mardi 13 février 2018

Igor Grabar - Игорь Эммануилович Грабарь (1878-1960)


Igor Grabar (1878-1960)
Flowers and Fruits on Grand-Piano, 1904.
The Russian Museum, St. Petersbourg

Que voit on  ? Sur un entablement qui est en réalité le couvercle d'un grand piano de concert, des bouquets de lavandes dans des paniers en osier et des fruits encore enrobés de leur papier d'emballage comme autant de joyaux précieux que l'été russe offre à cette demeure de l 'époque impériale où semble planer l 'esprit d'Anton Tchekhov... Les reflets sur le bois du couvercle du piano sont à la hauteur du reste de cette magnifique composition pos impresioniste.

Rappel biographique : Igor Emmanouïlovitch Grabar  est un peintre, un historien d'art et un muséologue soviétique né à Budapest (Autriche-Hongrie) et décédé à Moscou. Grabar fut (et reste) l'une des figures les plus importantes et les plus intéressantes de l'art Russe puis de l'art officiel soviétique.
En 1894, il entra à l'Académie impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg où il s'inscrivit dans l'atelier de peinture dirigé par Ilia Répine tandis que Pavel Tchistiakov lui enseignait le dessin. Bien que fervent admirateur de Répine, il fut rapidement déçu par son enseignement et en juillet 1895 il profita de l'offre du magazine Niva qui finançait un voyage d'étude en Europe occidentale, pour commencer à prendre ses distances. Lors de ce premier voyage en Europe dont le but était d'étudier les monuments de renommée mondiale et les chefs-d'œuvre des pinacothèques françaises, allemandes et italiennes, il  tomba en admiration chez le galeriste Ambroise Vollard, devant les toiles de Gauguin, de Cézanne et de Vincent van Gogh qu'il découvrait et qu'il surnomma « Le roi des peintres »... mais au-dessus duquel, il plaçait tout de même Diego Vélasquez.
En avril 1913, de retour en Russie, Igor Grabar fut nommé directeur de la Galerie Tretiakov, responsabilité qu'il accepta d'autant plus qu'on lui accordait une autorité illimitée dans la réforme du musée. Son passage se traduisit par une sélection et une présentation des œuvres fondées sur le principe historique.  
Survint la Révolution d'Octobre et Grabar eut à faire face,  à des problèmes financiers qu'il n'avait sans doute pas choisis dans la gestion de la Galerie Tretiakov, mais qu'il assuma avec intelligence et efficacité. Avec les nationalisations, celle de la Galerie Tretiakov, en 1918 d'une part, des collections d'œuvres d'art privées et du patrimoine religieux d'autre part, il y eut un tel afflux que, une à une, les salles d'exposition furent fermées au public et converties en entrepôts. Le manque de place exigeait l'agrandissement de l'édifice et en 1926 Alexeï Chtchoussev remplaça Grabar pour diriger la nouvelle Galerie Tretiakov.
A la suite de la Révolution d'Octobre, le ministre de la culture, Lounatcharski invita Grabar à fonder le Service de muséologie et de conservation des monuments historiques pour la région de Moscou sous l'égide du Commissariat du Peuple aux affaires culturelles. 
En 1923, il rédigea l'introduction et le catalogue de l'exposition d'Art de Russie aux États-Unis et participa à la présentation des œuvres à New York et dans d'autres villes.
En 1930, Igor Grabar abandonna toutes ses fonctions administratives, éditoriales, universitaires et même celle de rédacteur en chef de la Grande Encyclopédie soviétique pour se consacrer exclusivement à la peinture. 
De 1937 à 1943, il retourna à la fonction administrative et devint directeur de l'Institut national des Arts plastiques de Moscou, si bien que dès 1940 il avait retrouvé toute sa place dans l'establishment artistique soviétique.
C'est en 1944 que fut fondé l'Institut de recherche scientifique d'Histoire de l'Art placé sous l'égide de l'Académie des sciences d'URSS où il resta directeur jusqu'à sa mort en 1960. Il y publia une série d'ouvrages sur l'histoire de la peinture russe. Son activité exceptionnelle fut gratifiée du titre de peintre émérite du peuple de l'URSS, décorée de deux ordres, celui  de Lénine et celui de l'ordre du travail. Avec autant d'hommages officiels, d'importantes fonctions, vétéran chevronné des milieux artistiques et administratifs, âgé de 74 ans, Grabar put s'affranchir de la pression idéologique et ainsi rédiger un article nécrologique dans L'Art soviétique à l'occasion du décès de Leonid Pasternak en juin 1945.
En 1947, il rencontra Staline pour préparer les cérémonies du 800e anniversaire de la fondation de Moscou. Il persuada l'ombrageux secrétaire général du parti de rendre l'ancien monastère Andronikov, qui avait servi de prison, à la communauté artistique. Les vestiges du monastère restaurés par Baranovski devinrent le Musée central de la culture et de la peinture russe ancienne Andreï Roublev. 
En 1948, avec d'autres, il fut la cible d'une campagne de purges dirigée contre des personnalités des arts et des sciences, mais il parvint à conserver son siège à l'université et ses postes administratifs. 
En 1954, il participa à la rédaction de L'Architecture russe dans la première moitié du XVIIIe siècle,  une étude qui remettait en cause les connaissances recueillies par les historiens avant 1917. 
 Artiste on ne plus officiel de l'appareil soviétique, il n'hésita pas cependant dès la  mort de Staline en 1953, à être le premier à dénoncer publiquement le Réalisme socialiste soviétique et à payer sa dette à  Lentoulov et Konchalovsky. Cela lui valut d'être surnommé l'« anguille tricheuse » ou « Hérode le voleur ».
 Aujourd'hui, près d'un demi siècle après sa mort, Grabar, encore très détesté par certains ou trop admiré par d'autres,  reste un grand peintre post impressionniste russe dont le talent a traversé les aléas d'une histoire politique mouvementée.