mercredi 30 novembre 2016

Giorgio Morandi (1890-1964) - Natura morta 1956


Giorgio Morandi (1890-1964)
Natura morta  1956
Private collection 

Que voit-on ? Comme d'habitude chez ce peintre minimaliste et qui use souvent des monochromes, un ensemble d'ustensiles de cuisine. En l'occurence un broc en zinc à l'arrière plan et des pichets  dont certains - à en juger par leur couleur -  semblent être remplis de bière, d'autres de lait ou de café... deux sont vides le blanc et le noir à droite car aucun liquide consommable n'est noir.  Cette nature morte est la quatrième de ce peintre qui soit postée sur ce blog. Rappel : si vous souhaitez consulter l'ensemble des oeuvres d'un artiste publié ici,  cliquez sur son nom dans la colonne de droite du blog.  
Rappel biographique : Le peintre italien Giorgio Morandi, bien que qualifié de futuriste ne peut être identifié à aucun mouvement pictural du 20e siècle en particulier. Ayant peint de très nombreuses natures mortes, l’œuvre de Cézanne représente évidemment une influence majeure pour lui ; il lui emprunte la monumentalité des formes et les zones denses de couleurs. Mais simultanément, il développe une approche beaucoup plus intime de l’art.
Les natures mortes de Giorgio Morandi représentent des objets toujours ordonnés avec soin sur une table dans l'atelier, pour être observés et peints. Ces objets qu'il a lui même achetés chez des brocanteurs, qui lui ont été donnés par des amis ou qu'il a ramassés dans la rue, sont facilement identifiables de toile en toile ; ce sont des bouteilles, cubes,  entonnoirs auxquels viennent se mêler, à l'occasion mais rarement, un coquillage ou un fruit. Le positionnement des objets dans le cadre est réalisé avec une attention particulière portée à la " géométrisation" de l'espace qui peut alors se lire en carrés et diagonales. Un lent travail de maturation est mis en œuvre par le dessin et la peinture par reprises successives, superpositions de couleurs faites d'une pâte ample avec des dégradés de gris d'une extrême sensibilité, qu'amplifie une sorte de délectation morose. Morandi avait la réputation de broyer lui-même ses couleurs.

mardi 29 novembre 2016

Edouard Manet (1832-1883) - Nature morte à l'atelier d'artiste



Edouard Manet (1832-1883)
Nature morte à l'atelier d'artiste
Collection privée

Que voit-on ?  Sur une étagère, dans un recoin un peu sombre de l'atelier : une nature morte composée avec les ustensiles du peintre en hommage à celle de Chardin, bien qu'avec des ustensiles assez différents. Ici il s'agit d'un pot en zinc contenant sans doute un enduit d'encollage de toiles ; d'une coupe en porcelaine d'où s'échappe comme du cratère d'un volcan, un vernis sombre ; de bouteilles d'huiles et de solvants divers cachetées et poussiéreuses (inimitable manière de Manet de peindre la poussière sur le verre !) ; d'un grand vase en verre transparent dans lequel reposent, têtes en l'air,  divers pinceau et enfin de tubes de peinture, fermés et ouverts, neufs ou pressés à l'extrême, voir même éventré et raclé de l'intérieur pour l'un d'entre eux.  Cette nature impressionniste, s'il en est, rend cependant un hommage appuyé et ironique au travail de l'atelier dont on sait l'importance qu'il avait chez Manet. Le petit paysage en attente d'achèvement qui apparait dans le fond de la composition à gauche, l'atteste... si besoin était.

Rappel biographique :  le peintre français Édouard Manet est un peintre majeur de la fin du 19e siècle, initiateur de la peinture moderne qu'il libère de l'académisme,  C'est une erreur de considérer Édouard Manet comme l'un des pères de l'impressionnisme : il s'en distingue en effet par une facture soucieuse du réel. Manet n'utilise pas (ou peu) les nouvelles techniques de la couleur et le traitement particulier de la lumière, utilisées par les impressionnistes. Il s'en rapproche cependant par certains thèmes récurrents comme les portraits, les paysages marins, la vie parisienne ou encore les natures mortes, tout en peignant de façon personnelle, dans une première période, des scènes de genre (sujets espagnols et  odalisques entre autres). 
On a beaucoup dit que lorsque Manet avait  peint des natures mortes, c'était  surtout pour des raisons financières qu'il l'avait fait. Il avouait lui-même avoir plus de facilités à les négocier que ses portraits. Cela ne signifie pas qu'elles aient été d'un intérêt mineur pour lui , bien au contraire : la scénographie qu'il impose à ses natures mortes est tout simplement prodigieuse, qu'il s'agisse de solo comme Le citron ou L'asperge ou de mise en scène collectives comme dans Fruits sur la table ou Panier de fruits
Manet aimait authentiquement les natures mortes : « Un peintre peut tout dire avec des fruits ou des fleurs, ou des nuages seulement », affirmait-il. Une part non négligeable de son œuvre est consacrée à ce genre, avant 1870 surtout puis dans les dernières années de sa vie où la maladie l'immobilise dans son atelier. Certains éléments de ses tableaux constituent de véritables natures mortes comme le panier de fruits dans le Déjeuner sur l'herbe, le bouquet de fleurs dans Olympia ou le pot de fleurs, la table dressée et différents objets dans le Petit déjeuner dans l'atelier. Il en va de même dans les portraits avec le plateau portant verre et carafe dans le Portrait de Théodore Duret ou la table et les livres dans le Portrait d’Émile Zola. Mais les natures mortes autonomes, qui se revendiquent comme telles,  ne manquent pas dans l’œuvre de Manet ! L'artiste a ainsi plusieurs fois peint poissons, huîtres ou autres mets Nature morte au cabas et à l’ail, 1861-1862, (Louvre-Abou Dhabi) ou La Brioche, 1870  (Metropolitan Museum of Art, New York), rendant ainsi un hommage appuyé au maitre du genre : Chardin. Il a peint plus souvent encore des sujets floraux qui évoquent la peinture hollandaise (roses, pivoines, lilas, violettes) ou encore des fruits et des légumes (poires, melons, pêches, citrons, asperges) .
Considérant l'importance de la nature morte chez Manet, beaucoup – et cela dès les années 1890 – y ont vu la marque la plus évidente de la révolution qu'il accomplissait, l'avènement d'une peinture uniquement préoccupée d'elle-même et débarrassée de la tyrannie du sujet. En refusant toute hiérarchie à l'intérieur même du tableau, en donnant autant d'importance à l'accessoire qu'à la figure, Manet assurément rompait avec les règles académiques. (...) Comme Cézanne et comme Monet qu'il influencera, Manet trouvait dans la nature morte, obéissante et disponible, un laboratoire d'expériences colorées dont il répercutait aussitôt les trouvailles dans d'autres compositions ; comme Cézanne et comme Monet, il dit cette curieuse obsession de l'éclatante blancheur et voulut peindre lui aussi ces tables servies avec leurs nappes blanches "comme une couche de neige fraîchement tombée" (Nature morte avec melon et pêches, Washington, National Gallery of Art). Manet, peintre de natures mortes, a médité les grands exemples anciens, celui des Espagnols et de leurs bodegones, celui des Hollandais et bien sûr  celui de Chardin. Dans les années 1860, il joue des franches oppositions du noir et du blanc, bois sombre de la table, éclat d'une nappe ou serviette sur lesquelles il dispose ses notes colorées.
A sa mort, Édouard Manet laisse plus de 400 toiles, des pastels, esquisses et aquarelles. Ses plus grandes œuvres sont aujourd'hui visibles dans tous les musées du monde. 

____________________________________________
2016 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau 

lundi 28 novembre 2016

David Hockney (bn. 1937) - Apple, Lemon and Grapes on a table


 David Hockney (bn. 1937) 
Apple Lemon and grapes on a table (for Bam), 1988
Private collection 

Que voit on ?  Un accessoire du 19e siècle, très classique dans le genre de la nature morte à savoir le guéridon, dont l'usage à l'intérieur des tableaux fut assez répandu chez les peintres du 20e siècle et notamment chez Matisse, Braque et Picasso.  Sans doute pour des raisons plus esthétiques que symboliques d'ailleurs, bien que certains aient voulu charger ce meuble d'une représentation de la bourgeoisie ou, dans le meilleur des cas, de la douceur du foyer.  Le voici donc réemployé (en hommage conscient ou pas? ) par David Hockney, peintre anglo saxon vedette, à l 'homosexualité revendiquée et à l'humour ravageur, qui s'amusera sans doute qu'on lui applique, pour le coup, la formule calembour d'une célèbre critique d'art de la fin 20e siècle : " Si tu es gai, ris donc ".  Sur ce guéridon, donc : quatre fruits et leurs ombres portées, dans des couleurs sans nuances : une pomme rouge, une pomme verte, un citron et un grappe de raisin.  Un toile très Pop art, à la fois minimaliste,  abstraite, cubiste, un peu n'importe quoi aussi comme souvent chez ce peintre, mais terriblement bien composée et dont le charme indéniable emporte par sa poésie et sa gaieté... justement !

Rappel biographique :  David Hockney, est un  peintre, dessinateur, graveur, décorateur et photographe britannique, né en 1937 dans une famille anglaise modeste, quatrième enfant d’une fratrie de cinq. Il vit aujourd’hui dans le Yorkshire (Angleterre) sa province natale et à Londres,
après avoir vécu une grande partie de sa vie en Californie (Los Angeles), où il a d’ailleurs conservé son atelier (Santa Monica Boulevard) où sont stockées ses archives. Son père ayant été un objecteur de conscience pendant la seconde guerre mondiale, David Hockney a refusé de faire son service militaire entre 1957 et 1959. Après des études au Royal College of Art de Londres, il en sort diplômé en 1962.
 Il commence sa carrière comme dessinateur de presse pour le Sunday Times, au cours d’un voyage en Egypte. En 1964, il découvre la Californie, les polaroids, la peinture acrylique, les belles villas et leur piscine qui deviennent un des motifs principaux de ses œuvres.  Eloigné des courants les plus-avant-gardistes, Hockney pratique un art figuratif presque expressionniste où se mêlent portraits, photographies et videos.  En 1963, à New York, il rencontre Andy Warhol qui lui rendra plus tard plusieurs fois visites à Los Angeles. La légende veut que ce soit Warhol qui ait conseillé à Hockney de faire sa célèbre série sur les piscines « A bigger splash » . Homosexuel parmi les premiers à se revendiquer comme tel, David Hockney revient vivre à Londres en 1968 et prend pour compagnon  le réalisateur John Schlesinger, auteur notamment de Midnight Cow Boy (1969) ou Sunday Bloody Sunday (1971) autant de films militant ouvertement pour les droits des homosexuels dans une Angleterre qui  assimile toujours en justice  l'homosexualité à un crime. En 1973, Jack Hazan réalise un documentaire-fiction  qui lui est consacré intitulé  "A Bigger Splash"  qui assoit sa notoriété internationale naissante (le film est primé au Festival international du film de Locarno)   Entre 1974 et 1977, David Hockney s'installe à Paris où son travail tourne un peu en rond, avant de repartir en Californie en 1978.  En 1974, le Musée des Arts Décoratifs de Paris organise sa première rétrospective David Hockney. Il est considéré désormais comme une des figures du mouvement Pop Art des années 1960 et à ce titre, s'intéressa à peu près à tous les genres picturaux, bien qu'ayant développé, surtout ces dernières années,  une prédilection pour les paysages. Il a cependant peint beaucoup de nature mortes (surtout dans les années 1980) toujours traitée à sa façon, c'est à dire de manière décalée, anecdotique et toujours avec un indéniable talent de coloriste.
En 2010, il expose à Paris, à la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint-Laurent, ses œuvres réalisées sur iPhone et iPad, il met aussi en avant la possibilité de rediffuser le processus créatif, à travers des logiciels  déclarant « La seule expérience semblable est celle où l’on voit Picasso dessiner sur du verre pour un film » 4 (en référence au film « Le Mystère Picasso » d'Henri-Georges Clouzot).
Le 2 janvier 2012, il a été nommé par la reine Elizabeth II, membre de l’Ordre du mérite britannique. Une grande exposition s'est ouverte le 23 janvier 2012 à la Royal Academy de Londres et au Musée Guggenheim de Bilbao où elle restée en place pendant tout  l'été 2012 et a connu un immense succès.

____________________________________________
2016 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau

dimanche 27 novembre 2016

François Garnier (1600-1672)



François Garnier (1600-1672)
Nature morte aux cerises dans un panier d'osier et une porcelaine de Chine.
Collection privée

Que voit-on ?  Un panier d'osier d'où jaillissent littéralement des bouquets de cerises encore accrochées à leurs feuilles à l'arrière plan d'un bol en porcelaine de Chine très ancienne rempli lui aussi de cerises équeutées et qui projette son ombre arrondie sur un entablement. Un petite cerise échappée du lot joue les fugueuses à même l'entablement... Ce grand peintre de l'âge d'or de la nature morte française qu'est François Garnier a peint tellement de natures mortes à sujets de cerises et de fraises que l'on pourrait avoir le sentiment qu'il a peint uniquement ce sujet, ce qui n'est pas tout à fait exact... mais presque !  La mise en place des fruits est ici comme dans tous ces autres tableaux sans artifice, la cerise fugueuse étant la seule fantaisie qu'il s'autorise. L'exécution soigneuse exprime la matérialité des fruits. François Garnier utilise toujours très peu d'effets décoratifs. Une grande sérénité se dégage du monde bien ordonné et silencieux de ces natures mortes  que l'on appelait d'ailleurs au 17e siècle des "natures reposées"  et non pas des  "natures mortes".

Rappel Biographique : Le peintre français François Garnier, spécialisé dans les natures mortes, fut  très connu dans les milieux calvinistes parisiens. En 1620, il épouse Marie Gilbert, veuve du peintre et marchand de tableaux Nicolas Moillon (père de Louise Moillon et d'Isaac Moillon).  On peut d'ailleurs tout à fait imaginer qu'il initia Louise au genre de la nature morte, tant certaines de leurs oeuvres se ressemblent. Calviniste comme sa femme, il habite dans l'Ile de la Cité à Paris et possède le titre de bourgeois de Paris. Peintre et marchand de tableaux il achète une loge rue Mercière, à la foire Saint-Germain, en 1627. Sa femme meurt en 1630 et il se remarie en 1634 avec Denise Du Pont, la veuve de l'orfèvre Jacques Le Sage. Quelques-unes de ses natures mortes sont conservées au Musée du Louvre. Elles se caractérisent toutes par une grande réserve et une sobriété de moyens inhabituelle en France, si on les compare au délire décoratif qu'atteint ce genre au 17e siècle partout en Europe. 

samedi 26 novembre 2016

Fernand Léger (1881-1955) - Nature morte (1929)



Fernand Léger (1881-1955)
Nature morte (1929)
Private collection

Que voit on ?  Très difficile dans cette composition constructiviste de Fernand Léger -  dont sont toutefois absents tous les tics  des périodes ultérieures -  de discerner ce qui est végétal de qui est mécanique, voir industriel. S 'agit-il de grappes de raisins ou de roulement à billes?  de vrilles de la vigne ou de fils électriques?  de poissons ou de règles d'architectes ?  Peu importe d'ailleurs puisque tout ceci n'est qu'un jeu et que la feuille morte bien dessinée sur la droite de la composition suffit à parer cet exercice de style du titre de Nature morte...  mais sans plus de détails. Quatre couleurs seulement pour l'ensemble de la toile : rouge, gris, noir et blanc qui, avec la patine du  temps, apparait beige.

Rappel biographique : le peintre français Fernand Léger fut un peintre aussi créateur de cartons de tapisseries et de vitraux, décorateur, céramiste, sculpteur, dessinateur, illustrateur. Il a été l’un des premiers à exposer publiquement des travaux d’orientation cubiste. Cet amoureux du modernisme, du machinisme et de l'industrie, a peint énormément de natures mortes tout au long de sa carrière dont de nombreuses ont déjà été postées sur ce blog au cours des 3 années précédentes.  " Le genre traditionnel de la nature morte est réinterprété par Léger par le biais de sa théorie de l’objet. Tandis que les surréalistes l’intègrent à leurs œuvres pour sa charge symbolique, lui l’utilise comme point de départ d’une formulation plastique. La nature morte sert de prétexte à l’affirmation radicale de la valeur plastique de l’objet" (texte de référence :« Un nouveau réalisme, la couleur pure et l’objet », extrait d’une conférence au MoMA, New York, 1935)

__________________________________________

2016 - A Still Life Collection
Un blog de Francis Rousseau


vendredi 25 novembre 2016

Antoine Vollon (1833-1900) Nature morte avec poire et prunes


Antoine Vollon (1833-1900)
Nature morte avec poire et prunes
 Collection privée

Que voit on ? Une poire et deux prunes posées sur un fond abstrait.  Une merveille de simplicité et d'élégance comme ce peintre en a souvent  peint. On garde en mémoire  Motte de beurre ou Oeufs (toutes deux postées sur ce blog) qui sont autant de chef d'œuvre du genre. L'ironie de la vie veut que ce peintre qui n'aimait rien tant que ces sujets simples, était surtout sollicité par ses riches clients pour peindre des natures mortes très élaborées à base d'argenterie, de fruits exotiques et de profusion de porcelaines précieuses... On  voit encore passer dans les grandes ventes internationales quelques exemplaires de ces tableaux très ornés qu'il considérait comme des défis à réaliser. Ce blog préfère retenir aujourd'hui un de ses sujets de cuisine où s'expriment à travers un morceau de beurre, un oeuf, un morceau de fromage ou deux fruits, tant de poésie et de leçons de vie.

Rappel biographique : le peintre français Antoine Vollon est considéré comme appartenant au mouvement réaliste, bien que son style s'adapte toujours en fonction du sujet traité. Artiste productif, fougueux et extrêmement doué, Antoine Vollon affichait une préférence marquée pour les effets de lumière. Il a peint des ports, des marines aux grands cieux tourmentés et des pêcheurs mais c'est surtout comme peintre de natures mortes qu'il aimait se présenter lui-même.
Il débute sa carrière à Lyon, où il apprend la gravure sur métaux et fréquente l 'Ecole des beaux-arts de la ville où il est l'élève de Théodule Ribot. Il développe rapidement une attention particulière surtout pour les natures mortes qui relèvent d’un défi technique et artistique. Ce défi couvre un champs très large qui va de la représentation d'une motte de beurre, à la peinture de fruits et de fleurs isolés (poires, prunes, cerises, pêches, tomates, courges, violettes...) en passant par le rendu des reflets du métal des ustensiles de cuisines jusqu'à la représentation des matières vivantes quotidiennes de la cuisine (plateau d'huîtres, œufs, carcasse de cochon pendu et vidé, poissons de mer en attente de cuisson...).   Ses œuvres sont aujourd’hui conservées dans les musées du monde entier (Amsterdam, Londres) et principalement aux Etats-Unis où Vollon est beaucoup plus connu qu'en Europe (Washington, New York, Boston, Philadelphie…). En France, le musée d'Orsay à Paris conserve une de ses toiles (Autoportrait), de même que les musées de Lyon (sa ville natale), Amiens et Rouen. Le musée des beaux arts de Dieppe quant à lui conserve deux toiles : Femmes du Pollet à Dieppe et Poissons de mer.
Alexandre Dumas fils était le grand collectionneur  français de l'œuvre de Vollon, ainsi que de riches américains, comme Henry Frick (Frick collection) ou le peintre William Merritt Chase qui l'admirait beaucoup et s'inspira, dans la plupart de ses propres natures mortes de celles d'Antoine Vollon.

______________________________________
2016 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau 

jeudi 24 novembre 2016

Daniel Spoerri (bn1930)


Daniel Spoerri (bn.1930)
Le repas hongrois, 1963
Centre Pompidou, Paris

Que voit on ?   Le Repas hongrois est le résultat de l'« exposition » 723 ustensiles de cuisine, organisée par Spoerri à la Galerie J, à Paris du 2 au 13 mars 1963. Dans la galerie convertie en restaurant, les plats préparés par Spoerri, qui est par ailleurs un grand cuisinier, ont été servis par de célèbres critiques. Une fois repus, les convives ont confectionné leurs propres tableaux-pièges en collant les restes de leur repas. Le repas hongrois a ainsi été servi par le critique d'art Jean-Jacques Lévêque le 9 mars 1963. Les reliefs ont été fixés sur la table où il a été consommé, puis la table, devenue un tableau-piège, a été fixée au mur.
C'est la première tentative d'une œuvre d'art collective de dimension métaphorique et sacrée, humoristique et morbide : « l'artiste aux fourneaux et le critique servant la soupe », communion autour du repas pascal… L'expérience des banquets et des repas s’est répétée de nombreuses fois, happenings produisant autant d'œuvres d'art.
Initiateur de ce qu'il nomme Eat Art, Spoerri a multiplié autour de ce concept différents types d'œuvres (les produits d'épicerie garantis œuvres d'art par un tampon, les objets en pâte de pain…) dont les tableaux-pièges  - dernier avatar du genre de la nature morte - forment l'expression la plus récurrente et la plus surprenante.

Rappel biographique  : Artiste suisse contemporain du 20ème siècle, Daniel Spoerri est né en 1930 en Roumanie. Il débute d’abord à l’opéra de Berne en temps que danseur puis metteur en scène et décorateur. C’est sa rencontre avec Tinguely, qui l’orientera vers une carrière d’artiste.
C’est lors de son arrivée à paris en 1959 qu’il crée ses premiers tableaux pièges : des objets du quotidien sont collés sur une planche, un table ou des tiroirs puis accrochés sur un mur à la verticale. Ce travail le conduira à fonder, avec huit autres artistes le groupe des nouveaux réalistes, prenant alors conscience de leur « singularité collective ». En parallèle aux tableaux pièges, Spoerri développe les détrompes l’œil en 1963 puis les pièges à mots vers 1964.
En 1963, Spoerri commence à collectionner des repas à la Galerie J., alors qu'il est en contact avec George Maciunas et Fluxus. Il ouvre ensuite un restaurant Spoerri à Düsseldorf en 1968, servant de la nourriture préparée par lui-même, puis une Eat-Art Gallery, où il invite clients et artistes à confectionner des œuvres comestibles comme les personnages en pain d'épices de Richard Lindner ou les sucres d'orge de César. Il devient célèbre en collant les restes et les plats du repas à la table, tels que le client les avait laissés, pour réaliser des tableaux-pièges. Il collectionne également les recettes de cuisine et imagine des rites gastronomiques extravagants (J'aime les keftédès, 1970).
À partir de 1967, dans l'île grecque de Symi, Spoerri joue de la charge magique des objets avec ses Conserves de magie à la noix, qu'il prolonge au début des années 1970 avec des Natures mortes constituées de cadavres d'animaux, affirmant l'ambiguïté du piégeage par rapport à la mort et à la conservation.
Au cours de la décennie suivante, il devient assembleur, transformant en idoles parodiques formes à chapeaux, hachoirs à viande ou instruments orthopédiques ; certains de ces assemblages sont ensuite fondus en bronze. Son goût pour les masques et les objets cultuels s'exprime dans des « objets ethnosyncrétiques » qui rassemblent masques primitifs, rebuts des Puces et signes religieux, pour tourner en dérision toute croyance et toute convention artistique.
Il va encore plus loin dans le concept d'évacuation de toute créativité, faisant supprimer certaines de ses œuvres en brevet par des tiers (notamment par un enfant de onze ans), les tableaux portant au dos un texte de l'artiste, une signature et une date. À la question posée devant les tribunaux de savoir s'il fallait considérer ces tableaux comme d'authentiques œuvres de Spoerri, la jurisprudence a répondu négativement.
En 1972, le Centre national d'art contemporain à Paris lui consacre une rétrospective. Dans les années 1990, il donne un one man show au Centre Georges-Pompidou à Paris.

mercredi 23 novembre 2016

Beauford Delaney (1901-1979)



Beauford Delaney (1901-1979)
Untitled 1945
Private collection

 Que voit on ? Sur une fond rouge incandescent se détache un saladier rempli de 6 fruits jaunes dont des citrons. A droite du cadre un statuette féminine africaine se détache et semble regarder avec crainte un oiseau pourtant bien inoffensif qui ne tardera pas à faire son régal du contenu du saladier.

Rappel biographique : Le peintre américain Beauford Delaney a fait ses études artistiques à la Massachusetts School of Art, à la South Boston School of Art, à l'université d'Harvard, et au Cours du soir de natures mortes de la Copley Society Il s'installe à New York en 1929 puis à Paris en 1953.
Ami et amant de l'écrivain James Baldwin, avec lequel il séjourne longtemps à Saint-Paul de Vence, il est obsédé par la lumière du sud de la France.  L'œuvre de Beauford Delaney est redécouverte en 1988 par le galeriste français Philippe Briet, qui, de 1988 à 1994, en l'espace de trois expositions dans sa galerie new-yorkaise, contribuera progressivement à faire sortir le peintre de l'oubli aux Etats-Unis. La presse américaine (Art in America, The New York Times, The Village Voice, The New Yorker, Arts Magazine, Vie des Arts) souligne alors cette résurrection, et s'interroge aussi sur les raisons qui conduisirent à la quasi disparition de l'œuvre de la scène publique. Aujourd'hui, galeries et musées outre-atlantique multiplient les expositions. Ann Eden Gibson explique l'oubli de Delaney de la façon suivante : " La reconnaissance des artistes expressionnistes américains de l'après-guerre passe par la construction d'une image de mâle hétérosexuel en rupture avec les poncifs jusqu'alors véhiculés dans l'imaginaire collectif. Femmes et homosexuels - dont Beauford Delaney- seraient alors laissés en marge de la reconnaissance publique immédiate et de la couverture par la presse d'information générale ".
En 2004 le Minneapolis Institute of Arts en collaboration avec le Philadelphia Museum of Art ont proposé la première rétrospective de grande ampleur de l'œuvre de Delaney.




mardi 22 novembre 2016

Bror Julius Olsson Nordfeldt (1878-1955)


Bror Julius Olsson Nordfeldt (1878-1955)
Fish grey and yellow, 1954
Private collection 

Que voit-on ?  On voit ce que le titre décrit, bien qu'il soit assez difficile à première vue de faire la différence entre les poissons gris et les poissons jaunes. Cette illusion d'optique est précisément ce que recherche le peintre, dans cette représentation onirique d'étale de poissonnerie.  Qui regardera de plus près ce tableau y verra en réalité une multitude de poissons qui se trouvent  imbriqués les uns dans les autres pour finir par former deux gigantesques autres poissons : une sole et une raie.

Rappel biographique : le peintre américain Bror Julius Olsson Nordfeldt est surtout connu pour ses marines, ses paysages et ses scènes de la vie du Nouveau Mexique dont la culture indigène l'inspirait beaucoup. Il a peint très peu de natures mortes et c'est qui les rend si rares et si appréciées. Dans les quelques toiles de ce genre qu'il a peintes, il a également introduit des éléments typiques de la flore du Nouveau Mexique. 

lundi 21 novembre 2016

John Stewart (1919-2017)



John Stewart (1919-2017)
Quince and pears, 1975
 (charcoal print)

Que voit on ?  Sur une bille de bois à la veine très apparente, faisant office d'entablement et reposant contre un fond noir : trois fruits et leur branchage. La nature des fruits est annoncée dans le titre : poires et coing. Une des deux poires - fruit souvent photographié à divers états de maturation par John Stewart - occupe le fond de la composition de toute la largeur de sa silhouette allongée. L'autre, présentée de dos (si on peut dire s'agissant d'un fruit !) distrait ironiquement le regard du spectateur par quelques gouttes d'eau perlant autour de son calice. Au premier plan, laissant éclater en plein centre de la composition sa chair d'un blanc étincelant : le demi coing dans lequel scintillent les pépins, comme autant de minuscules pierres précieuses serrées au fond de leur écrin. On suit alors le fil du feuillage contourné de ce demi fruit ouvert et pourtant si mystérieux : un feuillage qui épouse la courbe de la bille de bois au point de se fondre dans sa texture comme s'il était le pli d'un drapé de sa matière...  Un absolu d'élégance dans l'univers de la nature morte, parachevé par un traitement du noir et blanc d'une rare sensualité.


Rappel biographique: John Stewart est né à Londres en 1919 puis a été élevé à Paris.  En 1951, sa rencontre avec Henri Cartier-Bresson, lors de l’inauguration de la Chapelle de Matisse à Vence marque  «l’instant décisif» de sa vie de photographe. Il se remettait alors de six années de guerre dans l’armée britannique, dont trois ans et demi dans des camps de prisonniers japonais en Thaïlande sur la Rivière Kwai.  II devait sa survie à l’apprentissage de la langue japonaise, qui lui permit d'acquérir le statut de prisonnier-interprète, moins pénible que celui de manœuvre. Son endurance morale, sa résilience, même se résume dans ce conseil :  " Quoique qu’il se passe, ne jamais perdre l’émerveillement d’être en vie et toujours rester en mesure de se dire, aujourd’hui j’ai vu ou senti ceci, que je n’aurais jamais pu connaître auparavant ".  Avant le milieu des années 50, fort de sa passion pour la photographie, il part s'installer à New York où il devient rapidement, aux côtés de Richard Avedon et d’Irving Penn, l’un des collaborateurs d’Alexey Brodovitch pour le prestigieux magazine de mode Harper’s Bazaar. Puis c'est la revue Fortune qui fait appel à lui et lui permet de photographier des personnalités aussi diverses qu'Andy Warhol ou Muhammnad Ali. Dans les années 50 toujours, à la demande de Diana Vreeland et d’Alex Liberman,  il travaille plusieurs années pour un autre grand magazine de mode, celui de de Condé Nast cette fois ci, Vogue, dont c'est véritablement dans ces années là, la période d'or.
Une deuxième aventure asiatique s'offre à lui quand on lui propose le poste de conseiller technique pour le film Le Pont sur la Rivière Kwai tourné au Sri Lanka. C’était le début de nombreux voyages en Asie – une année entière au Ladakh, la remontée de la Rivière Kwai et l’entrée en Birmanie avec les « guerilleros », deux mois dans une province du Tibet interdite aux étrangers, et en 1996 l’établissement d’une organisation caritative (ONG) avec Michèle Claudel au Cambodge.
En 1976, après 20 années de photographie de reportage, de mode et de publicité aux Etats-Unis et en France, John Stewart change de braquet et décide de développer un travail plus personnel.
De retour en France, tournant résolument le dos à la photographie en couleur qui fit sa réputation dans les magazines, il se passionne pour la nature morte et devient un maître du noir et blanc et des tirages d’art avec l’aide de la famille Fresson, dont la technique de tirage au charbon contribue largement au rendu unique de ses natures mortes. Le tirage au Charbon a été élaboré en 1890 par Michel Fresson. qui  utilisait, comme pigment, le pied de vigne calciné plutôt que les sels d’argent, base de toute la photographie jusqu’à l’arrivée du numérique.  Sa pratique requiert un long travail (trois jours pour sortir un tirage 60x80 cm), et une étroite collaboration entre le photographe et  le tireur pour arriver à un résultat d’une résonance et d’une richesse caractéristiques du “charbon”. Ces tirages qui ne sont pas sensibles aux rayons ultra-violets et qui sont stables en dépit de leur exposition au soleil, dépendent en revanche énormément du “coup de main” et des conditions météorologiques, si bien il est impossible d’obtenir une constance absolue. C'est ce qui rend chacun de ces tirages unique. A partir de ce moment là, pour John Stewart, les expositions se succèdent rapidement : la première à NewYork, la deuxième à la Bibliothèque Nationale de France à Paris, en 1976,  puis son travail est montré à Genève, Shanghai, Hong Kong, Londres...  Le Metropolitan Museum de New York à été le premier musée à lui acheter des tirages. Les oeuvres de John Stewart sont désormais exposées dans plus de 60 musées et galeries dans le monde. En 2004, Jan Krugier a présenté ses images à la FIAC et la Galerie Acte 2 a organisé une rétrospective de son œuvre en 2008. Il a également été exposé en 2009 à la Galerie Pia Pierre à Shanghaï, à la Galerie Binôme, au Art Fair de San Francisco, à Art Basel Miami et à Genève en 2010. La même année, la Gallery Tristan Hoare de Londres lui a organisé une rétrospective. Il a également exposé en 2014 à la Galerie Anne Clergue une série de " Véroniques" qui sont une référence directe à l'œuvre de Zurbaran.

dimanche 20 novembre 2016

Eliot Hodgkin (1905-1987) - Five Oyster Shells


Eliot Hodgkin (1905-1987)
Five Oyster Shells
Private collection

Que voit on ? Ni plus ni moins que ce que décrit le titre : cinq coquilles d'huitres peintes avec le réalisme et la précision d'entomologiste de Hodgkin, qui n'essaie même pas de rendre les subtils reflets de la nacre comme d'autres n'auraient pas manquer de le faire. Et pourtant ils y sont. A cela s'ajoute, non sans un certain humour macabre, quelques traces de la chair de ces succulents fruits de mer, restée accrochée à la nacre par, ce que l'on appelle," le pied ".

Rappel biographique : Le peintre britannique Eliot Hodgkin a réalisé de nombreuses natures mortes de plantes, de fruits, de légumes et d'autres objets inanimés avec une précision digne des grands illustrateurs botaniques des siècles passés. Cette grande précision et le luxe de détails de ces planches l'ont rendu grandement apprécié des botanistes et des scientifiques agissant dans le domaine environnemental. Hodgkin occupe une place réellement à part dans l'histoire de la nature morte au 20e siècle. La Royal Academy of Arts conserve, et aussi plusieurs dessins et tableaux de ce peintre dont l'oeuvre est hommage frontal, obstiné et très figuratif à l'environnement  dans un siècle qui a grandement participé à sa destruction. Après sa mort, plusieurs œuvres de sa collection furent vendues chez Christie's. Son prix record est une nature morte intitulée Violet II, tempera sur panneau, 7 x15 cm, vendu 51 700 £ chez Christie's South Kensington, le 6 septembre 2000. 

_______________________________________________
2016 - A Still Life Collection
Un blog de Francis Rousseau

samedi 19 novembre 2016

Fritz Kronenberg (1901-1960)



Fritz Kronenberg (1901-1960)
Stillleben
Private collection

 Que voit on ? Sur un entablement jaune qui flirte avec la mise en scène cubiste : des champignons, principalement des girolles au milieu desquelles un cep isolé se fait d'autant plus remarquer qu'il est presque au centre de la composition. Une nature morte d'automne, une des seules de ce peintre qui ne soit pas cubiste et qui n'ait pas été saisie par les Nazi comme exemple de " peinture dégénérée ". Une des rares natures mortes qui nous reste de ce peintre très attachant.

Rappel biographique : Fritz Kronenberg est  un peintre allemand rattaché au mouvement de la Secession de Hambourg. Après des études à  l'Ecole des Arts appliqués de Cologne, il commence à s'intéresser dès 1919 à la technique de la gravure sur bois. En 1923, il se rend aux  Etats-Unis puis  en Espagne, en Afrique du Nord et en Norvège. En 1925, il découvre Paris et y fait un long séjour  au contact des artistes de Montparnasse et surtout des oeuvres cubistes de Pablo Picasso, Juan Gris, Georges Braque et Helmuth Kolle. L’influence de  Georges Braque sera si décisive et durable sur son qu’on le surnommera « Kronenbraque ». En 1925, Kronenberg retourne à Cologne et épouse la fille d’un riche industriel local, la fortune de ses beaux parents les mettant à l’abri du besoin,  le couple part s’établir à Hambourg où Fritz reçoit immédiatement commande d’une fresque pour la Volkshochschule Hamburg-Osterbrook. L'année suivante, il est invité à participer à l'exposition de la  8e Secession de Hambourg.  Son style cubiste est alors très apprécié.
Après l’arrivée au pouvoir du partie Nazi en 1933,  Fritz Kronenberg se retire du monde de l'art, bien qu'enseignant toujours en privé à quelques étudiantes comme Irma Weiland,  mais il n’a plus d’activités publiques. En 1937 a eu lieu la campagne de propagande des Nazis contre  " l’Art dégénéré " (entendez l'art moderne), campagne pendant laquelle six des toiles de Kronenberg conservées au Musée des Arts et Métiers de Hamburg sont confisquées pour que le public ne puisse plus les voir. La toile  " Nature morte avec Artichauts "  qui faisait partie du lot n’a jamais été retrouvée depuis lors. Après le bombardement en 1943 de son atelier, Kronenberg se réfugie au Schleswig-Holstein
La Seconde Guerre mondiale terminée, la seconde Secession de Hambourg nouvellement fondée en 1946,  lui demande de faire partie de ses membres. Il expose en 1952 au Kunsthalle Mannheim et en 1953 il est devient  membre de l'Académie libre des Arts à Hambourg. Dans les années qui suivent, il fait de fréquents voyages au  Danemark, en Amérique du Sud et en  Grande Bretagne.
Au milieu des années cinquante, il devient populaire en animant une série télévisée  sur la chaine de télévision  NDR : " La peinture avec Fritz Kronenberg ", dans laquelle il initie l’auditoire aux diverses techniques artistiques.

vendredi 18 novembre 2016

Adolphe de Meyer (1868-1948) - Glass and Shadows


Adolphe de Meyer (1868-1948)
Glass and Shadows (1908-1912)
Getty Center

Que voit on ? Dans une lumière irréelle - comme ce photographe aimait à les cultiver -  une série d'objets en verre dont certains font référence à la toilette et d'autres pas. Ils sont mis en scène autour d'un grand vase conique sur pied dans lequel des feuillages ont été posés. Photographie ou peinture ? Difficile de qualifier cette confusion qu'Adolphe de Meyer se plaisait à cultiver à cette époque tout comme est difficile à qualifier sa merveilleuse et légendaire outrance d'esthète. Sans parler du fait que, malgré son indéniable préciosité  (pour ne pas dire affectation), cette photo reste d'une grande modernité.

Rappel biographique : Le baron Adolf Gayne de Meyer est un photographe d'origine allemande.
Il est le fils d'un banquier juif allemand vivant à Paris, Adolphus Louis Meyer et d'Adele Watson d'origine écossaise. Il est déclaré auprès des autorités parisiennes le 3 septembre 1868 par son père, alors rentier, sous le nom de Adolphe Edouard Sigismond Meyer. Bien que né à Paris, il passe son enfance à Dresde. Au cours de sa vie, il utilisera différentes versions de son nom, Meyer, von Meyer, de Meyer, de Meyer-Watson et Meyer-Watson. C'est a cette époque que le  jeune Adolf Meyer aurait pris des cours privés de peinture et de dessin auprès du célèbre peintre Claude Monet. Adepte du pictorialisme, mouvement en opposition avec le réalisme de l’épreuve, il finit cependant par se spécialiser dans la photographie de portraits.
En 1893, Adolf de Meyer affirme son inclination pour la photographie en devenant membre de la Royal Photographic Society.  
En juin 1899, il épouse à Londres Olga Caracciolo (1871-1930), fille biologique du prince de Galles Albert Edward, le futur roi Edouard VII. Cette union fut un mariage de convenances, du fait de l'homosexualité  déclarée d'Adolf de Meyer d'une part et de celle de son épouse Olga. Peu après son mariage, Adolf de Meyer fut anobli comme baron de Meyer par Frédéric-Auguste III de Saxe, à la demande du prince de Galles. Dès1903, il est également membre de la société Linked Ring Brotherhood qui a pour but  de promouvoir la photographie comme un art à part entière.
Entre 1900 et 1910, Adolf de Meyer réalisa un (ou plusieurs) voyage au Japon, accompagné de sa femme Olga. Il y réalisa une importante série de photographies, aujourd'hui conservées au MET de New-York. Il y a très peu de personnages sur ces clichés avant tout constitués des paysages et de bâtiments dans des mises en scènes où la population japonaise n'apparaît que rarement. 
De 1898 а 1913, il habite à le très chic hôtel Cadogan Garden de Londres. Il fait la connaissance du photographe Alfred Stieglitz qui devient son mentor et ami, et avec qui il entretient une correspondance. Il rejoint également le mouvement artistique de Photo-Secession initié par Stieglitz. Entre 1903 et 1907, ses œuvres sont publiées dans la revue trimestrielle Camera Work, dirigée par Alfred Stieglitz. А la même époque, il expose à deux reprises à la Galerie 291, fondée par Alfred Stieglitz et Edward Steichen а New-York. Cecil Beaton le qualifiera alors de  « Debussy de la photographie ». C'est à cette époque qu'il réalise de nombreux clichés de natures mortes, où son travail sur la transparence, l'opacité et la lumière est mis en avant.En 1912, il travaille également en collaboration avec les Ballets russes à Paris et assure en partie leur promotion avec sa femme Olga à l'occasion de leur première représentation à Londres. Il réalise alors des clichés de Nijinski, dans le ballet L'Après-midi d'un faune, clichés devenus depuis célébrissimes.
Alors que la Première Guerre mondiale éclate, les époux de Meyer prennent les noms de Gayne (pour Adolf de Meyer) et Mahrah (pour Olga de Meyer) sur les conseils d'un astrologue, et partent pour New York. Là, Adolf Gayne de Meyer rencontre Condé Nast, propriétaire des magazines Vogue et Vanity Fair, et grâce à qui il devient photographe de mode. Il réalise ses premières photographies de mode en 1910 pour Vogue, puis y devient photographe à temps plein de 1913 à 1921, avant de rejoindre la revue Vanity Fair. Il est considéré comme le tout premier photographe de mode du monde, les magazines de mode étaient jusque là illustrés par des croquis et des dessins. Dans ses nombreux clichés de mode, Adolf de Meyer suggère la ligne d’un couturier dans des ambiances floues et crée, par des effets de transparence, une  inimitable impression de légèreté.
En 1921-1922, de Meyer accepte de revenir à Paris pour devenir responsable de la photographie du magazine Harper's Bazaar, propriété  du célèbre homme d'affaires William Randolph Hearst ; il y passera les 16  années de sa vie. Vers 1934, un nouvel éditeur est chargé de rajeunir l'image du magazine, ce qui mettra fin а la carrière d'Adolf de Meyer au sein de la publication. Il voyage alors en Europe avant de quitter à nouveau le vieux continent.
А la veille de la Seconde Guerre mondiale, il retourne aux Etats-Unis, et s'installe dans le sud de la Californie où il passe ses dernières années dans la pauvreté et l'anonymat. Il meurt à Los Angeles en janvier 1946, sa mort étant enregistrée dans l'état-civil dans les termes suivants : « Gayne Adolphus Demeyer, writer (retired) », « Gayne Adolphus Demeyer, écrivain retraité ».
Seule une partie de son œuvre a survécu jusqu’à nos jours, la majorité ayant été détruite durant la Seconde Guerre mondiale et par Adolf de Meyer lui-même à la fin des années 1930.


jeudi 17 novembre 2016

Franz Nolken (1884-1918) - Stilleben mit Leuchter und Ananas


Franz Nolken (1884-1918) 
Stilleben mit Leuchter und Ananas, 1905-1906
Private collection

Que voit on ?  Sur un entablement déjà recouvert d'une nappe à fleurs à fond turquoise, un linge blanc ou bien un grand papier blanc a été déplié pour recevoir plusieurs fruits : des pommes dont une verte, des tomates, un ananas, un compotier dans lequel on devine des bananes, une mangue et d'autres fruits exotiques... Sur la gauche de la composition : un grand panier en métal tressé qui a pris, par le jeu des reflets, la coloration bleutée du fond du tableau. Une bougie dont la flamme (ou l'absence de flamme) ne sont pas perceptible par le spectateur ponctue le fond du tableau dans un bougeoir en cuivre rutilant comme de l'or. Le fond bleu imprimé est somptueux. 
Ce sera la seule et unique nature morte de ce peintre expressionniste allemand extrêmement talentueux et prometteur mais dont le destin s'arrêta, comme tant d'autres, dans les tranchées de la Premiere guerre mondiale, sur le front de la Meuse, côté allemand. 
Un beau gâchis à quelques jours de la fin de la guerre... 

Rappel biographique : Franz Nölken était un peintre expressionniste allemand parfois associée à Die Brücke, une société d'artistes à Dresde. À l'âge de seize ans, sur les conseils d'Alfred Lichtwark, le directeur de la Hamburger Kunsthalle, il prend des cours avec Arthur Siebelist, qui essaie d'inculquer à ses élèves une approche anti académique en les amenant peindre en plein air.  En 1903, il rejoint le Hamburgischer Künstlerklub , l'année suivante, a il organise  sa première exposition dans la prestigieuse Galerie Commeter avec ses collègues Friedrich Ahlers-Hestermann, Fritz Friedrichs, Walter Alfred Rosam et Walter Voltmer. En 1905, où il rencontre l'industriel, Ernst Rump, un amoureux des arts qui devient son principal mécène. En 1907, Franz Nölken se rend à Paris et se mêle aux  artistes de Montparnasse en fréquentant assidument Le Dôme.  En 1909, il rencontre Henri Matisse et travaille un peu avec lui. À son retour de Paris, il crée son propre atelier. En 1912, il devient  professeur dans une école d'art privée réservé aux femmes. Pianiste amateur de grand talent, Nolke noue alors des liens d'amitiés très solides avec le compositeur Max Reger dont il peint de très nombreux  En 1914, il se rend de nouveau à Paris au moment où la Premiere guerre mondiale va éclater. Menant la vie de Bohême à Paris, il  pense pouvoir échapper aux horreurs de la guerre mais les services allemands le rattrape  auprès 3 ans d'errance et en 1917 - une semaine exactement avant la fin de la guerre -  il est envoyé sur l la frontière Belge à La Capelle. Franz Nolke n'en reviendra jamais. Deux rues portent aujourd'hui son nom à Hambourg et à Soest.

____________________________________________
2016 - A Still Life Collection
Un blog de Francis Rousseau 




mercredi 16 novembre 2016

Emile Friant (1863-1932) - Nature morte , Le tube de peinture ouvert

http://astilllifecollection.blogspot.com

Emile Friant (1863-1932)
Nature morte - Le tube de peinture ouvert 
Collection privée.

Que voit on ? Comme l'indique le titre : un tube en métal de peinture à l 'huile, ouvert mais à peine entamé dont on a juste pressé de quoi faire quelques mélanges. A en juger par la couleur de l'échantillonnage du haut du tube, il s'agit peut être de la couleur principale qui a servi au peintre à faire ce petit tableau, modeste, presque monochrome et magnifique.

Rappel biographique : Emile Friant est un peintre et graveur naturaliste français. En 1870, fuyant l'invasion prussienne ses parents s'établissent à Nancy. Il est repéré très tôt par Théodore Devilly, directeur de l’Ecole des beaux-arts de Nancy qu'il intègre. Son apprentissage des techniques de peintures à l’Ecole de beaux arts, combiné à un talent évident lui permettent d’exposer aux Salons des beaux-arts de Nancy dиs 1878, alors qu’il n’est âgé que de 15 ans.  Il peint son premier autoportrait (désormais célèbre) à l'âge de 17 ans. Il ne quitte Nancy pour Paris que pour exposer à la capitale les sujets lorrains qu'il peint, à la suite de Jules Bastien-Lepage, et les portraits d’une société constituée de proches et de collectionneurs, comme les frères Coquelin. Emile Friant obtient plusieurs récompenses : le second Prix de Rome de peinture en 1883 pour Oedipe maudissant son fils Polynice, la médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris de 1889 pour La Toussaint, un tableau mettant spectaculairement en scène des veuves et orphelines en grand habit de deuil. En 1906, il devient professeur de dessin à l’Ecole des beaux-arts de Paris (aujourd'hui Ecole nationale supérieure des beaux-arts).
Dès 1883, Emile Friant s’essaye à la gravure par le biais de la pointe sèche et de l’eau-forte avec lesquelles il grave cinq plaques de cuivre. А l’époque son style est parfois jugé comme trop réaliste. En effet, l'exactitude qui caractérise les œuvres des artistes naturalistes est proche de la précision d’une photographie, nouveau médium qui les passionne. La fin du 19e siècle marque la fin des succès d'Emile Friant. Il ne suit pas les évolutions stylistiques du début du 20e siècle, comme le fauvisme et le cubisme. Alors que vingt-cinq ans plus tôt il conspuait les peintres académiques, il tente désormais d’entrer à l’Institut de France.
Parallèlement à son activité de peintre qui décline, on constate que l’œuvre gravé d’Emile Friant se développe avec le changement de siècle. Il renoue vers 1904 avec l’art de l’estampe. А cette date-là, il n’est plus un jeune provincial monté à la capitale mais un peintre comblé d'honneurs et doté d'une importante clientèle. L’absence de soucis pécuniaires et la mobilité entre ses domiciles parisien et nancéien que lui impose son poste de professeur et son attachement pour la Lorraine le forcent sans doute à adopter le médium de la gravure plus léger que celui de la peinture à l’huile. La gravure permet alors à l’œuvre d’Emile Friant de connaître un nouveau souffle. 
Constitué d'achats du vivant de l’artiste, de dons et du legs des fonds d'ateliers de l'artiste, le fonds d’estampes d’Emile Friant du Musée des beaux-arts de Nancy forme avec ses 847 numéros le plus important conservé dans une collection publique française. En 1923, il est élu membre de l’Académie des beaux-arts.  En 1931, il est nommé commandeur de la Légion d’honneur.
Le monde de l'art qui l'a longtemps boudé semble aujourd'hui redécouvrir l'œuvre Emile Friant. 
Il a peint très peu de natures mortes.


____________________________________________
2016 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau

mardi 15 novembre 2016

Rembrandt (1606-1669) - Conus marmoreus





Rembrandt (1606-1669)
Conus marmoreus, 1650
Rijksmuseum, Amsterdam

 Que voit on ? Rembrandt collectionnait les coquillages, et celui-ci, unique dans son oeuvre gravée, est très célèbre. Il est représenté grandeur nature avec une très grande finesse d’observation. Les collections de coquillages, surtout exotiques, était une passion très répandue, voir même assez populaire, au 17e siècle et fut prétexte à peinture de nombreuses natures mortes et trompes l'oeil. Ce Conus Marmoreus (cône marbré) se trouvait dans la collection " d'histoire naturelle " de Rembrandt ; on appelait alors ce coquillage  " corne de cerf " . Pour cette gravure, il faut songer au soin extrême que Rembrandt a pu prendre à en reproduire la forme et les motifs sur la plaque de cuivre, en sens inverse du résultat final évidemment. Un exercice de style de haut vol... 

Rappel biographique  :  Rembrandt van Rijn, plus connu sous son seul prénom de Rembrandt, est généralement considéré comme l'un des plus grands peintres de l'histoire de la peinture, notamment de la peinture baroque, et l'un des plus importants peintres de l'Ecole hollandaise du17e siècle. Outre ses nombreuses peintures, Rembrandt a également réalisé des gravures et des dessins et est l'un des plus importants aquafortistes de l'histoire de l'Art. Il a vécu pendant ce que les historiens appellent le " siècle d'or néerlandais " durant lequel culture, science, commerce et influence politique de la Hollande ont atteint leur apogée. Rembrandt a réalisé près de 400 peintures, 300 eaux fortes et 300 dessins. La centaine d'autoportraits qu'il a réalisés tout au long de sa carrière permet de suivre son parcours personnel, tant physique qu'émotionnel. Le peintre représente, sans complaisance, ses imperfections et ses rides.
Une des caractéristiques majeures de son œuvre est l'utilisation de la lumière et de l'obscurité (technique du clair-obscur inspirée du Caravage) qui attire le regard par le jeu de contrastes appuyés. Les scènes qu'il peint sont intenses et vivantes. Ce n'est pas un peintre de la beauté ou de la richesse, il montre la compassion et l'humanité, qui ressortent dans l'expression de ses personnages, qui sont parfois indigents ou usés par l'âge. Ses thèmes de prédilection sont le portrait (et les autoportraits) ainsi que les scènes bibliques et historiques. Rembrandt représente aussi des scènes de la vie quotidienne, et des scènes populaires, mais très peu de natures morte, genre très commercial à son époque (bien que classé au bas de l'échelle de la  hiérarchie des genres picturaux) et qui n - surtout - ne place pas l'humain au centre de sa thématique... en apparence en tout cas !  
____________________________________________
2016 - A Still Life Collection 

Un blog de Francis Rousseau 

lundi 14 novembre 2016

Louyse Moillon (1610-1696) - Panier de prunes et de pêches

Louyse Moillon (1610-1696)  Panier de prunes et de pêches  Musée des Augustins (Toulouse)

Louyse Moillon (1610-1696)
 Panier de prunes et de pêches
 Musée des Augustins (Toulouse)

Que voit on ? Comme d'habitude chez cette très grande peintre française de nature morte du 17e siècle, exactement ce que le titre décrit... enfin presque !  Sur ce sobre entablement de pierre sans aucun accident, il y a bien effectivement un immense panier (magnifiquement tressé) rempli à ras bord d'une généreuse cueillette de pêches dodues et veloutées à l'envie (dont l'artiste n'a toutefois pas cherché à ôter les imperfections de la peau, au contraire) et de prunes sombres, brillantes et juteuses surgissant de feuillages rafraichissants. Element non contenu dans la description du titre : hors du panier tressé, sur l'entablement à gauche, une amande fraîche, ouverte en deux et qui laisse apparaitre un fruit gâté. Toute la morale de cette nature morte est dans cette amande gâtée, bien que déjà annoncée dans les imperfections de la peau des pêches : il n'est point de beauté qui soit parfaite, car toute beauté est périssable.

Rappel Biographique : Louyse Moillon, est l'une des rares femmes peintres du XVIIe siècle français dont l’œuvre est aujourd'hui bien identifiée, la signature et la datation de ses tableaux ayant permis qu'elle échappe à l'anonymat. Depuis la redécouverte de l'artiste en 1934 lors de l'exposition des Peintres de la réalité en France au XVIIe siècle au musée de l'Orangerie, la reconnaissance de son art est longtemps restée tributaire des préjugés envers les femmes peintres. La réhabilitation de l'artiste à la fin des années 1970 est liée à l'intérêt nouveau porté aux femmes peintres et, depuis 2009, à la publication du catalogue raisonné de son œuvre par Dominique Alsina. Répertoriant précisément 69 tableaux, il replace l'artiste dans le contexte de "La nature morte au Grand Siècle" au même rang que ses contemporains masculins, Jacques Linard (1597-1645), Nicolas Baudesson (1611-1680) ou Lubin Baugin (1612-1663). Equilibre et stabilité sont les fondements des compositions de Louyse Moillon, fidèles à un schéma répétitif centré sur des corbeilles ou des paniers de fruits, posés sur une table ou une margelle, dépeints en légère contre-plongée, dans un cadrage resserré et sur un fond sombre. Le réalisme minutieux de ses œuvres, une touche précise, des coloris pleins et le rendu du velouté ou de la transparence des fruits témoignent de la maîtrise du métier, hérité de l'art flamand et acquis en côtoyant la colonie des peintres hollandais de Saint-Germain. Après la mort, de son père, Nicolas, peintre lui aussi, alors qu'elle a seulement 9 ans, sa mère se remarie avec le peintre protestant de natures mortes, François Garnier, dont le titre de « bourgeois de Paris » laisse supposer une situation prospère. Il est aussi marchand de tableaux lié au milieu de Saint-Germain-des-Prés. La fillette qui a entamé sa formation auprès de son père défunt la poursuit avec son beau-père, dont on reconnait nettement l'influence dans ses œuvres.

____________________________________________

2016 - A Still Life Collection
Un blog de Francis Rousseau

dimanche 13 novembre 2016

William H. Johnson (1901-1970)


William H. Johnson (1901-1970)
Still-life, 1927
Greenville County Museum of Art, Texas  (USA)

Que voit-on ? Une table recouverte d'une nappe blanche dans sa partie supérieure et des nappes ou sur-nappes dans d'autres motifs et couleurs dans la partie inférieure de la composition, ce qui lui donne un aspect cubiste avant la lettre. La table est disposée devant ce qui semble être une ouverture vers l'extérieur ou vers un jardin,  Trois bouteilles et trois compositions fruitières sont disposées sur la table. Ce sont toutes des bouteilles de Cognac, d'Armagnac ou de liqueurs dite " digestives " fortes. 
Deux de ses bouteilles sont vides. Une des trois compositions fruitières est rassemblée dans un compotier, les deux autres sont répandues sur la table dans un désordre étudié. Certaines autres formes ne sont pas clairement identifiables, volontairement noyées dans l'abstraction plus que dans l'inachevé. Beaucoup de couleurs et d'informations visuelles très disparates donc pour rendre l'atmosphère de l'ivresse ressentie à la fin d'un déjeuner d'été, visiblement bien arrosé...pendant l'un des séjours de ce grand peintre américain en Europe.  

Rappel biographique :  William Henry Johnson est un peintre afro-américain, né à Florence (Caroline du Sud)  considéré par beaucoup comme l'un des grands peintres américains du 20e siècle.
Issu d'un mariage mixte, William Henry Johnson naît d'une mère noire avec des origines amérindiennes et d'un père blanc. À l'âge de 17 ans, il part s'installer à New York où il exerce de nombreux petits métiers afin de pouvoir se payer des études d'art. Il parvient à entrer à la National Academy of Design où, entre 1921 et 1926, il étudie différentes techniques sous la direction de Charles Webster Hawthorne qui parvient à lui obtenir une bourse de fin d'études en France.
De 1926 à 1929, il s’établit d'abord à Paris, se passionnant pour le mouvement expressionniste, en particulier pour Chaïm Soutine, dont il reconnaît l'influence sur ses premières œuvres. Durant un long séjour à Cagnes-sur-Mer, il rencontre l'artiste danoise Holcha Krake (1885-1943), de quinze ans son aînée, et avec qui il se marie.
Entre 1930 et 1938, il commence à voyager en Europe puis en Tunisie (1932) d'où il rapporte de nombreux tableaux ; Holcha, elle, s'inspire des techniques locales de tissage et de céramique. Le couple s'installe ensuite au Danemark, puis aux îles Lofoten et enfin sur l'île de Fionie. Ils organisent des expositions et tentent de vivre de leur art, Holcha se spécialisant dans le design textile et céramique. Fin 1938, le couple part s'installer à New York et connaît des difficultés financières. William parvient à intégrer le Federal Art Project, enseigne à Harlem et produit beaucoup : son art évolue vers des formes plus simples, contrastées, très imprégnées par la vie urbaine des quartiers qui l'entourent. Il se qualifie lui-même de  « artiste primitif ».
En 1943, son épouse, atteinte d'un cancer, meurt. William décide alors de retourner au Danemark vivre avec sa belle-famille. Malade à son tour, rattrapé par les symptômes d'une syphilis contractée sans doute dans sa jeunesse, il doit être interné, d'abord en Norvège, puis est rapatrié aux États-Unis avec tous ses tableaux. Sa lucidité étant atteinte, il est interné en 1947 dans une institution publique à Central Islip (Long Island) spécialisée dans les traitements neuro-psychiatriques. Il meurt en 1970, après 23 années d'internement.
Le legs de ses œuvres avait été entre-temps effectué auprès de la Harmon Foundation qui organisa en 1967 le transfert de tous ses travaux à la Smithsonian Institution grâce aux efforts de la conservatrice Adelyn Dohme Breeskin. La première rétrospective de William Johnson eut lieu en 1971 et son impact sur la communauté noire, mais pas seulement, est alors sensible, rendant à l'artiste sa place au sein de l'histoire moderne de la peinture américaine.
En 2012, la Poste américaine émet un timbre en l'honneur de William H. Johnson, le 11e de la série « American Treasures » qui rassemble les grandes figures artistiques américaines du 20e siècle.

samedi 12 novembre 2016

André Derain (1880-1954)



André Derain (1880-1954)
La Table, 1911
The MET, New York

Que voit on? Ce qui frappe tout d'abord dans cette toile du maître du fauvisme et de l'explosion des couleurs, c'est la palette très restreinte utilisée, totalement à l'opposé de celle étalée dans les productions des années 1905-1907. Dans cette nature morte, trois couleurs seulement sont utilisées. Pas n'importe lesquelles de surcroît puisqu'il s'agit du bleu (deux en l'occurrence : celui du ciel et celui du pichet en céramique vernissée), du blanc (pour la nappe, les deux assiettes, le bol et le vase en porcelaine) et du rouge (des rouges si l'on ajoute au rouge relativement éteint du rideau, le rouge brun - encore plus sourd -  de la table). Malgré l'emploi de ces trois couleurs patriotiques, la tonalité d'ensemble de cette toile reste sombre comme si Derain tentait un retour à la sobriété après l'orgie de couleurs, partagées avec Matisse, des années précédentes. C'est d'ailleurs exactement ce qui se passe, puisque cette toile s'inscrit dans le grand mouvement pictural  du " retour à l'ordre " des années 1910 auquel Picasso lui même souscrivit. Cette atmosphère sobre - presque sinistre - donne à cette nature morte un connotation singulièrement surréaliste.  Cette oeuvre a été acquise par le Metropolitan Museum of Art de New York très peu de temps apres son arrivée à New York à la Galerie Pierre Matisse en 1952 où elle fut exposée sous le nom de The blue Pitcher (Le pichet bleu)  dans une exposition thématique intitulée Still Life and The School of Paris (La Nature Morte et l'Ecole de Paris). Deux ans plus tard, en 1954, l'année de la mort de Derain, elle entrait définitivement dans les collections du MET.

Rappel biographique : Le peintre français André Derain est l'un des fondateurs du fauvisme. Peintre de figures, de portraits, de nus, de paysages, de marines, de natures mortes, il emploie diverses techniques : huile, gouaches, aquarelles, pastels. Il est également peintre de décors de théâtre, sculpteur, graveur et illustrateur.
Pendant l'occupation allemande de la France, Derain est courtisé par les Nazis comme symbole prestigieux de la culture française. Il accepte une invitation pour une visite officielle en Allemagne en 1941, avec, notamment, son ami Maurice de Vlaminck, Kees van Dongen ou le sculpteur Paul Belmondo. Derain est traité de collaborateur et ostracisé après la Libération. Après la guerre, il renonce aux présentations publiques de ses œuvres et finit sa vie dans une solitude volontaire.
Son œuvre est parfois considérée comme un revirement vers la tradition après un engagement dans les avant-gardes mais elle témoigne fortement des préoccupations des artistes de son époque, dont beaucoup, à l'instar de Maurice De Vlaminck ou Félix Valotton suivent ce même itinéraire, qualifié par les historiens de l'art de « retour à l'ordre », auquel même Picasso n'échappe d'ailleurs pas à la fin des années 1910, durant une courte période. L'œuvre de Derain est essentiellement picturale, mais il a également signé les décors et les costumes de nombreux ballets, illustré une trentaine de livres, il est également connu comme sculpteur. Une grande partie de son œuvre (80 peintures, 77 sculptures, des dessins, mais aussi des objets d'art primitif lui ayant appartenu), précédemment dans la collection Pierre et Denise Lévy, est présentée au musée d'art moderne de Troyes. Quelques de ces toiles sont aussi conservées  dans les plus prestigieux musées de la planète (le Metropolitan Museum of Art de New York,  le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, le Museo Rhyssen-Bornemisza de Madrid, la Royal Gallery de Londres, l'Australian National Gallery, le Bunkamura Museum of Art à Tokyo...)



vendredi 11 novembre 2016

Pompéi - Instrumenta scriptoria ou les trésors du lettré


Pompéi
Instrumenta scriptoria dit aussi " les Trésors du Lettré "  
Villa de Julia Felix
Musée de Naples 

Ceci est la 1000e nature morte publiée sur ce blog et l'anniversaire de 3 années de publications...

Que voit-on ? C'est une nature morte très dépouillée et très minimaliste à la vue de laquelle on ne peut s'empêcher de penser à l'architecture des natures mortes espagnole de Francisco de Zurbaran et, par certains aspects,  de Juan Sanchez Cotan  .... deux peintres qui n'ont jamais pu voir cette oeuvre, découverte plusieurs siècles après leur mort. Cette peinture murale est en réalité la première nature morte connue qui utilise les livres et les ustensiles d'écriture comme thème (qui sera largement repris par tous les peintres jusqu'au 20e siècle). 
Elle présente deux usages du monde de l'écriture : le traditionnel et le moderne. Le traditionnel avec à gauche les tablettes de cire, entourées d'un fin cerclage de bambou doré, héritées de l'Egypte antique mais aussi de la Grèce où la plupart des textes étaient gravés soit dans la pierre soit dans la cire...  Le moderne avec au milieu et à droite, l'encrier, le stylet et le rouleau de papyrus sur lequel on écrivait plus volontiers à Rome au1er siècle, date de cette peinture vieille de 2000 ans dont les couleurs et les nuances jusqu'aux ombres portées, semblent avoir été posées hier.

Rappel historique : Pline l'Ancien raconte que dans la Grèce antique, le peintre Piraikos qui vivait au 3e siècle avant notre ère, vendait déjà fort cher ses " Provisions de cuisine ", des tableaux de chevalets représentant des victuailles ou des instantanés d'échoppes de cordonniers et de barbiers. Dans la hiérarchie des genres picturaux d'alors, ces représentations de provisions de cuisine sont déjà considérées comme un genre mineur... et  elles le resteront pendant de longs siècles... au moins jusqu'à Chardin, si ce n'est jusqu'à Cézanne. Genre mineur donc, loin derrière les sujets religieux, les portraits et les paysages, mais genre que les commanditaires s'arrachent pourtant !
Le grec Piraikos reste le plus célèbre des peintres de ce genre. Hélas, aucun exemple n'est parvenu jusqu'à nous de ces peintures des menus objets du quotidien par Piraikos,  peinture que l'on nommait à cette époque Rhyparographie .
A la même époque, un autre peintre grec, Zeuxis rivalisait avec la nature au point que des oiseaux voulaient picorer les raisins qu'il peignait et qu'il passe être l'inventeur du réalisme et  de l'illusionnisme  ne peinture, pour ne pas dire du premier trompe-l'oeil. Il faut là encore faire confiance au récit de Pline l'Ancien, car aucun exemple de cet art ne nous est parvenu.
Les premières natures mortes connues du monde occidental sont des fresques et des mosaïques du 1er siècle de l'ère chrétienne, provenant de Campanie (Herculanum et Pompéi) ou de Rome. Elles sont exécutées dans un style réaliste et illusionniste : fruits veloutés, poissons et volailles posés sur une marche de pierre ou sur deux étagères d'un garde manger, généralement en trompe l'œil avec des ombres portées, ou quelquefois dans des coupes en verre avec des transparences subtiles.
Ces peintures évoquent le xenion antique, un cadeau fait de denrées qu'un hôte doit offrir à ses invités. Pourtant la nature morte de l'Antiquité possède une autre ambition que celle du seul plaisir mimétique. Comme le précise Charles Sterling : « Il est clair que les natures mortes hellénistiques et romaines qui représentaient des mets prêts à être consommés comportaient une allusion épicurienne ». On trouve ainsi assez fréquemment des mosaïques de natures mortes et des vanités dans les atriums d'été romains, où les convives invités aux repas étaient ainsi encouragés à cueillir le jour qui passe, Carpe diem selon la célèbre formule d'Epicure, à profiter de la vie tant qu'il était encore temps de le faire. Une déclinaison plus sophistiquée de la tradition égyptienne pharaonique qui voulait que l'on fît passer un cadavre devant les convives avant de commencer un repas pour leur rappeler l'impermanence de la vie !  Les natures mortes garderont tout au long des siècles jusqu'à nos jours,  cette signification épicurienne.

2016 - A Still Life Collection,
Un blog de Francis Rousseau, #AStillLifeCollection, #NaturesMortes,

mercredi 9 novembre 2016

Richard Diebenkorn (1922-1993) - Still Life - Ink


Richard Diebenkorn (1922-1993) 
Still Life - Ink
Private Collection 

Que voit-on ?  Plusieurs plans et éléments de lecture comme souvent, chez ce peintre de la tourmente. Au premier plan : une table ou plutôt un coin de table d'atelier faite d'un assemblage de traverses assez grossières entre lesquelles des espaces vides ont été laissés. La premiere chose qui apparait sur cette table est une paire de ciseaux. En place et rôle du traditionnel couteau des natures mortes anciennes ?  Peut être.  Puis une assiette, une cuillère, une autre assiette plus petite avec des reliefs.de repas... A l 'arrière plan: une autre information : s'agit-il d'une table sur laquelle quelqu'un est en train de travailler ou de cuisiner (on aperçoit deux bras affairés) ? ou bien s'agit-il d'une table aperçue au travers d'une fenêtre ?  
Nous sommes peut être dans une de ces modestes cabanes de pêcheurs comme il en existait tant sur les côtes californiennes... les deux bras affairés pourraient réparer une filet. Ces cabanes aujourd'hui n'existent plus. 
La nature morte est monochrome, ourdie dans l'encre noire et ses dilutions jusqu'au blanc le plus éblouissant. 

Rappel biographique : Richard Diebenkorn est un peintre américain du 20e siècle dont le style navigue de l’abstrait au figuratif en fonction des périodes qu’il a traversées. Après une première exposition au California Palace of the Legion of Honor à San Francisco en 1948, ses débuts sont associés à l'expressionnisme abstrait et à l'Ecole de San Francisco, mouvement figuratif des années 1950-1960.  De 1955 à 1966,  il vit à Berkeley (Californie), change de style et devient un peintre figuratif important, dans un genre qui réunit  à la fois la manière de Henri Matisse qu’il admire et l'expressionnisme abstrait. Diebenkorn, Elmer Bischoff, Henry Villierme, David Park, James Weeks participent ensemble à une renaissance de la peinture figurative, qu'on appelle l'École de San Francisco (Bay Area Figurative Movement). En 1967, Diebenkorn s'installe à Santa Monica et devient professeur à l'UCLA. Il installe son atelier dans le même immeuble que son vieil ami Sam Francis. Pendant l'hiver 1966-1967, il revient une nouvelle fois à l'abstraction, cette fois avec une vision très personnelle, un style géométrique qui se démarque clairement de ses débuts de la période expressionniste abstraite. La série Ocean Park, qu’il commence en 1967 se poursuit pendant les  dix-huit années suivantes. Elle est devenue la partie de son œuvre la plus célèbre aujourd’hui. Elle se compose d'environ 135 peintures. Basées sur le paysage vu depuis la fenêtre de son atelier, ses compositions abstraites à grande échelle sont nommées d'après une communauté de Santa Monica où il a eu un temps son atelier. A la même époque, il peint aussi ce qu’il appelle des found still life,  c’est a dire des toiles d’après ce qu’il trouve sur sa table san rien retoucher à l’arrangement qu’il voit (c'est le cas du tableau présenté ici).
La première rétrospective importante de son oeuvre a eu lieu à la Albright–Knox Art Gallery а Buffalo en 1976 et 1977.  En 1989, John Elderfield, conservateur au MOMA (New York) organise une exposition d’oeuvres de Diebenkorn sur papier, qui constitue d’ailleurs la partie la plus prolifique de sa production.
En 2012, l'exposition Richard Diebenkorn : The Ocean Park Series, organisée par Sarah C. Bancroft, a lieu simultanément à la Corcoran Gallery of Art,  à l'Orange County Museum of Art et au Forth Worth Museum of Modern Arts de Washington.

___________________________________________

2016- A Still Life Collection
Un blog de Francis Rousseau