mercredi 30 avril 2014

James Ensor (1860-1949)



James Ensor (1860-1949) 
The Red Cabbage (1925)
Coll. part.


Que voit-on ?  De gauche à droite, posé une entablement de marbre sombre ou de pierre polie recouvert da,s son dernier quart d'une nappe blanche à liserais rouge, 13 éléments pour composer une nature morte dont le titre ne  se réfère qu'au un seul de ses éléments le chou rouge, en l'occurrence éléments central et imposant de la composition.  A l'extrême gauche presque étouffé dans l'ensemble, un minuscule vase soliflore avec son contenant caché pr trois généreuses tomates et deux branches de céleri avec leur verdure. Débordant de l'entablement dans en perpective faussée par celle, contraire, donnée par la nappe,  les céleris se serrent contre le chou rouge frisé  toutes feuilles ouvertes, telle une fleurs monstrueuse et explosive, encadré par trois tomates et trois carottes nuançant toutes les teintes de rouge. A l'extreme gauche, la composition est fermée par une verre à pieds de couleur verte et de facture hollandaise, copie moderniste de ceux que l'on pouvait trouver dans les tableaux des maitres hollandais du siècle d'or et notamment de Claezs. Un citron fermé vient mettre un point final à la composition soulignant de sa seule présence l'amertume de la vie. La nature morte est présentée sur un fond vert  couleur complémentaire  du rouge, assez tourmenté  et anxiogène,  très proche de la patte de van Gogh.


Rappel biographique : le peintre belge James Ensor se revendiquait du mouvement anarchiste et a laissé une œuvre expressionniste très importante. Il est un des membres fondateurs du groupe  bruxellois d'avant garde Les Vingt. En 1898, il est l'un des instigateurs du bal du Rat mort qui a lieu à la fin du carnaval d'Ostende. Ensor doit attendre le début du 20e siècle pour assister à la reconnaissance de son œuvre : expositions internationales, visite royale, anoblissement avec titre de baron, Légion d'honneur ... on le  surnomme alors  le prince des peintres. Et c'est précisément ce moment qu'il choisit pour abandonner la peinture et consacrer les dernières années de sa vie exclusivement à la musique !
Dans beaucoup de ses tableaux Ensor est fasciné par la lumière d'Ostende, sa ville natale, qui lui inspire des pâleurs secrètes : « La lumière déforme le contour. Je vis là-dedans un monde énorme que je pouvais explorer, une nouvelle manière de voir que je pouvais représenter. » 
Dans la Mangeuse d'huîtres (1882), une nappe immaculée éblouit l'avant-plan et tombe quasi en dehors des limites du cadre. Malgré les tableaux prestigieux que celui-là rappelle (toute la tradition des natures mortes  flamande du 17e siècle), mais aussi Vuillard, on le refuse au Salon d' Anvers. L'année suivante, toutes ses toiles sont rejetées du salon de Bruxelles et il est mis à l'écart du Cercle des 20. Ulcéré, il  bascule dans la déraison,  couvre et balafre ses toiles de couleurs rougeoyantes symbolisant son exaspération.
C'est entre 1887 et 1893 qu'il peint ses plus beaux tableaux : la gamme chromatique prend feu au milieu des nacres translucides des ciels et des marines. Contemporaine de Van Gogh  et d'Edvard Munch, son œuvre contient beaucoup des futures révolutions du fauvisme au mouvement Cobra.
Il va s'appliquer à mettre en évidence les aspects grotesques des choses, et s'orienter vers une vision radicale, sarcastique et insolente du monde. Comme chez Pieter Brueghel l'Ancien ou Jérôme Bosch, l'inanimé respire et crie. Ses obsessions et ses peurs jouent un rôle manifeste dans les traits menaçants qu'il attribue aux objets utilitaires, aux revenants et aux masques. Ces derniers, à partir des années 1880  dominent son inspiration et renvoient au carnaval, ce « monde à l'envers », anarchique où les rapports sociaux sont démontrés par l'absurde.
Artiste pluraliste, il l'est également dans son style et ses techniques: toile, bois, papier, carton, couteau à palette, pinceau fin ou spatule… : « Chaque œuvre devrait présenter un procédé nouveau », écrit-il. 
Dans un but purement alimentaire, il édite des eaux-fortes, les fameux « biftecks d'Ensor », œuvres purement commerciales mais qui ont fait alors la fierté des marchands de souvenirs. Il réalise aussi des caricatures à la manière de Bruegel et de Bosch. 
Par sa prédilection pour les personnages masqués, les squelettes, qui, dans ses tableaux, grouillent dans une atmosphère de carnaval, Ensor est le père d'un monde imaginaire et fantastique qui annonce le surréalisme.

mardi 29 avril 2014

Emil Nolde (1867-1956) - Masks Still Life



Emil Nolde (1867-1956) 
Masks Still Life (1911)

Que voit-on ? Sujets assez inhabituel dans une nature morte : des masques. Cinq masques différents  se pressant les uns contre les autres sur un fond sombre et tourmenté,  de gauche à droite : un masque rouge de profil semblant figurer un visage démoniaque, un masque rouge  présenté à l'envers  évocateur des mêmes enfers, puis a coup un masque jaune faussement rieur,face d'un clown triste se forçant à la gaité; En bas a droite, un masque de mort et d'effroi  surmonté d'un masque barbu qui apporterait une nuance de sagesse s'il n'était verdâtre et peu rassurant. 

Rappel biographique : L'aquarelliste et  peintre expressionniste allemand Emil Nolde pratique la sculpture ornementale avant de s'intéresser à la peinture  La partie la plus connue de son œuvre reste ses tableaux de style expressionniste.  Ses thématiques sont variées, allant du religieux aux paysages et aux nature mortes d'objets.  Quelques thèmes sont plus développés, comme la danse ou les masques. Emil Nolde a souvent peint à  l'aquarelle mêlant aux couleurs diluées dans l'eau de l'encre de Chine ou de la craie. Il utilise particulièrement ces techniques durant la  Seconde Guerre mondiale où il peint plus de 1300 œuvresLe peintre a eu une activité importante de gravure dont la lithographie.  Une seule toile de lui est conservée dans les collections publiques en France, il s'agit de  Nature morte aux danseuses, 1914, au Musée National d'art moderne du Centre Georges Pompidou.

dimanche 27 avril 2014

Childe Hassam (1859-1935) - Still life with winter sickle pears



Childe Hassam (1859-1935) 
Still life with winter sickle pears (1918)
Collection privée

Que voit-on ?  Ce qui surprend d'abord c'est la place considérable occupée dans le cadre par la grande masse blanche formée par la nappe  qui devient le personnage principal de cette nature morte, sur laquelle reposent les poires d'hiver (un peu plus de deux douzaines).  Dans cette nature morte mono-thématique, les poires  - dont certaines sont mûres et d'autres pas - occupent l'ensemble de la surface de  la nappe, mais avec une concentration plus importante sur la droite du tableau du côté des poires mûres. Les poires qui ne sont pas mûres, les vertes, sont isolées sur la gauche de la composition. On remarque aussi que les fruits ne sont pas tous digérés dans le même sens, ce qui donne un curieux mouvement à la composition. Les poires non mûres sont dirigées vers la gauche, les mûres vers le haut et les poires entre deux états vers la droite. Il s'agit la sans doute d'un code domestique.   La touche quand a elle est extrêmement impressionniste, proche de celle d'un van Gogh ou d'un Pissaro   
Rappel biographique :  le peintre, graveur, dessinateur, illustrateur et lithographe américain Frederick Childe Hassam est un impressionniste, membre du groupe des Ten American PaintersPeintre de scènes de genre, figures, nus, intérieurs, paysages, paysages urbains, marines, natures mortes il a aussi bien utilisé  l'huile, la gouache, l'aquarelle ou  le pastel. De 1886 à 1889, il séjourne à Paris  où il étudie l'art à  l'Académie Jullian. Ses professeurs sont Gustave Boulanger et Jules Joseph Lefebvre. L'impressionnisme français et l'art de Claude Monet ont une forte influence sur lui. Parmi ses œuvres les plus connues, réalisées à la fin de sa vie, figure la Flag series. Il s'agit d'une trentaine de tableaux qu'il commença en 1916, inspirés par la parade de préparation des engagés volontaires américains pour la Première Guerre mondiale sur la Cinquième avenue. Le tableau le plus célèbre de la série, The Avenue in the Rain (1917), représentant des drapeaux américains et leur reflets sous la pluie, fait partie de la collection de la Maison Blanche. Barack Obama l'a fait installer dans le bureau ovale dès le début de sa  présidence.

samedi 26 avril 2014

Louis Valtat (1860-1952) - Nature morte aux fruits d'été

Louis Valtat (1860-1952)  Nature morte aux fruits d'été (1902)  George Economou Coll.


Louis Valtat (1860-1952)
Nature morte aux fruits d'été (1902)
George Economou Coll.

Ce que l'on voit : dans la partie basse du cadre, posés sur un linge table, sur le bord d'une table ronde, une profusion de fruits (il y en a 17) aux couleurs très acidulées et très fraiches et aux formes dansantes. De gauche à droite : aubergines, tomate rouge et tomates vertes, courgette ronde, poivrons rouge et poivrons verts, une aubergine ouverte ponctuant la composition sur la droite du tableau juste au dessus de la signature.  Couvrant toute la partie haute du cadre : un bouquet de fleur à l'épais feuillage sombre se répand à partir d'un vase ou de fleurs placé au milieu de la table sur la gauche du cadre.

Rappel biographique : le peintre français Louis Valtat est un précurseur du fauvisme. En 1895,  il va poursuivre sa convalescence d'une tuberculose à Arcachon et réalise dans cette ville de nombreuses peintures aux tons très vifs qu'il va exposer au Salon des indépendants de 1896. Ces peintures annoncent le « fauvisme » qui fera scandale dix ans plus tard au Salon d'automne de 1905.  Louis Valtat a peint beaucoup de paysages mais aussi un nombre conséquent de natures mortes, genre auquel il a apporté  un renouveau incontestable.

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2014 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau 

vendredi 25 avril 2014

Amédée Ozenfant (1886-1966)



Amédée Ozenfant (1886-1966)
Nature morte au verre de vin rouge (1921)


Ce que l'on voit : une composition très dense où les formes s'imbriquent les unes dans les autres dégageant des ustensiles de cuisines,  de gauche à droite, une carafe, un verre opaque, une broc à eau, un décanteur, deux bouteilles  allongées (l'une verte, l'autre noire)  faisant penser à des bouteilles de liqueur ou de vin cuit du commerce. Devant ces deux bouteilles, le verre de vin rouge qui donne son titre à cette nature morte et qui semble suspendu dans le vide. Deux autres verres à pieds dont l'un posé a l'envers ferme la composition vers le haut alors qu'en bas un verre à godrons noirs ponctue l'ensemble juste avant la signature.

Rappel biographique : l'artiste et architecte français Amédée Ozenfant est connu pour avoir fondé - en pleine Première Guerre mondiale -  avec Max Jacob et Guillaume Apollinaire la revue L'Élan pour établir une liaison entre les artistes et le front (1915-1917). En 1917, il rencontre Charles-Édouard Jeanneret, (qui sera célèbre  sous le nom de Le Corbusier). Ils publient ensemble, en 1918, Après le cubisme, ouvrage qui décrit sous le nom de purisme l'héritage qu'ils comptent donner au cubisme, dévoyé à leurs yeux dès avant la guerre.  De 1920 à 1925, leurs idées sont exprimées dans leur revue, L'Esprit nouveau.  La peinture puriste d'Ozenfant, point de départ de celle de Le Corbusier, donne la primauté à la construction de la toile, à la représentation « standard » des objets, elle use de couleurs neutres et atténuées. Ozenfant identifie la création picturale à la création mécanique et réduit les formes à des schémas sans modelé. Il tente d'appliquer ses idées à la peinture murale et publie un nouveau livre en 1928, Art. Il travaille de 1931 à 1938 à une immense composition, Vie (Musée national d'art moderne, Paris), enchevêtrement de corps humains qui contraste avec la retenue des natures mortes puristes. Il s'installe à New York en 1938 et y fonde l'Ozenfant School of Fine Arts. Son activité pédagogique se poursuit à Cannes de 1955 jusqu'à sa mort. À la fin de sa vie, Ozenfant modifiera son style et fera, dans sa peinture, une plus large place à la vibration atmosphérique et à la matière.
Michel FRIZOT, « OZENFANT AMÉDÉE - (1886-1966)  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 6 octobre 2015. 

jeudi 24 avril 2014

Edouard Manet (1832-1883) - Le Panier de fruits



Edouard Manet (1832-1883)
Le Panier de fruits (1864)
Museum of Fine Arts de Boston

Que voit- on ?  Cette nature morte est inhabituellement dépouillée  pour l'époque de Manet à laquelle elle se réfère (avant 1870) mais elle illustre parfaitement la phrase que le peintre aimait souvent répéter  : « Un peintre peut tout dire avec des fruits ou des fleurs, ou des nuages seulement ». Du premier plan à l'arrière plan : un couteau dont les reflets éclatants font écho à ceux de certains des fruits serrés dans un un panier de paille à l'arrière plan. Entre le couteau et le panier un énorme figue verte décentrée sur la droite du cadre et dont la couleur contraste avec le vert profond du feuillage sur lequel repose les fruits et avec le vert  plus pâle, plus fané, d'un autre amas de feuillage sur lequel semble  reposer le panier lui-même.  Les fruits serrés dans la panier sont au nombre de sept : de gauche à droite : une pomme et une prune ; au centre trois " reine Claude " ;  à droite une orange et ce qui semble être, dans le fond, une poire.

Rappel biographique :  le peintre français Édouard Manet est un peintre majeur de la fin du 19e siècle, initiateur de la peinture moderne qu'il libère de l'académisme,  C'est une erreur de considérer Édouard Manet comme l'un des pères de l'impressionnisme : il s'en distingue en effet par une facture soucieuse du réel. Manet n'utilise pas (ou peu) les nouvelles techniques de la couleur et le traitement particulier de la lumière, utilisées par les impressionnistes. Il s'en rapproche cependant par certains thèmes récurrents comme les portraits, les paysages marins, la vie parisienne ou encore les natures mortes, tout en peignant de façon personnelle, dans une première période, des scènes de genre (sujets espagnols et  odalisques entre autres).
Lorsque Manet a peint des natures mortes, c'est  surtout pour des raisons financières qu'il l'a fait. Il avouait lui-même avoir plus de facilités à les négocier que ses portraits. Cela ne signifie pas qu'elles soient d'un intérêt mineur, bien au contraire : la scénographie qu'il impose à ses natures  mortes est tout simplement prodigieuse, qu'il s'agisse de solo comme Le citron ou L'asperge ou de mise en scène collectives comme dans ces Fruits sur la table ou Panier de fruits. A sa mort, Édouard Manet laisse plus de 400 toiles, des pastels, esquisses et aquarelles. Ses plus grandes œuvres sont aujourd'hui visibles dans tous les musées du monde.
" Considérant l'importance de la nature morte chez Manet, beaucoup – et cela dès les années 1890 – y ont vu la marque la plus évidente de la révolution qu'il accomplissait, l'avènement d'une peinture uniquement préoccupée d'elle-même et débarrassée de la tyrannie du sujet. En refusant toute hiérarchie à l'intérieur même du tableau, en donnant autant d'importance à l'accessoire qu'à la figure, Manet assurément rompait avec les règles académiques. (...) Comme Cézanne et comme Monet qu'il influencera, Manet trouvait dans la nature morte, obéissante et disponible, un laboratoire d'expériences colorées dont il répercutait aussitôt les trouvailles dans d'autres compositions ; comme Cézanne et comme Monet, il dit cette curieuse obsession de l'éclatante blancheur et voulut peindre lui aussi ces tables servies avec leurs nappes blanches "comme une couche de neige fraîchement tombée" (Nature morte avec melon et pêches, Washington, National Gallery of Art). Manet, peintre de natures mortes, a médité les grands exemples anciens, celui des Espagnols et de leurs bodegones, celui des Hollandais, celui de Chardin). Dans les années 1860, il joue des franches oppositions du noir et du blanc, bois sombre de la table, éclat d'une nappe ou serviette sur lesquelles il dispose ses notes colorées. (...)"
Texte extrait du catalogue de l'exposition "Manet et les natures mortes" (Musée d'Orsay- Paris

mercredi 23 avril 2014

Georg Flegel (1566-1638)



Georg Flegel (1566-1638) 
Stillleben mit getrockneten Früchten und Brezeln in Weißwein eingetaucht (1637)
Landesmuseum, Münster 

Que voit-on ? Le cadre est coupé en deux dans le sens horizontal : en bas, un entablement de bois ; en haut, un fond noir uniforme.  En bas sur toute la largeur du cadre  : des amendes séchées décortiquées fournissent un premier plan et amorcent la perspective, encadrant le pied d'un Römer, un type de verre fabriqué en Allemagne ou aux Pays-Bas au 17e siècle et décoré de pastilles de verre. La composition suit alors un mouvement ascendant de gauche à droite. A gauche, au deuxième plan : deux fragments de bretzels visiblement très secs et cassés (plus que coupés) se chevauchent et pointent vers le Römer  rempli au trois quart de vin blanc dans lequel on aperçoit en transparence le troisième morceau de bretzel sec plongé jusqu'au fond pour ramollir.  L'extrémité du bretzel qui reste à l'extérieur du Römer pointe au troisième plan sur la gauche vers deux énormes noix parfaitement dessinée.  Que le peintre l'ait voulut ainsi ou  qu'il s'agisse d'une exécution inconsciente, certains analystes ont voulu voir dans cette nature morte un symbole de la pénétration, le bretzel figurant le pénis et le verre le vagin.  La droite du  cadre est laissé presque vide avec quelques amandes dans le bas qui se pressent autour de la signature " G.F"

RRappel biographique : Le peintre allemand Georg Flegel, est un des peintres majeurs de natures mortes des 16e et 17e siècle. Né en Moravie, il déménage à Vienne,en 1580 et  devient l'assistant de Lucas van Valckenborch peintre et dessinateur.  En tant qu'assistant, son travail consiste à insérer dans les tableaux de son maître, des éléments " décoratifs " tels que des fruits, des fleurs et des ustensiles de table. Flegel et son employeur  déménagent ensuite à Francfort, qui à cette époque là était un centre d'art très important. Puis on retrouve Flegel à Utrecht où il fait partie de la très influente Guilde de Saint-Luc qui compte parmi ses membres des grands maîtres de la nature morte tel que Roelandt Savery et Balthasar van der Ast. Georg Flegel a peint exclusivement des natures mortes, dont certaines très fournies, incluent des animaux, familiers et /ou exotiques, de riches mets, du gibier ou du poisson, des ustensiles de cuisine, de la vaisselle en métal précieux et en porcelaine, des fruits et des fleurs et des friandises. D'autres natures mortes qu'il a peintes détaillent avec la même richesse et le même soin  quelques fruits, des coins de table ou des petits déjeuners, des goûters ou des collations modestes avec des bretzels aux formes étranges trempés dans du schnaps. Il fit école et eut parmi ses élèves ses deux fils, Friedrich et Jacob  Leonhard, ainsi que le peintre floral Jacob Marrel.

lundi 21 avril 2014

Gustave Caillebotte (1848-1894)



Gustave Caillebotte (1848-1894)
Gâteaux (1881)
Collection  particulière

Que voit-on ? Sur une entablement en marbre blanc qui pourrait être soit celui d'une desserte domestique, soit celui d'une desserte de brasserie, soit celui d'une boutique de pâtisseries : une série de gâteaux (au nombre de 7) présentés de gauche à droite sur 2 plan horizontaux. A gauche : un biscuit encore enrobé dans son papier sulfurisé de cuisson et une brioche posés à même le marbre. Ensuite sur des assiettes en porcelaine isolés du gâteaux par  sous plats en papier gaufré argenté, de gauche à droite et de base en haut : une tarte aux mirabelles, deux éclairs aux chocolats  et deux éclats au café,un saint honore avec ses choux caramélisés, des barquettes aux pommes, une tarte au myrtilles ou aux fruits rouges. Les gâteaux sont saisis, en plongée, un des angles de vue favoris  et caractéristique de Caillebotte. Le peintre prenait volontiers des notes (dessinées) sur le vif c'est à dire sur les marchés, les étalages des boutiques, les tables de brasseries parisiennes, les salles à manger privées, qu'il restituait ensuite sur la toile dans son  atelier.


Rappel biographique : le peintre français Gustave Caillebotte fut aussi mécène, collectionneur  et organisateur des expositions impressionnistes de 1877, 1879, 1880 et 1882. Le talent de Caillebotte fut longtemps méconnu (sauf aux États-Unis) au profit de son rôle de « mécène éclairé ». Le peintre fut redécouvert dans les années 1970 à l'initiative de collectionneurs américains. Les rétrospectives de ses œuvres sont désormais fréquentes. Certains de ses tableaux se trouvent maintenant au musée d'Orsay à Paris. Caillebotte est l'un des premiers grands peintres français à exposer régulièrement aux États-Unis, où il rencontre un vif succès, et où se trouvent aujourd'hui nombre de ses toiles. Il est l'un des fondateurs du courant « réaliste », qu'illustrera par exemple au 20e siècle l'américain  Edward Hopper. Fortuné, il n'a pas besoin de vendre ses toiles pour vivre, si bien que ses descendants possèdent encore près de 70 % de ses œuvres. À sa mort, Martial et Auguste Renoir son exécuteur testamentaire, prennent les dispositions pour que l’État accepte le legs de ses tableaux impressionnistesLes historiens d'art qualifient volontiers cet artiste « d’original et audacieux ». Sa technique ne l'est pas moins assez proche de l'art photographique, mais, par de puissants effets de perspectives tronquées, les distances et les premiers plans sont écrasés et l'horizon absent, d'où la perception instable et plongeante (Caillebotte invente la vue en plongée dans la peinture). Les effets de vue plongeante s'imposent dans son art à travers les personnages au balcon et ses vues en surplomb des rues et des boulevards. 
Dans ses natures mortes saisies souvent dans des cadrages et sous des angles inhabituels, il s'intéresse surtout à l'aspect préparé et alimentaire. Il affectionne les natures mortes à l'étalage dont il croque le plan sur les marchés, dans les restaurants, ou dans les boutiques et qu'il retravaille entièrement dans son atelier, car contrairement aux impressionnistes qui peignent en plein air, Caillebotte retravaille toutes ses esquisses à l'atelier.



dimanche 20 avril 2014

Francisco de Zurbarán (1598-1664) - Agnus Dei



Francisco de Zurbarán (1598-1664)
Agnus Dei 
Museo Nacional del Prado, Madrid

Que voit-on ?  Sur un fond gris foncé uniforme, un agneau dont les quatre pattes sont attachées par un lien, signe antique  qu'un sacrifice se prépare. Le tableau comporte une inscription extraite des actes des Apôtres 8/ 32 : « Comme une brebis, il fut conduit à l’abattoir ; comme un agneau muet devant le tonseur, il n’ouvre pas la bouche. » Le traitement est fortement naturaliste. Entre 1635 et 1640, Francisco de Zurbarán  a donné six versions de cette toile qui diffèrent assez peu entre elles. Celle du Prado (celle qui est montrée ici) est réputée être la plus achevée : elle est exposée en permanence dans les collections du musée.  Une autre version très célèbre connue comme le « mouton aux pattes attachées », est exposée à Barcelone dans la collection Salvado Plandiura. 
Le gouvernement de Catalogne a déclaré cette version « bien d'intérêt national ».  Une  troisième  version  plus petite  que les deux précédentes est conservée à la Fine Arts Gallery de San Diego aux Etats-Unis, legs d'Anne et Amy Putnam.

Rappel biographique : le peintre espagnol  Francisco de Zurbarán appartient au Siècle d'or espagnol. Surtout célèbre pour ses sujets religieux, et ses peintures dévotes souvent d'une grande puissance et d'un grand mysticisme, il a commencé par y glisser quelques natures mortes avant de peindre des natures mortes pour elles mêmes à part entière (comme ici avec ce simple  plateau de grenades) et d'en devenir un maître absolu. Contemporain et ami de Velasquez, Zurbarán s'est  distingué par la  force visuelle de ses sujets et par un style austère et sobre qui le rapproche beaucoup des maîtres maniéristes italiens. Bien qu'à son époque la nature morte soit considérée comme un genre mineur, Zurbarán ne pense pas déchoir lorsqu'il peint  le  mouton aux pattes liées de l'Agnus Dei. Dans ses natures mortes, Zurbarán fait toujours preuve d'une attention affectueuse à l'égard d'objets modestes qu'il dote d'une valeur symbolique, (comme ici ou les grenades révélant un contenu sensuel pour ne pas dire sexuel) au point que « ses natures mortes ont une densité, une plénitude si poussée que, même quand elles ne sont qu'un des éléments d'une composition, leur présence s'impose autant que la scène principale » (Encyclopædia Universalis).

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samedi 19 avril 2014

Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779) - Nature morte au menu de maigre

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Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779)
Nature morte au menu de maigre et ustensiles de cuisine (1731)
Musée du Louvre, Paris.

Que voit-on ? Sur un entablement de bois qui est visiblement celui d'une cuisine, de gauche à droite au premier plan de l'entablement : un gril dressé dans la pénombre ; un torchon blanc qui fait le lien entre l'avant et l'arrière de l'entablement ; un  pot en terre vernissé ; deux oeufs d'une éclatante blancheur qui illuminent toute la toile ; deux poireaux un peu desséchés dont un dépasse de l'entablement pour souligner la perspective. A l'arrière plan de gauche à droite  : une sorte de meule en pierre engloutie dans la pénombre derrière le gril ;  à côté du torchon un plat de service en étain ;   trois maquereaux (constituant à cette époque le maigre d'un repas) pendus à un crochet derrière lequel se dresse un seau à eau en métal ; à côté du seau et toujours derrière le maigre, un chaudron en cuivre. A droite du tableau sur un plan intermédiaire entre l'arrière plan et l'avant de l'entablement : un pilon en bois.
De 1730 à 1758 le peintre va étudier les " menus de gras et de maigre " dans plus de cent cinquante oeuvres. Si on le dit inspiré par les hollandais, à leur différence il n'estompe pas sa touche mais étale une pâte sèche qui reste visible sous forme de traces granuleuses ; il parsème ainsi sa toile de petits éclats lumineux qui nuisent un peu à la lisibilité de l'oeuvre (ici les oeufs) , " mais la composition est parfaitement équilibrée selon un jeu savant de droites et d'obliques, de saillis et de creux, de clairs et de sombres. Ce tableau est un des premiers essais de l'artiste et un des plus réussis " écrit P. Rosenberg (Cf. exposition 1999-2000).

Rappel biographique :  Jean-Baptiste-Siméon Chardin est considéré comme l'un des plus grands peintres français et européens du 18e siècle. Célèbre pour ses scènes de genre et ses pastels, il est aussi  reconnu pour ses natures mortes dont il reste le maitre incontesté. D'après les frères Goncourt, c'est Coypel qui en faisant appel à Chardin pour peindre un fusil dans un tableau de chasse, lui aurait donné le goût pour les natures mortes. Ces deux tableaux de réception à l'Académie Royale de peinture sont tous deux des natures mortes, La Raie et Le Buffet qui se trouvent aujourd'hui au Musée du Louvre.  Chardin devient ainsi peintre académicien « dans le talent des animaux et des fruits », c'est-à-dire au niveau inférieur de la hiérarchie des genres alors reconnus. Et c'est sans aucun doute Chardin qui va lui donner ses lettres de noblesse et en faire un genre pictural égal, voire même supérieur à bien des égards, aux autres.
Les natures mortes qu'il peindra plus tard (à partir de 1760) sont assez différentes des premières. Les sujets en sont très variés : gibier, fruits, bouquets de fleurs, pots, bocaux, verres...  Chardin semble s'intéresser davantage aux volumes et à la composition qu'à un vérisme soucieux du détail, ou aux  effets de trompe-l'œil. Les couleurs sont moins empâtées. Il est plus attentif aux reflets, à la lumière : il travaille parfois à trois tableaux à la fois devant les mêmes objets, pour capter la lumière du matin, du milieu de journée et de l'après-midi. On peut souvent parler d'impressionnisme avant la lettre.

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vendredi 18 avril 2014

Pavel Tchelitchew (1898–1957) - Still Life with Eggs and a Bowl

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Pavel Tchelitchew (1898–1957)
Still Life with Eggs and a Bowl (1925)

Que voit-on ?  Deux oeufs vus en plongée.  L'un  est beaucoup plus gros que l'autre (l'anomalie, l'élément surréaliste de la toile). Le petit oeuf est contenu dans un bol lu- même creusé en forme de coquille. La composition se livre à une exploration méthodique de la palette des blancs et de toues leurs nuances jusqu'aux gris les plus profonds. 

Rappel biographique : le peintre américain d'origine russe Pavel Tchelitchew fut à la fois un peintre qui appartint au mouvement surréaliste et un  créateur reconnu de décors et de costumes de théâtre. Ainsi travailla-t-il un temps à Paris  pour  Serge de Diaguilev en créant des décors et des costumes pour les Ballets russes en 1928. En 1930, Tchelitchev présenta ses œuvres dans le cadre d'une exposition collective dans le tout nouveau  Museum of Modern Art de New York, ouvert depuis une année seulement. Quatre ans plus tard, il décida de quitter Paris avec son compagnon, l'écrivain Charles Henri Ford, et de vivre à New York, où il continua à travailler pour des metteurs en scène et des chorégraphes, tels  que George Balanchine  ou encore A. Everett Austin, pour lesquels il dessina des décors et des costumes de ballet. De 1940 à 1947, il publia des illustrations dans le magazine surréaliste View, dirigé par Charles Henri Ford  (dont il fut le compagnon) et par le critique de cinéma Parker Tyler. 

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jeudi 17 avril 2014

Hishikawa Sôri / 菱川宗理 (1781-1818) - NAture morte à la Sauterelle et Kaki


Hishikawa Sôri  / 菱川宗理 (1781-1818) Sauterelle et Kaki , 1801 Estampe japonaise Surimono De Sôri  Xylographie, 18,5 x 22 cm



Hishikawa Sôri  / 菱川宗理 (1781-1818)
Sauterelle et Kaki , 1801
Estampe japonaise Surimono De Sôri 
Xylographie, 18,5 x 22 cm 
 

Que voit-on ?   Un fragment de branche de plaqueminier, l'arbre qui supporte le kaki. Dans le bas de la branche elle-même le dessin est tel que l'œil pourrait  oir un paysage de montagne. trois feuilles et vert et un fruit kaki, occupe le reste du cadre ou le vide comme dans la majeure partie des natures mortes japonaise a une importance cruciale. La sauterelle verte qui se cache a peine derrière le fruit aussi jaune et rouge qu'un soleil, s'est déjà  attaquée à deux des feuilles qu'elle a délaissées leur préférant le fruit. 

Rappel biographique : Oen ne sait pas grand chose de la vie d'Hishikawa Sôri, si ce n'est qu'il fut un élève d'Hokusai, spécialiste de l’ukiyo-e, graveur et auteur d'écrits populaires.  Le nom de famille réel de cet artiste est inconnu, et il a changé plusieurs dois de nom en fonction des oeuvres qu'il produisait ce qeui rend son identification assez complexe. In semblerait que son nom " Sori " lui ait été donné par Hokusai lui -même. Sôri a aussi produit des  des illustrations de livres imprimés et de nombreux dessins à la main. Il  a travaille principalement sur Nikuhitsu Bijin -ga, et  a dessiné de nombreux Bijin -ga qui suivent le style d'Hokusai  On dit qu'il est le plus ancien des disciples de Hokusai qui faisait  encore des dessins peints à la main.

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2014 - A Still Life Collection
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mercredi 16 avril 2014

Jean-Michel Basquiat (1960-1988)



Jean-Michel Basquiat (1960-1988) 
Still life with b.

Que voit-on ?  Le sujet central de cette nature morte, intitulée comme telle par Basquiat et assez dépouillée minimaliste ( ce qui n'est pas toujours le cas) est à l'évidence une banane !  Partiellement épluchée tout en conservant la peau sur la partie inférieure,  la partie supérieure de la chair est absente.   Le reste de la toile est blanche sauf... sur la gauche  où sous le repeint, subsiste un  double visage.   Visage dessiné de trois quart dont il ne reste que le bas (la lèvre inférieure, le menton et le cou)  et à l'intérieur de ce visage, un peu à la manière de Jérôme Bosch, un autre visage de trois quart, issu d'un collage photographique, qui a été altéré et  recouvert de divers graffitis mais qui reste clairement lisible : c'est la parie manquante,  le nez et l'oeil. Aucun rapport avec la banane !

Rappel biographique :  le peintre américain d'origine haïtienne et portoricaine Jean-Michel Basquiat, devient très tôt un peintre très populaire dans les milieux de l'avant garde comme pionnier de la mouvance  underground. Son style est original, spontané, naïf, énergique et parfois violent.
En 1983, il rencontre Andy Warhol. Petit à petit, ils s'attachent très fortement l'un à l'autre  et  deviennent bons amis. Au point de créer ensemble plus d'une centaine de toiles. Basquiat représente d'ailleurs son ami  Warhol sous la forme d'une banane, Brown Spots (Portraits of Andy Warhol as a Banana)
Basquiat a peint très peu de natures mortes revendiquées comme telles. Celles qu'il a peintes l'ont toutes été entre 1982 et1 988  mêlant à la fois, surface dense avec des écritures en graffiti, collages, représentations sans relations apparentes les unes avec les autres ,mais plus figuratives que ce qu'il avait peint jusque là, dans un style différent avec des sources, des symboles et un contenu contrastant avec ses autres peintures.

mardi 15 avril 2014

Ecole Espagnole (vers 1800)


Ecole Espagnole (vers 1800) 

Nature morte aux agrumes
  
Que voit-on ?  Un bouquet d'agrumes et de fleurs d'agrumes étroitement  mêlées dans une  disposition très étudiées formant un cercle. L tableau possède un pendant. Les qualités décoratives de ces tondi de l’école espagnole vers 1800 sont indéniables. Pour ceux qui n’auraient pas identifié les agrumes en présence, l’artiste anonyme a indiqué leur nature en latin dans des motifs de cuirs découpés dont la destinée gémellée s’exprime même dans les intitulés, "Citri" suivi de "et aurea". Ces toiles sont exécutées dans une manière qui évoque davantage le 17e siècle que la rigueur néoclassique en vogue vers 1800. Leur profusion anti naturaliste symbolise une opulence de bon aloi, et les teintes chaudes utilisées sont bien éloignées de la leçon des tenants du bon goût antique. Quant à nos cuirs découpés, ils apparaissent barbares par rapport à un entablement idéal, figé dans les moulures d’un marbre marmoréen. Une question de mode et d'épopque !

lundi 14 avril 2014

Balthus (1908-2001),



Balthus (Balthazar Klossowsky de Rola) (1908-2001) 
Still life with quince and pear (1956)
Coll. Part.

Que voit-on ?  Sur un fond blanc quatre fruits et un cinquième esquissé sur la droite du cadre, à moins que cela ne soit un feuillage. Les fruits sont présentés sous différents angles. Il y a un fruit qui fait office de centre à la composition : c'est un coing plus petit que les autres  mais présenté de face  et tourné vers le haut. C'est s le seul que l'on puisse reconnaitre comme tel d'ailleurs, Balthus appuyant la ressemblance entre les coins et les poires  au point de les rendre  presque semblable.ans cette composition.   

Rappel biographique : Le peintre français d'origine polonaise Balthus (pseudonyme de Balthasar Kłossowski de Rola) est un peintre du 20e siècle qui appartient au mouvement figuratif  dans une époque où l'abstraction est reine. Il est le frère de l'écrivain et dessinateur Pierre Klossowski.
« La meilleure façon de commencer est de dire, Balthus est un peintre dont on ne sait rien. Et maintenant, regardons les peintures » telle est la réponse laconique que le peintre adresse à la Tate Gallery, qui, organisant une exposition de ses œuvres, souhaitait également agrémenter le catalogue de quelques éléments biographiques.
L'œuvre peint de Balthus est relativement peu abondant puisqu'on ne compte qu'environ 300 peintures, dont beaucoup ne sont pas datées. Artiste méticuleux - certains tableaux nécessitant plusieurs années pour être achevés après de nombreuses études préparatoires - Balthus est resté célèbre pour ses tableaux de jeunes filles nubiles, souvent peintes dans des poses ambiguës, jouant sur l'idée de l'innocence perdue à l'adolescence.  
Ses natures mortes sont assez rares et toujours assez énigmatiques.

2014 - A Still Life Collection 

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dimanche 13 avril 2014

Edouard Manet (1832-1883) - Huîtres, 1862

Edouard Manet (1832-1883) Huîtres, 1862  Huile sur toile 37,2 x 46,8 cm National Gallery of Art, Washington D.C.


Edouard Manet (1832-1883)
Huîtres, 1862 
Huile sur toile 37,2 x 46,8 cm
National Gallery of Art, Washington D.C.


Que voit-on ?  Manet a peint plusieurs natures mortes aux huîtres dont celle-ci n'est pas la plus célèbre. Posés sur une table sombre devant un mur gris bleu, de gauche à droite : un plat en céramique contenant  une demi-douzaine d'huitre assez grosses ; une fourchette à huîtres occupe le milieu du cadre à l'avant du plat et donne la perspective. A côté de la fourchette, à même la table, une huître fraichement ouverte dont la coquille supérieure est encore sur la table, attend. Un citron coupé en deux est là.  Un petit beurrier en céramique vernissée, contenant une  motte de beurre ferme la composition sur la droite.  Cette nature morte d'atelier réalisée  à la fin de la vie de Manet avec grand économie de couleurs est un chef d'œuvre   qui atteint l'exploit de rendre la nacre des coquilles sans user d'aucun reflet spectaculaire ou transparences superflues mais avec la seule force du blanc.  

Rappel biographique :  le peintre français Édouard Manet est un peintre majeur de la fin du 19e siècle, initiateur de la peinture moderne qu'il libère de l'académisme,  C'est une erreur de considérer Édouard Manet comme l'un des pères de l'impressionnisme : il s'en distingue en effet par une facture soucieuse du réel. Manet n'utilise pas (ou peu) les nouvelles techniques de la couleur et le traitement particulier de la lumière, utilisées par les impressionnistes. Il s'en rapproche cependant par certains thèmes récurrents comme les portraits, les paysages marins, la vie parisienne ou encore les natures mortes, tout en peignant de façon personnelle, dans une première période, des scènes de genre (sujets espagnols et  odalisques entre autres). 
Lorsque Manet a peint des natures mortes, c'est  surtout pour des raisons financières qu'il l'a fait. Il avouait lui-même avoir plus de facilités à les négocier que ses portraits. Cela ne signifie pas qu'elles soient d'un intérêt mineur, bien au contraire : la scénographie qu'il impose à ses natures mortes est tout simplement prodigieuse, qu'il s'agisse de solo comme Le citron ou L'asperge ou de mise en scène collectives comme dans ces Fruits sur la table ou Panier de fruits
Manet aimait aussi les natures mortes : « Un peintre peut tout dire avec des fruits ou des fleurs, ou des nuages seulement », affirmait-il. Une part non négligeable de son œuvre est consacrée à ce genre, avant 1870 surtout puis dans les dernières années de sa vie où la maladie l'immobilise dans son atelier. Certains éléments de ses tableaux constituent de véritables natures mortes comme le panier de fruits dans le Déjeuner sur l'herbe, le bouquet de fleurs dans Olympia ou le pot de fleurs, la table dressée et différents objets dans le Petit déjeuner dans l'atelier. Il en va de même dans les portraits avec le plateau portant verre et carafe dans le Portrait de Théodore Duret ou la table et les livres dans le portrait d’Émile Zola. Mais les natures mortes autonomes ne manquent pas dans l’œuvre de Manet : l'artiste a ainsi plusieurs fois peint poissons, huîtres ou autres mets (Nature morte au cabas et à l’ail, 1861-1862, Louvre-Abou Dhabi, ou La Brioche, 1870 - Metropolitan Museum of Art, New York), rendant ainsi une sorte d'hommage à Chardin. Il a peint plus souvent encore des sujets floraux qui évoquent la peinture hollandaise (roses, pivoines, lilas, violettes) ou encore des fruits et des légumes (poires, melons, pêches, citrons, asperges) .
A sa mort, Édouard Manet laisse plus de 400 toiles, des pastels, esquisses et aquarelles. Ses plus grandes œuvres sont aujourd'hui visibles dans tous les musées du monde. 
" Considérant l'importance de la nature morte chez Manet, beaucoup – et cela dès les années 1890 – y ont vu la marque la plus évidente de la révolution qu'il accomplissait, l'avènement d'une peinture uniquement préoccupée d'elle-même et débarrassée de la tyrannie du sujet. En refusant toute hiérarchie à l'intérieur même du tableau, en donnant autant d'importance à l'accessoire qu'à la figure, Manet assurément rompait avec les règles académiques. (...) Comme Cézanne et comme Monet qu'il influencera, Manet trouvait dans la nature morte, obéissante et disponible, un laboratoire d'expériences colorées dont il répercutait aussitôt les trouvailles dans d'autres compositions ; comme Cézanne et comme Monet, il dit cette curieuse obsession de l'éclatante blancheur et voulut peindre lui aussi ces tables servies avec leurs nappes blanches "comme une couche de neige fraîchement tombée" (Nature morte avec melon et pêches, Washington, National Gallery of Art). Manet, peintre de natures mortes, a médité les grands exemples anciens, celui des Espagnols et de leurs bodegones, celui des Hollandais, celui de Chardin). Dans les années 1860, il joue des franches oppositions du noir et du blanc, bois sombre de la table, éclat d'une nappe ou serviette sur lesquelles il dispose ses notes colorées. (...)"
Texte extrait du catalogue de l'exposition "Manet et les natures mortes" (Musée d'Orsay- Paris)

samedi 12 avril 2014

Le Corbusier (1887-1965)




Le Corbusier (1887-1965) 
Nature morte projet pour tapisserie (1956). 
Fondation Le Corbusier, Zurich

Que voit-on ?  Ce carton de tapisserie laisse paraître une composition abstraite, une sorte d'ode au modernisme comme Le Corbusier les affectionnait, à travers laquelle on peut toutefois deviner la représentation d'une ville en activité.  Le carton est réalisé dans un une gamme très peu étendue de couleurs.

Rappel biogrpahique : l'architecte et urbaniste français d'origine suisse, Charles-Édouard Jeanneret-Gris plus connu sous le pseudonyme de  Le Corbusier fut aussi peintre, sculpteur, décorateur et hommes de lettres, reléguant très loin dans les nimbes la sempiternelle incompatibilité  entre architecte et artiste ! Dans le domaine de l'architecture il est l'un des principaux représentants du mouvement moderne avec  Ludwig Mies van der RoheWalter GropiusAlvar Aalto...
En même temps que sa pratique architecturale, Le Corbusier n'a de cesse de nourrir sa réflexion par une pratique régulière des arts plastiques. Son premier « voyage d'Orient » le fait passer par Vienne où il rencontre entre autres Gustav Klimt. Sa collaboration avec Amédée Ozenfant est féconde (l'esprit nouveau, le purisme, etc.) de même que celle qu'il entama avec Fernand Léger,  Pablo Picasso et Georges Braque. Après 1917, il ne cesse jamais de peindre. Malgré une trentaine d'années de mise entre parenthèses de son activité picturale en France (1923-1953),  il participe à de nombreuses expositions à l'étranger. Dès 1940, il se lance dans la peinture murale.
Le dessinateur instaure des partenariats en ce qui concerne la sculpture après 1947 et les tapisseries à partir de 1948.  Après 1950, il s'intéresse aux collages. Dans l'atelier de Jean Martin, à partir de 1953, il grave des émaux sur tôle d'acier. La diffusion de ses lithographies est immense. Sa production  de dessins, d'aquarelles et de toiles est gigantesque.   Quelques natures mortes parsèment cette oeuvre considérable, dont certaines ont servi de cartons pour des tapisseries réalisées dans lea ateliers d'Aubusson. 

vendredi 11 avril 2014

Nicolas de Staël (1914-1955) - Nature morte au marteau


Nicolas de Staël (1914-1955)
Nature morte au marteau (1954)
Collection privée

Ce que l'on voit : une masse noire de laquelle se détache un aplat banc sur la droite, un autre aplat gris foncé difficilement identifiable au-dessus d'un marteau clairement dessiné à la force d'une pointe qui trace des sillons blancs dans la matière noire. La nature morte aurait pu s'appelait Nature morte au verre, ce n'est pas le titre que Nicolas de Stael choisira, lui préférant la silhouette du marteau tracée à la pointe sèche dans la peinture, qui joue ici le rôle du couteau dans le langage de la nature morte classique.  Un certificat de Monsieur Jacques Dubourg en date du 28 avril 1955 accompagne l'œuvre : " Nicolas de Staël poursuivait ses nouvelles recherches. Les innombrables natures mortes, les paysages qu'il peint alors apparaissent comme autant d'exercices où le peintre tente d'appréhender au travers d'un style tout traditionnel les objets pour les situer dans l'espace avec autant de force qu'auparavant. Mais cette véhémence naît maintenant de la transparence, troisième dimension du tableau où s'organisent les ponctuations rythmées de l'ombre et de la lumière. Staël utilise les éléments les plus conventionnels de la nature morte, la diagonale du couteau, la plage lumineuse de la palette, les jeux mélodieux de bouteilles pour traduire, comme par le clair-obscur de ses paysages, le mystère et l'angoisse. " 

Rappel biographique : Le peintre français  d'origine russe Nicolas de Staël, né baron Nicolaï Vladimirovitch Staël von Holstein,  est issu d'une branche cadette de la famille de Staël-Holstein. Plus d'un demi siècle après sa mort, il reste l'un des peintres les plus marquants du 20e siècle posant un problème aux historiens de l'art qui ne savent pas dans quelle catégorie le classer,  ce qui doit le réjouir post mortem, lui qui détestait les catégories et les courants.
La réinvention de la figuration opérée par Staël a été mal comprise alors qu'elle anticipait d'une vingtaine d'année l'évolution générale de l'art. Il a « retrouvé le visible sans renoncer aux possibilités expressives et à la liberté d'action qui définissent la peinture contemporaine»  alors que Paris perd sa place de capitale des arts, dès les années 1960, sous l'effet du marché de l'art et de la surenchère : " on y est devenu incapable de discerner le pastiche de l'original " selon Umberto Eco.
Selon Marcelin Pleynet et Michel Seuphor : « ...il faut tenir compte de Nicolas de Staël, vu et revu souvent avec et travers l'avant-garde américaine de années cinquante. Ces nouveaux mouvements d'abstraction suivent le cheminement de Staël, délaissant la peinture gestuelle pour une peinture brossée, voir maçonnée ».
Peu exposé de son vivant, son œuvre a donné lieu à de nombreuses manifestations posthumes qui ont confirmé sa stature sur le plan international. " Staël fut le plus puissant créateur de sa génération dans l'École de Paris de l'après-guerre, sur laquelle il a exercé une forte influence Il a été le premier à dépasser l'antinomie  abstraction-figuration ".
Nicolas de Staël meurt à 41 ans en se jetant de la terrasse de l'immeuble où il avait son logement et un de ses ateliers à Antibes. L'ensemble de son oeuvre s'étend sur 15 années. Il a peint, à partir de 1952, plusieurs natures mortes dont quelques unes sont aujourd'hui conservées et exposées au Musée Picasso d'Antibes à quelques pas de son ancien atelier. Plusieurs sont présentées sur ce blog.

2014 - A Still Life Collection 
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jeudi 10 avril 2014

Irving Penn (1917-2009) - Still Life with Frozen Foods with String Beans



Irving Penn (1917-2009)
Still Life with Frozen Foods with String Beans
Vogue (America) 1977

Ce que l'on voit :  Sur un entablement neutre et brillant se fondant a un fond blanc mat,  cette photo met en scène 7 blocs de légumes et de fruits surgelés. De gauche à droite  et de bas en haut sur trois niveaux : des asperges violettes et des carottes épluchées,au premier niveau : des haricots plats, des framboises, des grains de maïs au second niveau, des mûres  et des haricots verts au troisième niveau. 

 Rappel biographique : Le photographe américain Irving Penn connu comme très grand photographe de mode est également connu pour les  nombreuses séries de photographies(en noir et blanc et en couleurs) de nature mortes qu'il réalise pour le magazine Vogue américain et sa société éditrice, Condé Nast. Sa première couverture pour le magazine Vogue, en 1940 est d'ailleurs une nature morte. Il est le frère du cinéaste Arthur Penn.

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mercredi 9 avril 2014

Claude Monet (1840-1926) - Nature morte avec bouteilles et pain




Claude Monet (1840-1926)
Nature morte avec bouteilles et pain 
Collection privée

Que voit-on ?  Posées sur une nappe blanche recouvrant une desserte posée légèrement en diagonale dans le cadre, de gauche a droite : 3 bouteilles dont une bouteille tronquée qui est remplie au trois quart d'un liquide doré ressemblant à un alcool de type Armagnac ou Cognac ou à un vin cuit, un décanteur rempli d'un liquide transparent qui est plus probablement plus un alcool de poires que de l'eau, et une bouteille de vin au trois quart vide. Entre le décanteur et la bouteille de vin, un verre à pied vide, et un couteau sur l'avant de la nappe marquant la perspective. Devant la bouteille de vin : une assiette en porcelaine blanche contenant un reste de fromage à pâte cuite s'émiettant en fragments. A la droite du cadre un petit pain rond et un pain long de type baguette française.


Rappel biographique : le peintre français Claude Monet, l'un des fondateurs de l'impressionnisme, est surtout connu pour ses paysages et ses portraits.  " La couleur, disait-il " est mon obsession quotidienne, ma joie et mon tourment ".   Claude Monet est l’un des fondateurs de l'impressionnisme. En 1859, il part à Paris tenter sa chance sur le conseil d'Eugène Boudin. Après des cours à l'académie Suisse puis chez Charles Gleyre et la rencontre de Johan Barthold Jongkind, le tout entrecoupé par le service militaire en  Algérie, Monet se fait remarquer pour ses peintures de la baie d'Honfleur. En 1866, il connait le succès au Salon de la peinture. Toute cette période est cependant marquée par une grande précarité. Il fuit ensuite la  guerre de 1870  à Londres puis aux Pays-Bas. Dans la capitale anglaise, il fait la rencontre du marchand d'art Paul Durand-Ruel qui lui assurera sa principale source de revenu pendant le reste de sa carrière. Revenu en France, la première exposition des futurs impressionnistes a lieu en 1874. À partir de 1890, Monet se consacre à des séries de peintures, c'est-à-dire qu'il peint le même motif à différentes heures de la journée, à diverses saisons. Il peint alors parfois des dizaines de toiles en parallèle, changeant en fonction de l'effet présent. La fin de sa vie est marquée  par une maladie, la  cataracte, qui affecte son travail.
Monet peint devant le modèle sur l'intégralité de sa toile dès les premières ébauches, il retouche ensuite de nombreuses fois jusqu'à ce que le résultat le satisfasse. Contrairement à ce qu'il affirme, il termine la plupart de ses toiles en atelier, prenant modèle sur les premières peintures d'une série pour peindre les autres. D'un caractère parfois difficile, prompt à la colère comme au découragement, Claude Monet était un grand travailleur qui n'hésitait pas à défier la météo pour pratiquer sa passion. Monet résume sa vie ainsi de la meilleure manière : « Qu'y a-t-il à dire de moi ? Que peut-il y avoir à dire, je vous le demande, d'un homme que rien au monde n'intéresse que sa peinture - et aussi son jardin et ses fleurs ».




mardi 8 avril 2014

Alexandre-François Desportes (1661-1743) - Nature morte à l'aiguière


Alexandre-François Desportes  (1661-1743)
Nature morte à l'aiguière, 1734
Musée du Louvre (Paris)

Que voit-on ?  Présentée sur une dalle de pierre qui figure une marche d'autel ou de tombeau antique et devant un bas-relief en marbre noir que l'on devine à l'arrière plan, partiellement masqué par une lourde draperie de velours de soie rose, de gauche à droite : une somptueuse aiguière en bronze doré (qui donne son nom au tableau) précieusement sculptée d'une scène antique. Tentant de boire dans  l'aiguière, une perruche bleue. Les autres éléments de cette grande  nature morte d'apparat présentent de gauche à droite : des pêches sur leur branche avec leur feuillage, des raisins blanc et rouge avec leur sarment et leur feuillage. Sur l'autel ou le tombeau antique : un récipient en argent à anses cornées contenant des poires en abondance. Dans le bas du tableau à droite :  deux  " cobayes" font un festin de fruits. Desportes, avant out un peintre animalier ne résiste jamais à placer des animaux dans ses natures mortes. A noter qu'il n'y a pas de chat, son animal fétiche, dans celle-ci.

Rappel biographique : le peintre français Alexandre-François Desportes est le maître incontesté de la peinture animalière aux 17e et 18e siècle. Ce genre était considéré fort injustement avec la nature morte, comme une sous catégorie picturale, ce qui n'empêcha ni Louis XIV ni Louis XV de faire largement appel à Desportes pour peindre leurs chiens favoris.  Elève de Frans Snydersil s’est largement imprégné de la tradition flamande. Portraitiste à la Cour de Pologne au début de sa carrière, il rejoint la Cour de Versailles à partir de 1700 et ne la quittera plus jusqu'à sa mort. Il exécute de nombreux tableaux décoratifs pour orner les demeures royales (Versailles, Marly Meudon Compiègne, Choisy...) et devient  peintre des chasses et de la meute royales pour Louis XIV puis pour Louis XV. Lors des chasses royales, Desportes suit le roi et Saint Simon rapporte :  « qu’il allait même d’ordinaire à la chasse à ses côtés, avec un petit portefeuille pour dessiner sur les lieux leurs diverses attitudes, entre lesquelles le roi choisissait, et toujours avec goût, celles qu’il préférait aux autres. »  La nature morte n'entre dans l'art de Desportes que très épisodiquement et uniquement pour son aspect décoratif et la mise en scène dont elle permet d'entourer les peintures de gibiers et d'animaux morts ou pour rehausser les portraits des chiens royaux.

lundi 7 avril 2014

Harmen Steenwijck (1612-1656),




Harmen van Steenwijck (1628-1656) 
Still life with glass of wine
The Ashmolean Museum of Art and Archaeology (Oxford)

Que voit-on ?  Sur un entablement qui fait penser a une étagère plus qu'a une table ou une desserte, trois éléments seulement, ce qui est très peu pour une nature morte hollandaise de cette période. De gauche à droite: un verre de type flûte ornée de cercle de verre soufflé doré ; le verre est une flute octogonale en son sommet mais qui repose sur un base ronde de verre doré. Il est rempli à moitié de  vin rosé. Le verre est posé sur un deux planchette en bois superposé qui l'isole de l'entablement. A droite du verre:  une cruche à anse en terre cuite de style hispanique qui contient probablement le reste du breuvage.  Une grande sobrité qui s'approche  beaucoup du style espagnole de la même époque.  

Rappel biographique : le peintre néerlandais du siècle d'or Harmen Steenwijck ou Harmen van Steenwyck est connu pour ses natures mortes et surtout, ses vanités. Il est le frère de Pieter Steenwijck, qui fut également peintre de natures mortes. Il demeure peintre actif à Leyde de 1628 à 1633. Il retourne dans sa ville natale de 1633 à 1656. En 1654-1655, il entreprend un voyage vers les Indes orientales néerlandaises. Il est connu pour son œuvre Une allégorie des vanités de la vie humaine visible à la National Gallery de Londres. 

dimanche 6 avril 2014

Georges Braque (1882-1963) - Nature morte aux citrons


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Georges Braque (1882-1963)
Nature morte aux citrons (1929)
Collection particulière. Paris


Que voit-on ?  Traités dans le style cubiste et posés sur un guéridon marron en bois clair de gauche à droite : une pichet jaune laissant imaginé qu'il est empli de citronnade et un verre à godrons vide qui occupe exactement le centre de la nature morte. A coté du verre, posés sur un linge blanc froissé : deux citrons et une poire dressée  pointe en l'air, sous lesquels s'étale une pipe !
Rappel biographique : le peintre Français Georges Braque qui fut aussi sculpteur et graveur est le maître incontestable de la nature morte au 20e siècle, genre qu'il a profondément transformé et renouvelé tout au long de sa vie, s'inscrivant  (consciemment  ou inconsciemment) dans une démarche similaire à celle de Chardin au 18e siècle. Engagé dans le sillage du fauvisme, influencé par Matisse, Derain et Ohon Friesz, il peint, à l'été 1906 les paysages de l'Estaque avec des maisons en forme de cubes (Maisons à L'Estaque) que Matisse qualifie de cubistes.  A partir de 1909,  il entre dans ce que les spécialistes appellent la période du  " cubisme analytique ".  Les paysages qui prédominaient  jusqu'alors dans son œuvre vont céder la place aux natures mortes. 
Ce sont principalement des natures mortes d'objets et/ou d'instruments de musiques (violons, guitare, pipe, journaux et magazines, objets divers de décorations intérieurs comme les nappes, les guéridons...) qu'il peint délaissant volontiers les thématiques habituelles du genre (fruits, légumes, pâtisseries, porcelaines).   Dès avant la Première Guerre Mondiale, sa peinture s'enrichit de combinaisons imprévues, avec une multiplication des facettes. Les formes sont géométrisées et simplifiées. Comme le remarque Bernard Zurcher, dans son ouvrage Braque vie et œuvre :   « Si l'on considère que la bataille du cubisme s'est jouée  sur le thème de la nature morte, Braque y était le mieux préparé ou plutôt il a été à même, en consolidant chacune des étapes de son évolution, d'aller plus sûrement à ce « signe qui suffit » tel que l'a nommé Matisse »
Entre 1919 et 1939, son style et ses recherches vont évoluer. De son passé cubiste, il conserve la simultanéité des points de vue et il opère une partition des objets et des plans qui les éloignent de tout réalisme. Guitare et nature morte sur la cheminée  1925, et Fruits sur une nappe et compotier, sont caractéristiques de cette évolution. Les objets semblent des accessoires de la composition," l'effort porte sur la couleur". Braque pousse l'usage du contraste encore beaucoup plus loin dans Nature morte à la clarinette,  avec des formes qualifiées de « naturalistes » Avec Le Guéridon, 1928 et Le Grand guéridon, qu'il continue à travailler jusqu'en 1936-1939, Braque opère un long mûrissement des formes. Il retravaille même en 1945 le Guéridon rouge, commencé en 1939 en réduisant le motif ornemental. Le thème du guéridon revient souvent dans l'œuvre de 1911 à 1952 qui reçoit en 1937 le premier prix de la Fondation Carnegie  de Pittsburgh
Cloîtré dans son atelier pendant toute la durée de la Seconde guerre Mondiale, il refuse toute compromission avec les nazis et le régime de Vichy, malgré les nombreuses propositions qui lui sont faites.  Braque se consacre au thème des Intérieurs avec un retour en force du noir qui donne une impression de dépouillement et de sévérité. Pendant cette période, Braque poursuit son sujet favori  le nature morte et particulier les natures mortes aux instruments de musique qui n'ont cessé d'apparaître dans ses tableaux depuis 1908 .  « L'instrument de musique, en tant qu'objet, a cette particularité qu'on peut l'animer en le touchant, voilà pourquoi j'ai toujours été attiré par les instruments de musique » .1942 est une année particulièrement féconde pour le peintre qui commence plusieurs toiles sur le thème de la musique, qu'il terminera plus tard comme L'Homme à la guitare (1942), 1942-1961. 
A cette époque là il réalise une nature morte à sujet animalier Deux poissons dans un plat avec une cruche, (1949-1941) qui inaugure une série de poissons sur fond noir Les Poissons noirs, 1942, et  plusieurs Vanités.  
A la Libération, après la guerre, Aimé Maeght devient son nouveau marchand parisien, et publie la première édition des Cahiers G. Braque. En 1948, lorsqu'il  présente la série des Billards à la Biennale de Venise il reçoit le Grand Prix pour l'ensemble de son œuvre. Suit une série d'expositions en particulier au MoMa de New York, qui parachève la reconnaissance internationale de son œuvre immense et essentielle.

2014 - A Still Life Collection 



Un blog de Francis Rousseau

samedi 5 avril 2014

Gustave Courbet (1819-1877) - Nature morte aux pommes véreuses




Gustave Courbet (1819-1877) 
Nature morte aux pommes véreuses  (1871) 
Collection  privée


Que voit on ? Un ensemble de pommes présentées, à même le sol,  sous différents angles. Cette nature morte des années 1871 comme beaucoup d'autres présentées sur ce blog est directement liés à la détention de Gustave Courbet à Ste Pélagie. Pendant sa détention Courbet s'attache à quelques fruits (des pommes le plus souvent) posés sur le rebord d’une fenêtre, au pied d'un arbre ou directement sur le  sol. Ces fruits devenant les métaphores de sa solitude, de sa tristesse. Pourquoi cet emprisonnement ?  Fidèle à son attitude de révolté, et après avoir refusé la Légion d'Honneur que lui offrait le gouvernement impérial, le peintre, depuis longtemps engagé politiquement, en vint à jouer un rôle dans la chute de l'Empire. Élu Président de la Fédération des artistes, tout en déployant une énergie remarquable pour préserver les richesses des Musées Nationaux pendant le Siège et pendant la Commune, il demande, dans une lettre au gouvernement provisoire, la destruction de la colonne de la place Vendôme, symbole de L'Empire. La colonne fut abattue quelques mois plus tard. Reconnu complice, Courbet fut condamné à six mois de prison et à cinq cents francs d'amende. Cette calomnie transforma la fin de sa vie en un long calvaire. Le 22 septembre 1871, il est incarcéré à la prison Sainte-Pélagie à Paris, cellule 4. Il reçoit les visites de sa sœur, Zoé Reverdy, qui lui apporte des fleurs et des fruits et le 2 novembre, on lui donne une palette et des pinceaux. N'ayant pas l'autorisation de recevoir des modèles vivants, Courbet renoue avec les natures mortes peintes dix ans auparavant.
Malade, et prisonnier sur paroles, il est hospitalisé à partir du 6 janvier 1872 à la clinique du Docteur Duval de Neuilly. Les lettres de Zoé Reverdy à Alfred Bruyas*, de janvier à mai 1872, nous apprennent que “ Gustave peint des fleurs et des fruits...”“ Gustave est enthousiasmé de ses tableaux de fruits...”, “ Gustave fait des tableaux de fruits en grand nombre...”. On peut juger ici de la beauté de ces oeuvres. Les soucis pécuniaires accompagnent sa détention, mais les amateurs et les marchands ne l'abandonnent pas. Il vend de nombreux tableaux à Durand-Ruel, dont cette Nature morte, pommes et poire.


Rappel biograhique :   Le  peintre et sculpteur français, Gustave Courbet est principalement reconnu pour le réalisme de ses œuvres opposées aux critères de l'académisme et transgressant la hiérarchie des genres, comme Un enterrement à Ornans (1850), qui provoqua le scandale chez ses contemporains. Anticlérical, ami de Proudhon et proche des anarchistes, il fut l'un des élus de la Commune de Paris de 1871. Accusé d'avoir fait renverser la colonne Vendôme, il fut emprisonné et est condamné à la faire relever à ses propres frais. Réfugié en Suisse, il meurt avant d'avoir commencé à rembourser.
Gustave Courbet enduisait sa toile d’un fond sombre, presque noir, à partir duquel il remontait vers la clarté. Cette technique est, peut-être, en train de condamner les œuvres de Courbet. En effet, ce goudron tend, avec le temps, à remonter à travers la peinture et à assombrir dangereusement les tableaux.
Courbet a eut parfois recours à la photographie, en particulier dans la représentation du nu féminin : comme Eugène Delacroix avant lui, il utilise des clichés à la place des traditionnelles séances de pose assurées par des modèles vivants. Ainsi, la figure centrale des Baigneuses (1853) s'inspire d'un cliché du photographe Julien Vallou de Villeneuve. De même, l'Origine du monde, tableau  qui fit récemment encore parlé de lui pour avoir été censuré par Facebook, rappelle, par son cadrage serré, les stéréophotographies pornographiques d'Auguste Belloc.
En 2013, un dossier plaidant pour le transfert de la dépouille de Gustave Courbet (conservée dans le cimetière d’Ornans depuis 1919) vers le Panthéon est déposé par le psychiatre Yves Sarfati auprès du président des Centre des monuments nationaux Philippe Bélaval. La proposition d’hommage posthume à l’artiste apparaît lors du colloque Transferts de Courbet à Besançon en 2011. Il est appuyé par une tribune de Thomas Schlesser dans le Quotidien de l’art du 25 septembre 2013 (numéro 250), où il est affirmé que « la République a une dette envers sa mémoire » ; puis par une tribune dans la rubrique « idées » du Monde.fr d’Yves Sarfati et de Thomas Schlesser, où il est dit qu’ « en honorant Courbet, c'est l'engagement républicain et la justice, que l'on honorerait », qu’ « en honorant Courbet, c'est le monde d'aujourd'hui et celui des Beaux-arts, que l'on honorerait » et qu’ « en honorant Courbet, c'est la Femme, avec un grand F, que l'on honorerait. » Parmi les membres du comité de soutien à la panthéonisation de l’artiste, on trouve : Nicolas Bourriaud, Annie Cohen-Solal, Georges Didi-Huberman, Xavier Douroux, Romain Goupil, Catherine Millet, Orlan, Alberto Sorbelli…