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jeudi 9 mars 2017

John Bratby (1928-1992)


John Bratby (1928-1992) 
In the kitchen with Thistle 
Private collection 

Que voit-on ? Comme d'habitude chez Bratby plutôt adepte des natures mortes trash et du désordre total : un beau bazar, pour ne pas dire plus !!!  Il s'agit de la cuisine (c'est ce que dit le titre en tout cas), mais cela aurait tout aussi bien pu être le bureau ou l'atelier, tant les éléments accumulés sont hétéroclites. Pas mal de nourriture sur la table avec à gauche un paquet de cornflakes (c'est écrit dessus) et à droite des toasts un peu secs sous une accumulation de petits cadres jouxtant ds tubes de couleurs et des tubes de ketchup (ne pas confondre les deux !), de la sauce soja et du vernis à tableaux  (là aussi ne pas confondre !!!).  Sous la table bureau : un vrai petit débarras avec - dans le désordre bien sûr - un vieux plateau de petit déjeuner abandonné, et un amoncellement de trucs et de machins  que l'on pourrait appeler dans trop de problèmes une poubelle ! 
On remarquera surtout aussi le beau dessin des chardons séchés et de leur ombre portée sur le mur, dans une composition très géométrique où les fils électriques des prises murales jouent un rôle important.  C'est la pièce centrale du tableau sachant que le chardon (thistle) est le symbole de l'Ecosse et l'une des plus prestigieuses décoration du Royaume-Uni. Autre fait notoire  : un seule bouteille de vin présente sur cette table,  ce qui est très inhabituel chez ce peintre qui en peignait (et en consommait) toujours de nombreuses à la fois. A l'extrême droite de la composition, derrière la chaise, observant cette atmosphère étouffante et très colorée : un enfant avec sa casquette à visière...

Rappel biographique :  Le peintre britannique John Bratby fut une star des tabloïdes de son époque, dans lesquels il était régulièrement présent tant il défraya la chronique (souvent plus par ses déclarations et ses actes que par ses toiles ! ). La notoriété de Bratby date de ses premières toiles très expressionnistes, et notamment de la série des Angry Young Men (Jeunes hommes en colère) décrivant un certaine ultra-gauche anglaise qui fit sensation dans les années 1960.  Classé lui-même très à gauche sur l'échiquier politique, Bratby commença à être l'objet des premiers scandales lorsque les tabloïds révélèrent qu'il avait amassé une fortune considérable.  "Accusation" à laquelle il répondit en 1965 par un célèbre :" Les prolétaires sont des crétins. Ils sont incultes et il dominent la société. Peut-on imaginer pire ? ". Très vite, sa vie entière qui se déroulait déjà dans un désordre revendiqué et assez ingérable, (tout à fait à l'image de ce qui se passe sur les table de ses natures mortes) tourna au cauchemar et cette société qu'il dénonçait à longueur de temps, lui tourna le dos du jour au lendemain. Le succès s'en alla aussi vite qu'il était venu et, en dehors de Sir Alec Guiness qui le rencontra pour incarner son rôle dans le film The Horse's Mouth de Joyce Cary en 1958, il ne vit plus personne. Ce qui est fascinant avec Bratby c'est que sa façon de peindre et les sujets peints sont à l'identique de sa façon de vivre. Son style expressionniste, désinvolte, vigoureux et quelquefois violent, n'est pas une exception dans l'Europe du milieu du 20e siècle, mais c'est vraiment la façon dont il peint qui est nouvelle. Il applique la peinture du tube pour l'étaler directement sur la toile au couteau à palette, en se moquant ouvertement du résultat obtenu, sur lequel il ne revient jamais.  On donna à cette technique le nom de Tubism. Il a peint beaucoup de natures de mortes, principalement de tables de cuisine très encombrées de toutes sortes d'objets ou d'éviers remplis de vaisselle sale, ce qui lui valut une autre surnom, celui  de " peintre d'évier ".  Il a peint les cuisines et les intérieurs anglais habituellement si réputés pour leur raffinement sous leur angle sans doute le plus répugnant  !
Totalement alcoolique et égocentrique, violent et sale, il a  néanmoins fini sa vie comblé d'honneurs dans une Angleterre qui entre ses débuts dans les années 50 et les années 90 s'enfonçait elle-même dans un chaos assez comparable aux oeuvres de Bratby ! En 1971, il fut élu à la Royal Academy of Arts. Ses natures mortes à l'emporte pièce comme sa propre vie, apparaissent pour certains comme une peinture assez fidèle de la société dans laquelle il vécut.

dimanche 25 octobre 2015

John Bratby (1928-1992)



John Bratby (1928-1992) 
Table top (1955)
Portsmouth City Museum and Art Gallery

Ce que l'on voit : une table qui n'a pas été rangée depuis longtemps, ce qui est la caractéristique des natures mortes de John Bratby, réputé être " le peintre du chaos". Ici il s'agit d'une table de salle à manger partiellement recouverte d'une nappe à carreaux rouge et blanc et entourée de trois chaises. Trois assiettes dont une (en bas à droite) pleine de reliefs attestent d'un repas qui a eut lieu ici,
 il y a...  plus ou moins longtemps ! Le repas devait être abondamment arrosé puisqu'il n'y pas moins de 14 bouteilles et carafes dont 5 bouteilles de vin, 8 de divers alcools forts, eau de vie, liqueurs et 1 de whisky ! On trouve aussi un bock de bière, une tasse à thé à moitié vide et diverses boîtes en cartons pouvant contenir céréales, sucres ou biscuits. En haut du cadre, plutôt vers la droite en bout de table, une salière renversée... présage de malheur à venir. Sur la gauche du cadre, un personnage aux cheveux mi longs, assis dans un fauteuil lit un livre face à la fenêtre à travers laquelle on aperçoit deux autres personnages en contrebas, dans la rue. Le lecteur ou l'observateur des deux personnages (on ne sait pas très bien) semble en tout cas totalement indifférent au désordre ambiant. 

Rappel biographique :  Le peintre britannique John Bratby fut une star des tabloïdes de son époque, dans lesquels il était régulièrement présent tant il défraya la chronique (souvent plus par ses déclarations et ses actes que par ses toiles ! ). La notoriété de Bratby date de ses premières toiles très expressionnistes, et notamment de la série des Angry Young Men (Jeunes hommes en colère) décrivant un certaine ultra-gauche anglaise qui fit sensation dans les années 1960.  Classé lui-même très à gauche sur l'échiquier politique, Bratby commença à être l'objet des premiers scandales lorsque les tabloïds révélèrent qu'il avait amassé une fortune considérable.  "Accusation" à laquelle il répondit en 1965 par un célèbre :" Les prolétaires sont des crétins. Ils sont incultes et il dominent la société. Peut-on imaginer pire ? ". Très vite, sa vie entière qui se déroulait déjà dans un désordre revendiqué et assez ingérable, (tout à fait à l'image de ce qui se passe sur la table de cuisine de cette nature morte) tourna au cauchemar et cette société qu'il dénonçait à longueur de temps, lui tourna le dos du jour au lendemain. Le succès s'en alla aussi vite qu'il était venu et si ce n'est Sir Alec Guiness qui le rencontra pour incarner son rôle dans le film The Horse's Mouth de Joyce Cary en 1958, il ne vit plus personne. Ce qui est fascinant avec Bratby c'est que sa façon de peindre et les sujets peints sont à l'identique de sa façon de vivre. Son style expressionniste, désinvolte, vigoureux et quelquefois violent, n'est pas une exception dans l'Europe du milieu du 20e siècle, mais c'est vraiment la façon dont il peint qui est nouvelle. Il applique la peinture du tube pour l'étaler directement sur la toile au couteau à palette, en se moquant ouvertement du résultat obtenu, sur lequel il ne revient jamais.  On donna à cette technique le nom de Tubism. Il a peint beaucoup de natures de mortes, principalement de tables de cuisine très encombrées de toutes sortes d'objets ou d'éviers remplis de vaisselle sale, ce qui lui valut une autre surnom, celui  de " peintre d'évier ".  Il a peint les cuisines et les intérieurs anglais habituellement si réputés pour leur raffinement sous leur angle sans doute le plus répugnant  !
Totalement alcoolique et égocentrique, violent et sale, il a  néanmoins fini sa vie comblé d'honneurs dans une Angleterre qui entre ses débuts dans les années 50 et les années 90 s'enfonçait elle-même dans un chaos assez comparable aux oeuvres de Bratby ! En 1971, il fut élu à la Royal Academy of Arts. Ses natures mortes à l'emporte pièce comme sa propre vie, apparaissent pour certains comme une peinture assez fidèle de la société dans laquelle il vécut.

jeudi 25 septembre 2014

John Bratby (1928-1992


John Bratby (1928-1992)
Still Life With Chip Frier (1954)
Tate Gallery, London

Que voit-on ?  Une table partiellement recouverte de sets de tables et entourée de trois chaises en paille, vides d'occupants.  Sur la table, comme d'habitude chez Bratby, une multitude d'objets et d'ustensiles de cuisine disparates et sales (plus d'un quarantaine ici ! ), répartis sur la table et jusque sur le dossier de la chaise qui se trouve au premier plan où s'accroche la  passoire de la poêle à frire qui donne son nom à cette nature morte. Seulement trois bouteilles de vin (vides bien entendu) ce qui est très peu, comparé à d'autres compositions du même peintre ! Beaucoup de bocaux vides, de même qu'une théière en argent et son plateau qui donnent au peintre l'opportunité de montrer que dans ce désordre colossal, il continue de maîtriser reflets et transparences à l'instar des maîtres anciens ! Des boîtes aussi, dont une en carton contenant des cornflakes, une autre contenant du sel et une boîte en fer contenant du thé (en bas à droite). Des ustensiles de cuisine disparates, sans doute en attente de lavage, s'empilent dans une passoire à pâtes, entre les cornflakes et une bouteille de vin. Ailleurs sur la table : des petits ciseaux, une boule à thé, une passoire à thé, des petites bouteilles d'huile et de vinaigre, un pot de moutarde, des flacons vides ayant contenu des sauces type Worcester sauce  ou Ketchup, un petit flacon de pilules. A droite d'une des chaises, celle du haut,  à peine perceptible sur le plancher, git un chien vu en plongée mais très disproportionné par rapport à l'ensemble ; il semble que ce soit un chien de race Colley, la tête tournée contre le mur dans une position de mécontentement évident. On le comprend !  


Rappel biographique : Le peintre britannique John Bratby fut une star des tabloïdes de son époque, dans lesquels il était régulièrement présent tant il défraya la chronique (souvent plus par ses déclarations et ses actes que par ses toiles ! ). La notoriété de Bratby date des ses premières toiles très expressionnistes, et notamment de la série des Angry Young Men (Jeunes hommes en colère) décrivant un certaine ultra-gauche anglaise qui fit sensation dans les années 1960.  Classé lui-même très à gauche sur l'échiquier politique, Bratby commença à être l'objet des premiers scandales lorsque les tabloïdes révélèrent qu'il avait amassé une fortune considérable.  "Accusation" à laquelle il répondit en 1965 par un célèbre :" Les prolétaires sont des crétins. Ils sont incultes et il dominent la société. Peut-on imaginer pire ? ". Très vite, sa vie entière qui se déroulait déjà dans un désordre revendiqué et assez ingérable, (tout à fait à l'image de ce qui se passe sur la table de cuisine de cette nature morte) tourna au cauchemar et cette société qu'il dénonçait à longueur de temps, lui tourna le dos du jour au lendemain. Le succès s'en alla aussi vite qu'il était venu et si ce n'est Sir Alec Guiness qui le rencontra pour incarner son rôle dans le film The Horse's Mouth de  Joyce Cary en 1958, il ne vit plus personne. Ce qui est fascinant avec Bratby c'est que sa façon de peindre et les sujets peints sont à l'identique de sa façon de vivre. Son style expressionniste, désinvolte, vigoureux et quelquefois violent, n'est pas une exception dans l'Europe du milieu du 20e siècle, mais c'est vraiment la façon dont il peint qui est nouvelle. Il applique la peinture du tube pour l'étaler directement sur la toile au couteau à palette, en se moquant ouvertement du résultat obtenu, sur lequel il ne revient jamais. On donna à cette technique le nom de Tubism. Il a peint beaucoup de natures de mortes, principalement de tables de cuisine très encombrées de toutes sortes d'objets ou d'éviers remplis de vaisselle sale, ce qui lui valut le surnom de  "peintre d'évier ". Il a peint les cuisines et les intérieurs anglais habituellement si réputés pour leur raffinement sous leur angle sans doute le plus répugnant  !
Totalement alcoolique et égocentrique, violent et sale, il a  néanmoins fini sa vie comblé d'honneurs dans une Angleterre qui entre ses débuts dans les années 50 et les années 90 s'enfonçait elle-même dans un chaos assez comparable aux oeuvres de Bratby ! En 1971, il fut élu à la Royal Academy of Arts. Ses natures mortes à l'emporte pièce comme sa propre vie, apparaissent pour certains comme une peinture assez fidèle de la société dans laquelle il vécut.