lundi 17 décembre 2018

Constantin Gorbatov (1976-1945) - Still life by the window in Capri



Constantin Gorbatov (1976-1945)  
Still life by the window in Capri 
Private owner

 Que voit-on ? Un hommage ensoleillé et subtil au jeu des ombres et des lumières de l'Italie et à l'atmosphère magique de Capri. Cette nature morte met en scène à peu près toutes les sortes de  cucurbitacées que l'on peut trouver, de la citrouille à  la courge,  toujours appréciées des peintres pour la variété des couleurs et des textures qu'elles offrent. 

Rappel biographique : Constantin Ivanovitch Gorbatov (Константин Иванович Горбатов) est un peintre post-impressionniste russe.  En 1895, il entre  à l'École centrale de dessin technique du baron Stieglitz à Saint-Pétersbourg, puis il est admis en 1896 au département de construction de l'École polytechnique de Riga et continue d'étudier la peinture à l'atelier de John Clark.
En 1912, Gorbatov s'installe  à Rome en tant que pensionnaire de l'académie des arts. Il travaille d'abord dans la Ville éternelle, puis à l'invitation de Gorki, travaille chez lui à Capri. Il y rencontre des artistes russes dont Brodsky.  Sa carrière de peintre  russe commence alors sous les meilleurs augures, mais La révolution russe et la guerre civile qui s'ensuit mettent un terme à cette carrière. Il lui devient impossible de vendre ses tableaux. et c'est péniblement qu'il  parvient à quitter la Russie en 1922 avec sa femme Olga.
Il s'installe d'abord en Italie à Capri où il demeure jusqu'en 1926 tout en faisant des voyages en Europe. Il déménage finalement à Berlin en 1926 où vit une importante population d'exilés russes. Grâce à sa clientèle, il peut se permettre de voyager en Finlande, à Londres et même en Palestine et en Syrie (1934-1935). Tous les ans, il se rend en Italie.
Ses tableaux rencontrent un certain succès auprès de sa clientèle allemande et, en comparaison avec d'autres artistes russes émigrés, il peut vivre dans une certaine aisance. La galerie Abels de Cologne lui organise une exposition personnelle en mai 1931.
L'arrivée au pouvoir du parti national-socialiste impose une esthétique nouvelle et les travaux de Gorbatov sont rapidement considérés comme démodés. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il lui est interdit, en tant qu'émigré russe, de quitter le territoire allemand et il doit se rendre deux fois par semaine à la police locale pour signaler sa présence. À la fin de la guerre, les Gorbatov sont dans une situation de grande misère, ainsi que la plupart des Berlinois ; mais de plus il est malade. Il s'éteint à Berlin, le 24 mai 1945, peu après la chute du régime et la fin de la guerre.
Sa femme se suicide le 17 juin suivant.
Après leur mort, un officier soviétique à qui l'appartement des Gorbatov avait été attribué, transmet aux autorités du commandement de Berlin le testament de l'artiste ainsi que sa collection de tableaux qui s'y trouvait. Le testament de Gorbatov stipulait : « J'écris cette lettre dans un moment tragique, quand la mort menace tous ceux qui vivent à Berlin. Je demande qu'après la guerre tous mes tableaux soient transférés en l'état à l'académie des arts de Léningrad. »
Ses dernières volontés ont été respectées et ses tableaux sont aujourd'hui conservés à la demande de l'académie des arts au musée d'art régional de la Nouvelle-Jérusalem, près de Moscou.
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dimanche 16 décembre 2018

John Ruskin (1819 - 1900) - A Study of modern Danish Porcelain,


John Ruskin (1819 - 1900)  
A Study of modern Danish Porcelain, c. 1871 
watercolour over graphite on wove paper 
Ashmolean Museum - University of Oxford 

Que voit on ? La splendeur unique, presque surréaliste de cette petite pièce de porcelaine danoise  et de ses reflet,  décrite par le titre.  Ruskin qui n'aimait rien tant que peindre des objets isolés, transforme cette aquarelle en ode à la vacuité.   

Rappel biographique : John Ruskin fut un écrivain, poète, peintre et critique d'art britannique.
Fils unique d'une riche famille, il fut éduqué à domicile, avec une insistance particulière sur l'art et la religion. Il poursuivit son éducation en dilettante, en tant qu'auditeur libre à Oxford. Malgré des problèmes de santé, il y obtint son MA en 1843. Surtout, il s'y lia d'amitié avec nombre d'intellectuels. Il fut publié dès son adolescence. Grâce а la fortune de sa famille, il put consacrer sa vie à l'écriture. Il devint rapidement célèbre dans les années 1840 grâce à son travail de critique dans Modern Painters (1843 à 1860) où il proposait une nouvelle façon d'appréhender l'art. Il écrivit ensuite The Seven Lamps of Architecture en 1849 et surtout The Stones of Venice en 1853. Il fit aussi passer ses idées par l'enseignement. Il participa à la création de l'University Museum, donna des cours de dessin au Working Men's College, un établissement de formation continue fondé par ses amis socialistes chrétiens. Il en donna aussi dans une école pour jeunes filles et par correspondance. En 1870, il devint le premier titulaire de la chaire Slade à Oxford.
Son mariage avec Effie Gray annulé pour non-consommation continue à alimenter de nos jours des légendes nombreuses et des suppositions sur l'homosexualité contrariée de Ruskin. Effie épousa très vite le peintre John Everett Millais, un membre du mouvement préraphaélite dont Ruskin fut le mécène et le soutien après s'être engagé pour Turner. Grâce aux cours de dessin qu'il reçut lors de son enfance, avec James Duffield Harding par exemple, John Ruskin fut un dessinateur de talent. Même s'il ne se considéra jamais comme un artiste en tant que tel ou exposa peu, il produisit quelques toiles et aquarelles. Il fut ainsi élu membre honoraire de la Royal Watercolour Society en 1873.

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samedi 15 décembre 2018

Alfred-Henry Maurer (1868-1932) - Still Life with Artichoke and Bread




Alfred-Henry Maurer (1868-1932)
 Still Life with Artichoke and Bread, 1929-30
 The Phillips Collection.

Rappel Biographique : Alfred Henry Maurer  était un peintre moderniste américain qui a  pu montrer son travail dans le cercle restreint des milieux avant-gardistes du début du 20e siècle. Très respecté et admiré aujourd'hui, son travail rencontra peu de succès critiques ou commerciaux de son vivant. Amis des membres les plus influents de la société artistique américaine de son temps (comme les Stein par exemple !)  il ne sut jamais gagner le coeur des galeristes que son radicalisme artistique effrayait sans doute.  Pris dans une relation de dependance financière er oedipienne tragique avec son père -  le lithographe célèbre Louis Maurer qui détestait par dessus tout le modernisme artistique - il étudia avec William Merritt Chase.
Jamais réellement reconnu comme artiste, il  se suicida à 64 ans.
Alfred Stiegltiz souhaita immédiatement organiser une exposition posthume de son travail dans sa galerie, An American Place , sans toutefois pouvoir réussir à le faire. 
Cinq ans après la mort de Maurer, le critique d'art Henry McBride,  examinant une exposition de son travail à la Hudson Walker Gallery de New York, écrivit:  " Maurer vivait exclusivement pour son art, ce en quoi il divergeait  fortement de beaucoup de peintres américians de son temps qui dès, qu'ils soulevaient un pinceau, pensaient aux résultats que cela aurait surle box-office (...) il a eu le courage de ses principes. "
Les œuvres de Maurer figurent aujourd'hui dans les collections du Carnegie Museum of Art  du Chicago Art Institute, du Whitney Museum of American Art, du Metropolitan Museum of Art, du Brooklyn Museum, du la Smithsonian Institution, de Reynolda House Museum, du Memorial Hall Museum de Philadelphie, de  la collection Phillips, du  musée d'art américain Crystal Bridges en Arkansas et de la Barnes Foundation... entre autres.

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vendredi 14 décembre 2018

Katsushika Hokusai - 葛飾 北斎 (1780-1849) - Two Fishes



Katsushika Hokusai - 葛飾 北斎  (1780-1849)
Two Fishes
Private owner

Que voit-on ? Le genre de la  Nature morte n'existant pas - dans le sens où on l'entend en Occident-  dans la peinture orientale, ce que décrit cette estampe est un  sujet d'animaux vivants dans la grande tradition de la peinture japonaise sous influence de la tradition chinoise.  Concernant ls poissons en particulier, il existe au Japon un art particulier,  le gyotaku (魚拓), que l'on peut traduire par ichtyogramme qui consiste spécifiquement à reproduire des empreintes de poissons sur différents supports comme le papier ou le tissu. Cette méthode était utilisée par les pêcheurs pour immortaliser leurs plus belles prises. Le procédé a été repris par des naturalistes japonais et américains jusqu'au 20e siècle, certains artistes sophistiquant la technique de l'ichtyogramme en fonction du support utilisé, allant jusqu'à repeindre les détails des écailles ou de l'œil sur l'empreinte.
Ceci dit, comme en Occident, le pioisson est chargé en Extrême Orient d'un symbole précis :  un poisson seul représente la richesse ; par paire, ils évoquent l'union, la félicité conjugale et la fertilité.

Rappel biographique : Connu sous le surnom de "Vieillard fou du dessin ", une signature qu'il employa lui même à partir de 1800,  le dessinateur et peintre japonais Katsushika Hokusai fut le grand spécialiste de l’ukiyo-e, graveur et auteur d'écrits populaires.  On sait aujourd'hui qu'il changea de signatures plusieurs fois au gré des styles assez variés qu'il adopta au cours de ces 88 années d'existence ; il faut un tableau d'une centaine de lignes pour recenser tous les noms et signatures qu'il employa ! 
Son œuvre  immense (près de 30 000 dessins) influença de nombreux artistes, en particulier Paul Gauguin, Vincent van Gogh, Claude Monet et Alfred Sisley, et le mouvement artistique appelé japonisme. Certains historiens d'art le voient comme le père du manga, mot qu'il a inventé et qui signifie à peu près  : « Esquisse spontanée ».
Sur sa pierre tombale il laissa cette épitaphe : « Oh ! La liberté, la belle liberté, quand on va aux champs d'été pour y laisser son corps périssable ! »


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jeudi 13 décembre 2018

Édouard Vuillard (1868-1940) - Nature morte à la carafe et aux pommes de terres


Édouard Vuillard  1868-1940)
Nature morte à la carafe et aux pommes de terres
Huile sur toile  (19, 3 x 24.7 cm)
Collection particulière

 Que voit on ? Une composition quasiment monochrome d'une grande intensité pour décrire, sans trop de détails cependant, le légume le plus commun  des cuisines : la pomme de terre. Si le sujet est habituel chez Van Gogh qui l'a peint plusieurs fois, il est plus surprenant chez Vuillard, qui l'entoure d'une carafe en étain  et d'une tombée de nappe que l'on pourrait aisément confondre avec un papier froissé.

Rappel biographique : Jean-Édouard Vuillard, connu pour  être le fondateur du mouvement Nabis, a peint aussi bien des portraits que des intérieurs, des natures mortes, des compositions murales et des décors de théâtre. Vuillard exposa pour la première fois au Salon des Indépendants en 1901 et au Salon dAutomne en 1903. C'est dans le années 1890 qu'il  fit la connaissance des frères Alexandre et Thadée Natanson, les fondateurs de la Revue Blanche, et en 1892, sous leur conseil, il fit ses premières décorations (fresques d'appartements) pour la maison de Madame Desmarais. Plus tard il reçut de nombreuses commandes semblables. En 1895 pour Alexandre Natanson, en 1898 pour Claude Anet, en 1908 pour Bernstein et en 1913 pour Bernheim et pour le Théâtre des Champs Elysées. Les dernières commandes qu'il reçut datent de 1937 (Palais de Chaillot à Paris, avec Bonnard) et de 1939 (Palais des Nations à Genève, avec Maurice Denis, Roussel et Roger Chastel).
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mercredi 12 décembre 2018

Juan Gris (1887‑1927) - Le livre


Juan Gris (1887‑1927)
Le livre (Nature morte avec un livre), 1911 
Huile sur toile  (55x 46cm)
Centre Pompidou, Paris (Donation Louise et Michel Leiris, 1984)

 Que voit on  ? Une Cette nature morte très proche pour neaps dire jumelle dans sa palette  de Bouteille et Cruche conservée au Kroller Muller Museum et déjà publiée dans  ce blog. Les deux natures morts datent de la même année  1911, combine les mêmes éléments quotidiens mais surtout s'expriment dans une gamme de couleurs très similaires. 
Dans la Notice du Centre Pompidou sur cette oeuvre, on peut lire  : 
" Installé au Bateau-Lavoir dès 1907, tout près de son compatriote Picasso, Juan Gris se trouve placé au cœur du laboratoire cubiste. Il ne commence pourtant à peindre qu’en 1911, avec une série de natures mortes où l’on retrouve, diversement combinés, les mêmes objets usuels : ici une cafetière bien parisienne, un bol et un livre, voisinant avec une gargoulette évoquant l’Espagne. Gris fait déjà circuler entre leurs formes simplifiées les échos et les rimes visuelles qui caractériseront ses travaux ultérieurs. Surtout, il manifeste dans Le Livre (cat. rais. n° 3, anc. coll. Marcoussis et Eluard) la subtilité de sa compréhension de l’œuvre de Cézanne – et les qualités toutes personnelles de « simplicité », de « modestie », de « probité », saluées par son marchand, Daniel-Henry Kahnweiler, dans le texte qu’il consacre en 1928 à son ami récemment disparu. 
Poursuivant son analyse des premières toiles, Kahnweiler souligne : « Chaque objet est décrit avec un soin minutieux ; sa forme est montrée par le clair-obscur, sa couleur est indiquée mais se trouve décolorée par la tonalité générale. Le fond […] s’articule avec les objets et les intervalles au moyen de répétitions de formes qui sont justifiées, au point de vue imitatif, comme ombres ou comme reflets. » (Juan Gris , Paris, 1990, op. cit. , p. 204).
L’amorce de facettes, les cernes brisés qui définissent chacun des quatre objets, la douceur des passages et la restriction des couleurs renvoient aux paysages proto-cubistes (fin 1907-début 1908) de Braque. Avec un décalage de quelques années, Gris commence lui aussi par affermir ses bases, et par se mettre, avec la même patiente humilité, à l’école de Cézanne.

Rappel Biographique : Juan Gris vécut et travailla en France à partir de 1906.  Il fut proche du mouvement cubiste mais il occupa en même temps une place très à part dans la peinture de son temps, sans doute toujours dans l'ombre de Picasso qui l'aurait volontiers  " éliminé de la carte "  selon les dires de Gertrude Stein. Salvador Dali disait de lui : « Juan Gris est le plus grand des peintres cubistes, plus important que Picasso parce que plus vrai.  Picasso était constamment tourmenté par le désir de comprendre la manière de Gris dont les tableaux étaient techniquement toujours aboutis, d'une homogénéité parfaite, alors qu'il ne parvenait jamais à remplir ses surfaces de façon satisfaisante, couvrant avec difficulté la toile d'une matière aigre. Il interrogeait sans cesse : « Qu'est-ce que tu mets là ? — De la térébenthine. » Il essayait le mélange, échouait, abandonnait aussitôt, passant à autre chose, divin impatient. »
Aujourd'hui Juan Gris apparait comme un génie injustement resté dans l'ombre. Il a peint quasiment autant de natures mortes que de paysages ou de portraits.

Jusqu’en 1920, sa peinture est encore marquée par l’Espagne, celle des natures mortes de l’école de Séville des 16e-17e siècles – d’un José Sanchez Cotan, d’un Valdes Léal ou d’un Zurbaran, par exemple – Gris aime profondément ces peintures des « blancs chartreux qui, dans l’ombre, glissent silencieux sur les dalles des morts ». Des blancs contrastant avec les noirs, il va donc tirer le parti le plus fort.
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mardi 11 décembre 2018

Marie Egner (1840-1950) - Früchtestillleben mit Kanne


Marie Egner (1840-1950) 
Früchtestillleben mit Kanne, 1879 
Private collection 


Rappel biographique : L'artiste peintre autrichienne Marie Egner  est considérée comme un des figures les plus importantes de la  scène impressionniste autrichienne du début du 20 e siècle avec Olga Wisinger-Florian,  Broncia Koller et Tina Blau. 
 Marie Egner a d'abord étudié le dessin à Graz avec Hermann von Königsbrunn, puis à Düsseldorf ,avec  Carl Jungheim  avant de se rendre à Vienne en 1882 .  De 1900 à 1909, elle est membre du groupe d'artistes Acht Künstlerinnen à Vienne,. Elle dut abandonner sa propre école de peinture pour femmes en 1910 pour des raisons de santé. Après la Première Guerre mondiale, elle appartenait à l' Association des artistes plasticiens autrichiens (VBKÖ), À partir de 1930, elle perd la vue et s'e retire de la vie publique.

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lundi 10 décembre 2018

René Magritte (1898-1967) - Nature morte au buste en plâtre et fruits



René Magritte (1898-1967)
Nature morte au buste en plâtre et fruits, 1917 
huile sur carton, 1917
Collection privée 

 Que voit on ? On retrouve déjà dans cette composition de jeunesse (très conventionnelle) de Magritte ce qui fera le charme et l'humour de ses futures grandes compositions. Aucun rapport possible entre ce buste et ces deux fruits jaunes (mangues ? poires ? citrons ?  sauf à supposer que les seins du modèles aient soudainement migré sur la gauche de la toile ! La manière  picturale hésite entre le post impressionnisme et l'expressionnisme très éloigné de l'hyperréalisme de ces futures toiles ... c'est ce qui sans doute surprend le plus ici avec la précision descriptive du titre, que Magritte abandonnera très vite par la suite au profit de titres plus sibyllins.

Rappel Biographique :  René-François-Ghislain Magritte, est un peintre surréaliste belge.  La peinture de Magritte s’interroge sur sa propre nature, et sur l’action du peintre sur l’image. La peinture n’est jamais une représentation d’un objet réel, mais l’action de la pensée du peintre sur cet objet. Magritte réduisait la réalité à une pensée abstraite rendue en des formules que lui dictait son penchant pour le mystère : « je veille, dans la mesure du possible, à ne faire que des peintures qui suscitent le mystère avec la précision et l’enchantement nécessaire à la vie des idées », déclara-t-il. Son mode de représentation, qui apparaît volontairement neutre, académique, voire scolaire, met en évidence un puissant travail de déconstruction des rapports que les choses entretiennent dans la réalité. Magritte excelle dans la représentation des images mentales.  L’élément essentiel chez Magritte, c’est son dégoût inné de la peinture plastique, lyrique, picturale. Magritte souhaitait liquider tout ce qui était conventionnel. « L’art de la peinture ne peut vraiment se borner qu’à décrire une idée qui montre une certaine ressemblance avec le visible que nous offre le monde » déclara-t-il. La réalité ne doit certainement pas être approchée sous l’angle du symbole. 


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dimanche 9 décembre 2018

Raoul Dufy (1877-1953) - Nature morte au sucrier bleu


Raoul Dufy (1877-1953)
Nature morte au sucrier bleu, 1919 
Collection privée

 Que voit-on ? Sur une guéridon de bois clair tirant vers le jaune oranger :  deux tasses à cafés de couleurs grise et noire, une cafetière marron en porcelaine et le sucrier bleu qui donne son nom à la composition. A gauche du sucrier, un journal  roulé en cigare.. à moins que ce ne soit une grande serviette ! Sous le guéridon à gauche de la composition  : un ravissant petit tabouret en bambou avec assise en velours vert... 

Rappel biographique : le peintre  français Raoul Dufy était aussi dessinateur, graveur, illustrateur de livres, créateur de tissus, céramiste, créateur de tapisseries et de mobilier, décorateur d'intérieur, décorateur d'espaces publics et décorateur de théâtre. Raoul Dufy a produit  plus 3 000 toiles, 6 000 grandes aquarelles, 6 000 dessins et en a détruit presque autant.
- Plus d 'informations du Raoul Dufy 
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samedi 8 décembre 2018

Helene Schjerfbeck (1862-1946) - Still Life with Bread and Egg



Helene Schjerfbeck (1862-1946) 
Still Life with Bread and Egg, 1880
Private collection 

Que voit - on ? Une miche de pain doré et croustillante à l'envie et un oeuf dont la coquille noire vient de se casser en chutant au sol, comme l'atteste les projections de fragments qui se détachent minutieusement sur le fond noir. Un jeu entre le noir et le blanc omniprésent pour cet oeuf noir  dont la couleur est caractéristique des oeufs cuits dans de l'eau soufrée provenant d'un volcan ou des oeufs cuits lentement dans la cendre. 

Rappel biographique  :  l'artiste peintre finlandaise Helena Sofia (Helene) Schjerfbeck  fut une
enfant prodige, qui entra à 11 ans à l' école de dessin de l'association des arts d'Helsinki dont les cours lui furent payés par Adolf von Becker qui décela son talent. Elle y fait la connaissance d'Helena Westermarck.
En 1879, à 17 ans, Helene Schjerfbeck gagne le troisième prix d'un concours organisé par l'association des arts de Finlande. Fin 1880, grâce à une bourse, elle poursuit sa formation académique à Paris, dans les rares ateliers libres ouverts aux femmes, elle peint avec Helena Westermarck, puis elle suit les enseignements de Léon Bonnat dans  l'école de Mme Trélat de Vigny. En 1881, elle étudie à l'académie Colarossi à nouveau avec Helena Westermarck.
En 1889, son tableau Le Convalescent  gagne la médaille de bronze de l'exposition universelle de Paris .
Elle opte alors pour un naturalisme que sert une grande virtuosité technique lui valant un succès certain. Cette période est marquée par de nombreux voyages : Bretagne, Angleterre, Russie, Italie....
À la fin du 19e siècle, dans une Finlande luttant pour son indépendance, son refus du romantisme national dont Akseli Gallen-Kallela a pris la tête, la marginalise.
C'est désormais dans un isolement volontaire qu'elle élabore son propre langage, épurant son écriture sur la base du réalisme auquel elle reste fidèle. Cette ascèse picturale s'appuie sur une attention à son environnement, peignant son entourage, les ouvrières de l'usine locale ou plus tard les infirmières du sanatorium, des paysages et des natures mortes intimes qui sont comme autant de méditations faisant échos aux autoportraits où, à la fin de sa vie, elle traque les progrès de l'âge, de la maladie et l'approche de la mort.

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vendredi 7 décembre 2018

Jean Fautrier (1898-1964) Nature morte au poissons (2)


Jean Fautrier  (1898-1964)
Nature morte au poissons (2)
 Collection privée.

Que voit on ? Une nature morte d'un réalisme très inhabituel s 'agissant de Jean Fautrier, le chantre de linformel. La touche particulière du peintre est surtout sensible ici dans le rendu des citrons  enveloppés dans un papier journal d'où les mots "Femme", "Bijoux", "Divorce"  surgissent comme des  alarmes faisant échos au magnifique couple de dorades royales  jetés a meme l'entablement. Une composition où Fautrier laisse d'exprime son humour noir... on va dire !

Rappel biographique : le peintre, sculpteur et graveur  français Jean Léon Fautrier est, avec Jean Dubuffet, le plus important représentant du courant de  " l'Art Informel "  appelé aussi " Art Brut " ou   " Tachisme ". L’Art Informel regroupe à la fois le courant de l’abstraction lyrique avec ses techniques d’expressions essentiellement gestuelles, le matiérisme dont l’objet est de travailler les matières sur les surfaces de la toile, et par rapprochement, le spatialisme dont les recherches portent sur les dimensions de l’espace et du temps et sur la lumière. D’autres courants, comme le mouvement CoBrA, le Groupe Gutail’expressionnisme abstrait en Allemagnel’Action Painting de Jacskon Pollock aux Etats-Unis peuvent être rapprochés aussi de l'Art Informel.
Fautrier est aussi un pionnier de la technique des hautes pâtes.  Dès l'âge de 14 ans, il étudie l’art à la Royal Academy de Londres et  découvre les peintures de Turner qui l'impressionnent beaucoup. De retour en France, il est mobilisé en 1917. Gazé à Montdidier, il est définitivement réformé en 1921. Il expose dès 1921 des natures mortes et des portraits. En 1923, il rencontre Jeanne Castel, avec laquelle il vivra un certain temps. En 1924, première exposition personnelle et premières ventes ; l’année suivante, le marchand d’art Paul Guillaume lui achète quelques tableaux. C’est avec ce même Paul Guillaume que Fautrier passe un contrat d’exclusivité en 1927. Jusqu'en 1933 il se partage entre sculpture, peinture et gravures. Il réalise notamment des gravures pour l'édition illustrée de l'Enfer de Dante préparée par Gallimard, projet qui n'aboutira pas. Quelques unes de ses peintures sont exposées en 1945 à la Galerie Drouin, suscitant une vive admiration de l'intelligentsia parisienne. Le catalogue de l'exposition était préfacé par André Malraux. Dans les années qui suivent, Fautrier travaille à l'illustration de plusieurs ouvrages, parmi lesquels L'Alleluiah de Georges Bataille et enchaîne sur une série consacrée aux petits objets familiers. En 1950, il invente avec sa compagne,  Jeanine Aeply, un procédé complexe mêlant reproduction chalcographique et peinture, qui permet de tirer ses œuvres à plusieurs exemplaires, pour obtenir ce qu’ils appelleront des « originaux multiples ».
Jean Fautrier reste, au delà des modes et des mouvements, un très grand peintre français, injustement oublié dans ce début de 21e siècle.

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jeudi 6 décembre 2018

Pompei - Memento Mori



Pompei 
Memento Mori
Pompei Officina Coriariorum  
Museo Archeologico di Napoli

 Que voit on ?  "N'oublies pas que tu vas mourir " (Memento Mori) l'essence même de la nature morte, magnifiquement resumé dans cette mosaïque d'une villa de  Pompei  enfouie sous la cendre volcanique pendant  plus d'un  millénaire... 

Rappel historique : Pline l'Ancien raconte que dans la Grèce antique, le peintre Piraikos qui vivait au 3e siècle avant notre ère, vendait déjà fort cher ses " Provisions de cuisine ", des tableaux de chevalets représentant des victuailles ou des instantanés d'échoppes de cordonniers et de barbiers. Dans la hiérarchie des genres picturaux d'alors, ces représentations de provisions de cuisine sont déjà considérées comme un genre mineur... et  elles le resteront pendant de longs siècles... au moins jusqu'à Chardin, si ce n'est jusqu'à Cézanne. Genre mineur donc, loin derrière les sujets religieux, les portraits et les paysages, mais genre que les commanditaires s'arrachent pourtant !
Le grec Piraikos reste le plus célèbre des peintres de ce genre. Hélas, aucun exemple n'est parvenu jusqu'à nous de ces peintures des menus objets du quotidien par Piraikos,  peinture que l'on nommait à cette époque Rhyparographie .
A la même époque, un autre peintre grec, Zeuxis rivalisait avec la nature au point que des oiseaux voulaient picorer les raisins qu'il peignait et qu'il passe être l'inventeur du réalisme et  de l'illusionnisme, pour ne pas dire du premier trompe-l'oeil. Il faut là encore faire confiance au récit de Pline l'Ancien, car aucun exemple de cet art ne nous est parvenu.
Les premières natures mortes connues du monde occidental sont des fresques et des mosaïques du 1er siècle de l'ère chrétienne, provenant de Campanie (Herculanum et Pompéi) ou de Rome. Elles sont exécutées dans un style réaliste et illusionniste : fruits veloutés, poissons et volailles posés sur une marche de pierre ou sur deux étagères d'un garde manger, généralement en trompe l'œil avec des ombres portées, ou quelquefois dans des coupes en verre avec des transparences subtiles.
Ces peintures évoquent le xenion antique, un cadeau fait de denrées qu'un hôte doit offrir à ses invités. Pourtant la nature morte de l'Antiquité possède une autre ambition que celle du seul plaisir mimétique. Comme le précise Charles Sterling : « Il est clair que les natures mortes hellénistiques et romaines qui représentaient des mets prêts à être consommés comportaient une allusion épicurienne ». On trouve ainsi assez fréquemment des mosaïques de natures mortes et des vanités dans les atriums d'été romains, où les convives invités aux repas étaient ainsi encouragés à cueillir le jour qui passe, Carpe diem selon la célèbre formule d'Epicure, à profiter de la vie tant qu'il était encore temps de le faire. Une déclinaison plus sophistiquée de la tradition égyptienne pharaonique qui voulait que l'on fît passer un cadavre devant les convives avant de commencer un repas pour leur rappeler l'impermanence de la vie !  Les natures mortes garderont tout au long des siècles jusqu'à nos jours,  cette signification épicurienne.
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mercredi 5 décembre 2018

Eero Nelimarkka (1891-1977) - Nature morte au verre et au pain



Eero Nelimarkka (1891-1977) 
Nature morte au verre et au pain, 1917 
Huile sur toile
Collection privée

Que voit on ? Sur une nappe aussi blanche et uniforme que les étendues de la Finlande natale de l'artiste, une assiette contenant deux tartines et du beurre, une verre de thé et une serviette brodée aux initiales du peintre. 

Rappel biographique : Le peintre finlandais Eero Aleksander Nelimarkka est connu pour ses paysages plats d' Ostrobotnie (les Lakeus), mais également pour ses nombreux autoportraits,  portraits de notables Finlandais et de membres de leur famille et pour ses natures mortes aux sujets souvent inhabituels.  En 1912, Nelimarkka vient  étudier à Pari à  l'Académie de la Grande Chaumière et à l' Académie Julian .  En 1945, devenu un artiste connu, il se consacre à l'enseignement et crée la "Fondation Nelimarkka"avec mission de préserver et de promouvoir la production et le travail de la vie d'Eero Nelimarkka. En 1964, la fondation construit  le Musée Nelimarkka dans la ferme de son père à Alajärvi, dans le sud de l'Ostrobotnie. Sa collection est riche d'environ 1700 œuvres.

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mardi 4 décembre 2018

Paul Klee (1879-1940) - Gift beeren


Paul Klee (1879-1940)
Gift beeren, 1920
Private owner 

 Que voit on ? Comme le renseigne le titre des baies... empoisonnées.

Rappel biographique : Le peintre allemand Paul Klee a peint très peu de natures de mortes revendiquées comme telles... une seule de lui étant clairement intitulée : Fruits on red 
Le cheminement peu commun et inclassable que suit son œuvre a posé bien des questions aux critiques d'art de la première moitié du 20e siècle.  Constructiviste au temps du Bauhaus, son oeuvre devient graduellement plus intuitive voir abstraite en tout can plus spirituelle. selon la définition du peintre Antoni Tapies qui écrivait  de lui  : « Klee est en occident un de ces privilégiés qui ont su donner au monde de l'art la nouvelle orientation spirituelle qui manque aujourd'hui où les religions semblent faire faillite. On pourrait voir en lui le parfait représentant de ce que Mircea Eliade  appelle l'unique création du monde moderne occidental. »
Voici l'épitaphe qu'il voulait que l'on grave sur sa tombe  :
Ici repose le peintre Paul Klee, né le 18 décembre 1879, mort le 29 juin 1940.
Ici-bas je ne suis guère saisissable car j'habite aussi bien chez les morts que chez ceux qui ne sont pas nés encore, un peu plus proche de la création que de coutume, bien loin d'en être jamais assez proche. 

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lundi 3 décembre 2018

Andrew Wyeth (1917-2009) - Frostbitten




Andrew Wyeth (1917-2009) 
Frostbitten, 1962
Private collection

 Que voit-on ? Quelques pommes  en voie de pourriture abandonnées sur le rebord d'une fenêtre de ferme. La désolation du paysage extérieur laisse imaginer  que nous sommes en hiver. Le titre qui signifie  "grillé par le gel"  confirme l'impression de désolation de l'ensemble.

Rappel biographique : Le peintre aquarelliste américain Andrew Newell Wyeth, classé parmi les peintres « régionalistes » et réalistes américains est issu d'une dynastie d'artistes  dont son propre père  Newell Convers Wyeth (1882-1945), illustrateur connu qui fréquente des célébrités de son temps comme  Francis Scott Fitzgerald et Mary Pickford. Décidant de ne pas confronter son fils aux systèmes de l'éducation nationale ou privée, c'est lui meme qui se charge de son éducation a la maison, l’initie à l’art, et tout particulièrement à l'art du paysage rural américain. À cette époque, il admire et est sensible à l'œuvre du peintre Winslow Homer. Plus tard, il apprend à maîtriser les techniques associées à l’aquarelle à base d'œuf, la tempera.
Andrew Wyeth commence à peindre dans des nuances de bruns et de gris seulement. Il s’inspire de son entourage pour réaliser ses tableaux. Ses sujets préférés sont la terre et les habitants de sa ville natale, ainsi que ses proches. Sa grande maîtrise picturale lui permet de montrer sa réflexion mélancolique sur le temps qui passe et la faillibilité humaine.
Son fils Jamie, né en 1946, est également un peintre et portraitiste reconnu.

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dimanche 2 décembre 2018

Jan Fris (1627-1672) - Raucherstillleben mit Stövchen und Tonkrug






 Jan Fris (1627-1672)
 1. Raucherstillleben mit Stövchen und Tonkrug
(Nature morte à la pipe fumante et au pot brisé en argile)
Huile sur toile (58 x 51 cm)
Kunsthaus Lempertz, Berlin

2  A Still Life with a stoneware Jug, a Glass of Beer, Playing Cards and Smokers’
Oil on panel, (48.9x 41.9cm)
Private collection

Que voit on  ? 
Dans la première composition : sur un entablement de pierre dont un coin est fendu à deux reprises : une pipe dont le contenu fumant a été déversé sur l'entablement est disposée au premier plan, avec un jeu de cartes (thème récurrent chez Fris), du tabac enrobé dans un emballage de papier blanc, des noix, des mèches pour allumer la pipe, une intrigante cassolette brisée et renversée contenant  des braises et des cendres, un très beau verre contenant de la bière et un pichet à bière fermé.
Dans la seconde composition : exactement les mêmes éléments sont réutilisés mais positionnés différemment et à ceci près que les noix ont été remplacées par... des crevettes ! La pipe est toujours au premier plan mais elle ne fume plus. C'est la cassolette en argile contenant les braises qui fume  cette fois ci  et c'est le pichet fermé de bière qui vole la vedette au magnifique verre disposé à l'arrière plan. Les cartes à  jouer sont quand à elle presque  les mêmes aussi, mais elles ne sont pas peintes sous le même leur angle et le peintre y a inversé les nombres :  6 de trèfle et 5 de carreau dans la première composition; 5 de trèfle et 6 de carreau dans la seconde.... Bref il s'amusait bien notre ami Jan ! 

Rappel biographique : On sait très peu de choses sur la vie de Jan ou Johannes Fris. Fils de Gerrit Fris, il est né à Amsterdam autour de 1627, l'année de sa naissance ayant été déduite de deux déclarations documentées de son âge. Il s'est marié à Amsterdam en 1649 et y a acquis la citoyenneté deux ans plus tard. Il a été enterré dans la même ville le 9 juillet 1672.
Son travail constitue le meilleur témoignage de son existence : il a laissé une petite œuvre composée presque exclusivement de natures mortes, dont beaucoup sont signées et datées, de 1647.à 1672. Ses sujets de prédilection étaient les natures mortes d'ustensiles à fumer, de petit-déjeuner et de vanités ...des travaux de commande sans doute pour lesquels, comme ci-dessus, il n'hésite pas à remployer exactement les mêmes éléments en les positionnant différemment dans la composition.

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samedi 1 décembre 2018

Pierre Bonnard (1867-1947) - Nature morte à la tasse a thé bleue



Pierre Bonnard (1867-1947) 
Nature morte à la tasse a thé bleue, 1907
Huile sur papier (33x 46 cm) 
Kunstmuseum Winterthur

Que voit-on ? Une pure merveille que cette nature morte à la tasse bleue. Une nature morte à 4 elements... et demi puisque que l'un deux est caché derrière le minuscule melon au premier plan, devant la tasse bleue, uniquement  emplie de ses reflets magiques, entre une cuillère en vermeil, un manche de couteau en ébène et  l'amorce d'un autre objets  que l'on aperçoit à peine...  

Rappel biographique : le peintre français Pierre Bonnard est connu pour ses peintures de personnages, ses nus, ses portraits, ses paysages animés, ses intérieurs et ses natures mortes de fleurs et fruits. Bonnard est un artiste post-impressionniste, membre du groupe des Nabis, par lesquels il fut surnommé le Nabi japonard. En réaction à l'impressionnisme, les Nabis veulent libérer leur peinture des exigences du réalisme : « Ensemble, nous avons méprisé l'école et les écoles, les rapins, leurs traditions, leurs farces et leurs bals inutilement nudistes. Ensemble nous nous sommes sérieusement amusés ». Les artistes nabis cherchent des voies plus spirituelles au contact de philosophies et de doctrines nouvelles teintées d'Orient, d'orphisme, d'ésotérisme, et de théosophie. Ils s'appliquent à retrouver le caractère « sacré » de la peinture et à provoquer un nouvel élan spirituel par le seul moyen de l'art.
Une fois devenu célèbre, Pierre Bonnard fut connu pour ne pouvoir s’empêcher de retoucher ses toiles une fois celles-ci achetées et exposées dans un musée. Ses amis appelaient ça « bonnarder » ou « bonnardiser ». Un journaliste relate cette attitude devenue visiblement coutumière : « Au  musée de Grenoble et au Musée du Luxembourg, il  arriva à Bonnard de guetter le passage d'un gardien d'une salle à l'autre, de sortir d'une poche une minuscule boîte garnie de deux ou trois tubes et, d'un bout de pinceau, d'améliorer furtivement de quelques touches un détail qui le préoccupait. Et, son coup fait, de disparaître, radieux, comme un collégien après une inscription vengeresse au tableau noir. »

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vendredi 30 novembre 2018

Ben Nicholson (1894-1982) - Piquet



Ben Nicholson (1894-1982) 
Piquet, 1933
Private collection 

Que voit on  ? Deux poissons sur un plat et la silhouette tracé d'un trait blanc très ténu  d'une bouteille de vin dont l'étiquette occupe  tout le fond du tableau. C'est un Picquet donc ! Heureusement la tasse de café veille posé à côté d'une algue noire  offrant l'opportunité au spectateur d'observer une des  des rares compositions figuratives des Nicholson... 

Rappel biographique : Le peintre britannique Ben Nicholson est connu pour être un des promoteurs de l'abstraction dans son pays. d'abord influencé par les cubistes. Au tournant des années 1928-30, son travail va progressivement évoluer du cubisme vers une abstraction géométrique proche de celle de Mondrian qu'il rencontre à Paris. Lauréat du premier prix Guggenheim en 1956, ses œuvres sont exposées dans les collections de la Tate Gallery de Londres, entre autres.

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jeudi 29 novembre 2018

Eva Gonzales (1849-1883) - Dessert



Eva Gonzales (1849-1883) 
Dessert 
Collection Particulière 

Que voit on ?  Sur une assiette en porcelaine blanche : quatre patisserie, pas forcément identifiables  mais très appétissantes, recouvertes d'une boule de glace. La cuillère en argent ne demande qu'à  être utilisée.

Rappel biographique :  Eva Gonzales est née à Paris dans une famille bourgeoise d’origine espagnole installée en France. Son père est l’écrivain célèbre Emmanuel Gonzalès. Elle entre, en 1866, à 16 ans, dans l’atelier de Charles Chaplin, homonyme du célèbre acteur de  cinéma mais qui était un peintre à la mode chez lequel se précipitait beaucoup de jeunes filles de bonne famille. En mai 1867, elle abandonne sans regret l’atelier, jugeant l’enseignement dispensé par Chaplin, trop classique. Deux ans plus tard, elle rencontre Edouard Manet et devient son élève. Une grande amitié et une admiration réciproque les lient, suscitant la jalousie de Berthe Morisot qui lui envie son amitié avec le maître. Manet exécute le portrait d’Eva en 1869, et l’expose au Salon de 1870 pendant qu’elle présente Le Clairon directement inspiré du Fifre.  Eva Gonzalès travaille dans l’esprit du maître de nombreuses natures mortes, des scènes de plein air et sujets intimistes, des aquarelles, des huiles et des pastels. Bien que les sujets de ses toiles soient les mêmes que ceux choisis par les impressionnistes, le style en est différent, plus proche des peintures « espagnoles » des débuts de Manet. Après plusieurs années d’indifférence face à son travail, à partir de 1879 et après l’exposition au Salon d’ Une loge aux Italiens, le public et les critiques d’art s’enthousiasment pour ses œuvres et reconnaissent son talent. Elle se refuse à participer aux Salons Impressionnistes, mais reste très proche de ce courant artistique et de ses amis. En 1879, Eva Gonzalès épouse Henri Guérard, graveur de Manet et peintre occasionnel. Elle meurt brutalement, en 1883, d’une embolie peu après la naissance de leur fils Jean-Raymond Guérard et seulement six jours après le décès de son maître Édouard Manet, alors qu’elle lui préparait un hommage.

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mercredi 28 novembre 2018

Alexander Osmerkin (1892-1953) - Nature Morte


Alexander Osmerkin  (1892-1953) 
Nature Morte 1920  
Tula Museum of Art, Russia 

Rappel Biographique : Alexander Alexandrovich Osmerkin (Александр Александрович Осмеркин) était un peintre russe, graphiste, décorateur de théâtre et professeur d'art . Il était membre du groupe d' avant-garde Knave of Diamonds , AKhRR, et des groupes de la Society of Moscow Artists (OMKh). A partir de 1932, il fut  membre de l' Union des artistes de Leningrad.
Alexander Osmerkin a créé plus de 700 œuvres d'art dans des divers genres. En tant qu'artiste ayant participé à l'Avant Garde Russe, ses peintures et ses dessins se trouvent à la Galerie Tretiakov et au Musée des Beaux-Arts de Moscou, ainsi qu'au Musée national russe à Saint-Pétersbourg et dans de nombreux autres musées du monde, y compris dans des collections privées.

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mardi 27 novembre 2018

Henri Matisse (1869-1954) - Anémones et Grenades


Henri Matisse (1869-1954)
 Anémones et Grenades  1946.
Collection privée 

Que voit on ? Ce que décor le titre dans une grande atmosphère de fraicheur et une gaieté  que vient a peine assombrir la fenêtre ouverte sur un palmier dansant dans la nuit.

Rappel Biographique : Henri Matisse, peint son premier tableau, Nature morte avec des livres, en juin 1890.Peu après, il se rend à Paris. En 1892, il rencontre Albert Marquet à l'École des Arts déco puis s'inscrit en 1895, à l'École des beaux-arts, dans l'atelier de Gustave Moreau. L'enseignement du maître encourage ses élèves à penser leur peinture, à la rêver, au-delà de la virtuosité technique. Matisse, comme ses condisciples, Georges Rouault, Léon Lehmann, Simon Bussy, Eugène Martel, Albert Huyot ou Henri Evenepoel, est stimulé par cette conception de la peinture et entend développer la sienne selon son individualité. Gustave Moreau, lors d'une correction, lui dit : « Vous allez simplifier la peinture. »
Cette prophétie peut être considérée comme le programme esthétique de l'œuvre d'Henri Matisse.
En 1896, Matisse expose pour la première fois au Salon des Cent et au Salon de la Société nationale des beaux-arts, dont il devient membre associé sur proposition de Pierre Puvis de Chavannes. Cette fonction lui permet notamment d'exposer sans passer par un jury. Il passe l'été à Belle-Île-en-Mer et rencontre l'Australien John Peter Russell, qui l'introduit auprès d'Auguste Rodin et Camille Pissarro. Il commence à s'intéresser à la peinture impressionniste qu'il découvre en 1897 au musée du Luxembourg. Il est alors un peintre classique de natures mortes réalistes aux textures amples. Pour gagner sa vie, Matisse et Marquet travaillent comme peintre décorateurs à la journée, pour les décorateurs de théâtre.
En voyage à Londres, sur les conseils de Pissarro, Matisse découvre la peinture de Joseph Mallord William Turner, puis il part s'installer en Corse où il habite dans la Villa Rocca. A Ajaccio,  il peint une une cinquantaine de toiles dont Le Mur rose qui représente l'arrière de l'hospice Eugénie vu depuis la Villa de la Rocca. Matisse s'inspire alors de Turner.
En 1899, il découvre le traité de Paul Signac, D’Eugène Delacroix au néo-impressionnisme
À partir de 1900, Matisse travaille la sculpture et le modelage, à l'Académie de la Grande Chaumière, sous la direction d'Antoine Bourdelle et fréquente également l'atelier d'Eugène Carrière. Il y fait la connaissance d'André Derain et de Jean Puy. Derain lui présente Maurice de Vlaminck. Il expose au Salon des indépendants (1901) et participe à la première édition du Salon d'automne (1903)

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lundi 26 novembre 2018

Louis Ducos du Hauron (1837-1920) - Nature morte au coq




Louis Ducos du Hauron (1837-1920)
Nature morte au coq, 1879
George Eastman Museum 

 Que voit on ? Un coq vivant et une perruche tout aussi vivante sur un tas de pierre s recouvertes de mousse...mais surtout  une des toutes premières photographies en couleurs, prises par celui meme qui en inventa le procédé  Louis Ducos du Hauron. C'est aussi lui qui eut l'iodée de qualifier cette nature vivante de nature morte ! 

Rappel biographique : Louis Arthur Ducos du Hauron, est l'un des inventeurs de la photographie en couleurs en 1868 avec Charles Cros. Il déposa plusieurs brevets sur la reproduction des sons et des images dont un qui détaillait ce que sera plus tard le cinématographe des frères Lumière, mais il est surtout connu pour avoir inventé la trichromie (procédé de photographie et d'impression polychrome), pour la photographie en couleurs. Il est également l'inventeur des anaglyphes, ces images qui restituent l'impression de relief quand on les regarde au travers de lunettes verte-rouge.
Il photographia de nombreux paysages et notamment la vile d' Agen et quelques  compositions avec objets dont cette "nature morte".
En 2018, l'analyse d'échantillons de ces photographies à l'European Synchrotron Radiation Facility caractérise la composition chimique de celles-ci en révélant ses techniques et les constituants utilisés comme des pigments, de la gélatine bichromatée, du collodion ou encore de la résine.

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dimanche 25 novembre 2018

Francisco de Zurbarán (1598-1664) - Bodegón con plato de membrillos


Francisco de Zurbarán (1598-1664)
Bodegón con plato de membrillo, 1633-1635
(après restauration)
oil on canvas, (35 x 40.5 cm)
Museu Nacional d'Art de Catalunya

Que voit- on ?  Ce tableau qui a déjà présenté sur ce blog en 2014  dans l'état très dégradé où il était alors, a fait l'objet d'une restauration soigneuse qui permet de voir aujourd'hui de multiples détails et surtout des subtilités de couleurs qui n'étaient plus perceptibles.

Rappel historique : le peintre espagnol  Francisco de Zurbarán appartient au Siècle d'or espagnol. Surtout célèbre pour ses sujets religieux et ses peintures dévotes souvent d'une grande puissance et d'un grand mysticisme, il a commencé par y glisser quelques natures mortes avant de peindre des natures mortes pour elles-mêmes à part entière (comme ici avec ce simple  plateau de grenades) et d'en devenir un maître absolu. Contemporain et ami de Vélasquez, Zurbarán s'est distingué par la grande force visuelle de ses sujets et par un style austère et sobre qui le rapproche beaucoup des maîtres maniéristes italiens. Bien qu'à son époque la nature morte ait été considérée comme un genre mineur, Zurbarán ne pense pas déchoir lorsqu'il peint  - en sujet isolé -  le  mouton aux pattes liées de l'Agnus Dei. Dans toutes ses natures mortes,  Zurbarán fait toujours preuve d'une attention affectueuse à l'égard d'objets modestes qu'il dote d'une valeur symbolique,  au point que « ses natures mortes ont une densité, une plénitude si poussée que, même quand elles ne sont qu'un des éléments d'une composition, leur présence s'impose autant que la scène principale » (Encyclopædia Universalis).
« Tout au long de sa carrière, Zurbarán attache un soin particulier à la représentation des objets. Depuis la précieuse tasse avec une rose apparaissant dans ses premiers tableaux, La Guérison miraculeuse du bienheureux Regnaud d'Orléans jusqu'aux derniers fruits sur une assiette d'étain de La Vierge, l'Enfant et saint Jean, daté de 1662  » (Catalogue de l'exposition de 1988, p. 171).

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samedi 24 novembre 2018

Filippo de Pisis (1896-1956) - Natura morta con nudi e vino



Filippo de Pisis (1896 - 1956)
Natura morta con nudi e vino
Private owner

 Que voit on ? Ce qu'indique le titre  : une nature morte très frugale à la botte de radis, aux oignons et au quignon de pain avec un verre et une bouteille de vins, sur fond de ce qui semble être une toile enduite et encadrée d'une bande grise et  une autre toile ou figure l'esquisse d'un nu masculin.

  Rappel biographique : Luigi Filippo Tibertelli dit Filippo de Pisis  est un poète et un peintre italien.
Né dans une famille fortunée de l'aristocratie italienne - la famille des marquis Tibertelli descendante d'un condottiere de Pise (d'où le nom qu'il choisit) établie à Ferrare au 16e siècle - il reçoit une éducation à domicile avec des précepteurs et des prêtres, en compagnie de sa sœur, à laquelle il demeure toute sa vie fort attaché. Il s'initie à la peinture avec un maître de  Ferrare, Odoardo Domenichini. Il s'intéresse aussi très tôt à la poésie métaphysique et se fait connaître avec la publication d'une première plaquette de poésie. Cela lui permet d'entrer en relation avec Giorgio de Chirico en 1915 qui exerce une forte influence sur ses premiers tableaux. Il fait également la connaissance du frère de Chirico, Alberto Savinio, et en 1917 de Carlo Carrа. Ce sont les premiers représentants de la peinture métaphysique. Mobilisés, ils sont alors en garnison à Ferrare. Le jeune Pisis les guide dans sa ville natale et le groupe se réunit dans sa demeure familiale. C'est ici que sont exposées les premières œuvres de Chirico. Il entre en correspondance avec Guillaume Apollinaire et Tristan Tzara.
En 1919, Pisis s'installe à Rome où, parallèlement à son métier de professeur de lycée, il commence à peindre, notamment des paysages urbains, des marines et des natures mortes. Le caractère très émotionnel de ses poésies se retrouve dans sa peinture. Il prend conscience de son homosexualité à cette époque et devient aussi ami avec Julius Evola ce qui lui permet de verser dans un certain ésotérisme et de le traduire dans son œuvre. Après avoir écrit de la prose et de la poésie recueillies dans I Canti de la Croara et Emporio en 1916, il commence à écrire en 1920 un essai intitulé La cittа dalle 100 meraviglie, publié à Rome en 1923.
En 1925, il vit à Paris à la recherche de nouvelles inspirations et y demeure jusqu'en 1939. Il est influencé par Manet, Corot, Matisse et le Fauvisme. Il fait une exposition personnelle en1926, à Paris à la Galerie Au Sacre du Printemps, avec une présentation de Chirico. Il écrit des articles pour L'Italia Letteraria et d'autres revues mineures. Il se lie avec le peintre Onofrio Martinelli, déjà rencontré à Rome. Entre 1927 et 1928, ils partagent même un appartement-atelier rue Bonaparte. Il fait alors partie du groupe des Italiens de Paris (italiani di Parigi) qui comprend Chirico, Savinio, Massimo Campigli, Mario Tozzi, Renato Paresce et Severo Pozzati, ainsi que le critique français d'origine polonaise Waldemar George. Ce dernier écrit la première monographie de Pisis en 1928 présentée à l'exposition Appels d'Italie de la Biennale de Venise de 1930. Durant sa période parisienne, l'artiste visite Londres, au cours de trois brefs séjours, et se lie d'amitié avec Vanessa Bell et Duncan Grant. En 1934, la Galerie des Quatre Temps organise une exposition « Les fleurs de Filippo de Pisis ». En mai 1936, il expose cinq tableaux à l'exposition du Jeu de Paume, « Art italien des XIX et XXe siècles ». En mars 1937, il participe à une exposition à la galerie Rive Gauche, intitulée « Epoque métaphysique » avec Max Jacob et Jean Cocteau, dont le catalogue est préfacé par Henri Sauguet.
Entre 1943 et 1949, il s'installe à Venise où il mène une vie dispendieuse et parfois extravagante. Il s'inspire de Guardi et des maîtres vénitiens du XVIIIe siècle. Il fait la connaissance du jeune peintre Silvan Gastone Ghigi (1928-1973) dont il devient le mentor. Il retourne à Paris entre 1947 et 1948 avec Silvan Gastone Ghigi. Filippo de Pisis est alors atteint des premiers symptômes d'athérosclérose. Souffrant depuis très longtemps de violents maux de tête, l'artiste doit être hospitalisé les trois dernières années de sa vie à la Villa Fiorita à Brugherio (au nord de Milan). Il continue pourtant à peindre sporadiquement et meurt en 1956.
Son œuvre peint a été montré deux fois à la Biennale de Venise, la première fois en 1948 avec une trentaine de ses tableaux, la dernière fois à titre posthume. Une grande rétrospective se tient dans sa ville natale en 1996 et une autre au Musée d'art moderne de Turin en 2005. Ses tableaux sont visibles à la Galerie nationale d'art moderne de Rome а côté de tableaux de Giorgio de Chirico, au Palazzo Romagnoli, où sont conservés deux toiles de la Collection Verzocchi (1949-1950), et au Musée de Grenoble où une de ses toiles est conservée ; elles sont essentiellement visibles pour le public au Musée Filippo de Pisis de Ferrare. La plupart de ses œuvres font partie de collections privées.
Une partie plus méconnue de son œuvre comprend des études de nus masculins, témoins poétiques de ses propres affinités sentimentales.

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2018 - Men Portraits
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vendredi 23 novembre 2018

Robert Humblot (1907-1962) - Nature morte aux aubergines


Robert Humblot  (1907-1962) 
Nature morte aux aubergines, 1934
 Huile sur toile.
Collection privée

 Que voit-on ? Une nature morte titrée aux aubergines mais qui, en réalité,  est  "aux poissons"  comme l'attestent  les trois maquereaux qui gisent encore frétillants dans le plat de céramique rouge posé sur sur cet entablement de cuisine rustique  avec une jarre de crame fraîche, un demi citron, un bouteille de Banyuls, une théière, un compotier rempli de pommes,  une lampe à pétrole... et un panier de belles aubergines sombre.  

Rappel biographique : Le peintre et illustrateur français Robert Humblot surnommé "Bob"  était le descendant d’une illustre lignée d'artistes-peintre natifs de Lorraine, dont son arrière-grand-père paternel Antoine Humblot , reconnu comme un grand dessinateur et graveur pour Versailles en 1758. 
Humblot entre à l’Académie de Peinture la Grande-Chaumière à l'âge de 23 ans  avant d'être  accepté à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. 
En 1932, son envie d’indépendance le pousse à quitter les Beaux-Arts et à louer un atelier avec Georges Rohner.
Sous l'impulsion du critique Henri Hérault, en 1935 il s'associe à Rohner, Jannot, Lasne, Raymond Moisset, le Canadien Alfred Pellant et Pierre Tal-Coat pour fonder le mouvement "Forces nouvelles" qui prône le retour au dessin, le retour au métier consciencieux de la tradition dans un contact fervent avec la nature. Sa peinture a la particularité d'être teintée d’humour; à travers des nus, paysages, natures mortes et personnages, Humblot souhaite exprimer le destin du monde.
Mobilisé en 1939, il est affecté sur la ligne Maginot au petit ouvrage de Coume Village à l'intérieur duquel il réalise à même les parois de béton des fresques d'une qualité exceptionnelle. Fait prisonnier le 4 juillet 1940, il est interné au stalag 7A puis au 7B dont il s'évade le 28 octobre 1941. Il parvient à rejoindre la zone libre pour être démobilisé à Annecy six jours plus tard.
Ses œuvres passent en ventes publique dès les années 1950 et toujours à nos jours, en 2011 ses tableaux sont régulièrement exposés en France dans des musées comme dans des offices de tourisme.
Plusieurs hommages posthumes lui ont été rendus dans différentes galeries et Salons dans le monde entier pour ses œuvres. Une rétrospective lui a été consacrée en 1964 au Musée Galliera.

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jeudi 22 novembre 2018

Olive Cotton (1911-2003) - Tea Cup Ballet

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Olive Cotton (1911-2003)
Tea Cup Ballet  circa 1935
Gelatin silver photograph  (37, 3 x 29, 6 cm)
Art Gallery of New South Wales, Australia

Que voit on ?   Tea cup ballet  fait partie des oeuvres les plus célèbres de la grande photographe australienne Olive Cotton. Elle a été créée en studio en 1935, et voici ce qu'Olive  Cotton  en disait elle même :  " Cette image est née après que j'ai acheté des tasses et des soucoupes bon marché chez Woolworths  afin de remplacer les vieilles tasses plutôt ébréchées que j'utilisais au studio pour nos pauses cafés.. Les poignées angulaires me rappelaient la posture "akimbo", lorsque que l'on pose les mains sur les hanches et c'est simplement cela qui m'a conduit à l’idée de faire une photo qui  exprime la danse. Une fois la journée de travail terminée, j’ai essayé plusieurs arrangements de tasses et de soucoupes pour transmettre cette idée, sans succès, jusqu’à ce que j’utilise un projecteur et me rende compte de l’importance des ombres. À l'aide de la caméra de studio, équipée d'un écran de mise au point en verre dépoli de 6 ½ x 4 ½ po, j'ai déplacé les gobelets jusqu'à ce que leurs ombres finissent par évoquer un corps de ballet en position de danse. "
Cette toute premiere photo d'Olive Cotton a d'abord été exposée en Australie puis au Salon de la Photographie de Londres où elle a connu un succès immédiat. A tel point qu'elle a même été consacrée sur un timbre-poste commémorant  150 ans de photographie en Australie, en 1991.
Tea cup ballet illustre aussi la couverture du livre Olive Cotton : Photographer publié par la Bibliothèque Nationale d'Australie en 1995.

Rappel biographique :  Olive Cotton fait figure de pionnière dans son domaine qu'elle commence à explorer dès les années 1930 à Sydney,  en commençant par croquer sur le vif son ami d'enfance et futur mari, Max Dupain, alors que ce dernier dirigeait des séances de photo, et qu'elle se faisait passer pour son assistante (l'idée d'une femme photographe étant alors inimaginable en Australie !).
Elle parvient toute de même à s'imposer des 1935 avec l'exposition de sa photo Tea Cup Ballet à Londres et reçoit de plus en plus de commandes dans son pays et hors de son pays. Au  milieu de l'année 1947, cependant  Olive Cotton décide d'aller vivre dans le brousse  (le bush), à 35 km de Cowra, en Nouvelle-Galles du Sud, avec son nouveau mari Ross McInerney. Ils vivent d'abord sous une tente pendant plusieurs années, avant d'aménager dans une petite ferme où  ils élèvent leurs deux enfants. Olive enseigne alors les mathématiques à la  high school de Cowra pendant cinq ans.
En 1964, elle décide d'ouvrir un petit studio de photographie en ville. Entre autres activités, elle fait des portraits et des photos de mariage pour les gens de sa campagne, portraits qui commencent à devenir célèbres partout ailleurs que dans sa région où elle reste inconnue! En 1985 enfin,  sa renommée qui n'a cessé de croitre est telle qu'elle atteint une notoriété internationale et devient un veritable mythe dans la monde de la photographie. Une retrospective de son oeuvre a lieu, de son vivant, à Sydney en  1985 et un livre lui est consacrée en 1995.
Insensible aux honneurs et au brouhaha des marchés de l'art et de la photographie, Olive Cotton  continue de vivre dans sa brousse où elle meurt le 28 septembre 2003 à l'âge de 92 ans.

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mercredi 21 novembre 2018

Nikolaï Ivanovich Feshin (1881-1955) - "Eté indien "

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Nikolaï Ivanovich Feshin (1881-1955) 
 "Eté indien " , 1927-33
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Que voit on ? Cette extraordinaire nature morte du très grand peintre russe Nikolaï Fechin, titrée en français dans le texte  "Eté indien " subjugue littéralement le spectateur par sa dynamique et sa modernité si l 'on veut bien considérer qu'elle a été peintre entre 1927 et 1933 dans la période d'or de l'avant garde russe. On y voit une valse  surréalistes avant la lettre d'oignons, de pommes, de petits soldats de bois et de papillotes se transformant en structures abstraites et  épargnant par miracle une carafe en verre de couleur verte (sur la gauche de la composition) et les quelques grains de raisins posés devant elle. 

Rappel biographique : Nkolaï Ivanovich Fechin (Николай Иванович Фешин) est un peintre américain, d'origine russe. Né à Kazan, il est décédé à Santa Monica (Californie). 
Fechin est essentiellement connu comme portraitiste et pour ses oeuvres représentant les peuples amérindiens. Il a peint si peu de natures mortes  qu'elles se comptent sur les 5 doigts de la main et sont toutes jalousement gardées dans des collections pricées. 
 À 13 ans, il entre dans une école d'art de Kazan puis poursuit ses études à l'Académie russe des beaux-arts de Saint-Pétersbourg. En 1904, il voyage en Sibérie où il est fasciné par les paysages et les indigènes.  En 1909, il obtient le Prix de Rome et parcourt plusieurs capitales d'Europe. 
À Munich, il reçoit une médaille d'or à l'Exposition internationale.  En 1910, il est alors invité à exposer à l'Institut Carnegie à Pittsburgh (Pennsylvanie). De retour à Kazan, il y devient professeur.  En 1923, devant la famine en Russie, il émigre avec sa famille à New York et enseigne à la New York Academy of Art. Il expose aussi à la National Academy of Design où il remporte, en 1924, le premier prix. En 1926, il obtient de même une médaille à l'Exposition internationale de Philadelphie.
En 1926, atteint par la tuberculose il part s'installer à Taos au Nouveau-Mexique puis commença à voyager au Mexique, au Japon, à Java et Bali et à travers le Pacifique.

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