comparable aux oeuvres de Bratby ! En 1971, il fut élu à la Royal Academy of Arts. Ses natures mortes à l'emporte pièce comme sa propre vie, apparaissent pour certains comme une peinture assez fidèle de la société dans laquelle il vécut.

samedi 24 octobre 2015

Gevork Kotiantz (1909-1996)



Gevork Vartanovich Kotiantz (1909-1996)
Breakfast (1976)
Saint Petersbourg

Ce que l'on voit : dans une toile à dominante blanche, un plan en plongée sur une petite table d'appoint de type formica à bordure rouge, peut être une tablette amovible de lit. Le reste du cadre est occupé par le sol à frise verte qui pourrait être celui d'une chambre d'hôpital. Sur la able : une belle assiette en porcelaine et son ombre projetée ( éclairage venant de droite). L'assiette contient un petit déjeuner principalement constitué de matière solide : 2 tranches de pain de mie, une grosse part de fromage blanc ou de bouillie farineuse type céréales et un carré de beurre ou de fromage à pâte cuite. Hors de l'assiette, centrée dans la partie supérieure du cadre, sur la gauche :  une fourchette. Entre l'assiette et le bord de la table, en haut à droite : un oeuf, en équilibre sur le bord de la table. Il y a souvent dans les natures mortes de Kotiantz un objet rond ou ovoïde en équilibre sur le bord d'une table, clin d'oeil au message que contenaient les natures mortes des maîtres anciens sur la fragilité du monde. 

Rappel biographique : le peintre russo-arménien soviétique Gevork Vartanovich Kotiantz  est des membres les plus représentatifs de L'Ecole de Leningrad (Saint Petersbourg). Il est connu pour ses remarquables talents de coloristes et ses compositions très inspirés par ses rencontres avec les Impressionnistes. 

vendredi 23 octobre 2015

Paul Wonner (1920-2008) - Bud With iris


Paul Wonner (1920-2008)
Bud With iris (1992)
Asheville Art Museum

Que voit-on ?  Une grande table éclairée au levée du soleil ou par une lumière rasante venant de la gauche. Les éléments sont tous très distants les uns des autres, aucun ne se touche à l'exception de deux fraises (en bas à droite). Tous les éléments ont centrés autour de l’iris dans la bouteille de bière qui donne son nom au tableau et qui projette très loin sur la table une ombre inquiétante. Il y a d’autres fleurs dans cette nature morte : une rose dans un vase en verre bleu transparent au premier plan, un fragment de branche de laurier rose en fleur sur la droite du cadre et, sur la gauche du cadre, l’ombre de trois petites fleurs dont on ne voit pas le corps. Dans ce qui semble bien être, en réalité, une nature morte aux fleurs et aux fruits, il y a quelques fraises et cerises éparpillées sur la table, deux citrons verts très distants l’un de l’autre, une orange, une pomme, une prune et un pot en verre transparent contenant une conserve de fruit au sirop (des abricots). Il y a aussi un crayon bien taillé avec un embout à gomme qui est le seul objet à ne projeter aucune ombre fut-elle la plus tenue, et deux feuilles de papier à lettre, vierge. La moitié supérieure du tableau est un fond noir uniforme dans lequel se détache l'iris au centre et le laurier rose à droite.

Rappel biographique : Le peintre américain Paul John Wonner est des grands maîtres des natures mortes californiennes réalisées dans le style  hyper réaliste puis dans le style expressionniste abstrait. Son nom est associé au BayArea Figurative Mouvement . Ce mouvement né à San Fransisco dans les années 1950, dura 20 années et  compta aussi parmi ses membres l'ami et partenaire de Wonner, Theophilus Brown (1919-2012), qu'il a rencontré en 1952, alors qu'il suivait ses études supérieures.

jeudi 22 octobre 2015

Roger de La Fresnaye (1885-1925)



Roger de La Fresnaye (1885-1925)
Nature morte à la théière (1912)
Centre Georges Pompidou - Paris

Que voit-on ? Trois plans imbriqués dans une composition cubiste. Un premier plan constitué par un guéridon noir sur lequel sont posés les 6 objets constituant la nature morte, eux-mêmes présentés sur trois plans distincts. Un second plan constitué par une tapis rond et sombre au sol sur la droite du cadre. Un troisième plan constitué par un mur sur la gauche du cadre et une fenêtre ouverte sur la droite du cadre. Revenons au premier plan, celui du guéridon noir  lui-même séparé en trois plans : à l'avant il y a une fourchette et une cuillère rangés l'une sur l'autre laissant augurer d'un repas qui est pourtant absent de la scène, d'autant que si l'on regarde de plus près on voit que cet avant plan lui-même est en réalité, situé hors du guéridon, dans un volume distinct qui se fond au guéridon ; au milieu et de gauche à droite, il y a une verre à godrons à moitié rempli d'eau, une petite théière en porcelaine blanche (sans doute pour une théière pour seule personne)  dont l'anse en "S tronqué " est très dessinée et un énorme bol vide très disproportionné par rapport à la contenance de la petite théière qui donne son nom à la toile ; au fond, enfin, un immense broc à eau fermé qui pourrait aussi être une cafetière ancienne en porcelaine avec motif dessiné occupant l'essentiel du cadre. C'est donc la couleur qui donne son nom au tableau et non le sujet, puisque le seul élément blanc de ce tableau réalisé dans une magnifique gamme de bleus et bruns,  est celui qui colore la petite théière bien au centre de la composition.

Rappel biographique : Le peintre français Roger de la Fresnaye, décédé à l'âge de 40 ans, est connu pour avoir jouer un rôle important dans l'histoire du cubisme français. Élève du peintre nabi Maurice Denis, dont l'influence est évidente sur ses œuvres de jeunesse, La Fresnaye s'essaye aussi à la sculpture en compagnie de Maillol. Si le paysage l'inspire (vues de Meudon), ce sont surtout les natures mortes qui lui permettent de poursuivre ses recherches dans le sens de l'abstraction (La Cafetière, Museum of Art, Toledo). Pendant la Première Guerre mondiale, sa santé s'altère gravement, et cela modifiera son orientation picturale : jusqu'à sa mort à Grasse, La Fresnaye se consacre essentiellement au dessin (Les Malades) et à des toiles de dimensions réduites qui s'éloignent de plus en plus du cubisme pour approcher d'une sorte de surréalisme (Les Palefreniers, Kunstmuseum, Berne). La pâte est moins transparente, plus sensuelle. Le classicisme de La Fresnaye a pris définitivement le pas sur son cubisme tempéré.

mercredi 21 octobre 2015

Horst P. Horst (1906-1999) - StillLife



Horst P. Horst (1906-1999) 
StillLife
Private collection

Que voit-on ?  De gauche à droite sur cette photo en noir et blanc, posés sur une étagère plutôt que sur un entablement, trois éléments de sculpture antique (ou copiés de l'antique), représentant trois parties d'un corps disloqué : le pied, suivi d'un bassin présenté de dos et en hauteur avec l'amorce d'une cuisse qui se dresse comme un doigt ou un sexe tranché,  une tête présentée de profil.
Quelque chose unit cependant ces trois éléments : le fait qu'il soit difficile de dire s'ils appartiennent à un corps d'homme ou à un corps de femme. Dans cette interprétation sculpturale du thème de la
" vanité ", la tête de mort est remplacée par une tête complète, la mort étant symbolisée par les éléments disloqués du corps. Il manque le tronc, les jambes, les bras et les mains, autant d'éléments qui auraient pu permettre une identification. Sans sexe, s'agit-il du corps d'un être divin ? Cela signifie-t-il que même les dieux peuvent mourir...?
Cette vanité sculpturale qui ne fit pas son nom ne décline rien non plus de l'identité de l'être représenté... rien sinon qu'il ou elle a été disloqué(e). La photo retrouve ainsi l'anonymat des vanités à tête de mort qui peuplent l'univers des natures mortes, de l'antiquité à nos jours.

Rappel biographique : le photographe Horst P. Horst réfugié à Paris puis aux Etats-Unis est surtout connu pour ses photographies de mode et pas tellement pour ses natures mortes qu'il a d'ailleurs peu  porté en photos. Photographe de studio, aimant préparer minutieusement ses prises de vue, il fut très influencé par la sculpture grecque. Combinant des éclairages dramatiques, le souci du détail et des poses théâtrales, il donne une image de la femme pleine de sensibilité et de grâce. On a dit de lui qu’« il photographiait les femmes comme des déesses : inaccessibles et d'un calme Olympien ».

mardi 20 octobre 2015

Jean-Baptiste Siméon Chardin (1699-1779), Nature morte avec pied de céleri, boîte à épices, torchon, terrine, plat en terre vernissée, écumoire et morceaux de viande pendus à un croc


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Jean-Baptiste Siméon Chardin (1699-1779)
Nature morte avec pied de céleri, boîte à épices, torchon, terrine, plat en terre vernissée, écumoire et morceaux de viande pendus à un croc (1734)
Musée des Beaux-arts  d'Amiens.


Que voit on ?  Sur un rebord de pierre arrondi sont disposés des " ustensiles et objets de ménage ", de gauche à droite,  un pied de céleri  avec sa verdure, un moulin à poivre ou a épices en bois, un torchon blanc, une marmite en terre vernissée sur laquelle prend appui un écumoire en cuivre  le couvercle de la marmite présentés sous sa face creuse et disposé contre le mur, le tout surmonté par deux morceaux de viande (une côte de boeuf, un carré d'agneau ou de mouton) suspendus par un crochet. Dans l'inventaire du legs Poirson (1900), la signature de Chardin est relevé mais disparaît dans la noirceur de la toile dont le filet de lumière éclairant la composition vient de la gauche ; la signature est retrouvée avec la date et authentifiée lors de l'exposition de 1969-1970. Cette date classe le tableau parmi les premiers essais de Chardin dans ce genre.
De 1730 à 1758 le peintre va étudier les " menus de gras et de maigre " dans plus de cent cinquante oeuvres. Si on le dit inspiré par les hollandais, à leur différence il n'estompe pas sa touche mais étale une pâte sèche qui reste visible sous forme de traces granuleuses ; il parsème ainsi sa toile de petits éclats lumineux qui nuisent un peu à la lisibilité de l'oeuvre, " mais la composition est parfaitement équilibrée selon un jeu savant de droites et d'obliques, de saillis et de creux, de clairs et de sombres ". " Un des premiers essais de l'artiste et un des plus réussis " écrit P. Rosenberg (Cf. exposition 1999-2000)."
Cette oeuvre est inspirée d'une autre nature morte -  Nature morte avec chaudron, fourneau de terre, poêlon, nappe, chou, pain, deux oeufs, poireau, et trois harengs suspendus à la muraille présentée aussi sur ce blog -  que Chardin a réalisé, ainsi qu'il se plaisait à le faire volontiers. En tirant inlassablement parti des mêmes éléments domestiques, dans les années 1730-1735, Chardin ne fait pas preuve d'un défaut d'imagination puisque c'est justement cette formule qui lui permet de travailler exclusivement compositions, formes et couleurs, en un mot à s'intéresser à l'essence même de la peinture. Schnapper (cat. exp. 1985, p. 65) montre comment Chardin n'a sans doute pas été indifférent à l'art des Hollandais et surtout de Willem Kalf (Rotterdam, 1619 - Amsterdam, 1693), dont les travaux pouvaient alors aisément se voir à Paris. Dans ses mises en scènes dépouillées, au cadrage restreint, mais d'une grande variété, même si les " acteurs " sont toujours identiques, Chardin oeuvre en excluant tout effet d'emphase. Avec son subtil chromatisme, il nous convie ici à la calme poésie des anodins accessoires de la vie quotidienne des  humains dont il révèle une beauté jusque-là inédite.
Notice de Matthieu Pinette pour le site Joconde


Rappel biographique :   Célèbre pour ses scènes de genre et ses pastels, Chardin est aussi reconnu pour ses natures mortes dont il reste le maître incontesté. D'après les frères Goncourt, c'est Coypel qui en faisant appel à Chardin pour peindre un fusil dans un tableau de chasse, lui aurait donné le goût pour les natures mortes. Ces deux tableaux de réception à l'Académie Royale de peinture sont tous deux des natures mortes, La Raie et Le Buffet qui se trouvent aujourd'hui au Musée du Louvre.  Chardin devient ainsi peintre académicien « dans le talent des animaux et des fruits », c'est-à-dire au niveau inférieur de la hiérarchie des genres alors reconnus. Et c'est sans aucun doute Chardin qui va lui donner ses lettres de noblesse et en faire un genre pictural égal, voire même supérieur à bien des égards, aux autres.
Les natures mortes qu'il peindra plus tard (à partir de 1760) sont assez différentes des premières. Les sujets en sont très variés : gibier, fruits, bouquets de fleurs, pots, bocaux, verres...  Chardin semble s'intéresser davantage aux volumes et à la composition qu'à un vérisme soucieux du détail, ou aux  effets de trompe-l'œil. Les couleurs sont moins empâtées. Il est plus attentif aux reflets, à la lumière : il travaille parfois à trois tableaux à la fois devant les mêmes objets, pour capter la lumière du matin, du milieu de journée et de l'après-midi. On peut souvent parler d'impressionnisme avant la lettre.


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lundi 19 octobre 2015

Lubin Baugin (1612-1663)



Lubin Baugin (1612-1663)
Nature morte avec Dessert de gaufrettes (1631) 
Musée du Louvre (Paris)

Que voit-on ? On connaît seulement quatre natures mortes signées Baugin, nom d'un artiste que l'on a longtemps hésité à identifier comme Lubin Baugin, peintre de tableaux religieux ; elles auraient toutes été exécutées avant son séjour en Italie où il partit en 1636. Les quatre natures mortes en question sont  :  la Nature-morte à la coupe d'abricots, la Nature morte à l'échiquier, le Dessert aux gaufrettes et la Coupe de fruits. Une cinquième nature morte, dite au couteau ou au plat en étain ou encore à la miche de pain lui est attribué, de façon incertaine.
Le Dessert de gaufrettes est la plus célèbre des quatre natures mortes actuellement connues. 
Que voit on ? Dans une composition aux volumes admirablement simplifiés prennent place, sur le rebord d’une table, un plat de gaufrettes, un verre de vin et une fiasque. L’espace est structuré par de grandes surfaces plates et monochromes (le fond noir, le mur en pierre à gauche et la nappe gris-bleu de la table), animées, non sans virtuosité, par la lumière d’une fenêtre que l’on devine à gauche. C’est précisément par cette lumière et par ces jeux d’ombre que les objets, à la géométrie rigoureuse, prennent toute leur réalité. Ils semblent dotés d’une présence silencieuse et méditative, même si l’interprétation de ces œuvres demeure problématique. Les références religieuses et symboliques, si évidentes dans les natures mortes de Zurbaran ou chez certains peintres nordiques, ne trouvent pas un écho solide dans le tableau du Louvre. Dans ce cas, quelle était la fonction de ce genre d’image et à qui était-elle destinée ?
Il a souvent été dit que les natures mortes faisaient partie de la catégorie des œuvres décoratives, que l’on vendait dans certaines foires de peinture, comme celle de Saint-Germain à Paris. Il semblait donc s’agir d’une production lucrative pour des artistes jeunes ou dans le besoin et d’une marchandise de moindre valeur pour les collectionneurs que les tableaux à figures. Toutefois, les inventaires démontrent qu’on rencontre bien souvent ces petits tableaux chez les meilleurs connaisseurs de peinture. Tout comme les paysages, ces œuvres étaient appréciées comme de véritables morceaux de peintures par les amateurs éclairés et ne constituaient donc pas, du moins pour celles de la qualité du Dessert du Louvre, de simples images commerciales et décoratives. La qualité de certains cabinets de peintures était même soulignée par leur présence.
In Notice de musée du Louvre concernant " Le Dessert aux gaufrettes "

Rappel biographique : Lubin Baugin, né à Pithiviers vers 1612, est reçu maître peintre à Saint-Germain-des-Prés en 1629. Il séjourne par la suite quelques années en Italie et, à son retour, il intègre l’Académie royale de peinture. Il connaît un certain succès et on retrouve de multiples mentions de ses œuvres dans les églises parisiennes. Dans un premier temps, l’opposition entre ses grandes compositions religieuses, qui dénotent les influences conjuguées de l’école de Fontainebleau et des maîtres italiens comme Corrège et Guido Reni, et les natures mortes a fait naître l’idée qu’il existait deux peintres de ce nom. Mais les recherches des dernières années dans les archives, ainsi qu’une analyse approfondie du style de toutes ces peintures, a permis de démontrer que l’auteur de ces tableaux était bien le même
peintre : Lubin Baugin. Ce dernier a dû exécuter ces petites scènes silencieuses avant son départ en Italie.



dimanche 18 octobre 2015

Jacob Foppens van Es (1596-1666) - Nature morte au pichet, au citron, à la pivoine et au verre de Venise

Jacob Foppens van Es (1596-1666) Nature morte au pichet, au citron, à la pivoine et au verre de Venise Huile sur toile, 38,8 x 56,2 cm Musée des Beaux-Arts de Valenciennes


Jacob Foppens van Es (1596-1666)
Nature morte au pichet, au citron, à la pivoine et au verre de Venise
Huile sur toile, 38,8 x 56,2 cm
Musée des Beaux-Arts de Valenciennes


Que voit-on ?  De gauche à droite, sur une table en bois recouverte au trois quart d'un linge vert : deux pivoines roses dont l'une repose sur le bord d'un plateau d'argent avec une tige et des feuilles traversant le plateau de part en part. Le centre du plateau d'argent reposant lui-même sur le bord de la table est occupé par deux citons : l'un entier, et l'autre en moitié dont le zeste déborde du plateau et la table(effet qui donne la profondeur de champ). Un verre de Venise très précieux et vide de tout contenu occupe le fond du tableau et l'éclaire alors qu'un couteau débordant de la table accuse la perspective. Un pichet en porcelaine à couvercle d'argent ferme la composition de toute sa hauteur sur la droite du tableau.
L'influence des maîtres espagnols n'est sans doute pas étrangère à la relative sobriété de cette nature morte qui ne comporte que 8 objets. Très symbolique, cette nature morte épicurienne est une ode à la fragilité de la condition du vivant. Les éléments posés en équilibre les uns sur les autres et le citron coupé et pelé en sont les symboles les plus évidents, les plus utilisés dans les natures mortes de cette époque, matérialisant à la fois la fragilité mais aussi l'amertume de l'existence humaine  La pivoine, fleur connue pour sa beauté mais aussi pour sa fragilité, est l'autre symbole de cette ode avec le verre de Venise, lui aussi si pur, si délicat et si fragile. Le pichet, le plateau d'argent et le couteau, sont  là pour inviter le spectateur à profiter de ce qui lui est offert, tant qu'il en est encore temps... Au contraire des autres natures mortes que nous connaissons de van Es, cette Nature morte au pichet, au citron, à la pivoine et au verre deVenise nature morte au fruit met en scène relativement peu d'éléments par rapport aux compositions quelquefois très surchargées de ses contemporains. Il n'y a  pas  non plus d'insectes ou de papillons comme Van Es aime en placer dans presque toutes ses propres compositions, ce qui pourrait révéler sur un problème d'attribution. C'est assez souvent le cas dans les natures mortes de cette période.


Rappel biographique : Jacob Foppens van Es est un peintre né à Anvers dans les Pays-Bas espagnols, spécialisé dans les peintures de repas, les natures mortes et les fleurs, comme bon nombre de peintres flamands de cette époque. Les données biographiques sur la vie de Jacob Foppens van Es sont rares. L’inscription sur un portrait de Foppens van Es gravé par Venceslas Hollar d’après un tableau de Joannes Meyssens indique qu’il est né à Anvers. En 1617, il devient maître de la Guilde de Saint-Luc à Anvers. Le fait qu’il n’ait pas été inscrit comme élève à la Guilde avant de devenir maître indique qu’il s’est probablement formé en dehors d’Anvers. Au moment de son enregistrement en tant que maître à Anvers, il était déjà marié à Joanna Claessens avec qui il avait un fils appelé Nicolaas. Nicolaas devint maître de la Guilde en 1648. Son succès en tant qu’artiste est attesté par la présence de ses oeuvres odans de nombreuses collections anversoises au 17ème siècle. Même l’inventaire du principal peintre baroque flamand Peter Paul Rubens comprenait deux de ses œuvres. Jacob Foppens van Es jouissait d’un statut élevé parmi les plus grands artistes anversois et a été actif pendant 50 ans. Jacob Foppens van Es fut un artiste très prolifique. Environ 125 de ses œuvres sont parvenues jusqu'à nous , toutes signées de son nom complet « I. (ou IACOB) VAN ES ». Mais étant donné qu'il ne datait jamais ses œuvres, il est impossible aujourd'hui de retracer la chronologie de sa production et l’évolution de son travail. Ses natures mortes décrivent généralement une accumulation d’objets sans rapport entre eux, posés sur un plan fortement inclinée, la principale préoccupation du peintre semblant être non pas la signification des symboles mais la réalisation de couleurs riches. Ses natures mortes sont dites "archaïsantes" sur le modèles de celles des grands maîtres flamands Osias Beert et Clara Peeters. Certaines subissent directement l'influence de Floris van Schooten.

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samedi 17 octobre 2015

Luis Egidio Melendez (1716-1780) - Bodegón con higos, melones, botella de vino y una cesta de pan

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Luis Egidio Melendez (1716-1780)
Bodegón con higos, melones, botella de vino y una cesta de pan
Museo nacional del Prado, Madrid

Que voit-on ?  De gauche à droite posés sur un sol à la pente légère des figues, très mûres et ouvertes ou fermées et vertes avec leurs feuilles s feuilles se mêlent à un melon cassé en tranche assez grossières. C'est une composition très dynamique ou le melon occupe le centre et le coté droit du tableau alors que les figues "courent " de l'extrême gauche a l'extrême  droite du tableau occupant finalement toute la moitié  inférieure du cadre. Quelques éléments presque étrangers s'invitent  dans ce bas de cadre très sucré : le couteau et deux pommes égarées. Une gourde en peau contenant du vin  ferme le tableau sur la droite. Mais l'élément véritablement central du tableau n'est pas le melon ou les figues mais le panier d'osier qui contient  une miche de pain enrobée dans un spectaculaire linge blanc comme agité par le vent.  Un ciel nuageux mais où percent quelques belles traces de bleu, ouvre tout le fond de la toile, attestant de la volonté de  Melendez faire sortir la nature morte de l'atelier, de la représenter en plein air,  dans un décor naturel, ce qui est assez rare à son époque.

Rappel biographique : Le peintre espagnol d'origine napolitaine, Luis Egidio Melendez  a fait carrière presque exclusivement à Madrid. Contemporain de Goya, il  est considéré aujourd'hui comme l’un des meilleurs peintres de natures mortes du 18e siècle, réputation qu'il n'avait pas de son vivant qu'il a passé dans une misère noire. C'est son père, Francisco Meléndez et Louis Michel van Loo (dont il est l'assistant de 1742 à 1748) qui assurent sa formation de peintre.
Le futur  Charles IV d'Espagne lui commanda une grande série de natures mortes, dont une partie importante est conservée au musée du Prado  à Madrid.
Ses toiles peintes dans de petits formats, dans la grande tradition de l'austérité espagnole, n'en foisonnent pas moins d'une minutie des détails. toujours peints avec une absolue perfection. La composition simple et le contraste clair-obscur, s’inscrivent dans la tradition des natures mortes baroques de Zurbaran et de CotanComme eux, Meléndez étudia les effets de lumière, la texture et la couleur des fruits et des légumes, ainsi que celles des récipients en céramique, verre et cuivre ou pailles. À la différence des maîtres du 17e siècle, il présente le sujet plus près du spectateur, en légère plongée. Ce sont des objets disposés sur une table, ce qui donne à ses formes une certaine monumentalité. Le genre permet au spectateur d’étudier l’objet par lui-même. Les fonds sont neutres, et c'est un puissant éclairage qui mettent valeur les contours de l’objet. C’est ainsi qu’il représente le duvet des fruits, les transparences des peaux des raisins, les intérieurs brillants des pastèques et quelquefois les  accidents  présents à la surface des  fruits (comme ici avec les figues vertes). 
Chaque toile de Meléndez est minutieusement composée et fait l'objet d'un mise en scène précise afin de créer  le plus grand réalisme possible. Les « grands thèmes » n’intéressèrent jamais Meléndez qui portent surtout son attention sur les choses de la vie quotidienne,  sur l’observation et l’étude de la nature. Il fut souvent comparé à Chardin, jusqu'à être même parfois surnommé  le « Chardin Espagnol » ce qui est assez stupide eut égard au caractère unique de son style et à tout ce qui différencie ces deux grands peintres. 



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vendredi 16 octobre 2015

Cristoforo Munari (1667-1720)



Cristoforo Munari (1667-1720) 
Nature morte aux biscuits, porcelaines de Chine et verres de Venise (1714)
Collection privée

Que voit-on ?  C'est un tableau de l'abondance : le fond est noir et l'espace très encombré d'objets, tous aussi précieux les uns que les autres, dont certains sont même présentées enfermés dans un petit cabinet de curiosités ambulant (sur la droite du cadre). L'ensemble des objets, cabinet de curiosité compris est posé sur une table recouverte d'un tapis de velours de soie d'un bleu très profond qui se dévoile dans un effet de perspective très ponctuel constitué par le coin de la table posé sur le quart gauche du cadre. De gauche à droite :  dans le fond du cadre un plateau en argent  muni d'un pied sur lequel sont présentées des verreries  de Venise très précieuses : une carafe gravée, un verre à pied et un flacon gravé tous deux délicatement ouvragés) . Devant le plateau  de verrerie, un enchevêtrement de papiers (des lettres pliés et entassées).  Au centre de la composition du  fond vers l'avant : un bol en laque de Chine dans lequel s'entrecroisent quatre biscuits à la cuillère. A l'avant de ce bol,  posés sur un plateau d'argent en équilibre instable sur un amas assez disparate de biscuits et de brestzels  à même la nappe : trois petits bols à thé de porcelaine de Chine présentés sous différents angles et un gros bol à riz, aussi en  porcelaine de Chine.  C'est le bol a riz qui ferme la porte du petit cabinet de curiosité posé au fond de la composition et qui présentes des porcelaines et verreries encore plus précieuses que celles exposées sur la table. Rien de spontané dans cette présentation mais un ordonnancement minutieux de chacun des éléments pour donner une idée la plus exacte possible des trésors contenus dans les placards des Medicis !  

Rappel biographique : le peintre italien Cristoforo Munari, aussi connu comme Cristofano Monari, était spécialisé dans les natures mortes. Il suivit sa formation initiale à Reggio Emilia, sa ville natale, puis vient à Modène sous le patronage de Rinaldo d'Este, duc de Modène. En 1703-1706, il vécut à Rome, puis à Florence pendant une dizaine d'années, où il fut attaché à la cour des Médicis.   Très apprécié de ses contemporains,  le collectionneur Gabburri le décrivait au 18e siècle comme  : " un peintre remarquable de natures mortes aux ustensiles de cuisine, instruments de musique, étoffes, verres, fruits et fleurs ".  La profusion mais aussi le raffinement qui s'étalent dans ses natures mortes (porcelaines de Chine, verre de Venise, tapis d'Orient, instruments de musique, etc...) suggèrent le luxe et l'abondance qui régnait à la cour des Médicis. Il a peint aussi des panoplies et des trophées de guerre. En 1715, il déménagea à Pise, où il  travailla presque exclusivement dans la restauration d'oeuvres d'art et où il mourut en 1720. Une retrospective de ses tableaux a été organisée en 1998 à Reggio Emilia, où elle a connu un énorme succès.



jeudi 15 octobre 2015

Blaise-Alexandre Desgoffe (1830-1901)



Blaise-Alexandre Desgoffe (1830-1901) 
Composition à la verseuse en cristal de roche, à la chope en ivoire, coupe en serpentine et orchidée (1897).
Lieu de conservation inconnu.

 Que voit-on ? A première vue richesse, or et profusion. Posés sur une lourde table en bois dont on devine les pieds finement sculptés et recouvert d'un tapis de soie damassé rouge doublé de la même soie damassée jaune, le tout ourlé d'un passementerie généreuse : un ensemble d'objets rares, principalement des vases précieux. Tous sont groupés autour d'une pièce maîtresse, une verseuse en cristal de roche et bronze doré présentée " en majesté " sur un piédestal en fût de colonne recouvert d'un épais velours de soie cramoisi. Ce déploiement de cristaux, d'ivoire, de bronze, de soie damassée et de velours brossé est ponctué, en plein centre de la composition, exactement sous la verseuse vedette, par une magnifique orchidée blanche et rose, unique élément végétal de cette nature morte d'objets capiteux !

Rappel biographique : le peintre français Blaise-Alexandre Desgoffe a fait ses études de peinture dans l'atelier d'Hippolyte Flandrin à l'Ecole des beaux-arts de Paris et a reçu les conseils de William Bouguerreau. Après une formation en peinture d'histoire, il se tourne vers la peinture de natures mortes dans laquelle il développe une grande virtuosité rappelant celle des maîtres hollandais du 17e siècle. Il expose au  Salon de Paris de 1857 à 1882. Il remporte une médaille de 3e classe en 1861 et une médaille de 2e classe en 1863. A l'exposition Universelle de 1867, il expose Un coin de cabinet de Louis XVI.  Le succès de sa carrière de peintre de nature morte a été considérable de son vivant, malgré des problèmes relationnels avec ses contemporains attisé par un ego démesuré et sa fâcheuse tendance à se prendre pour un génie. Très académique et spectaculaire, sa peinture qui a beaucoup influencé des peintres comme William Meritt Chase est totalement tombée dans l'oubli en Europe au 20e siècle, même si elle restée assez célèbre aux Etats Unis à la même période. 

mercredi 14 octobre 2015

Francesco Noletti Fieravino dit Il Maltese (1611-1654)



Francesco Noletti Fieravino dit Il Maltese (1611-1654)
Cesto di frutti su tappeto di Smyrna (1650)
Musée Fesch, Ajaccio,

Que voit-on ? Un mélange, avec un bonheur sans égal, d'objets précieux de toutes sortes et d'éléments végétaux plus quotidiens. La première chose qui attire l'oeil est le somptueux tapis de Smyrne sur lequel repose l'ensemble de la composition au sens propre comme au sens figuré. Noletti qui était un maître incontesté dans le rendu de ces textures de tapis réalise ici sans doute un de ces chefs d'oeuvres, allant jusqu'à reproduire les franges sectionnées ou usées de la bordure du tapis et à présenter (exercice de virtuosité picturale majeur) l'envers du tapis (sur la partie droite du cadre.) Quand l'oeil a fini d'explorer la beauté des dessins géométriques et les couleurs somptueuses de ce tapis de Smyrne, il peut alors passer à l'analyse des objets qui s'y trouvent répandu dans un savant désordre digne d'un caravansérail oriental. La composition est montante, de gauche à droite, avec un point culminant à droite du tableau où s'amoncellent fruits, porcelaines et pièce maitresse d'argenterie qui pourrait être soit un grand miroir cloisonné tout en rondeur soit un gigantesque plateau d'argent richement sculpté. Avant d'arriver sur ces hauteurs, on aura croisé une potiche de Chine d'une taille respectable, un plat à fruits de même origine, une coupe d'argent présentant l'envers de son décor (prétexte à un exercice de virtuosité sur la texture mat), des verreries précieuses de Venise et une abondance de pêches, oranges, citrons et grappes de raisins dans le rendu desquels Noletti est un maître absolu. A l'extrême droite du cadre, deux éléments doivent attirer l'attention  : un citron pelé (pendant de celui qui se trouve déjà dans le verre de vin à droite de la composition) et une orange qui choit dans le vide. Ces deux éléments viennent rappeler au spectateur sans doute émerveillé par le spectacle de ces splendeurs, l'insoutenable inconsistance de toute chose et la fragilité de la matière. 

Rappel biographique : Les œuvres de Francesco Noletti, surnommé il Maltese en raison de son origine Maltaise, ont longtemps été attribuées sous le nom de Francesco Fieravino jusqu'à la découverte de son identité véritable au début des années 2000. Spécialiste des natures mortes avec tapis et tentures qu'il peint somptueusement, Noletti s'est installé à Rome, probablement entre 1636 et 1640, où il meurt en 1654.

mardi 13 octobre 2015

Clara Peeters (1594-1657) - Nature morte aux gibiers et coquillages


Clara Peeters (1594-1657)
Nature morte aux gibiers et coquillages (1611) 
Museo nacional del Prado

Que voit-on ?  Sur un entablement de bois, une profusion de gibiers à plumes et de volailles groupés autour de la pièce centrale que constitue un canard col vert (qui donne l'échelle) posé dans un panier en paille. Sur une l'anse du panier en paille, se tient ,droit sur ses pattes et fier, un faucon qui a sans doute largement participer à ce massacre ! Sur la droite du tableau, quelques coquillages vides et des bols en  porcelaine de différentes tailles, vides et empilées les uns dans les autres.

Rappel biographique : la peintre Flamande Clara Peeters  était autodidacte et a peint essentiellement des natures mortes. (à l'exception d'un auto portrait). Elle fut active très jeune en tant que  peintre (dès l'âge de 13 ou 14 ans selon les documents !) et fait partie des premières femmes peintres qui ait exercé officiellement ce métier, avec une place reconnue de son vivant, par les Guildes des peintres de la période d'or du baroque flamand.  Cette femme à la personnalité hors du commun, dont on pense qu'elle fut, adolescente, l'élève très privée d'Osias Beertse spécialise, dès l'âge de 18 ans, dans les natures mortes dont elle saisit les sujets soit autour de la table des repas quotidiens soit dans des mises en scène plus sophistiquées. Elle s'intéresse beaucoup aux reflets sur les objets métalliques, pièces, plats, vases, coupes, timbales bijoux, présents fréquemment dans ses compositions, en premier plan, avec un fond plus sombre. Ces plus belles natures mortes - qui sont autant de chef d'oeuvres - ont été peintes dans l'année 1611 et sont conservées au Musée du Prado.

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lundi 12 octobre 2015

Maerten-Boelema de Stomme (1611-1644)



Maerten-Boelema de Stomme (1611-1644)
Stille life with meat pie (1644)
Musée des beaux-arts de Nantes - Collection Cacault

Que voit on ? L'interminable titre original de l'œuvre en hollandais mentionne scrupuleusement, un à un,  chacun des  objets présents sur cette table y compris la grande serviette pliée que l'on aperçoit sur la droite entre les pièces d'étain renversées. Il y a d'ailleurs beaucoup d'objets renversés sur cette table, qui sont autant de symboles (avec le citron pelé) de la fragilité et de l 'amertume de l'existence humaine.  Le sujet principal de la composition est le pâté en croûte disposé sur un plat en étain qui se trouve à gauche du cadre et qui symbolise la jouissance des biens matériels.  La cafetière en étain et le Berkemeyer (verre au réceptacle très évasé et conique fabriqué en Allemagne depuis le 15e siècle) renversé  sur son bec verseur de même que le nautile qui gît sur le torchon au premier plan au milieu de quelques coquillages vides, sont autant de symboles du chaos du monde. Cette très célèbre  nature morte d'apparat au contenu philosophique est signée et datée sur le manche de la cafetière en étain  M.B de Stomme 1644.

Rappel biographique : Le peintre hollandais Maerten Boelema de Stomme est un peintre néerlandais de l'époque de l'âge d'or de la nature morte hollandaise. Il en est même un des représentants les plus illustres.  Le surnom  de «le muet» (de stomme) qui lui fut donné se réfère au fait qu'il était sourd et muet. Il signait d'ailleurs ses oeuvres  'M.B. de Stomme'  '"M.B le Muet"). Maerten Boelema était un élève de Willem Claeszoon Heda (connu aussi comme) Willem Claesz qui fut un des grands maîtres hollandais du genre. Maerten Boelema mourut  jeune, à l'âge de 33 ans. Extraordinaire  histoire que celle de cet artiste qui  a peint toutes les natures mortes que nous connaissons de lui aujourd'hui - c'est à dire une vingtaine -  dans les deux dernières années de sa vie (1642-1644) ! Compte tenu de la perfection de son style, on peut imaginer ce qu'aurait été l'œuvre de ce peintre s'il avait pu vivre plus longtemps. Comme son maître Claesz, Maerten Boelema est un peintre qui maîtrise parfaitement les transparences et qui a beaucoup peint de nautiles.



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dimanche 11 octobre 2015

Willem Claeszoon Heda (1594-1680) - Nature morte avec coupe nautile




Willem Claeszoon Heda (1594-1680) 
Nature morte avec coupe nautile (1654)
Budapest Museum of Fine Arts

Que voit-on ?  Cette nature morte reprend plusieurs éléments très classiques des natures mortes d'apparats hollandaises du siècle d'or groupés autour de l'élément central que constitue la coupe nautile  et les somptueuses irisations de sa nacre gris bleu, montée sur une pied en argent sculpté figurant un atlante. On trouve ainsi : une aiguière en argent très richement ornée, un vase en argent, un chandelier, une coquille Saint-Jacques en argent, un Berkemeyer (verre au réceptacle évasé et conique fabriqué en Allemagne depuis le 15e siècle), diverses plats d'argent contenant des coquilles d'huitres vides dont les variations de coloris des nacres font échos a celle de la coupe nautile. Les autres éléments alimentaires de ce tableau sont un jambon cru à la couenne très fournie, dont l'os est apparent, et un citron pelé dont le zeste court le long d'un nappe à peine dépliée.


Rappel biographique : Le peintre néerlandais Willem Claeszoon Heda qui signait de son prénom "Claez " ce qui engendre souvent des confusions ave cun autre peintre de nature morte Pieter Claesz, fut un peintre spécialisé dans la peinture exclusive de natures mortes. Il travailla toute sa vie à Haarlem où il fut le président de la célèbre Guilde de Saint Luc.
Sa peinture montre son excellence dans le rendu des reflets et dans la qualité de la reproduction de la surface des objets. Les natures mortes de Heda ont souvent une composition en forme de triangle, dans laquelle les objets les plus hauts sont placés sur un côté. Il utilise assez peu de couleur dans ses peintures qui semblent presque être des monochromies. Il réutilise souvent les mêmes objets d'un tableaux sur l'autre : récipients en argent, coûteux verres de Venise  Nautiles, intensifient les contrastes entre le rose des jambons en tranches ou les fruits mûrs sur fond clair obscur.  Les tableaux de l'artiste furent le plus souvent des huiles exécutées sur panneau de bois, plus rarement sur toile. On peut déceler dans ses œuvres d’avant  1635, l’influence de Pieter Claesz (ainsi que de Floris Van Dyck (1575-1651). Après 1640 les compositions  de Heda s'agrandissent, deviennent plus riches, plus décoratives, telle la nature morte exposée au Musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg. Dès cette époque, Heda abandonne le format horizontal qu'il utilisait traditionnellement pour le vertical.


samedi 10 octobre 2015

Willem Van Aelst (1627-1683), Willem Kalf (1619-1693) - Grande nature morte aux Armures





Willem Van Aelst (1627-1683) (attribution depuis 2012)
Willem Kalf (1619-1693) (première attribution)
Grande nature morte aux Armures
Musée de Tessé, Le Mans

Une histoire extraordinaire : L'histoire de cette magnifique et imposante Grande nature morte aux Armures est assez extraordinaire. Pièce maîtresse des collections des musées du Mans, ce  chef d'œuvre de deux mètres de haut n'est pas signé. On a longtemps pensé qu'il avait été peint par l'artiste néerlandais : Willem Kalf (1619-1693) auquel il était attribué.
Quelques historiens de l'art avaient déjà émis des doutes sur l'attribution de cette nature morte à Kalf, mais l'américaine Melanie Gifford a voulu voir de plus près le tableau. Elle s'est donc rendue
au musée du Mans en 2011. En examinant le tableau, sa conviction fut faite : il s'agissait d'une oeuvre majeure du néerlandais Willem Van Aelst (1625-1683) et non pas d'une œuvre de Willem Kalf. Restait à étayer la conviction et à le prouver  ! 
On savait que le tableau avait été commandé au milieu du XVIIe siècle et exécuté par un artiste hollandais à Paris. Or, à cette époque, Kalf et Van Aelst se trouvaient bien tous les deux à Paris. Ils avaient donc tous les deux pu réaliser cette toile. En observant de très près les franges de l'étoffe du tableau du Mans et en les comparant à celles d'autres oeuvres de Van Aelst ,comme une nature morte à l'escargot conservée à Delft, Melanie  Gifford s'est aperçue qu'elles étaient similaires et surtout assez différentes de la manière habituelle de Kalf.
A cela s'ajoute, un détail capital. Il se trouve sur la médaille qui pend de l'épée disposée sur la table au milieu du tableau. Cette médaille représente le jeune roi Louis XIV. En s'armant d'un bonne loupe on peut lire : « XIIII D.G. FR. ET. NAV. REX. » Il s'agit d'une formule courante signifiant : « (Louis) XIV, roi de France et de Navarre par la grâce de Dieu ». Mais ici, la formule courante est suivie de deux initiales en position de signature, V (ou W ?) et A, qui n'apparaissent pas sur les autres médailles de l'époque faite par le  médailleur  Jean Warin (ou Varin) qui ne signait pas ainsi ! Par contre, dans un autre de ses tableaux, Van Aelst avait déjà signé son oeuvre en utilisant ces mêmes initiales apposées sur une médaille absolument identique, exactement de la même façon.
Enfin pour étudier en profondeur le tableau du Musée de Tessé, les scientifiques américains ont utilisé un capteur capable d'analyser la composition de la peinture et des pigments sans toucher  la toile ou faire de prélèvements... Certaines couleurs et notamment le bleu du tableau du Mans ont révélé la même composition que celles employées  habituellement par Willem van Aelst. 
Ce tableau permet par ailleurs de résoudre une énigme historique.  En effet certains historiens de l'art se demandaient pourquoi le jeune Van Aelst avait à ce point attiré l'attention des Médicis qui tenait absolument à venir le faire  travailler à Florence. Il peignait bien, mais il n'avait produit aucun chef d'oeuvre qui puisse justifier l'enthousiasme de cette famille de mécènes particulièrement exigeants. Cette Nature morte aux armures, d'un raffinement extrême, peut expliquer largement à elle seule cet engouement des Médicis pour le jeune Van Aelst.
Changer l'attribution d'un tableau peut s'avérer parfois assez dur à vivre pour un Musée, particulièrement quand le nouveau peintre n'est pas aussi prestigieux que le précédent. Là, ce n'est pass du tout le cas ! Willem van Aelst est aussi prestigieux que Willem Kalf et le Musée de Tessé ne perd pas au change ! 

Rappel biographique : le peintre néerlandais Willem van Aelst, né à Delft,  est essentiellement un peintre de natures mortes, de fleurs et de chasse qui appartient à ce que l'on appelle le " Siècle d'or ". Il est célèbre pour avoir introduit l’asymétrie dans la nature morte mais aussi pour la savante harmonie des coloris déployée dans toutes ses compositions. Au cours de sa vie, Willem van Aelst a vécu et travaillé en France, à Rome et à Florence où , en compagnie  dedeux autres Néerlandais, Matthias Withoos et Otto Marseus Van Schrieck, il est actif à la cour de Ferdinand II de Medicis. Le grand-duc de Toscane lui remettra une médaille d’or comme récompense de ses services. Ont été conservées de cette époque plusieurs natures mortes de fleurs et de chasse, visibles au Palazzo Pitti à Florence. En 1856 il rentre au Pays Bas et  se fixe à Amsterdam. Ses œuvres sont notamment conservées à la Mauritshuis de La Haye, à la National Gallery of Art de Washington  et au  Rijksmuseum d’Amsterdam. Ses tableaux sont parfois signés Guill.mo (Gullielmo,  forme italienne de son prénom).

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2015 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau