dimanche 31 décembre 2017

Juan Fernandez El Labrador (actif de 1626 à 1639)


Juan Fernandez El Labrador (actif de 1626 à 1639)
Cuatro racimos
Museo del Prado, Madrid

Rappel biographique : Juan Fernández, surnommé El Labrador (Le Fermier), était un peintre baroque espagnol actif entre 1629 et 1636, spécialisé dans la peinture de natures mortes. Juan Fernández est un peintre énigmatique, dont la biographie est d'autant plus mal connue qu'il vivait loin de la cour, n'apparaissant  qu'une fois par an  pendant la Semaine Sainte, pour livrer une toile de fleurs ou de fruits... sa production totalisant à peine 5 toiles, toutes présentes dans les inventaires de l'époque,  et qui lui vaudront une réelle notoriété internationale de son vivant. 
Sir Arthur Hompton, secrétaire de l'ambassadeur d'Angleterre à la cour de Madrid entre 1629 et 1631, atteste  dans sa correspondance de l'intérêt personnel porté par l'ambassadeur à l'acquisition d' œuvres de ce peintre, "... Une tâche non exempte de difficulté, le peintre venant à Madrid uniquement pendant la semaine sainte et produisant très peu"
Ce retrait volontaire s'expliquerait par le fait que Juan Fernandez était agriculteur avant d'être peintre (d'où son surnom) et qu'il n'avait nullement l'intention d'abandonner son métier pour trainer dans les couloirs des palais madrilènes. Hopton commanda directement deux tableaux à Juan Fernandez en 1635 et en envoya au moins un au roi Charles Ier d'Angleterre. Il s'agit du tableau Bodegon con uvas membrillo y frutos secos (Nature morte avec des raisins, des coings et des noix) , qui se trouve toujours dans la Collection royale britannique, où il est inventorié dès 1639. 
Peintre de tradition caravagiste, El Labrador place ses objets sur des fonds noirs et utilise la lumière dirigée pour donner du volume à ces objets, décrits après une observation patiente d'une manière totalement individuelle et avec un extreme sens du détail. 

samedi 30 décembre 2017

Pierre Bonnard (1867-1947) - Salle à manger donnant sur le jardin





Pierre Bonnard (1867-1947) 
Salle à manger donnant sur le jardin  (La pièce du petit déjeuner ), 1930-1931
Huile sur toile , 159.6 x 113.8 cm
The Museum of Modern Art, New York

Que voit on  ? c'est  à un volontaire mélange de genres que se livre Bonnard, le maître de la nature mort, dans cette toile où le paysage (typique des bords de la Seine à Vernon)  et la peinture de personnages (une femme en blanc très statique sur la gauche du cadre) le disputent à la nature morte. Ce n'est pas sans rappeler certaines scènes de Vuillard ou d'Henri Le Sidaner.

Rappel biographique : le peintre français Pierre Bonnard est connu pour ses peintures de personnages, ses nus, ses portraits, ses paysages animés, ses intérieurs et ses natures mortes de fleurs et fruits. Bonnard est un artiste post-impressionniste, membre du groupe des Nabis, par lesquels il fut surnommé le Nabi japonard. En réaction à l'impressionnisme, les Nabis veulent libérer leur peinture des exigences du réalisme : « Ensemble, nous avons méprisé l'école et les écoles, les rapins, leurs traditions, leurs farces et leurs bals inutilement nudistes. Ensemble nous nous sommes sérieusement amusés ». Les artistes nabis cherchent des voies plus spirituelles au contact de philosophies et de doctrines nouvelles teintées d'Orient, d'orphisme, d'ésotérisme, et de théosophie. Ils s'appliquent à retrouver le caractère « sacré » de la peinture et à provoquer un nouvel élan spirituel par le seul moyen de l'art.
Une fois devenu célèbre, Pierre Bonnard fut connu pour ne pouvoir s’empêcher de retoucher ses toiles une fois celles-ci achetées et exposées dans un musée. Ses amis appelaient ça « bonnarder » ou « bonnardiser ». Un journaliste relate cette attitude devenue visiblement coutumière. « Au  musée de Grenoble et au Musée du Luxembourg, il  arriva à Bonnard de guetter le passage d'un gardien d'une salle à l'autre, de sortir d'une poche une minuscule boîte garnie de deux ou trois tubes et, d'un bout de pinceau, d'améliorer furtivement de quelques touches un détail qui le préoccupait. Et, son coup fait, de disparaître, radieux, comme un collégien après une inscription vengeresse au tableau noir. »

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2017- A Still Life Collection
Un blog de Francis Rousseau



vendredi 29 décembre 2017

Pompei - Perroquet et verrerie



Pompei
Perroquet et verrerie
Musée de Naples

Que voit on ? Réparti sur deux étages comme c'était la règle dans les natures mortes antiques, on peut voir à l'étage inférieur : un perroquet en arrêt devant une carafe en verre sur laquelle est posée en manière de bouchon une grande coupe en verre.
A l 'étage supérieur : une pièce de viande formant une figure de 8 et révélant en fait deux gigots ou deux cuisseaux de sanglier posés têtes bêches.

Rappel historique : Pline l'Ancien raconte que dans la Grèce antique, le peintre Piraikos qui vivait au 3e siècle avant notre ère, vendait déjà fort cher ses " Provisions de cuisine ", des tableaux de chevalets représentant des victuailles ou des instantanés d'échoppes de cordonniers et de barbiers. Dans la hiérarchie des genres picturaux d'alors, ces représentations de provisions de cuisine sont déjà considérées comme un genre mineur... et  elles le resteront pendant de longs siècles... au moins jusqu'à Chardin, si ce n'est jusqu'à Cézanne. Genre mineur donc, loin derrière les sujets religieux, les portraits et les paysages, mais genre que les commanditaires s'arrachent pourtant !
Le grec Piraikos reste le plus célèbre des peintres de ce genre. Hélas, aucun exemple n'est parvenu jusqu'à nous de ces peintures des menus objets du quotidien par Piraikos,  peinture que l'on nommait à cette époque Rhyparographie .
A la même époque, un autre peintre grec, Zeuxis rivalisait avec la nature au point que des oiseaux voulaient picorer les raisins qu'il peignait et qu'il passe être l'inventeur du réalisme et  de l'illusionnisme  ne peinture, pour ne pas dire du premier trompe-l'oeil. Il faut là encore faire confiance au récit de Pline l'Ancien, car aucun exemple de cet art ne nous est parvenu.
Les premières natures mortes connues du monde occidental sont des fresques et des mosaïques du 1er siècle de l'ère chrétienne, provenant de Campanie (Herculanum et Pompéi) ou de Rome. Elles sont exécutées dans un style réaliste et illusionniste : fruits veloutés, poissons et volailles posés sur une marche de pierre ou sur deux étagères d'un garde manger, généralement en trompe l'œil avec des ombres portées, ou quelquefois dans des coupes en verre avec des transparences subtiles.
Ces peintures évoquent le xenion antique, un cadeau fait de denrées qu'un hôte doit offrir à ses invités. Pourtant la nature morte de l'Antiquité possède une autre ambition que celle du seul plaisir mimétique. Comme le précise Charles Sterling : « Il est clair que les natures mortes hellénistiques et romaines qui représentaient des mets prêts à être consommés comportaient une allusion épicurienne ». On trouve ainsi assez fréquemment des mosaïques de natures mortes et des vanités dans les atriums d'été romains, où les convives invités aux repas étaient ainsi encouragés à cueillir le jour qui passe, Carpe diem selon la célèbre formule d'Epicure, à profiter de la vie tant qu'il était encore temps de le faire. Une déclinaison plus sophistiquée de la tradition égyptienne pharaonique qui voulait que l'on fît passer un cadavre devant les convives avant de commencer un repas pour leur rappeler l'impermanence de la vie !  Les natures mortes garderont tout au long des siècles jusqu'à nos jours,  cette signification épicurienne.

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jeudi 28 décembre 2017

Paul Gauguin (1848-1903) - Nature morte à la mandoline


Paul Gauguin (1848-1903)
Nature morte à la mandoline

 Que voit on ?  Une composition de la période bretonne de Gaughin avec  très beau bouquet de fleurs au pied duquel apparait effectivement une mandoline, très poétique, posée sur la nappe comme une barque échouée sur la plage...


Rappel biographique 
: le peintre français Paul Gauguin est un peintre post impressionniste, chef de file  bien connu de l'École de Pont-Aven et inspirateur des Nabis. Il est considéré comme l'un des peintres français majeurs du 19e siècle. En 1874, la connaissance qu'il fait de Camille Pissaro et  la première exposition du courant impressionniste, l'inclinent à devenir amateur d'art et à s'essayer alors à la peinture.  En 1882, il abandonne son emploi de courtier en bourse  pour se consacrer uniquement à sa nouvelle passion, la peinture. De janvier à novembre 1884, il s'établit à Rouen où Pissaro vivait également. Pendant ces 10 mois passés à Rouen, il réalise près de quarante tableaux, principalement des vues de la ville et de ses alentours et quelques natures mortes très classiques. Cela ne suffit pas pour vivre et il part avec sa femme et ses enfants dans la famille de celle-ci à Copenhague.
Ses affaires ne vont pas bien et il revient à Paris en 1885 pour peindre à plein temps, laissant femme et enfants au Danemark, n'ayant pas les moyens d'assurer leur subsistance. Il est déchiré par cette situation. Il expose avec les impressionnistes régulièrement de 1876 à 1886.
C'est en juillet 1886 que Paul Gauguin effectue un premier séjour en Bretagne. Il s'installe pour 3 mois à la pension Le Gloanec, à Pont-Aven où vit une colonie d'artistes. Il y rencontre le très jeune peintre (et écrivain) Emile Bernard  adepte du " Cloisonnisme ", une technique picturale cernant chaque plan de couleur d'une fine cloison, un peu à la manière de la technique du vitrail ou des estampes japonaises.
Influencé par Emile Bernard et par le courant symboliste, Paul Gauguin renonce à l'impressionnisme pour élaborer, une nouvelle théorie picturale, le " Synthétisme ". Sa recherche va alors dans le sens d'une simplification des formes, il élimine les détails pour ne garder que la forme essentielle, simplification obtenue par l'usage du cerne et de l'aplat de couleur.
Nabis et Synthétistes, inspirés également par Stéphane Mallarmé et les symbolistes littéraires, partageront pendant quelques temps des convictions communes sur la nécessité de libérer la peinture de sa sujétion au réel et de laisser davantage de place à l'idée ou à la symbolique. Maurice DenisPaul Sérusier, Édouard VuillardPierre BonnardOdilon Redon font partie de ce mouvement.
Gauguin retournera en Bretagne en 1889 et 1890, au Pouldu, tout proche de Pont-Aven, deux lieux où chaque été une importante colonie d'artistes tentera d'élaborer une nouvelle peinture. Il y loge à " la Buvette de la Plage " de Marie Henry, en compagnie des peintres Meyer de Haan, Sérusier et Filiger.
En 1891, ruiné, il s'embarque pour la Polynésie, grâce à une vente de ses œuvres dont le succès a été assuré par deux articles enthousiastes  d'Octave Mirbeau. Il s'installe à Tahiti où il espère pouvoir fuir la civilisation, tout ce qui est artificiel et conventionnel.  

mercredi 27 décembre 2017

Pablo Picasso (1881-1973) - Nature morte à la guitare et à la mandoline

Pablo Picasso (1881-1973)   Nature morte à la guitare et à la mandoline, Juan les Pins, Huile sur toile 140 x 200 cm Solomon R. Guggenheim Museum, New York

Pablo Picasso (1881-1973) 
 Nature morte à la guitare et à la mandoline, Juan les Pins,
Huile sur toile 140 x 200 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York 
 
Que voit on ? Un des thèmes les plus célèbres des natures mortes aux instruments du musique de l'age d 'or repris à la sauce cubiste par Pablo Picasso dans une très belle explosion de couleurs primaires.

Rappel biographique : le peintre espagnol Pablo Ruiz Picasso qui a passé l'essentiel de sa vie en France, est l'auteur d'un oeuvre immense, tous genres confondus, que l'on chiffre à près de 50 000 pièces. Les premiers collages et assemblages sont réalisés pendant l'hiver 1912, Nature morte à la chaise cannée (Paris, Musée Picasso), Guitare(s) en carton (Paris, Musée Picasso). A partir des années 20 ses natures mortes seront très proches, sur la même ligne de conception " cubiste analytique " que celles de George Braque, dont il devient un temps l'intime avant de s'en séparer définitivement.  Il y eut une connivence d'inspiration très rare entre ces deux peintres pendant une certaine période de leur vie et en particulier dans le domaine du traitement de la nature morte. 
Picasso a peint énormément d'autres natures mortes après la Seconde guerre mondiale et hors de la période cubiste, mais malgré leur impressionnante quantité, rapportées à la masse énorme de sa production, elles ne constituent pas un genre qui tient autant de place dans son oeuvre que dans l'oeuvre de Georges Braque.

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mardi 26 décembre 2017

Milton Avery (1885-1965) - Vanitas 193°


Milton Avery (1885-1965)
Vanitas 193° (1947) 
Private collection

Rappel biographique :  Milton Clark Avery est un artiste peintre américain de figures, portraits, animaux, intérieurs, paysages et quelques rares natures mortes. S'il existe un lien entre le monde de la peinture traditionnelle américaine du début du 20e siècle et de celui de l'expressionnisme abstrait autour de 1945, c'est bien Milton Avery qui l'a créé. On ne lui connait aucune formation particulière, sinon en 1913 un cours de dessin d'après nature donné par Charles Noël Flagg à la Connecticut League of Art à Hartford. En 1925, il épouse Sally Michel, également peintre, dont on retrouve l'image dans les nombreux portraits exécutés par son époux. Sa première exposition personnelle a lieu en 1928, elle est suivie d'autres à partir de 1940.
Après la période Fauve de ses débuts, qui lui a permis de jouer avec de riches couleurs, il atténue sa palette et simplifie ses compositions qui tendent vers un dépouillement de plus en plus grand. Ses sujets restent simples tels que Rothko les définit. C'est dans un style presque Intimiste - Avery peignant son atelier, sa femme Sally, sa fille March, Central Park, les plages et montagnes où il passait l'été, des vaches, des poissons, des vols d'oiseaux, ses amis réunis dans son atelier...- qu'il peint des œuvres aux formes simplifiées, aux plans colorés, découpés, dans un espace à deux dimensions, évoquant l'art de Matisse. Toutefois, ses peintures ne sont jamais brillantes quoique très riches. Il maîtrise fort bien ses rapports de couleurs dont les contours peuvent être parfois fluides, créant une sorte d'osmose entre elles. L'art de Milton Avery rejoint ainsi, peu à peu l'abstraction expressionniste de Rothko et de Adolph Gottlieb. Ensemble, ils ont participé à de longues conversations hebdomadaires qui ont facilité la naissance de la peinture abstraite américaine d'après guerre et plus particulièrement de l'Ecole de New York.
Une grande rétrospective lui a été consacrée en 1952 au Baltimore Museum, puis à la Fondation Ford et au Whitney Museum en 1960. Une autre rétrospective posthume fut présentée à Lincoln puis à Little Rock en 1966, puis deux autres encore en 1983, à la Albright-Knox Art Gallery de Buffalo et au Minneapolis Institute of Arts. 

lundi 25 décembre 2017

Beatrix Potter (1866-1943)


Beatrix Potter (1866 - 1943)
Mice in a Coconut, 1891 
Chromolithograph card - Hildesheimer & Faulkner 

 Que voit-on ? Blotties au fond d'une noix de coco que l'on vient d'ouvrir : deux petites souris passent l'hiver au chaud... avec de bonnes vitamines à porter de dents !!! 

Rappel biographique : Beatrix Potter, était une naturaliste et écrivaine anglaise, principalement connue pour ses livres destinés à la jeunesse.
En 1890, sur le conseil d'un de ses amis, Canon Rawnsley, elle crée à partir de ses dessins d'animaux et de plantes ses premières cartes de vœux qui, à sa grande surprise, sont achetées par  la prestigieuse maison Hildesheimer & Faulkner en Allemagne. À la même époque, le fils de sa gouvernante attrape la scarlatine. Pour accompagner sa convalescence, Beatrix lui compose l'histoire de quatre petits lapins nommés Flopsy, Mopsy, Cottontail, et Peter.
Il faudra attendre sept ans pour que cette histoire originale soit étoffée et devienne un véritable ouvrage illustré en noir et blanc. Aucun éditeur ne semble intéressé. Devant des refus successifs et parfois méprisants, Beatrix Potter choisit de publier elle-même un recueil qu'elle souhaite différent des livres d'enfants de l'époque, peu maniables. Elle opte pour un petit format (15 cm), un papier résistant et, surtout, des illustrations sur chaque page.
Deux atouts les différencient des publications traditionnelles :
- L'anthropomorphisme de ses personnages est contrebalancé par la précision anatomique de son trait. Ses lapins ressemblent à des lapins au poil près et se conduisent comme tels. Leurs rapports avec les humains ne sont jamais édulcorés. Ainsi, le père de Peter Rabbit finit ses jours dans une tourte cuisinée par madame McGregor.
- Son exigence du mot juste : convaincue que les enfants sont sensibles aux mots qu'ils apprennent, elle s'est toujours refusée à remplacer un terme, si difficile soit-il, par un autre, plus simple mais moins précis.
Le  premier tirage de Peter Rabbit atteint les  250 exemplaires, un véritable succès à l'époque. Conan Doyle lui-même en achète pour ses enfants.  Frederick Warne & Co., l’un des éditeurs qui l'avaient précédemment refusé, accepte finalement de publier Peter Rabbit avec des illustrations en couleurs.
En 1902, le livre paraît  dans une edition elargie et, dans l'été de la même année, les premières copies « pirates » circulent aux États-Unis.
Beatrix Potter a  alors 36 ans, elle vit toujours chez ses parents, mais gagne sa vie pour la première fois. Les dix années qui suivent verront la naissance de 23 albums. La famille de Peter Rabbit s'agrandit : Jeremy Fisher le Crapaud, Cecily Parsley, Miss Moppet, Jeannot Lapin, et bien d'autres évoluent dans un univers souvent cruel, alors que leur auteur, reconnue, se délivre peu à peu de la tutelle pesante de ses parents.
Après la disparition tragique de son fiancé, Norman Dalziel Warne en 1905, Beatrix demeure célibataire jusqu'à l'âge de 47 ans. En 1913, elle épouse Williams Heelis, un notaire de la Région des Lacs. Son mariage avec William Heelis signera l'arrêt de sa carrière littéraire. Madame Heelis est, en effet, une femme différente de la jeune Potter et à 47 ans, aimée, accompagnée par un homme qui partage son amour de la nature, elle n'a plus besoin de son univers de papier pour meubler sa solitude. Elle abandonne progressivement Peter Rabbit  et son cousin Jeannot Lapin pour se consacrer, avec son mari, à la vie rurale et à l'élevage de moutons.
À sa mort, le 22 décembre 1943, elle laisse au National Trust 14 fermes, 4 000 acres (16 km2) de terre, ses troupeaux de moutons Herdwick et, bien sûr, ses lapins, qui, affirmait-elle, étaient les descendants du véritable Peter Rabbit.

dimanche 24 décembre 2017

Andy Warhol (1928-1987) - Christmas ornaments


Andy Warhol (1928-1987)
Christmas ornaments, 1956

Que voit-on ? Une nature morte  bien de saison  par le pape du pop art ! Amen !

Rappel biographique : On ne présente plus l'artiste américain Andy Warhol, pape du Pop art, (Pope of the pop), sujet de multiples expositions, livres, et films avant et depuis sa mort... Warhol est généralement reconnu comme l'un des très grands artistes du  20e siècle. Avec lui la nature morte peut prendre toutes les formes humoristiques imaginables (et même inimaginables!) des célèbres boîtes de Campbell soup à des oeufs en forme de pastilles colorées (déjà publiés dans ce blog), en passant par des trèfles à 4 feuilles traitées façon capucines et vendus en rouleaux de papier peint. Warhol iconoclaste adoré de son vivant par les grands de ce monde, les élites intellectuelles, les stars d'Hollywood et les riches aristocrates anglos saxons qu'il aimait malmené, était en fait un puritain, très religieux et assez " coincé "...
Tout commence pour lui au début des années 1960, lorsque publicitaire déjà  reconnu, il utilise dans ses dessins une technique directe sur du papier hydrofuge et repasse les contours avec de l'encre encore humide sur des feuilles de papier absorbant, en adoptant le vieux principe du buvard. Bien qu'à cette époque, beaucoup d'artistes soient illustrateurs publicitaires pour des entreprises, tous le font discrètement. Pour Warhol, c'est le contraire : il est tellement connu en tant que publicitaire que son travail artistique n'est pas pris au sérieux. Il présente dans une galerie quelques-unes de ses œuvres, mais c'est un échec. Reconsidérant alors son travail alimentaire et son travail de peintre, plutôt que de les opposer, il pense à les réunir. Il a l'idée d'élever les images de la culture populaire au rang de l'art élitiste, rejoignant ainsi les artistes du pop art, mouvement lancé à Londres au milieu des années 1950 par Richard Hamilton et Eduardo Paolozzi, qui l'expérimentent indépendamment les uns des autres. Si Roy Lichtenstein et Jasper Johns en sont les pionniers, Andy Warhol  en sera véritablement le pape.
En 1963, il adopte la technique qu'il utilisera pour ses œuvres les plus célèbres : la photographie sérigraphiée sur toile. 
Les photographies simplifiées en noir et blanc, sans gris, sont imprimées en sérigraphie sur la toile peinte de grands aplats de couleurs. Le motif est parfois reproduit plusieurs fois sur la toile, comme un motif de papier peint. C'est le stéréotype du pop art.
Ses motifs de prédilection sont des noms célèbres de marques déposées, le symbole du dollar, les visages de célébrités...  
Le thème des Comics, qui avait d'abord intéressé l'artiste, était déjà largement exploité  par le peintre Roy Lichtenstein qui en avait fait sa marque de fabrique. Jasper Johns avait choisi la typographie. Pour se démarquer, Warhol comprit qu'il devait lui aussi trouver sa marque. Ses amis lui ayant conseillé de peindre ce qu'il aimait le plus, il choisit de représenter les conserves de Campbell's Soup, pour sa première exposition majeure. Les boîtes de Campbell's Soup ouvertes ou neuves, rouillées, aux étiquettes déchirées, uniques ou multipliées, en séries, en damiers, seront le thème récurrent de Warhol. Pour lui, l'image, son pouvoir au sein de la société de consommation est en lien avec la mort. La répétition de la figure se rapporte souvent à son extinction. Le choix des sujets est en rapport avec cette obsession de la mort, y compris pour les toiles célèbres sérigraphiées de Marilyn Monroe (peintes après sa mort, notamment les Diptyque Marylin) ou de Liz Taylor (peinte alors que l'actrice était gravement malade), icônes reproductibles à l'infini qui deviennent des images de consommation.
Dans les dernières années de son œuvre, Warhol presque peintre officiel, appliquera son style à de nombreux portraits de commande, tout en continuant à expérimenter d'autres techniques picturales dans ses séries ShadowsOxydation paintings, et ses reprises de toiles de Botticelli ou de Léonard de Vinci.


samedi 23 décembre 2017

Jacques-Emile Blanche (1861- L'hôte 1942)



Jacques-Emile Blanche (1861-1942)
 L'hôte  (detail)

Que voit on ?  Ce tableau n'est pas une nature à proprement parlée mais contient dans la scène d'intérieur qu'il représente une nature morte soigneusement élaboré selon les règles du classicisme  avec un soin particulier apporté à décrire les plis impeccables de la nappe blanche.

Rappel biographique : Le peintre, graveur et écrivain français Jacques-Emile Blanche a été élevé dans une atmosphère parisienne de grand raffinement et il n'est pas un seul de ces tableaux qui n'en portent la marque.  Très vite qualifié de peintre mondain eut égard à la société parisienne choisie  que recevait ses parents et dans laquelle il s 'inséra très vite, sous la protection bienveillante du comte Robert de Montesquiou, Jacques-Emile Blanche peut être considéré comme un peintre autodidacte, exception faite de l'enseignement en pointillé qu'il reçut de la part d'Henri Gervex.
ll fréquentait le salon de Geneviève Bizet devenue ensuite Madame Strauss, bien connu du Tout Paris littéraire et artistique de l'époque qui comptait, entre autres, parmi ses membres Edgar Degas et Marcel Proust, dont Jacques Emile Blanche fit le portrait le plus célèbre, comme il le fit pour Audrey Bearsdley, Igor Stravinsky ou le Groupe des Six et Germaine Taillefer..
Il a peint  beaucoup de portraits de ses contemporains mais très peu de natures mortes toutes d'une grande simplicité et d'un raffinement consommé !  

vendredi 22 décembre 2017

Jean Fautrier (1898-1964) - Nature morte aux fruits,1926


Jean Fautrier (1898-1964)
Nature morte aux fruits, 1926
Collection privée

Que voit on ? Dans les tonalités sombres  et sourdes que Fautrier pratiquait à ses débuts : une seule pomme dans une assiette mêlant le feuillage de son branchage aux feuilles du décor même de l'assiette,  ajoutant au trouble du spectateur.

Rappel biographique : le peintre, sculpteur et graveur français Jean Léon Fautrier est, avec Jean Dubuffet, le plus important représentant du courant de  " l'Art Informel "  appelé aussi " Art Brut " ou   " Tachisme " . L’Art Informel regroupe à la fois le courant de l’abstraction lyrique avec ses techniques d’expressions essentiellement gestuelles, le matiérisme dont l’objet est de travailler les matières sur les surfaces de la toile, et par rapprochement, le spatialisme dont les recherches portent sur les dimensions de l’espace et du temps et sur la lumière. D’autres courants, comme le mouvement CoBrA, le Groupe Gutail’expressionnisme abstrait en Allemagnel’Action Painting de Jacskon Pollock aux Etats-Unis peuvent être rapprochés aussi de l'Art Informel.
Fautrier est aussi un pionnier de la technique des hautes pâtes.  Dès l'âge de 14 ans, il étudie l’art à la Royal Academy de Londres et  découvre les peintures de Turner qui l'impressionnent beaucoup. De retour en France, il est mobilisé en 1917. Gazé à Montdidier, il est définitivement réformé en 1921. Il expose dès 1921 des natures mortes et des portraits. En 1923, il rencontre Jeanne Castel, avec laquelle il vivra un certain temps. En 1924, première exposition personnelle et premières ventes ; l’année suivante, le marchand d’art Paul Guillaume lui achète quelques tableaux. C’est avec ce même Paul Guillaume que Fautrier passe un contrat d’exclusivité en 1927. Jusqu'en 1933 il se partage entre sculpture, peinture et gravures. Il réalise notamment des gravures pour l'édition illustrée de l'Enfer de Dante préparée par Gallimard, projet qui n'aboutira pas. Quelques unes de ses peintures sont exposées en 1945 à la Galerie Drouin, suscitant une vive admiration de l'intelligentsia parisienne. Le catalogue de l'exposition était préfacé par André Malraux. Dans les années qui suivent, Fautrier travaille à l'illustration de plusieurs ouvrages, parmi lesquels L'Alleluiah de Georges Bataille et enchaîne sur une série consacrée aux petits objets familiers. En 1950, il invente avec sa compagne,  Jeanine Aeply, un procédé complexe mêlant reproduction chalcographique et peinture, qui permet de tirer ses œuvres à plusieurs exemplaires, pour obtenir ce qu’ils appelleront des « originaux multiples ».
Jean Fautrier reste, au delà des modes et des mouvements, un très grand peintre français, injustement oublié dans ce début de 21e siècle.


jeudi 21 décembre 2017

Henri Matisse (1869-1954) - Nature morte sévillanne


Henri Matisse (1869-1954)
Nature morte sévillanne, 1911
Ermitage Museum, St. Petersbourg, Russia.

Que voit on ? Un intérieur espagnol où les tissus et leurs impressions denses en couleurs et mouvements, l'emportent sur les éléments classiques de la nature morte eux mêmes à savoir ici : un pot de fleurs et un compotier, à peine discernables sur la table basse... 



Rappel Biographique : Le peintre français Henri Matisse, chef de file du Fauvisme et figure majeure de l'art du 20e siècle a peint tout au long de sa vie un très grand nombre de natures mortes dans des styles aussi différents que les périodes qu'il a traversées. Il aimait particulièrement ce genre à tel point qu'une de ses toutes premières peintures connues, actuellement conservée au Musée Malraux du Havre (France) est une nature morte, Nature morte au pichet peinte en 1896-97. Les animaux marins, les poissons et les mollusques dont les huitres, fréquents chez Matisse, sont toujours des signes de son évolution vers une peinture simplifiée et synthétique. Son maître, Gustave Moreau lui avait dit avec clairvoyance et d’un léger ton de reproche : « Vous allez simplifier la peinture… » ou encore, « Vous n’allez pas simplifier la peinture à ce point-là, la réduire à ça. La peinture n’existerait plus… ». Il a aussi beaucoup regardé les estampes d’Hiroshige ou d’Hokusaï, dont on retrouve souvent  l’influence chez lui dès lors qu'il s 'agit de peindre la mer et les poissons, mais pas seulement...

mercredi 20 décembre 2017

John Stewart (1919-2017)


John Stewart (1919-2017)
Hommage à Zurbaran, 1994
Private collection

Que voit on ? Cet hommage à Zurbaran, dans la même veine que ceux que ce photographe rendit à Chardin, en reprend pas forcément à l'identique les elements des tableau des maitres, mais cherche à en retrouver l'esprit. Seules éléments identiques à ceux de certaines natures mortes de Zurbaran : la carafe d'eau et le citron dont l'écorce pelée a été soigneusement découpée comme pour mettre en exergue la symbolique de l 'amertume de la vie qui s'écoule inexorablement.

Rappel biographique : John Stewart est né à Londres en 1919 puis a été élevé à Paris. En 1951, sa rencontre avec Henri Cartier-Bresson, lors de l’inauguration de la Chapelle de Matisse à Vence marque  «l’instant décisif» de sa vie de photographe. Il se remettait alors de six années de guerre dans l’armée britannique, dont trois ans et demi dans des camps de prisonniers japonais en Thaïlande sur la Rivière Kwai.  II devait sa survie à l’apprentissage de la langue japonaise, qui lui permit d'acquérir le statut de prisonnier-interprète, moins pénible que celui de manœuvre. Son endurance morale, sa résilience, même se résume dans ce conseil :  " Quoique qu’il se passe, ne jamais perdre l’émerveillement d’être en vie et toujours rester en mesure de se dire, aujourd’hui j’ai vu ou senti ceci, que je n’aurais jamais pu connaître auparavant ".  Avant le milieu des années 50, fort de sa passion pour la photographie, il part s'installer à New York où il devient rapidement, aux côtés de Richard Avedon et d’Irving Penn, l’un des collaborateurs d’Alexey Brodovitch pour le prestigieux magazine de mode Harper’s Bazaar. Puis c'est la revue Fortune qui fait appel à lui et lui permet de photographier des personnalités aussi diverses qu'Andy Warhol ou Muhammnad Ali. Dans les années 50 toujours, à la demande de Diana Vreeland et d’Alex Liberman,  il travaille plusieurs années pour un autre grand magazine de mode, celui de de Condé Nast cette fois ci, Vogue, dont c'est véritablement dans ces années là, la période d'or.
Une deuxième aventure asiatique s'offre à lui quand on lui propose le poste de conseiller technique pour le film Le Pont sur la Rivière Kwai tourné au Sri Lanka. C’était le début de nombreux voyages en Asie – une année entière au Ladakh, la remontée de la Rivière Kwai et l’entrée en Birmanie avec les « guerilleros », deux mois dans une province du Tibet interdite aux étrangers, et en 1996 l’établissement d’une organisation caritative (ONG) avec Michèle Claudel au Cambodge.
En 1976, après 20 années de photographie de reportage, de mode et de publicité aux Etats-Unis et en France, John Stewart change de braquet et décide de développer un travail plus personnel.
De retour en France, tournant résolument le dos à la photographie en couleur qui fit sa réputation dans les magazines, il se passionne pour la nature morte et devient un maître du noir et blanc et des tirages d’art avec l’aide de la famille Fresson, dont la technique de tirage au charbon contribue largement au rendu unique de ses natures mortes. Le tirage au Charbon a été élaboré en 1890 par Michel Fresson. qui  utilisait, comme pigment, le pied de vigne calciné plutôt que les sels d’argent, base de toute la photographie jusqu’à l’arrivée du numérique.  Sa pratique requiert un long travail (trois jours pour sortir un tirage 60x80 cm), et une étroite collaboration entre le photographe et  le tireur pour arriver à un résultat d’une résonance et d’une richesse caractéristiques du “charbon”. Ces tirages qui ne sont pas sensibles aux rayons ultra-violets et qui sont stables en dépit de leur exposition au soleil, dépendent en revanche énormément du “coup de main” et des conditions météorologiques, si bien il est impossible d’obtenir une constance absolue. C'est ce qui rend chacun de ces tirages unique. A partir de ce moment là, pour John Stewart, les expositions se succèdent rapidement : la première à NewYork, la deuxième à la Bibliothèque Nationale de France à Paris, en 1976,  puis son travail est montré à Genève, Shanghai, Hong Kong, Londres...  Le Metropolitan Museum de New York à été le premier musée à lui acheter des tirages. Les oeuvres de John Stewart sont désormais exposées dans plus de 60 musées et galeries dans le monde. En 2004, Jan Krugier a présenté ses images à la FIAC et la Galerie Acte 2 a organisé une rétrospective de son œuvre en 2008. Il a également été exposé en 2009 à la Galerie Pia Pierre à Shanghaï, à la Galerie Binôme, au Art Fair de San Francisco, à Art Basel Miami et à Genève en 2010. La même année, la Gallery Tristan Hoare de Londres lui a organisé une rétrospective. Il a également exposé en 2014 à la Galerie Anne Clergue une série de " Véroniques" qui sont une référence directe à l'œuvre de Zurbaran.



mardi 19 décembre 2017

Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779) - Le buffet

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Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779)
Le buffet, 1728 
Musée du Louvre, Paris

 Que voit on ? « Par exception, l'Académie agréa et reçut Chardin le même jour, au vu de cette toile et de La raie. Ambitieuse par ses dimensions et l'accumulation d'objets de texture différente, cette œuvre se situe dans la tradition des buffets de Desportes. La description d'animaux vivants - un chien et un perroquet - est un fait rare chez l'artiste. » (Notice musée du Louvre)

Rappel biographique : Jean-Baptiste-Siméon Chardin est considéré comme l'un des plus grands peintres français et européens du 18e siècle. Célèbre pour ses scènes de genre et ses pastels, il est aussi reconnu pour ses natures mortes dont il reste le maître incontesté. D'après les frères Goncourt, c'est Coypel qui en faisant appel à Chardin pour peindre un fusil dans un tableau de chasse, lui aurait donné le goût pour les natures mortes. A partir du Salon de 1748, Chardin expose de moins en moins de scène de genre, il multiplie désormais les natures mortes. Ce retour à ce type de peinture va durer une vingtaine d'années. Il est difficile de donner des raisons à ce changement de cap. On sait que pendant cette période la vie de Chardin est en pleine mutation. Il se remarie, il reçoit une pension du roi. Il est désormais à l'abri du besoin. Ces deux tableaux de réception à l'Académie Royale de peinture sont tous deux des natures mortes, La Raie et Le Buffet qui se trouvent aujourd'hui au Musée du Louvre (salle 39) . Chardin devient ainsi peintre académicien « dans le talent des animaux et des fruits », c'est-à-dire au niveau inférieur de la hiérarchie des genres alors reconnus. Et c'est sans aucun doute Chardin qui va lui donner ses lettres de noblesse et en faire un genre pictural égal, voire même supérieur à bien des égards, aux autres.
Les natures mortes qu'il peindra à partir de 1760 sont assez différentes des premières. Les sujets en sont très variés : gibier, fruits, bouquets de fleurs, pots, bocaux, verres...  Chardin semble s'intéresser davantage aux volumes et à la composition qu'à un vérisme soucieux du détail, ou aux effets de trompe-l'œil. Les couleurs sont moins empâtées. Il est plus attentif aux reflets, à la lumière : il travaille parfois à trois tableaux à la fois devant les mêmes objets, pour capter la lumière du matin, du milieu de journée et de l'après-midi. On peut souvent parler d'impressionnisme avant la lettre.
Chardin cherchait à reproduire la matière, ces fruits semblent aussi vrais que nature, Diderot s'extasiait devant ce réalisme dans son compte-rendu du Salon de 1759 : " Vous prendriez les bouteilles par le goulot si vous aviez soif ". ou encore en 1763, " C'est la nature même; les objets sont hors de la toile et d'une vérité à tromper les yeux. (...)
 Pour regarder les tableaux des autres, il semble que j'ai besoin de me faire les yeux ; pour voir ceux de Chardin, je n'ai qu'à regarder ce que la nature m'a donné et   m'en bien servir ".
" O Chardin ! ce n'est pas du blanc, du rouge, du noir que tu broies sur ta palette: c'est la substance même des objets, c'est l'air et la lumière que tu prends à la pointe de ton pinceau et que tu attaches sur la toile ".

2017 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau, #AStillLifeCollection, #NaturesMortes 

lundi 18 décembre 2017

Johannes Leemans (1633-1688)


Johannes Leemans (1633-1688)
A trompe l 'oeil still life with hunting paraphernalia hanging on a wall, 1666.
Private collection 

Que voit on ? Le mot  "paraphernalia" qui se  traduit en français par "attirail" décrit donc ici celui - au grand complet -  du chasseur  émérite et réunit sur un mur les diverses cors et cornes et chasse, les flèches, les besaces et autres piques et cordes...  le tout dans un habile trompe-l'oeil, spécialité de ce  grand maitre flamand de l'âge d'or.

Rappel biographique : Le peintre néerlandais  Johannes Leemans (1633-1688)  appartient au Siècle d'or de la peinture néerlandaise.  Il fut extrêmement célèbre de son vivant et mena une existence très confortable grâce à son commerce de trompe-l'oeil à sujets d'attirail de chasse, de cages à oiseaux et d'armurerie. Johannes Leemans était également un marchand de vin réputé. Il a vécu et travaillé à La Haye, où il faisait partie des notables de la ville. Certaines de ses natures mortes pouvaient très largement prêter à double interprétation et devait fournir, entre chasseurs, des sujets de plaisanteries et de moqueries inépuisables...

samedi 16 décembre 2017

Laure Albin-Guillot (1879-1962) - Bibliophilie 1947


Laure Albin-Guillot (1879-1962) 
Bibliophilie 1947 
Tirage au charbon, signé

Que voit on ? une photographie qui s'inspire de près des grandes compositions de natures mortes livresques  qui ont parsemé l'histoire de la Nature morte du 16e au 19e siècle.  Laure Albin Guillot revendique sans aucun complexe cette parenté qu'elle adapte à sa manière en lui conférant une nostalgie et une légèreté nouvelle avec ces pages suspendues dans l'air vibrant et que l'on dirait en mouvement. 

Rappel Biographique : Laure Albin Guillot, un ”nom sonore qui devait devenir fameux”, peut-on lire au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le paysage photographique français de ce milieu de siècle est en effet singulièrement marqué  par l’aura de cette artiste qui, de son vivant, fut certainement la plus exposée et reconnue, non seulement pour son talent et sa virtuosité mais aussi pour son engagement professionnel.
Dans le monde artistique français des années 1920 à 1940, où la modernité et la production d’avant-garde connaissent les faveurs du goût contemporain, la photographie de cet artiste semble relever d’une tradition à contre–courant. C’est pourtant cette photographie, incarnant le classicisme et un certain ”style français”, qui fut largement célébrée à l’époque.
Si ses photographies sont incontestablement très en vogue dans l’entre-deux-guerres, sa personnalité reste aujourd’hui une énigme. Car, paradoxalement, peu d’études ont été consacrées à l’œuvre et à la carrière de cette artiste.
Ses premières œuvres apparaissent dans les salons et les publications au début des années 1920, mais c’est essentiellement au cours des années 1930 et 1940 que Laure Albin Guillot, artiste, professionnelle et figure institutionnelle, occupe et domine la scène photographique. Photographe indépendante, elle se consacre à des genres variés comme le portrait, le nu, le paysage, la nature morte et, dans une moindre mesure, le reportage. Technicienne hors pair, elle élève la pratique jusqu’à un certain élitisme. Photographe de son temps, elle utilise les nouveaux modes de diffusion de l’image et fournit à la presse et à l’édition des illustrations et des créations publicitaires.
Elle est notamment l’une des premières en France à envisager l’application décorative de la photographie par ses recherches formelles avec l’infiniment petit. Avec la photomicrographie, qu’elle renomme “micrographie”, Laure Albin Guillot offre ainsi de nouvelles perspectives créatrices combinant science et arts plastiques.
Enfin, à la fois membre de la Société des artistes décorateurs, de la Société Française de Photographie, directrice des archives photographiques de la Direction générale des Beaux-Arts (ancêtre du ministère de la Culture) et premier conservateur de la Cinémathèque nationale, présidente de l’Union Féminine des Carrières Libérales, elle apparaît comme l’une des personnalités les plus actives et les plus conscientes des enjeux photographiques et culturels de son époque.

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vendredi 15 décembre 2017

Lucian Freud (1922-2011) - Still Life with Aloe

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Lucian Freud (1922-2011)
Still Life with Aloe (1949-50)
Tate Britain

 Que voit on ? Sur un entablement constitué d'une feuille de papier blanc : un hareng séché et son ombre portée et, en parallèle, plus haut sur la feuille, une jeune pousse d 'aloe vera et son ombre portée. une similitude évidente entre ces deux éléments de deux genres très différents, l'un animal et l'autre végétal.

Rappel biographique : Petit fils de Sigmund Freud,  l'inventeur de la psychanalyse, le peintre britannique Lucian Freud est considéré comme un des peintres figuratifs les plus importants du 20e siècle. C'est aussi l'un des plus exemplaires grâce à un style à la fois réaliste, acéré et presque caricatural. Surtout connu pour ses portraits, dont celui de la reine Elizabeth II, il a peint aussi quelques nature mortes en soulevant le défi d'être à la fois d'un absolu modernisme et d'un grand classicisme.

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jeudi 14 décembre 2017

Justine Reyes (bn1978),


Justine  Reyes (bn.1978) 
Still Life with Bread and Pennies Still Life with Cherries and Fan

Que voit-on ?  La photographe décrit dans le titre de cette nature-morte  une patisserie (Bread and Pennies) qui n'est en réalité pas montrée. Elle est remplacée en l'occurrence par les mèches de cheveux d'une perruque blonde enroulée dans une  boite à thé ! Pour le reste, l'éventail et les cerises correspondent bien  à la description de cette composition très hétéroclite comme c'est l'habitude chez cette artiste. 

Rappel biographique : La photographe américaine Justine Reyes, vit et travaille à New York. Son travail depuis 2000 s'emploie à renouveler l'art de la nature morte en y introduisant des sujets très typiques de notre époque et en les mettant en scène dans un style hyper classique à mi-chemin entre celui des maîtres hollandais du 17e et des grands peintres américains de natures mortes des 18e et 19e siècle. Elle est diplômée en art de l'université de Syracuse et du San Francisco Art Institute et ses ouvres sont déjà présentes dans de nombreuses prestigieuses collections aux Etats-Unis.  

mercredi 13 décembre 2017

Le Corbusier (1887-1965)


 Charles-Édouard Jeanneret dit Le Corbusier (1887-1965) 
Nature morte aux nombreux objets

 Que voit on ? Beaucoup de contenants (bouteilles, tasse, coupe, carafes, verres) dans les objets décrits par Le Corbusier dans cette composition très architecturé  (mais pas très rationnelle), reflet d'une époque où la géométrie semblait vouloir l'emporter sur tout le reste.   Ce que l'on pourrait rétrospectivement relever de plus négatif dans ce  type de nature morte c'est tout de même son manque absolu de poésie!

Rappel biographique : L'architecte et urbaniste français d'origine suisse, Charles-Édouard Jeanneret-Gris plus connu sous le pseudonyme de Le Corbusier fut aussi peintre, sculpteur, décorateur et hommes de lettres, reléguant très loin la sempiternelle incompatibilité entre architecte et artiste ! Dans le domaine de l'architecture il est l'un des principaux représentants du mouvement moderne avec Ludwig Mies van der RoheWalter GropiusAlvar Aalto...
En même temps que sa pratique architecturale, Le Corbusier n'a de cesse de nourrir sa réflexion par une pratique régulière des arts plastiques. Son premier « voyage d'Orient » le fait passer par Vienne où il rencontre entre autres Gustav Klimt. Sa collaboration avec Amédée Ozenfant est féconde (l'esprit nouveau, le purisme, etc.) de même que celle qu'il entama avec Fernand Léger,  Pablo Picasso et Georges Braque. Après 1917, il ne cesse jamais de peindre. Malgré une trentaine d'années de mise entre parenthèses de son activité picturale en France (1923-1953),  il participe à de nombreuses expositions à l'étranger. Dès 1940, il se lance dans la peinture murale.
Le dessinateur instaure des partenariats en ce qui concerne la sculpture après 1947 et les tapisseries à partir de 1948.  Après 1950, il s'intéresse aux collages. Dans l'atelier de Jean Martin, à partir de 1953, il grave des émaux sur tôle d'acier. La diffusion de ses lithographies est immense. Sa production  de dessins, d'aquarelles et de toiles est gigantesque.   Quelques natures mortes parsèment cette oeuvre considérable, dont certaines ont servi de cartons pour des tapisseries réalisées dans les ateliers d'Aubusson. 

mardi 12 décembre 2017

Karl Blossfeldt (1865-1932)


Karl Blossfeldt (1865-1932)
 Chrysanthemum carinatum, 1921

Que voit on ? Une photo d'une variété de chrysanthème qui aurait pu tout a fait inspiré la facture d'une ornement architectural  d'un des extravagants immeubles qui se construisaient au début du 20e siècle.

Rappel biographique : Karl Blossfeldt  est un photographe allemand. Représentant de la Nouvelle Objectivité (Neuen Sachlichkeit), surtout connu pour son inventaire des formes et des structures végétales fondamentales. On peut comparer le résultat de son travail à celui d'un herbier... mais photographique. Dans la préface de son livre Wundergarten der Natur, Blossfeldt écrit :
« Les documents imagés parlent d'eux-mêmes. »
 « Mes documents sur les plantes doivent participer au rétablissement du lien avec la Nature. Ils devraient réveiller à nouveau le sens pour la Nature, indiquer les trésors riches dans la nature et favoriser l'observation de notre faune locale. »
L'image de la plante est agrandie entre 12 et 45 fois, а partir du négatif pris lui à l'échelle 1:1. Techniquement, les plantes devaient rester immobiles car le temps de pose était long. Blossfeldt s'est donc servi d'un coffrage en vitres placé autour de l'objet à photographier. Les reflets apparaissant sur l'image étaient supprimés durant le développement. Certaines photos comportaient des erreurs, mais il les conservait quand même dans sa collection. Ensuite, la photo était convertie en diapositive. Il a également utilisé des plantes synthétiques pour renforcer les contrastes de certaines images.
Il a utilisé une chambre photographique dite aussi chambre noire qu'il a probablement construite lui-même. Les négatifs ont plusieurs formats : 6x9, 9x12, 13x18, et plus rarement 9x18. Les plaques en verre étaient enduites généralement d'émulsions orthochromatiques plus rarement panchromatiques. C'est pourquoi les images des plantes sont si précises.


lundi 11 décembre 2017

Juriaen van Streeck (1632-1687)



Juriaen van Streeck (1632-1687) 
Nature morte aux agrumes (1670)
Hermitage museum, Saint Petersbourg, Russia 

Que voit on ?  Cette composition très classique de l'âge d'or de la nature morte a un peu souffert de ces conditions de conservation, s'est assombrie sous le vernis et n'a pas été restaurée. On y perçoit malgré tout l'éclatante vivacité des rouges, des oranges et des jaunes de même que la subtilité intacte du jeu des reflets dans les verres, le verre de vin blanc contenant le reflet de la fenêtre opposée à la scène comme la tradition le voulait à cette époque.

Rappel biographique : Le peintre néerlandais Juriaen van Streeck appartient à la période de l'âge d'or de la nature morte hollandaise. On a peu de renseignements sur lui ; on ignore même sa date exacte de naissance que l'on suppose être 1632. L'existence de Van Streeck n'est clairement documentée qu'à partir de 1653 à à Amsterdam où il semble avoir été actif toute sa vie.... ou en tout cas jusqu'en 1680, où il abandonne la peinture pour devenir aubergiste. Bien qu'il soit connu aujourd'hui principalement comme un peintre de natures mortes,Van Streeck a peint plusieurs portraits qui sont répertoriés dans les achats d'éminents bourgeois d'Amsterdam. Aucun de ces portraits n'est parvenu jusqu'à nous, (à la notable exception de celui d'un jeune homme noir contenu dans Nature morte aux pêches et citrons publiée dans ce blog) mais la liste des citoyens qui les avaient acquis est suffisamment prestigieuse pour témoigner de sa notoriété de son vivant. Ces natures mortes comportent toutes sortes d'objets, qui n'ont pas forcément une signification symbolique mais sont plutôt prétexte à étudier, à capter le jeu des ombres, des lumières et des reflets  sur les matières. 


dimanche 10 décembre 2017

Mabel Pye (1894-1982) - Shadow Patterns 1936

Mabel Pye (1894-1982) Shadow Patterns 1936 Private collection

Mabel Pye (1894-1982)
Shadow Patterns 1936
Private collection 

 Que voit on ? Plus que les fleurs de lys s'épanouissant allègrement dans ce vase de toilette, c'est leur ombre portée sur la surface où il est posé que Mabel Pye a choisi de travailler comme une représentation abstraite qui se rapproche beaucoup des motifs de l'art aborigène. Ce faisant cette grande peintre australienne allie deux représentations d'un même objet : la représentation classique si l'on peut dire des fleurs dans le haut de la composition, et une représentation plus en phase avec ce qu'elle a pu observer dans l'environnement graphique du continent australien.

Rappel biographique  :  Née à Melbourne en 1894, Mabel Pye  a fait ses études à la National Gallery School  avec Bernard Hall. Elle a fréquemment exposée ses gouaches et ses tissus peints à Victoria. Ses oeuvres dont conservées à l' Australian National Collection à Canberra et dans plusieurs autres galeries nationales australiennes ainsi que dans de prestigieuses collections privées à travers le monde.

samedi 9 décembre 2017

Maurice de Vlaminck (1876-1958) - Nature morte à la cafetière rouge


Maurice de Vlaminck (1876-1958)
Nature morte à la cafetière rouge
Collection privée

Que voit on ? Sur cette table très chargée de fruits, de linges et d'objets divers, une explosion de rouges et de bleus complémentaires autour de la cafetière centrale, véritable coeur ardent du tableau. Ne l'est-il pas d'ailleurs  de toutes les maisons, ce coeur ardent de la cafetière au breuvage brûlant par les petits matins d'hiver ?

Rappel biographique : Le peintre français Maurice de Vlaminck s'est illustré dans les courants Fauviste et Cubiste. Peintre de figures, portraits, nus, paysages, paysages animés, paysages urbains, intérieurs, natures mortes, fleurs et fruits, peintre à la gouache, aquarelliste, graveur, dessinateur et illustrateur, il fut aussi écrivain et publia vingt-six livres, romans, essais et recueil de poèmes. Ses natures mortes quelquefois très inspirées de celles de Cézanne sont des explosions de couleurs et de formes qui font assez souvent de lui, un peintre abstrait avant la lettre.

vendredi 8 décembre 2017

Philippe Rousseau (1816-1887) - Nature morte aux huitres et au verre de vin blanc


Philippe Rousseau (1816-1887)
Nature morte aux huitres et au verre de vin  blanc

Que voit-on ?  Ce que décrit le titre : quatre huîtres et un verre de vin blanc, sujet fréquemment traité par ce peintre et dont il existe aussi une version avec un verre de vin rouge, célèbre pour avoir fait partie des biens français saisis par les Nazis puis récupérés après la guerre, mais dont on a jamais retrouvé les propriétaires. Celle-ci est d'une facture beaucoup plus classique. La sobriété qui se dégage de l'ensemble frappe le spectateur : le couteau posé sur le verre de vin blanc ; la fraicheur du breuvage lui-même ; les reflets sans effets des huîtres...  une simplicité accentuée par la tendance  monochrome de la palette que seule une coquille de moule renversée vient briser d'un éclat bleuté au premier plan droit.

Rappel biographique : Philippe Rousseau est un peintre français, élève d'Antoine-Jean Gros et de Jean-Victor Bertin à l'Ecole des beaux-arts de Paris. Il débute comme paysagiste, puis peint des natures mortes et des sujets animaliers. Il expose au Salon à partir de 1834.
Le succès lui vint à partir de 1840 avec ses illustrations des Fables de La Fontaine notamment.
Par la suite, l'afflux de commandes l’incitère à diversifier son propos. Ses natures mortes, deviennent plus ambitieuses  tout en restant  des pastiches des Hollandais du XVIIe siècle,   oscillant toutefois entre intimisme hérité de Chardin, grande fraicheur du traitement et pompe académique. Philippe Rousseau n’en reste pas moins un de ces peintres du XIXème qui a revalorisé le terme réducteur de Nature Morte. Il connut un réel succès en son temps avec des récompenses aux Salons, des commandes de la cour impériale française ou encore du Baron James de Rothschild (un de ses principaux mécènes) et l'admiration de Baudelaire.
En 1845, Charles Baudelaire écrit : « M. Philippe Rousseau dont chacun a souvent remarqué les tableaux pleins de couleurs et d'éclat, est dans un progrès sérieux. C'était un excellent peintre, il est vrai ; mais maintenant il regarde la nature avec plus d'attention, et s'applique а rendre les physionomies. J'ai vu dernièrement, chez Durand-Ruel, des canards de M. Rousseau qui étaient d'une beauté merveilleuse, et qui avaient bien les moeurs et les gestes des canards ».
Aujourd'hui particulièrement bien représenté dans les collections privées et publiques néerlandaises, Philippe Rousseau qui a enfin récupéré son statut de grand peintre, se trouve conservé au Musée Orsay à Paris, au Metropolitan de New-York, à Munich et dans beaucoup de musées des beaux-arts comme Lyon, Rouen, Compiègne, Lille... qui lui sont toujours restés fidèles.
 
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2017 - A Still Life Collection
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jeudi 7 décembre 2017

Mu Qi Fachang (1210-1269)


Mu Qi Fachang (1210-1269)
Six kakis 
Encre sur papier 

Que voit on ?  Cette magnifique et très célèbre nature morte dont la modernité pourrait faire douter qu'elle ait été peinte au 13e siècle est l'oeuvre d'un moine bouddhiste en même temps qu'une sorte de manifeste de l'esthétique Zen qui est bien d'origine chinoise (Chan en chinois) et non d'origine japonaise comme on a tendance à le penser aujourd'hui. Parmi les six kakis représentés on notera différents degrés de maturation, le fruit  qui est au centre du tableau étant le plus mûr donc le plus propre à la consommation, les fruits qui sont aux extrêmes étant les moins mûrs donc les moins consommables. 

Rappel biographique :  Le moine bouddhiste et peintre chinois connut sous le nom de Mu Qi Fachang vécut à la fin de la dynastie Song du Sud. Beaucoup d'imprecisions sur sa biographie et son parcours où tout doit être mis au conditionnel. Son nom de famille pourrait éventuellement  être Xue, Muqi étant un  pseudonyme, et Fachang son nom monastique. Il est possible qu'il soit originaire du Sichuan. Une peinture le représentant porte la mention : « moine de Shu » (Sichuan). Il semblerait qu'il ait étudié  au monastère Wan-nian sur le mont Wutai et qu'il ait été  un disciple de Wuzhun Shifan (1178-1269).  Ce monastère fut un des hauts lieux de la peinture chinoise monochrome à l'encre inspirée par le bouddhisme Chan (Zen). Le chef-d'oeuvre de Muqi est le Guanyin vêtu de blanc dont une copie est conservée dans le temple Daitokuji à Kyoto  (Japon). Cette peinture et d'autres ont eu une profonde influence sur le développement futur de la peinture à l'encre en Chine mais aussi jusqu'au Japon même. Les oeuvres de Muqi couvrent une large gamme de sujets :  portraits, paysages et natures mortes.



mercredi 6 décembre 2017

Fernando Botero (né en 1932)


Fernando Botero (né en 1932)
Still-life with orangeade (1987)
Collection privée

Que voit on ? Des fruits exotiques dont une pastèque ; des oranges coupées ou entières ;  un saladier aux formes arrondies et généreuses contenant des bananes, des pamplemousses et des citrons reposant sur un lot de grappes de raisins ; deux verres d'orangeade dont un avec une paille et une bouteille qui semble contenir autre chose que l'orangeade. Un couteau posé en équilibre sur la table prés d'une fil rose indique (comme dans les natures mortes de l'ancien monde) le sens de la perspective. Le tout est posé sur une nappe rose arrangée en drap-plissé sur une partie de la table dont le bois est apparent et peint en trompe-l'oeil.

Rappel biographique : Fernando Botero, né à Medellin est un aquarelliste et sculpteur colombien surtout connu pour ses personnages aux formes rondes et voluptueuses inspirées de l'art précolombien qu'il présente pour la première fois au public en 1958 au Salon des artistes colombiens (Salуn de Artistas Colombianos)  et qui lui valent de remporter le Premier prix, sa Nature morte à la mandoline, datant de 1957, constituant la première manifestation de son oeuvre inspirée de l'art précolombien et populaire. S'étant lui-même surnommé ironiquement « le plus colombien des artistes colombiens », il est l'un des rares peintres d'Amérique du Sud à connaître un  succès international de son vivant. Ses sujets de prédilection sont  les natures mortes, les nus féminins, les portraits de famille, les scènes de tauromachie ou celles de la vie quotidienne de la société colombienne. Botero introduit également des thèmes plus graves dans son œuvre, tels que la violence en Colombie ou les tortures subies par les prisonniers de la prison d'Abou Ghraib.
Lors de sa carrière, Fernando Botero fait souvent don des œuvres qu'il a réalisées. Le musée de Zea à Medellín ouvre une nouvelle salle portant le nom de salle Pedro Botero qui contient seize œuvres données par l'artiste colombien en souvenir de son fils décédé lors d'un accident de la route. En 1984, il fait don de plusieurs sculptures au musée d'Antioquia de Medellín et de dix-huit peintures au Musée national de Bogota. Il fait également un don issu de sa collection privée aux villes de Bogota et de Medellín en 2000. Cette collection comprenait plus de deux cents peintures, dessins et sculptures de Botero ainsi qu'une centaine d'œuvres de divers artistes tels que Picasso, Monet, Renoir, Matisse, Henry Moore, etc.
En 2012, Botero fait don au musée d'Antioquia des toiles et des dessins composant l'exposition « Via crucis : la passion du Christ », soit 27 peintures à l'huile et 34 dessins. Ce nouveau don fait au musée d'Antioquia permet à cet établissement d'être celui ayant le plus grand nombre d'œuvres de l'artiste avec un total de 187 œuvres, en comptant les toiles, les dessins et les sculptures.
Son épouse actuelle, Sophía Vári, est également peintre et sculpteur de statues monumentales.
Le couple Botero vit et travaille aujourd'hui à Paris (France), mais aussi à New York et à Pietrasanta, près de Lucques, en Toscane (Italie).

mardi 5 décembre 2017

Evert Collier (1640-1708) - Still-Life With Inkstand and Books

Evert Collier (1640-1708)  Still-Life With Inkstand and Books (1702)


Evert Collier (1640-1708) 
Still-Life With Inkstand and Books (1702)

Que voit-on ? Un sujet assez peu abordé dans les natures et encore plus dans les vanités : la politique et l'impermanence de sa condition. Ici au premier plan : un discours de Sa Majesté la Reine (des Pays Bas) devant le Parlement ; à droite un imposant ouvrage de description du monde tel qu'il était au 17e siècle et des ses 4 continents alors connus ; sur la gauche : une feuille de papier écrite de la même belle écriture que le reste et qui avertit le spectateur : "Vita brevis, Ars longa "  (La vie est brève, les Arts pérennes"). La bougie éteinte au milieu des encriers, porte un témoignage supplémentaire de la  fragilité des connaissances humaines.

Rappel biographique : Evert Collier est un peintre de natures mortes et de trompes-l'oeil de la fin de la période de l'âge d'or hollandais. Plusieurs orthographes existent pour son prénom et son nom, ce qui en rend l'identification mal aisée : le prénom est parfois orthographié Edward ou Edwaert ou Eduwaert ou Edwart et son nom est parfois orthographié Colyer ou Kollier.
Evert Collier a été formé à Haarlem. Ses premières peintures montrent l'influence très nette de Vincent Laurensz van der Vinne, membre de la Haarlem Guilde de Saint-Luc dès 1649, qui a probablement été son professeur lorsque Collier a été inscrit lui-même dans cette Guilde de Haarlem en 1664. Ils ont tous deux plus tard influencé le peintre de natures mortes Barend van Eisen. Collier a vécu et travaillé à Leyde, à Amsterdam et enfin à Londres où il a terminé sa carrière et où il est enterré. Ses natures mortes, principalement constituées d'objets partagent la caractéristique d'être avant tout spectaculaires et fastueuses, quel que soit le sujet traité.

lundi 4 décembre 2017

Charles Demuth (1883-1935) ) - Still Life with Apples and a Green Glass

Charles Demuth (1883-1935) Still Life with Apples and a Green Glass (1925) Watercolor over pencil on paper. The Art Institute of Chicago

Charles Demuth (1883-1935)
Still Life with Apples and a Green Glass (1925)
Watercolor over pencil on paper.
The Art Institute of Chicago

Que voit on ? ce que décrit le titre. Les spécialistes des aquarelles noteront les utilisations subtiles de la réserve (le papier sans couleur ajoutée) pour signifier les reflets, tantôt sur la peau même des fruits, tantôt au bout de leurs pédoncule, sur le verre et sur la nappe.

Rappel biographique : Charles Demuth est un peintre et photographe américain, principal représentant, avec Charles Sheeler, du mouvement précisionniste ou cubo-réaliste. Il s'intéresse essentiellement à la représentation cubiste de sujets urbains et industriels. Son style est caractérisé par des formes simplifiées et écrasées, traversées par des lignes de force qui rythment la composition.
Charles Demuth a longtemps vécu avec sa mère à Lancaster, en Pennsylvanie, dans la maison qui est aujourd'hui le Demuth Museum.
Diplômé de la Franklin & Marshall Academy en 1901, il étudie ensuite à la Drexel University en 1903 et 1904 puis à la Pennsylvania Academy of Fine Arts de Philadelphie dont il est diplômé en 1910. Il y est l'élève de William Merritt Chase et y rencontre William Carlos Williams avec qui il restera ami toute sa vie. Entre 1907 et 1913, il effectue plusieurs séjours à Paris où il étudie à l'Académie Colarossi et à l'Académie Julian. Il y découvre le cubisme et y rencontre Marsden Hartley qui l'introduira auprès d'Alfred Stieglitz. En 1912, il rencontre Robert Locher, lui aussi de Lancaster, avec qui il reste jusqu'à la fin de sa vie.
Vers 1915, il rejoint le groupe avant-gardiste d'Alfred Stieglitz et expose dans sa galerie, le 291. Il réalise de nombreuses illustrations de livres puis se tourne vers l'aquarelle. Dans les années 1920, sa série de portraits, collages d'objets, de lettres et de chiffres, annonce les réalisations à venir du pop art. De santé fragile, Charles Demuth boite depuis l'âge de cinq ans et se déplace avec une canne. Il meurt de complications diabétiques à 51 ans.
 
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2017 - A Still Life Collection
Un blog de Francis Rousseau