mardi 2 octobre 2018

Juan van der Hamen y Leon (1596-1631) - Bodegón con dulces y recipientes de cristal

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Juan van der Hamen y Leon (1596-1631)
Bodegón con dulces y recipientes de cristal, 1622
Museo nacional del Prado, Madrid

Que voit on ? Sur un entablement assez  étroit, une sélection d'objets et de gourmandises typiques  d'une petite collation  assez semblables à ce que l'on peut voir dans la nature morte Bocadillo. Les objets : carafes, poteries et plats se succèdent dans différents matériaux,  qui partagent en commun la sinuosité des formes à laquelle répond,  en écho visuel, une disposition elle-même sinueuse (en quinconce) de l'ensemble. Un exercice de virtuosité réaliste où la lumière tient le premier rôle pour souligner les textures et les volumes mis en évidence sur un fond très sombre. D'après la notice du Musée du Prado où cette oeuvre est conservée, il s'agit " sans doute de l'un des exemples les plus subtils et les plus raffinés parmi les  natures mortes de l'artiste madrilène, tant dans la technique que dans la composition. L'influence de Zurbarán est évidemment présente dans la composition. (...) La carafe d'inspiration mauresque et  l' hydromel aux épices qu'elle contient est entourée de  deux mouches qui volent au-dessus de la bouteille, attirées par la douceur de son contenu,  en  référence à la peinture à l'art antique  mythique du peintre grec Zeuxis ".

Rappel biographique : le peintre espagnol Juan van der Hamen y Leon - dont un grand nombre de natures mortes ont été publiées dans ce blog -  est surtout connu pour être un maître de ce genre, bien qu'il ait peint aussi des motifs religieux, des paysages et des portraits. Influencé autant par Juan Sanchez Cotan que par la peinture flamande de Frans Snyders dans ses premières natures mortes, il opta finalement pour un naturalisme plus italien et introduisit beaucoup de fraîcheur dans ses compositions. Sa touche est d'une grande délicatesse et d'un absolue précision. Van der Hamen emprunte à Sánchez Cotán le style apparemment sobre de ses compositions mais aussi cette façon systématique de détacher les objets sur un fond sombre et de les éclairer d'une lumière puissante. Les arrangements en quinconces et les ombres portées renforcent l'impression de précision et révèlent que ces compositions sont finalement tout sauf simples ! A partir de 1626, Van der Hamen peint des natures mortes plus complexes que ses premières en plaçant les objets sur différents niveaux. Ce type de composition que l'on retrouve à Rome au début des années 1620  dans les œuvres de Tomasso Salini et d'Agostino Verrocchi, était déjà présent dans les natures mortes de l'Antiquité que l'on découvrira à Pompei et Herculanum au 18e siècle. Les natures mortes de Juan van der Hamen ont exercé une grande influence sur ses contemporains comme Francisco de Zurbarán et plus tard chez des peintres comme Antonio Ponce et Juan Arellano. Une des caractéristiques de la peinture de Van der Hamen, pour laquelle il était surtout connu de son vivant,  résidait dans la représentation des coûteuses et luxueuses verreries de Venise ou d'Allemagne. Très préoccupé par l'agencement harmonieux des objets et la représentation précise des textures et des lumières, Van der Hamen livre toujours des compositions très géométriques où les cercles et les sphères ont un rôle primordial. Contrastant avec cette sévérité géométrique, l'artiste dispose souvent ses objets sur les bords des structures ou sur des escaliers en pierre, en faisant ainsi varier leur distance à partir de la source lumineuse. Les objets représentés, fruits légumes, bois, terre cuite, et cristaux sont toujours magistralement rendus avec une science de la répartition des couleurs, des ombres, des reflets et des lumières qui en font un maître d'une sensibilité incomparable.

2018 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau