samedi 21 avril 2018

Mosaïques romaines - Nature morte au chat


Pompei - Casa del Fauno
Natura morta con gatto, pernice, due anatre, uccelli, pesci e conchiglie
Museo Archeologico Nazionale, Napoli

Que voit-on ?  Sur l 'étagère ou" registre " supérieure : un chat, toutes griffes dehors, la patte fermement posée sur une perdrix qu'il n'est pas décidé à laisser s'échapper.
Sur l 'étagère  ou " registre " inférieure : une accumulation de victuailles vivantes composée  d'un couple de canards,  de quatre ortolans, d'une coquille Saint-Jacques et de divers crustacés dont une grosse crevette, une huître, une moule, un oursin et d'une demi douzaine de poissons fraichement pêchés et que l'on devine encore frétillants.  Un catalogue de tout ce que la mer et les airs ont à offrir au palais du gourmet antique!  En tout cas, quoi qu'il arrive à la perdrix,  le repas du chat est assuré... et celui de ses maîtres aussi !
Magnifiques coloris toujours d'une exceptionnelle vivacité plus de 2000 ans après sl composition.


Rappel historique : Pline l'Ancien raconte que dans la Grèce antique, le peintre Piraikos qui vivait au 3e siècle avant notre ère, vendait déjà fort cher ses " Provisions de cuisine ", des tableaux de chevalets représentant des victuailles ou des instantanés d'échoppes de cordonniers et de barbiers. Dans la hiérarchie des genres picturaux d'alors, ces représentations de provisions de cuisine sont déjà considérées comme un genre mineur... et  elles le resteront pendant de longs siècles... au moins jusqu'à Chardin, si ce n'est jusqu'à Cézanne. Genre mineur donc, loin derrière les sujets religieux, les portraits et les paysages, mais genre que les commanditaires s'arrachent pourtant !
Le grec Piraikos reste le plus célèbre des peintres de ce genre. Hélas, aucun exemple n'est parvenu jusqu'à nous de ces peintures des menus objets du quotidien par Piraikos,  peinture que l'on nommait à cette époque Rhyparographie .
A la même époque, un autre peintre grec, Zeuxis rivalisait avec la nature au point que des oiseaux voulaient picorer les raisins qu'il peignait et qu'il passe être l'inventeur du réalisme et  de l'illusionnisme  ne peinture, pour ne pas dire du premier trompe-l'oeil. Il faut là encore faire confiance au récit de Pline l'Ancien, car aucun exemple de cet art ne nous est parvenu.
Les premières natures mortes connues du monde occidental sont des fresques et des mosaïques du 1er siècle de l'ère chrétienne, provenant de Campanie (Herculanum et Pompéi) ou de Rome. Elles sont exécutées dans un style réaliste et illusionniste : fruits veloutés, poissons et volailles posés sur une marche de pierre ou sur deux étagères d'un garde manger, généralement en trompe l'œil avec des ombres portées, ou quelquefois dans des coupes en verre avec des transparences subtiles.
Ces peintures évoquent le xenion antique, un cadeau fait de denrées qu'un hôte doit offrir à ses invités. Pourtant la nature morte de l'Antiquité possède une autre ambition que celle du seul plaisir mimétique. Comme le précise Charles Sterling : « Il est clair que les natures mortes hellénistiques et romaines qui représentaient des mets prêts à être consommés comportaient une allusion épicurienne ». On trouve ainsi assez fréquemment des mosaïques de natures mortes et des vanités dans les atriums d'été romains, où les convives invités aux repas étaient ainsi encouragés à cueillir le jour qui passe, Carpe diem selon la célèbre formule d'Epicure, à profiter de la vie tant qu'il était encore temps de le faire. Une déclinaison plus sophistiquée de la tradition égyptienne pharaonique qui voulait que l'on fît passer un cadavre devant les convives avant de commencer un repas pour leur rappeler l'impermanence de la vie !  Les natures mortes garderont tout au long des siècles jusqu'à nos jours,  cette signification épicurienne.

2018 - A Still Life Collection,
Un blog de Francis Rousseau, #AStillLifeCollection, #NaturesMortes,

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