samedi 30 septembre 2017

Paul Cézanne (1839-1906)


Paul Cézanne (1839-1906)
 Nature morte a la bouteille de rhum 

Que voit-on  ? Sur une petite table de bois qui ressemble à un billot, s'échappant de serviettes blanches drapées :  des poires de toutes les couleurs, vertes, jaunes et rouges. Trônant tel un pic menaçant à l'extrémité de cette plaine colorée : la bouteille de rhum reconnaissable à son filet tressé en paille.

Rappel biographique : Cézanne a peint environ 300 tableaux et parmi ses premières « obsessions picturales », ce sont les natures mortes qui arrivent en tête, et notamment les pommes. Pour Cézanne, la nature morte  est un motif comme un autre, équivalent à un corps humain ou à une montagne, mais qui se prête particulièrement bien à des recherches sur l'espace, la géométrie des volumes, le rapport entre couleurs et formes : « Quand la couleur, est à sa puissance, la forme est à sa plénitude » disait-il. Incomprises en leur temps, les natures mortes de Cézanne sont devenues depuis lors l'un des traits caractéristiques de son génie. 

vendredi 29 septembre 2017

Paul Surtel (1893-1985)


Paul Surtel (1893-1985) 
Petite soupière fleurie, 1970
 Collection particulière

 Que voit on  ? Sur un entablement recouvert d'un torchon à liseré rouge: 3 pommes, un bougeoir et la soupière fleurie décrite dans le titre.  Sur la gauche du cadre l'amorce d'un contenant beaucoup plus volumineux mais qui reste tapi dans l'ombre.  La lumière est celle du couchant, un soir d'automne ou d'hiver en Provence...

Rappel biographique :  Paul Surtel est un peintre et épistolier français, fils d'une famille de cafetiers  et restaurateurs installés dans la région parisienne, de père en fils.  Fernand Maillaud, le « bon maître », ami du père de Paul, peintre paysagiste, l'initie  très tôt à la peinture.  A partir de 1904,  Paul Surtel monte à Paris, le lycée Charlemagne, les Arts Décoratifs, et surtout « l’école buissonnière », les visites de musées et des expositions dans les galeries parisiennes. Il se prend alors de  passion pour Rembrandt et surtout Corot  (qui l'influença grandement).
Au moment de la Premiere  guerre  mondiale, il est enrôlé comme artilleur début 1917. De Seine et Marne en Lorraine, Belgique, Somme, il passe d’offensives en cantonnements. Alors il se laisse reprendre par la nature, dessine, laisse l’émotion guider sa main, le métier s’acquérant de lui-même à force d’attention et de travail.
Démobilisé à Hyères, Paul trouve une occupation de contremaître forestier dans les forêts du Var, et découvre la nature provençale qui va devenir la source de son œuvre et le fera connaitre comme " peintre régionaliste ", une étiquette assez péjorative à porter en France jusqu'à il y a encore très peu de temps.   En 1937, lors d’une de ses premières expositions à Oran (Algérie, à cette époque  département français) Paul Surtel rencontre Elia Duc, une jeune professeur de Mostaganem. Ils se marient en 1939.  Suivront 48 années de création passionnée, surtout à Peipin (Alpes de Haute Provence) où le couple s'installe. Ses tableaux rayonnent de tendresse, de légèreté, d’effusion, à travers une matière impalpable. Après deux ans dans le Quercy, puis trois à Orange, la famille se fixe en 1951 à Carpentras, dans le Vaucluse, où Elia est nommée professeur.


A partir des années 60, Paul Surtel ajoute aux paysages, natures mortes et portraits.

jeudi 28 septembre 2017

Marc Chagall (1887-1985) - Still Life with Vase of Flowers



Marc Chagall (1887-1985)
Still Life with Vase of Flowers
Private collection

Que voit on ? Exactement ce que décrit le titre a quoi vient s 'ajouter, un saladier rempli de fruits difficile a identifier qui semblent être des pommes ou bine d'oeufs.   Une nature morte presque monochrome dans les complémentaires des verts et des mauves.

Rappel biographique : Le peintre français d'origine biélorusse Marc Chagall est l'un des plus célèbres artistes installés en France au 20e siècle avec Pablo Picasso. Son œuvre, sans se rattacher à aucune école, présente des caractéristiques du surréalisme et du néo-primitivisme. Inspirée par la tradition juive, la vie des villages juif en Europe de l'Est et le folklore russe, elle élabore sa propre symbolique, autour de la vie intime de l'artiste. L'emploi de la couleur chez Chagall est très personnel. Dans ses illustrations de La Bible et Le Message biblique, notamment, on voit qu'une barbe peut être tour à tour violette, bleue ou verte. Il renverse les impressions chromatiques habituelles, et emploie la palette pour structurer l'espace de la toile davantage que pour traduire la réalité.   " Mon cirque se joue dans le ciel, disait il,  il se joue dans les nuages parmi les chaises, il se joue dans la fenêtre où se reflète la lumière "  Il  a peint plusieurs natures mortes.

2017 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau

mercredi 27 septembre 2017

Jean Fautrier (1898-1964) - Nature morte au pain


Jean Fautrier (1898-1964) 
Nature morte au pain 1925
Collection particulière

Que voit-on ? Une des très rares natures mortes totalement figuratives de Fautrier représentant à même un parquet de chêne, une miche de pain, une salade encore enveloppée dans un papier journal comme cela se pratiquait autrefois, et un pichet à eau en céramique vernissée.

Rappel biographique : le peintre, sculpteur et graveur français Jean Léon Fautrier est, avec Jean Dubuffet, le plus important représentant du courant de  " l'Art Informel "  appelé aussi " Art Brut " ou   " Tachisme " . L’Art Informel regroupe à la fois le courant de l’abstraction lyrique avec ses techniques d’expressions essentiellement gestuelles, le matiérisme dont l’objet est de travailler les matières sur les surfaces de la toile, et par rapprochement, le spatialisme dont les recherches portent sur les dimensions de l’espace et du temps et sur la lumière. D’autres courants, comme le mouvement CoBrA, le Groupe Gutail’expressionnisme abstrait en Allemagnel’Action Painting de Jacskon Pollock aux Etats-Unis peuvent être rapprochés aussi de l'Art Informel.
Fautrier est aussi un pionnier de la technique des hautes pâtes.  Dès l'âge de 14 ans, il étudie l’art à la Royal Academy de Londres et  découvre les peintures de Turner qui l'impressionnent beaucoup. De retour en France, il est mobilisé en 1917. Gazé à Montdidier, il est définitivement réformé en 1921. Il expose dès 1921 des natures mortes et des portraits. En 1923, il rencontre Jeanne Castel, avec laquelle il vivra un certain temps. En 1924, première exposition personnelle et premières ventes ; l’année suivante, le marchand d’art Paul Guillaume lui achète quelques tableaux. C’est avec ce même Paul Guillaume que Fautrier passe un contrat d’exclusivité en 1927. Jusqu'en 1933 il se partage entre sculpture, peinture et gravures. Il réalise notamment des gravures pour l'édition illustrée de l'Enfer de Dante préparée par Gallimard, projet qui n'aboutira pas. Quelques unes de ses peintures sont exposées en 1945 à la Galerie Drouin, suscitant une vive admiration de l'intelligentsia parisienne. Le catalogue de l'exposition était préfacé par André Malraux. Dans les années qui suivent, Fautrier travaille à l'illustration de plusieurs ouvrages, parmi lesquels L'Alleluiah de Georges Bataille et enchaîne sur une série consacrée aux petits objets familiers. En 1950, il invente avec sa compagne,  Jeanine Aeply, un procédé complexe mêlant reproduction chalcographique et peinture, qui permet de tirer ses œuvres à plusieurs exemplaires, pour obtenir ce qu’ils appelleront des « originaux multiples ».
Jean Fautrier reste, au delà des modes et des mouvements, un très grand peintre français, injustement oublié dans ce début de 21e siècle.

mardi 26 septembre 2017

Max Ernst (1891-1976) - Untitled


Max Ernst (1891-1976)
Untitled, 1921 
National Galleries Scotland

 Que voit on ? Sous le titre " Sans titre " c'est bien une nature morte qui est présentée par Max Ernst qui en a réalisé très peu et revendiqué aucune sous l'appellation de nature morte,  pas même pas son  " Fleurs de coquillages " de 1929  conservé au Centre Pompidou à Paris. Dans cette gravure, il s'agit d'une nature morte d'objets tournant autour de l'idée du vin ou plutôt des contenants et des accessoires du breuvage à savoir : la bouteille, le verre, le bouchon, le tire-bouchon... l'explication est moins évidente quand il s'agit de s'attaquer à la bougie à ressort qui rappelle les dispositifs employés dans certaines ventes aux enchères lors des ventes à la bougie. La flamme de l'ivresse sans doute !

Rappel Biographique : Max Ernst était un peintre allemand de la mouvance dada, surréaliste puis pataphysique. Né en Allemagne, il commence à étudier la philosophie à l'université de Bonn, mais il abandonne rapidement les cours pour se consacrer à l'art. En 1913, il rencontre Guillaume Apollinaire et Robert Delaunay et part à Paris,pour rejoindre, à Montparnasse, la cohorte d'artistes de toutes nationalités qui y travaillent.  En 1919,  il rend visite à Paul Klee et crée ses premières peintures, impressions à la main et collages ; il expérimente différents supports et matériaux. Durant la Première Guerre mondiale, il est engagé dans l'armée allemande. Après la guerre, plein de nouvelles idées, il fonde avec Jean Arp et l'activiste social Alfred Grunwald le groupe Dada de Cologne mais deux ans plus tard, en 1922, il retourne à la communauté d'artistes de Montparnasse à Paris.
Expérimentant constamment, il invente en 1925 le frottage où il laisse courir une mine de crayon à papier sur une feuille posée sur une surface quelconque (parquet ou autre texture). Cette technique fait apparaître des figures plus ou moins imaginaires. Elle s'apparente à l'écriture automatique des écrivains surréalistes  comme Paul Eluard et André Breton Qu'il côtoyait. En 1926 il collabore avec Joan Miro sur des dessins pour Sergei Diaghilev.
Puis il contribua largement à la naissance du mouvement surréaliste à Montparnasse. Après une période passée avec les surréalistes, il quitte leur groupe en partie à cause de Breton qui voulait écarter l'ami de Ernst, le poète Eluard. En 1934, il commence à sculpter, fréquentant Alberto Giacometti. En 1938, l'héritière américaine Peggy Guggenheim achète un bon nombre d'œuvres de Max Ernst qu'elle expose dans son nouveau musée à Londres.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, Max Ernst est arrêté comme étranger ennemi, mais, avec l'aide du journaliste américain Varian Fry refugié à Marseille, il réussit à quitter le pays en compagnie de Peggy Guggenheim. Ils arrivent aux USA en 1941 et se marient l'année suivante. Max Ernst vit à New York où, à côté des peintres d'avant-garde Marcel Duchamp et Marc Chagall qui ont fui la guerre en Europe, il aide au développement de l'expressionnisme abstrait chez les peintres américains.
Son mariage avec Peggy Guggenheim se termine par un échec et il épouse Dorothea Tanning à Beverly Hills, en Californie, en octobre 1946, lors d'une double cérémonie avec Man Ray et Juliet Bowser. Max Ernst s'installe alors aux USA à Sedona, en Arizona. En 1948, il écrit le traité « Beyond Painting » puis part voyager en Europe en 1950.
En 1952, il devient satrape du Collège de Pataphysique. À partir de 1953, il s'installe définitivement à Paris et l'année suivante gagne les biennales de Venise.  En 1963, il déménage avec sa femme dans une petite ville du sud de la France, Seillans, où il continue à travailler. Il crée les décors d'un théâtre et une fontaine pour la ville d'Ambois. En 1975, une rétrospective a lieu au Musée Solomon R. Guggenheim à New York et les Galeries Nationales du Grand Palais de Paris publient un catalogue complet de ses œuvres. Max Ernst  est enterré au Cimetière du Père Lachaise à Paris.

2017 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau

lundi 25 septembre 2017

James Nasmyth (1808-1890)



James Nasmyth  (1808-1890) 
Wrinkled Apple, 1874
National Galleries Scotland

Que voit-on ?  Ce qui est annoncé par ce photographe primitif atypique comme une pomme ridée  présente beaucoup de similitudes avec la surface d'une planète.  Cela pourrait être anecdotique s'agissant de tout autre que James Nasmyth dont on sait qu'il consacra une partie de sa vie à l'astronomie et qu'il réalisa les premières photographies jamais réalisées du soleil et de la lune, photos qui lui permettent aujourd'hui d'occuper une place de référence dans la communauté scientifique des astronomes. Pourtant c'est bien d'une pomme dont il s'agit ici !  comme l'atteste son pédoncule, lequel semble d'ailleurs avoir été ajouté à la peinture par ce photographe astronome facétieux (et génial) ! Fruit ou planète ?  Nasmyth est parmi les premiers à oser ce parallèle  qui sera très exploité dans le futur, au 20e siècle, par les surréalistes notamment.  Ceci est donc un chef-d'oeuvre comme aurait pu dire Marcel Duchamp ! 

Rappel biographique : James Nasmyth, est un  ingénieur et astronome écossais, fils du peintre Alexandre Nasmyth,  qui  montra de bonne heure de grandes aptitudes pour les mathématiques et la mécanique, De 1829 à 1831  il travailla chez le constructeur Maudsley, puis fonda à Particroft, près de Manchester  un important établissement qui prospéra rapidement sous le nom de fonderie Bridgewater et qu'il pourvut d'un outillage perfectionné. Parmi ses nombreuses inventions, il faut surtout citer le marteau-pilon, dont il parait avoir eu l'idée en même temps que le français Bourdon. On lui doit également une cuillère de sûreté pour les fondeurs, un ventilateur pour les mines, un laminoir, une machine marine...  En 1837, il se retira à Penshurst, pour se consacrer à sa passion de l' astronomie et prendre les  toutes premieres photographies du soleil et de la lune jamais faites. Réalisées avec  des appareils de sa propre construction, dont  un télescope réfléchissant de 20 pouces, ces photos comptent parmi les plus remarquables qu'on ait jamais faites. Il a aussi publié Remarks on Tools and Machinery (Londres, 1858); The Moon considered as a Planet, of World and a satellite (1874), en collaboration avec J. Carpenter. 

dimanche 24 septembre 2017

Felix Vallotton (1865-1925) - Soucis et mandarines, 1924






Felix Vallotton (1865-1925)
Soucis et mandarines,  1924
National Gallery of Art, Washington

Que voit-on ?  Sans  aucun doute possible un exercice sur la couleur orange et sur les marrons, le vert du feuillage des fleurs venant "complémenter" l'ensemble. Splendide exercice de style, dont on remarquera les subtiles variations de teintes dans les mandarines fripés qui gisent sur le panier d'osier. Du grand Vallotton !

Rappel biographique : Félix Vallotton, peintre d'origine suisse naturalisé français en 1900, est un artiste à cheval sur deux siècles, deux pays et plusieurs tendances esthétiques, des Nabis à la Neue Sachlichkeit [Nouvelle Objectivité]. S'il est aujourd'hui moins connu en France qu'en Suisse, c'est pourtant à Paris, dans les années 1890, que ses gravures sur bois novatrices lui ont valu une renommée qui s'est rapidement étendue à l'Europe entière. Tout au long de sa vie le " Nabi étranger ", comme il était surnommé, s'est intéressé à une gamme étendue de sujets récurrents - intérieurs, toilettes, nus féminins, paysages, natures morte, rendus étranges par son style lisse et froid, aux couleurs raffinées, aux découpages et aux cadrages audacieux. Et bien qu'il ne fût pas toujours compris par la critique de son temps, Vallotton a su s'imposer comme une figure en vue de la scène artistique parisienne et trouver sa place dans le courant moderne, notamment en participant à de nombreuses manifestations internationales d'avant-garde devenues mythiques. C'est surtout à  partir de 1910, que Félix Vallotton s’intéresse au genre de la nature morte et le transforme dans chacune de ces toiles.

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2017 - A Still Life Collection
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samedi 23 septembre 2017

Henri Matisse (1869-1954) - Nature morte avec buste,


Henri Matisse (1869-1954)
Nature morte avec buste,1916. 
Barnes Foundation, Lincoln University, USA

Que voit-on ?  En plus de ce que décrit le titre : un plat de citrons et un bouquet de fleurs dans un vase. Sur un guéridon rose distinct de l'entablement où est posée la nature morte décrite : une théière  stylisée en deux traits. Au fond du tableau, à travers la fenêtre apparait un extérieur vert.

Rappel Biographique : Le peintre français Henri Matisse, chef de file du Fauvisme, figure majeure du 20e siècle, a peint tout au long de sa vie, un très grand nombre de natures mortes dans des styles aussi différents que les périodes qu'il a traversées. Il aimait particulièrement ce genre à tel point qu'une de ses toutes premières peintures connues, actuellement conservée au Musée Malraux du Havre (France) est une nature morte, Nature morte au pichet peinte en 1896-97. Les animaux marins, les poissons et les mollusques dont les huitres, fréquents chez Matisse, sont toujours des signes de son évolution vers une peinture simplifiée et synthétique. Son maître, Gustave Moreau lui avait dit avec clairvoyance et d’un léger ton de reproche : « Vous allez simplifier la peinture… » ou encore, « Vous n’allez pas simplifier la peinture à ce point-là, la réduire à ça. La peinture n’existerait plus… ». Il a aussi beaucoup regardé les estampes d’Hiroshige ou d’Hokusaï, dont on retrouve souvent l’influence chez lui dès lors qu'il s'agit de peindre la mer et les poissons.   

vendredi 22 septembre 2017

Henri Le Secq (1818-1882)


Henri Le Secq (1818-1882) 
Pichet, Chope et Pipe n° 39 vers 1852-1860 
Negatifs sur papier ciré 
BnF, Paris 

Que voit-on ? Exactement ce que décrit le titre sur fond de papier peint à motifs de style Louis-Philippe. Une attention particulière pour la chope de bière, en verre, à moitié remplie et à travers laquelle on peut apercevoir en transparence un bougeoir et une chandelle.

Rappel Biographique : Le peintre français Jean-Louis-Henri Le Secq des Tournelles, fut aussi graveur, photographe et collectionneur. À partir de 1848, il débute une activité de photographe. En 1850, ses vues de la cathédrale d'Amiens, préparatoires à la restauration menée par l'architecte Viollet-le-Duc, sont remarquées. En 1851, membre de la Société Héliographique, il est retenu par la Commission des monuments historiques pour participer à la Mission Héliographique. Œuvrant sur les édifices religieux en Champagne, en Alsace et en Lorraine, Le Secq utilise à la prise de vue le procédé du calotype, qu'il traduit en épreuves sur papier salé.


Bien que reconnu comme un puriste de la photographie d'architecture, Henri Le Secq s'en détourne peu à peu au profit de natures mortes et d'images plus symbolistes. Il reste, avec ses quatre compagnons de la Mission héliographique, un « primitif » essentiel de  l'histoire de la photographie.

jeudi 21 septembre 2017

Guillaume Fouace (1827-1895) - La tourte entamée


Guillaume Fouace (1827-1895)
La tourte entamée, 1884
Musée Thomas-Henry, Cherbourg-Octeville

Que voit-on ?  Sur un entablement de cuisine assez neutre, posée dans une assiette en porcelaine blanche : une tourte dont une part a été coupée et repose à même le plat dans l'attente d'être consommée. Cette tourte semble vouloir raconter une histoire ! Sous la pâte dorée et généreuse apparaît une couche tout aussi généreuse de saindoux protégeant ce qui semble bien être une grosse truffe noire surplombant le pâté lui-même. Une tourte qui pourrait être appétissante si des traces verdâtres à la commissure de la  tranche et sur le pâté ne laissaient douter de sa fraîcheur.  Peut être la raison qui expliquerait qu'elle n'ait pas encore été consommée....

Rappel biographique :  Né fils de cultivateur, il reprend la ferme familiale à la suite de la mort de son père, au hameau de Jonville à Réville, à l'âge de 24 ans. Dessinant depuis son enfance, son talent est tout de suite remarqué par le conservateur du Musée de Cherbourg de l'époque. Grâce à lui, il obtient, comme son illustre prédécesseur cotentinais Jean-François Millet, deux bourses de la municipalité cherbourgeoise afin de poursuivre ses études de peintre à Paris. En 1870, trois ans après son arrivée dans la capitale, il expose au Salon comme peintre-portraitiste. En 1873, il présente ses premières natures mortes qui, pour beaucoup, sont assez novatrices. Il a réalisé plus de 700 tableaux à tendance réaliste, principalement des portraits, des natures mortes et quelques paysages. Le Musée d'Orsay à Paris possède quelques-unes de ses toiles. Le Musée Thomas-Henry de Cherbourg-Octeville consacre une salle à une quarantaine de ses oeuvres. Peintre romantique jusque dans sa vie, Fouace meurt en 1895, d'une maladie pulmonaire avant de recevoir la médaille de Chevalier de la Légion d'honneur que le gouvernement venait de lui attribuer. Sa tombe, que l'on peut voir au cimetière de Réville, est ornée d'un gisant en marbre blanc de sa fille Beatrix, née en 1875 et décédée en 1888.

2017 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau, #AStillLifeCollection, #NaturesMortes 

mercredi 20 septembre 2017

Haïm Steinbach (b. 1944)


Haïm Steinbach (b. 1944)
Oz, 2009. 
Plastic laminated wood shelf, mount rabbit, rubber dog chew.

 Que voit-on ? Posé sur un étagère qui est comme un présentoir de magasin ou de vitrine : un lièvre empaillé figé dans la position de l'arrêt face à quelque chose qu'il observe ou peut être face à son un chasseur.  A côté du lièvre, sur un présentoir beaucoup plus petit : un jouet en caoutchouc pour chien.  S'agit-il d'une nature morte ?  La question se pose toujours en face des oeuvres de Steinbach. Suffit-il de présenter un objet, fut-il le plus banal, à l'observation d'un spectateur pour qu'il devienne un oeuvre d'art ?  Steinbach  par l'affirmative à travers tout son oeuvre, à condition de le présenter d'une "manière présentable". N'est-ce pas précisément ce qui se fait dans chaque nature morte ?  

Rappel Biographique : Haïm Steinbach (né à Rehovot, Israël en 1944) est un artiste américain qui vit à New York. Beaucoup de ses œuvres consistent en des arrangements d'objets fabriqués en série, exhibés sur les étagères de sa propre fabrication. Depuis la fin des années 1970, l'art de Steinbach s'est focalisé  sur la sélection et l'agencement des objets, et en particulier les objets du quotidien, tous les objets du quotidien sans exception.  Afin de  mettre en lumière ses objets, il  conçoit systématiquement des structures, des entablements et des dispositifs d'encadrement pour leur présentation. En présentant de  la sorte ces objets de toutes origines, il leur donne, de fait, un statut d' œuvre d'art, soulignent leur identité et exacerbent leur signification. En explorant les aspects psychologiques, esthétiques, culturels et rituels des objets ainsi que leur contexte, Steinbach a redéfini aussi le statut de l'objet dans l'art : ainsi tout objet  pour peu qu'on  lui fasse l'honneur d'un présentoir peut se trouver ériger au rang d'oeuvre d'art. 
Haïm Steinbach vit et travaille à Brooklyn et à San Diego avec son partenaire et son fils.

mardi 19 septembre 2017

Giuseppe Recco (1634-1695)


Giuseppe Recco (1634-1695) 
Poissons et récipients 
National Gallery of Slovenia

Que voit-on ?  Sur un fond totalement noir, voulu pour permettre aux formes et couleurs de se détacher avec plus de précision : une série de récipients en cuivre (rouge et jaune) et en bois allant du vase le plus sophistiqué au baquet en bois le plus rustique. Dans le baquet en bois : un gros poisson de roche voisine avec un hareng frais pendu à une corde. Ailleurs, à même l'entablement, divers poissons de roche dont la couleur rouge accuse le contraste avec le jaune des cuivres. Etrange composition qui fournit à ce maître napolitain l'opportunité d'une brillante démonstration de sa maîtrise des textures et des couleurs. ...

Rappel biographique : Issu d'une famille de peintres napolitains, Giuseppe Recco se forma d'abord près de son père, Giacomo, dans un milieu auquel avait été transmis l'impulsion décisive du Caravagisme. Malgré sa grande importance dans l'histoire de la nature morte napolitaine, Giuseppe Recco, surtout peintre de fleurs, ne peut être toutefois considéré comme un chef d'école, même s'il ne fait pas de doutes qu'il ait initié à ce genre quelques-uns de ses meilleurs représentants comme Paolo Porpora, Luca Forte, puis ses propres fils, Giambattista et Giuseppe.  Mais la manière brillante de ce dernier, la qualité qui s'affirme dès ses premières œuvres datées (1664) révèlent une personnalité beaucoup plus vigoureuse que celle de son père, une ouverture aussi à d'autres exemples : celui de son frère Giambattista, celui des Lombards — Evaristo Baschenis ou Bartolomeo Bettera — qu'il découvre au cours d'un séjour à Milan vers sa vingtième année. 
Au-delà de ces influences, l'art de Giuseppe Recco s'affirme par une sensibilité extrême à la poésie de la nature, dont une observation attentive lui fait percevoir les nuances les plus subtiles, les modulations les plus riches. Qu'il peigne des Fleurs (Pinacothèque de Pesaro, Musée de Varsovie), des Poissons (Musée du Prado, Palais Pitti, Florence), une Nature morte au gibier (Palais de Montecitorio, Rome) ou une Cuisine (Galerie de l'Académie, Vienne), la fraîcheur de sa vision picturale servie par une touche rutilante et déliée lui assure une place de premier plan parmi les maîtres de la nature morte italienne.

lundi 18 septembre 2017

Francisco de Goya (1746-1828)


Francisco de Goya (1746-1828)
Bodegones con pargos dorados, 1808-12
Museo Nacional del Prado

Que voit on ? Six poissons, des dorades royales, soigneusement empilées et composant un arrangement de nageoires, d'yeux et d'écailles surréalistes avant la lettre. On peut relever le trait d'humour de Goya dans le poisson qui git en bas à droite et dont l'oeil apparait dans la queue du grand poisson central.  Picasso qui admirait beaucoup cette nature morte et qui pouvait l'observer pendant des heures aurait dit  : " Et pourtant ce ne sont que quelques poissons..."

Rappel biographique : Le peintre et graveur espagnol  Francisco José de Goya y Lucientes, dit Francisco de Goya est surtout célèbres pour  peintures de chevalet, ses portraits, ses peintures murales, ses peintures de guerre, ses cènes espagnoles, ses gravures et ses dessins que pour ses natures mortes.  Il introduisit plusieurs ruptures stylistiques qui initièrent le  romantisme et annoncèrent le début de la peinture contemporaine.  L’art goyesque est considéré comme précurseur des avant-gardes picturales du 20e siècle et c'est sans doute la raison pour laquelle Pablo Picasso ne se privera pas de lui rendre hommage en copiant  trait pour trait une de ces natures mortes les plus célèbres et les plus fortes : la Nature morte avec des côtes et une tête d'agneau, conservée au Musée du Louvre à Paris.  
Dans l’inventaire réalisé en 1812 à la mort de sa femme Josefa Bayeu, on a retrouvé 12  natures mortes de Goya. Toutes sont  postérieures à 1808 par leur style. A cette époque là, à cause de la guerre, Goya ne reçoit plus beaucoup de commandes, et c'est ce qui lui permet d'explorer des genres qu'il n’avait pas encore eu l'occasion de travailler jusque là, comme la nature morte.  On peut dire que quelque soit le sujet dont il s'empare, Goya en devient immédiatement le maître. La nature morte n'y échappe pas.  Les natures mortes  de Goya s'éloignent de la tradition espagnole de Juan Sánchez Cotán et Juan van der Hamen,  dont le principal représentant au 18e siècle est Luis Eugenio Meléndez (des natures mortes de ces quatre grands  peintres sont présentes dans cette collection virtuelle). Tous avaient présenté des natures mortes qui montraient l’essence des objets épargnés par le temps, a travers une beauté idéalisée, transcendée. Goya se focalise en revanche sur le temps qui passe, la dégradation, la mort, la pourriture. Ses dindes sont inertes, les yeux de l’agneau sont vitreux, la chair n’est pas fraîche.



dimanche 17 septembre 2017

Alice Néel (1900-1984)


Alice Néel (1900-1984)
Still life breakfast table, 1965
Private collection

Que voit on ? Un gros plan pris, en plongée, sur une table jaune autour de laquelle il y a deux chaises et un fauteuil, tous trois vides, comme souvent dans les natures mortes de cette artiste.  Sur la table : un livre vert, un bouquet de lilas dans un vase, un sucrier, un pot et un récipient à couverts minutieusement groupés au centre de la table, un set de table à rayures sans rien dessus, une assiette contenant des raisins ou dans laquelle sont dessinés des raisins... on ne sait pas.  L'absence parle plus que la présence.

Rappel Biographique : Alice Néel est une artiste  américaine, particulièrement connue pour ses portraits, sans fard, qui ne cède à la tentation d'aucun des mouvements picturaux qu'elle a pu traverser dans sa vie (l'impressionnisme lors de sa formation, le surréalisme dans l'entre-deux-guerres, etc.), et qui se démarque aussi des canons habituels de la représentation de la féminité. Elle a peint peu de natures mortes mais toutes sont très fortes et bouleversent aussi les règles établies du genre.
Les peintures d'Alice Néel sont remarquables par leur utilisation de la ligne et de la couleur, leur perspicacité psychologique et leur intensité émotionnelle. Elle a été  qualifiée comme  l’ « une des plus grands portraitistes du 20e siècle » par Barry Walker, conservatrice d'art moderne et contemporain au musée des beaux-arts de Houston, organisatrice d'une rétrospective de l'artiste en 2010.

samedi 16 septembre 2017

Eva Gonzales (1849-1883)



Eva Gonzales (1849-1883)
Nature morte avec deux pêches et des raisins, 1871 
Collection privée

Que voit-on ? Sur un fond abstrait résolument lumineux : 4 éléments qui composent comme les reliefs d'un paysage imaginaire de montagnes et de vallées. Les pêches et les raisins sont les reliefs de cette contrée rêvée et les feuillages ses vertes prairies.

Rappel biographique :  Eva Gonzalès est née à Paris dans une famille bourgeoise d’origine espagnole installée en France. Son père est l’écrivain célèbre Emmanuel Gonzalès. Elle entre, en 1866, à 16 ans, dans l’atelier de Charles Chaplin, homonyme du célèbre acteur de  cinéma mais qui était un peintre à la mode chez lequel se précipitait beaucoup de jeunes filles de bonne famille. En mai 1867, elle abandonne sans regret l’atelier, jugeant l’enseignement dispensé par Chaplin, trop classique. Deux ans plus tard, elle rencontre Edouard Manet et devient son élève. Une grande amitié et une admiration réciproque les lient, suscitant la jalousie de Berthe Morisot qui lui envie son amitié avec le maître. Manet exécute le portrait d’Eva en 1869, et l’expose au Salon de 1870 pendant qu’elle présente Le Clairon directement inspiré du Fifre.  Eva Gonzalès travaille dans l’esprit du maître de nombreuses natures mortes, des scènes de plein air et sujets intimistes, des aquarelles, des huiles et des pastels. Bien que les sujets de ses toiles soient les mêmes que ceux choisis par les impressionnistes, le style en est différent, plus proche des peintures « espagnoles » des débuts de Manet. Après plusieurs années d’indifférence face à son travail, à partir de 1879 et après l’exposition au Salon d’ Une loge aux Italiens, le public et les critiques d’art s’enthousiasment pour ses œuvres et reconnaissent son talent. Elle se refuse à participer aux Salons Impressionnistes, mais reste très proche de ce courant artistique et de ses amis. En 1879, Eva Gonzalès épouse Henri Guérard, graveur de Manet et peintre occasionnel. Elle meurt brutalement, en 1883, d’une embolie peu après la naissance de leur fils Jean-Raymond Guérard et seulement six jours après le décès de son maître Édouard Manet, alors qu’elle lui préparait un hommage.


vendredi 15 septembre 2017

Filippo de Pisis (1896-1956) - Natura morta con pane, formaggio e bottiglia



Filippo de Pisis (1896-1956) 
 Natura morta con pane, formaggio e bottiglia, 1936.

 Que voit-on  ?  Sur un entablement qui suggère un plateau plutôt qu'une table : un verre de vin à moitié  plein, un morceau de fromage, une poire, un morceau de pain et une carafe vide.

Rappel biographique : Luigi Filippo Tibertelli dit Filippo de Pisis est un poète et un peintre italien.
Né dans une famille fortunée de l'aristocratie italienne - la famille des marquis Tibertelli descendante d'un condottiere de Pise (d'où le nom qu'il choisit) établie à Ferrare au 16e siècle - il reçoit une éducation à domicile avec des précepteurs et des prêtres, en compagnie de sa sœur, à laquelle il demeure toute sa vie fort attaché. Il s'initie à la peinture avec un maître de  Ferrare, Odoardo Domenichini. Il s'intéresse aussi très tôt à la poésie métaphysique et se fait connaître avec la publication d'une première plaquette de poésie. Cela lui permet d'entrer en relation avec Giorgio de Chirico en 1915 qui exerce une forte influence sur ses premiers tableaux. Il fait également la connaissance du frère de Chirico, Alberto Savinio, et en 1917 de Carlo Carrа. Ce sont les premiers représentants de la peinture métaphysique. Mobilisés, ils sont alors en garnison à Ferrare. Le jeune Pisis les guide dans sa ville natale et le groupe se réunit dans sa demeure familiale. C'est ici que sont exposées les premières œuvres de Chirico. Il entre en correspondance avec Guillaume Apollinaire et Tristan Tzara.
En 1919, Pisis s'installe à Rome où, parallèlement à son métier de professeur de lycée, il commence à peindre, notamment des paysages urbains, des marines et des natures mortes. Le caractère très émotionnel de ses poésies se retrouve dans sa peinture. Il prend conscience de son homosexualité à cette époque et devient aussi ami avec Julius Evola ce qui lui permet de verser dans un certain ésotérisme et de le traduire dans son œuvre. Après avoir écrit de la prose et de la poésie recueillies dans I Canti de la Croara et Emporio en 1916, il commence à écrire en 1920 un essai intitulé La cittа dalle 100 meraviglie, publié à Rome en 1923.
En 1925, il vit à Paris à la recherche de nouvelles inspirations et y demeure jusqu'en 1939. Il est influencé par Manet, Corot, Matisse et le Fauvisme. Il fait une exposition personnelle en1926, à Paris à la Galerie Au Sacre du Printemps, avec une présentation de Chirico. Il écrit des articles pour L'Italia Letteraria et d'autres revues mineures. Il se lie avec le peintre Onofrio Martinelli, déjà rencontré à Rome. Entre 1927 et 1928, ils partagent même un appartement-atelier rue Bonaparte. Il fait alors partie du groupe des Italiens de Paris (italiani di Parigi) qui comprend Chirico, Savinio, Massimo Campigli, Mario Tozzi, Renato Paresce et Severo Pozzati, ainsi que le critique français d'origine polonaise Waldemar George. Ce dernier écrit la première monographie de Pisis en 1928 présentée à l'exposition Appels d'Italie de la Biennale de Venise de 1930. Durant sa période parisienne, l'artiste visite Londres, au cours de trois brefs séjours, et se lie d'amitié avec Vanessa Bell et Duncan Grant. En 1934, la Galerie des Quatre Temps organise une exposition « Les fleurs de Filippo de Pisis ». En mai 1936, il expose cinq tableaux à l'exposition du Jeu de Paume, « Art italien des XIX et XXe siècles ». En mars 1937, il participe à une exposition à la galerie Rive Gauche, intitulée « Epoque métaphysique » avec Max Jacob et Jean Cocteau, dont le catalogue est préfacé par Henri Sauguet.
Entre 1943 et 1949, il s'installe à Venise où il mène une vie dispendieuse et parfois extravagante. Il s'inspire de Guardi et des maîtres vénitiens du XVIIIe siècle. Il fait la connaissance du jeune peintre Silvan Gastone Ghigi (1928-1973) dont il devient le mentor. Il retourne à Paris entre 1947 et 1948 avec Silvan Gastone Ghigi. Filippo de Pisis est alors atteint des premiers symptômes d'athérosclérose. Souffrant depuis très longtemps de violents maux de tête, l'artiste doit être hospitalisé les trois dernières années de sa vie à la Villa Fiorita à Brugherio (au nord de Milan). Il continue pourtant à peindre sporadiquement et meurt en 1956.
Son œuvre peint a été montré deux fois à la Biennale de Venise, la première fois en 1948 avec une trentaine de ses tableaux, la dernière fois à titre posthume. Une grande rétrospective se tient dans sa ville natale en 1996 et une autre au Musée d'art moderne de Turin en 2005. Ses tableaux sont visibles à la Galerie nationale d'art moderne de Rome а côté de tableaux de Giorgio de Chirico, au Palazzo Romagnoli, où sont conservés deux toiles de la Collection Verzocchi (1949-1950), et au Musée de Grenoble où une de ses toiles est conservée ; elles sont essentiellement visibles pour le public au Musée Filippo de Pisis de Ferrare. La plupart de ses œuvres font partie de collections privées.
Une partie plus méconnue de son œuvre comprend des études de nus masculins, témoins poétiques de ses propres affinités sentimentales.
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2017 - Men Portraits
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jeudi 14 septembre 2017

Giorgio Morandi (1890-1964) - Natura morta 1944



Giorgio Morandi (1890-1964) 
Natura morta 1944 
Centre Pompidou, Paris

Que voit-on ?  Cette Nature Morte présentée au Centre Pompidou date de la Seconde Guerre mondiale. Les bombardements ont contraint Morandi à quitter Bologne pour trouver refuge dans le village de Grizzana et l'année 1944 reste la moins prolifique de toute sa création. En 1943, il a peint une série d’œuvres « expressionnistes », à base d'objets  inusités  pour lui (des coquillages),autour desquels il  élabore dix-sept variations. Cette Nature Morte de 1944 porte le souvenir de cet affrontement de coquillages vides. Les bols et pots qu’il assemble opposent leurs volumes concaves, s’ornent de reliefs qui rappellent les excroissances des animaux marins, comme les évoquent encore les deux moules à gâteaux qu’il assemble en un seul volume fermé, auquel il donne la couleur arbitraire nécessaire à l’équilibre de sa composition.

Rappel biographique : Le peintre italien Giorgio Morandi, bien que qualifié de futuriste ne peut être identifié à aucun mouvement pictural du 20e siècle en particulier. Ayant peint de très nombreuses natures mortes, l’œuvre de Cézanne représente évidemment une influence majeure pour lui ; il lui emprunte la monumentalité des formes et les zones denses de couleurs. Mais simultanément, il développe une approche beaucoup plus intime de l’art.
Les natures mortes de Giorgio Morandi représentent des objets toujours ordonnés avec soin sur une table dans l'atelier, pour être observés et peints. Ces objets qu'il a lui même achetés chez des brocanteurs, qui lui ont été donnés par des amis ou qu'il a ramassés dans la rue, sont facilement identifiables de toile en toile ; ce sont des bouteilles, cubes,  entonnoirs auxquels viennent se mêler, à l'occasion mais rarement, un coquillage ou un fruit. Le positionnement des objets dans le cadre est réalisé avec une attention particulière portée à la " géométrisation" de l'espace qui peut alors se lire en carrés et diagonales. Un lent travail de maturation est mis en œuvre par le dessin et la peinture par reprises successives, superpositions de couleurs faites d'une pâte ample avec des dégradés de gris d'une extrême sensibilité, qu'amplifie une sorte de délectation morose. Morandi avait la réputation de broyer lui-même ses couleurs.

mercredi 13 septembre 2017

Pablo Picasso (1881-1973) - Decanter and Tureens


Pablo Picasso (1881-1973)
Decanter and Tureens, 1908. 
Oil on cardboard. 
The State Hermitage Museum, St. Petersbourg

Que voit-on ? Emergeant d'une composition très graphique entièrement basée sur des ovales et des triangles d'inspiration africaine : un décanteur (au centre) sur lequel un bouchon en forme de calice est posé ; une coupe blanche (au premier plan) ; deux vases à l'arrière plan. Les couleurs, à l'exclusion du blanc gris, sont des dégradés d'ocre et de terre brulée. Une des natures mortes de Picasso les plus précoces de son oeuvre et qui fait partie de ces trésors du musée de l'Ermitage qui furent longtemps inaccessible aux yeux du public.

Rappel biographique : le peintre espagnol Pablo Ruiz y Picasso qui a passé l'essentiel de sa vie en France, fut aussi dessinateur et sculpteurUtilisant tous les supports pour son travail, il est considéré comme le fondateur du cubisme avec Georges Braque auquel son nom est lié surtout dans le domaine des natures mortes. Il est considéré comme l'un des plus importants artistes du 20e siècle tant par ses apports techniques et formels que par ses prises de positions politiques et que par l'immensité de son production tous genre confondus, que l'on chiffre à près de 50 000 œuvres.
Les premiers collages et assemblages sont réalisés pendant l'hiver 1912, Nature morte à la chaise cannée (Paris, Musée Picasso), Guitare(s) en carton (Paris, Musée Picasso). A partir des années 20 ses natures mortes seront très proches, sur la même ligne de conception " cubiste analytique " que celles de George Braque, dont il devient un temps l'intime avant de s'en séparer définitivement.  Il y eut une connivence d'inspiration très rare entre ces deux peintres pendant une certaine période de leur vie et en particulier dans le domaine particulier du traitement de la nature morte. 
Picasso peint  beaucoup d'autres natures mortes après la Seconde guerre mondiale et hors de la période cubiste, mais ce n'est pas un genre qui tient une place aussi essentielle dans son oeuvre que dans l'oeuvre de Georges Braque.
Deux figures au bord de la mer est peint en janvier 1931, et en mars, Nature morte sur un guéridon. Cette année-là, voit également l'édition de deux livres majeurs : Les Métamorphoses d'Ovide (Lausanne, Skira) et Le Chef-d'œuvre inconnu de Balzac (Paris, Ambroise Vollard).
En 1932, Jeune fille devant le miroir est finie. Une rétrospective à la galerie Georges Petit, puis au Kunsthaus de Zurich, a lieu en juin. Picasso travaille à Boisgeloup aux têtes sculptées d'après Marie-Thérèse et à la série de dessins d'après La Crucifixion de Matthias Grünewald. De juin à septembre 1934, il fait des séries de corridas, peintes, dessinées et gravées. En août, il voyage en Espagne avec Olga et Paulo, et se rend aux corridas de Burgos et de Madrid. Il visite le Musée d'Art catalan de Barcelone. Il réalise une série de sculptures à texture moulée : Femme au feuillage et Femme à l'orange. Au printemps 1935, la galerie Pierre expose des papiers collés. Minotauromachie est gravée. Il se sépare d'Olga en juin, et le 5 septembre, naît Maya Picasso, sa fille avec Marie-Thérèse Walter. Le 25 mars 1936 voit le départ secret de Picasso avec Marie-Thérèse et Maya pour Juan-les-Pins. Il fait des gouaches et des dessins sur le thème du Minotaure. Cette même année, au début de la Guerre civile espagnole, il est nommé directeur du Musée du Prado à Madrid. C'est sans doute à cette époque qu'il rencontre les premières natures mortes inscrites dans un cadre du peintre de l'âge d'or,  Juan Sanchez Cotan...

2017 - A Still Life Collection 

Un blog de Francis Rousseau, #AStillLifeCollection, #NaturesMortes 

mardi 12 septembre 2017

Bartolomeo Bimbi (1648-1730) - Figues


Bartolomeo Bimbi (1648-1730) 
Collection de Figues, 1696
Villa medicea di Poggio a Caiano

Que voit-on ? Sur un somptueux entablement de marbre, reposant sur un piètement de bois très chantourné, à moitié recouvert d'un drapé tombé d'un lourd rideau de velours rouge : la plus invraisemblable des collections de figues qu'il puisse être donné de voir, bien digne, de la table de Cosme III de Médicis. La variété des fruits, reproduits avec leurs imperfections (et même leurs maladies) est inédite ; certains ont même disparu aujourd'hui des jardins méditerranéens.
Toutes les variétés  présentées ici ensemble, sont issues des trois grandes familles de figues (vertes ou blanches ; grises ou rouges ;  noires ou violettes) disponibles dans la Toscane des Médicis.  Parmi celles que l'on trouvait sur la table même de Cosme III et de Ferdinand de Médicis, on peut citer, en se référant à  la liste détaillée  - qui figure sur la feuille de papier à droite du tableau -  :  la Dottato ;  la Brunswick ; la  Bourjassotte noire ;  la Blanche d'Argenteuil ;  la Dalmatie;  la Goutte d'or ; la Grise de Saint-Jean ou Cotignane ou Grisette ou Coucourelle grise ou Célestine ou Cordelière ; la  Madeleine des deux saisons ou Angélique ;  la Marseillaise,  la Ronde de Bordeaux, la Sultane ou Bellone ou Noire de juillet et enfin La Violette de Bavière ou Bayernfeige Violetta...   

Rappel biographique : Bartolomeo Bimbi fut un peintre italien de natures mortes qui a été actif à la fin du 17e et au début du 18e siècle. Il fut l'élève de Lorenzo Lippi et d'Onorio Marinari, et à Rome de Mario de'Fiori. Bimbi a en partie perpétué la tradition de Jacopo Ligozzi, mais fut initié à la peinture des fleurs par Agnolo Gori qui le présenta à Cosme III et au prince Ferdinand de Médicis. À partir de 1685, il exécuta pour ce dernier de nombreuses œuvres de tableaux d'animaux, de fleurs et de fruits, représentations d'après nature, d'une extrême précision scientifique. Pour cela il utilisait le savoir de spécialistes comme Redi, qui analysait les nouvelles espèces apportées à l'artiste pour être peintes et accrochées dans les villas médicéennes.
Les nombreuses commandes de ses clients encouragèrent la réalisation de grands tableaux de la faune pour la Villa Medicea dell'Ambrogiana, de la flore pour la Villa Medicea di Castello et des fruits pour le pavillon de chasse de la Topaia, sur les hauteurs de la résidence du Castello.
Aujourd'hui, la plupart de ses œuvres se trouvent dans le musée de la nature morte qui occupe le second et dernier étage de la Villa médicéenne de Poggio a Caiano. Elles témoignent d'une exceptionnelle « biodiversité » de la Toscane de jadis, et reproduisent avec précision, même les défauts dus aux maladies et aux parasites. Elles font l'objet de recherches historico-botaniques par le Conseil national de la recherche et de diverses universités qui souhaitent sauvegarder des espèces menacées d'extinction ou de récupérer des variétés horticoles disparues.

lundi 11 septembre 2017

Estêvão Silva (1844-1891)



Estêvão Silva (1844-1891)
Frutas, 1888
Museu Nacional de Belas Artes,  Rio de Janeiro, Brazil 

 Que voit-on ?  Sur un entablement de bois assez rustique :  une collection de fruits exotiques dont des mangues et des fruits de la passion, pris dans des branches de laurier ornées de leurs baies. Le genre de composition à base de produits locaux dont les riches brésiliens et les quelques courtisans de la tragique et brève Cour impériale raffolaient.

Rappel biographique : Stephen Roberto da Silva plus connu sous le nom d' Estêvão Silva est né et mort  au Brésil. Peintre, dessinateur et professeur, il eut une importance majeure dans son pays dans la seconde moitié du 19e siècle. Premier éminent peintre d'origine africaine diplômé de l'Académie impériale des Beaux-Arts du Brésil, il fut célèbre pour ses natures mortes, dont il est considéré comme l'un des plus grands maîtres brésiliens. A l'Académie impériale des Beaux-Arts de Rio de Janeiro, il fut été très influencé par son professeur Agostinho José da Mota, le tout premier peintre de natures mortes brésiliennes. Dans les années 1880, il se joint au groupe Grimm, renforçant la proposition novatrice de ses membres : l'étude de la nature par l' observation directe et la peinture en plein air.

dimanche 10 septembre 2017

Emmanuel Sougez (1880-1972)



Emmanuel Sougez (1880-1972)
Le gril, 1944 
BnF, Paris 

Que voit-on ?  Un gril cloué au mur et son ombre portée. Le tout est mis en scène sobrement sous une étagère où se pressent quatre pots de textures différentes : trois en terre cuite vernissée de diverses factures et un en fer blanc. La sérénité de la partie  haute de cette scène domestique  contraste fortement avec l'inquiétude de sa partie bassse. Nous sommes en France, en 1944.

Rappel biographique : Jeune étudiant aux Beaux-arts de Bordeaux, Emmanuel Sougez voit bientôt dans la photographie le moyen de circonvenir le risque d'un éventuel insuccès artistique. L'histoire de la photographie est heureusement riche de ces détournements de vocations, et Paris puis Lausanne offrent à Sougez les moyens de ses ambitions. Dans les studios qui l'emploient, il perfectionne une pratique de l'image appliquée à la publicité et l'illustration.
Par le hasard d'une rencontre, Sougez est conduit en 1926 à fonder le service photographique du journal l'Illustration. Devenu acteur important du Paris photographique, il contribue par ailleurs à perfectionner un système de prise de vue en couleur : le procédé Finlay.
Dans la florescence éditoriale de l'entre-deux guerres, Emmanuel Sougez publie dans la revue Arts et Métiers Graphiques, éditée par l'indéfectible Charles Peignot. Les plus grandes signatures, Kertész, Man-Ray, Krull, Moholy-Nagy s'y expriment et cet illustre voisinage finit d'asseoir sa renommée.
Expositions et succès critique s'enchaînent. En 1937, Emmanuel Sougez participe à l'émergence du groupe Le Rectangle, qui défend une photographie technique, professionnelle et maîtrisée. Pourtant, la situation de la France occupée, dans le conflit mondial, jette sur l'entreprise un voile de malentendu qui s'estompera en 1946 avec la fondation du Groupe des XV.
Adepte des grands formats, rigoureux à la prise de vue comme au tirage, et créditant l'objet de sa photographie d'un équilibre et d'une exactitude formels intrinsèques, Emmanuel Sougez peut s'inscrire dans le grand courant de la photographie objective, qui s'étendrait d'Albert Renger-Patzsch à Edward Weston. Puriste par ferme conviction il n'a de cesse de pratiquer la photographie qu'en " ennemi du hasard ".

samedi 9 septembre 2017

Alexandre-François Desportes (1661-1743) - Déjeuner de maigre avec huitres


Alexandre-François Desportes (1661-1743)   
Déjeuner de maigre avec huitres, 1729 
Nationalmuseum Stockholm 

Que voit-on ?  Sur un somptueux entablement de marbre recouvrant un buffet dont on peut voir les deux portes grillagées, à travers un coin de nappe blanche dont le drapé à lui tout seul vaudrait un gros plan : un " déjeuner ", c'est à dire traditionnellement le premier repas que l'on prenait dans la journée pour  "rompre le jeûne" de la nuit.  Celui-ci est un " déjeuner de maigre " ce qui signifie qu'il inclut poisson, crustacés et/ou coquillages, ici des huîtres et des harengs séchés (à gauche).  On y trouve aussi  du sucré (figues et prunes), du salé (fromage, pain) et de l'amer (navets ou radis). Vers la fin du 18e siècle ce déjeuner pris entre 7h et 10 heures aura tendance à se décaler vers le milieu de journée, puis au 20e siècle à 13h, 13h 30.

Rappel biographique : Issu d’une famille modeste, Alexandre-François Desportes à ne pas confondre avec Nicolas Desportes ou Jean Desportes, deux autres peintres de nature mortes ayant vécu à la meme époque)  était destiné à être paysan mais, à la suite d’une longue période de convalescence, il s’initia au dessin et acquit peu à peu une grande maitrise de cette technique. Il devint l’élève de Nicasius Bernaerts d'origine flamande, alors membre de l’Académie royale et spécialisé dans la peinture animalière et de Frans Snydersil s’est largement imprégné de la tradition flamande. Au cours de ses premières années, il découvrit ainsi la peinture flamande dont il va subir l’influence tout au long de sa carrière.  A la mort de Bernaerts, Desportes ne se fia plus qu’à la nature. En 1695-1696, il fut nommé portraitiste à la cour de Pologne avant d’être rappelé en France où il abandonna le genre du portrait pour se consacrer presque exclusivement à la peinture animalière. Reçu à l’Académie royale en 1699, il participa à la décoration de la ménagerie de Versailles. Outre la peinture animalière, Alexandre-François Desportes se distingua aussi par ses natures mortes où il excella véritablement. On y perçoit l’approche réaliste flamande qui se traduit aussi bien dans les fonds de paysage que dans le rendu riche et méticuleux des matières alliée à une délicatesse alors réputée être très française.

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2017 - A Still Life Collection 
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vendredi 8 septembre 2017

Suzanne Valadon (1865 -1938)


Suzanne Valadon (1865-1938)
Nature morte aux poissons
Collection privée

Que voit-on ? Sur une modeste chaise en paille d'atelier, (similaire à celle que l'on trouve dans certaines toiles de Van Gogh), étendus sur un linge blanc : deux harengs secs, tête-bêche et bouche ouverte présentent un chatoiement de couleurs qui balaient tout le spectre lumineux comme un arc en ciel. Toisant de très haut ce modeste repas d'artiste pauvre, tout en haut de la commode contre laquelle la chaise est posée, reposant sur un torchon à carreau d'une impeccable propreté : un citron.   Le moment de se souvenir que le citron dans les natures mortes hollandaises en particulier, symbolisait le goût amer de la vie... goût qui jamais n'échappa à Suzanne Valadon.

Rappel biographique  :  Suzanne Valadon est une des plus importantes peintres françaises du 20e siècle et la premiere femme admise, en 1894,  à la Société nationale des beaux-arts. Elle a commencé sa carrière comme acrobate de cirque en 1880, jusqu’à ce qu’une chute mette fin prématurément à cette activité. Dans le quartier de Montmartre où elle habite avec sa mère, puis avec son fils naturel, le futur peintre Maurice Utrillo, né 1883, elle a la possibilité de s’initier à l’art. Devenue modèle d’artistes, elle les observe en posant, et apprend ainsi leurs techniques. Modèle de Pierre Puvis de Chavannes, Pierre-Auguste Renoir, Henri de Toulouse-Lautrec, elle noue des relations avec certains. Habituée des bars de Montmartre où la bourgeoisie parisienne vient s’encanailler, Toulouse-Lautrec durant cette période, fait d’elle le portrait intitulé Gueule de bois. Edgar Degas (pour qui elle n'a jamais posé), remarquant les lignes vives de ses dessins et de ses peintures, encourage ses efforts. Elle connaît de son vivant le succès et réussit à se mettre à l’abri des difficultés financières de sa jeunesse. Suzanne Valadon peint des natures mortes, des bouquets et des paysages remarquables par la force de leur composition et leurs couleurs vibrantes. Elle est aussi connue pour ses nus. Ses premières expositions au début des années 1890 comportent principalement des portraits, dont celui d’Erik Satie avec qui elle a une relation en 1893. Il lui propose le mariage au matin de leur première nuit.
Suzanne Valadon est alors connue pour travailler plusieurs années ses tableaux avant de les exposer.
La peintre trouve dans la galeriste Berthe Weill, une alliée solide qui soutient son travail. La marchande fait ainsi participer l'artiste à près de dix-neuf expositions entre 1913 et 1932, dont trois rétrospectives personnelles. Son mariage, en 1896, avec un agent de change, prend fin en 1909, Suzanne quitte son mari pour l'ami de son fils, le peintre André Utter (1886-1948), qu’elle épouse en 1914. Cette union, houleuse, dure près de trente ans. André Utter en Adam et elle-même en Eve figurent sur l’une de ses toiles les plus connues, Adam et Eve. En 1923 elle achète avec Utter le château de Saint-Bernard, au nord de Lyon, pour couper son fils Maurice Utrillo de ses penchants pour l'alcool. Ce dernier  qui signait ces toiles Maurice Utrillo V. (pour Valadon) peint le château ainsi que l’église ou encore le restaurant du village. Suzanne Valadon morte, le 7 avril 1938, entourée de ses amis peintres André DerainPablo Picasso et Georges Braque, est enterrée au cimetière parisien de Saint-Ouen.
Ses oeuvres sont conservées dans de nombreux musées, dont le Musée national d'art moderne à Paris, le Metropolitan Museum of Art à New York, le Musée de Grenoble, le Musée des beaux-arts de Lyon. Une exposition permanente lui est dédiée à Bessines-sur-Gartempe (Haute-Vienne), sa ville natale.

jeudi 7 septembre 2017

Renato Guttuso (1911- 1987) - Peperoni rossi


Renato Guttuso (1911- 1987) 
Peperoni rossi 
Museo communale, Bagheria 

 Que voit on ? Sur un fond gris sombre qui semble être un entablement en ardoise : une douzaine de poivrons rouges présentés sous tous leurs angles et peints avec une précision et un souci du rendu de détail que l'on connait bien chez ce très grand peintre italien. Ces poivrons, peints en pleines deuxième guerre mondiale,  apparaissent aussi comme une allégorie de la solitude au milieu d'une foule, comme une danse solitaire et dérisoire dans une foule qui ignore chaque individu et l'englobe à la fois.

Rappel biographique : Renato Guttuso est une figure extrêmment importante de la peinture italienne contemporaine, représentant du réalisme pendant les périodes fasciste et communiste de l'histoire italienne. Résistant, antifasciste, très tôt engagé aux côtés des communistes,  l'art de Guttuso transcende toute considération politique et bien que faisant constamment référence à une identité sicilienne, se situe aux antipodes du régionalisme.
Après ses études, dans ses premières toiles, sous l'influence de l'expressionnisme, apparurent de plus en plus souvent des motifs typiquement siciliens (comme les citronniers ou les oliviers) mais aussi une atmosphère de solitude mythique, insulaire, qui culmina en 1931 dans une exposition collective de six peintres siciliens accueillis par la critique comme « une révélation, une affirmation de l'identité sicilienne. » А Palerme, Guttuso s'installa dans un atelier sur le Corso Pisani et, avec l'artiste peintre Lia Pasqualino et les sculpteurs Barbera et Nino Franchina, il forma le Gruppo dei Quattro (groupe des Quatre).   Puis ce fut durant son long séjour de trois ans à Milan que murit l'« art social » de Guttuso, dont l'engagement politique se manifesta de plus en plus nettement dans les oeuvres de cette époque, Fucilazione in Campagna, qu'il dédia à Garcia Lorca, et les deux versions de la Fuga dall'Etna (1938-1939). Peu après, il emménagea а Rome, Via Margutta, où son caractère exubérant lui valut le surnom de « Sfrenato Guttuso », l'« Effréné ». Proche des artistes les plus représentatifs de son temps, L'oeuvre qui lui assura la célébrité sur fond de controverses avec l'Eglise catholique comme avec le Parti fasciste, fut La Crocifissione (1941), où le thème religieux sert de prétexte pour dénoncer les horreurs de la guerre.
Durant toute la période du conflit mondial, Guttuso travailla sans relâche, multipliant les natures mortes ponctuées d'humbles objets quotidiens, les vues du golfe de Palerme et une suite de dessins intitulés Massacri, diffusés clandestinement, qui dénonçaient les exactions de l'armée nazie.
En tant qu'opposant au fascisme, Guttuso rejoint le Parti communiste italien dès 1940 et participe à la Résistance des partisans italiens contre l'armée allemande à partir de 1943. Fidèle à ses convictions, il choisit les funérailles de Palmiro Togliatti pour sujet de l'un de ses tableaux, I funerali di Togliatti (1972), qui devait prendre valeur de manifeste politique. Dans une logique similaire, en 1971, il fit partie des 800 intellectuels qui signèrent dans l'hebdomadaire L'Espresso un document accusant de meurtre le commissaire Luigi Calabresi.
Enfin, Guttuso était un adversaire déclaré et engagé de la Mafia.
En 1972, l'URSS lui décerna le Prix Lénine pour la paix, équivalent soviétique du Nobel. En 1976, il fut élu au Sénat italien dans les rangs du PCI pour représenter la ville de Sciacca, située dans la province d'Agrigente. Seul depuis la mort de son épouse, Guttuso, selon le témoignage de Giulio Andreotti, se rapprocha du catholicisme, religion dont il avait partagé à sa façon les valeurs humanistes. Il légua de nombreuses œuvres а sa ville natale de Bagheria, aujourd'hui rassemblées au musée communal de la Villa Cattolica.

mardi 5 septembre 2017

Olivier Debré (1920-1999)


Olivier Debré (1920-1999)
Nature morte  
Collection privée 

 Que voit-on ?   Sur un entablement assez indéfini recouvert d'un linge vert, posés devant un fond d'intérieur composé d'un miroir (à droite) et d'un buffet (à gauche) : deux vases de formes différentes en porcelaine blanche et bleu se détachent et se reflètent dans le miroir. L'un des deux contient des restes de fleurs fanées. Une illusion d'optique est crée, celle d'une richesse, d' un mouvement, qui n'existent pas dans la réalité.

Rappel biographique :  Le peintre français Olivier Debré est un représentant majeur du courant de  l’Abstraction lyrique. Fils du professeur Robert Debré, le frère de Michel Debré (Premier ministre du Général de Gaulle) et l'oncle de Bernard Debré et de Jean-Louis Debré, il fut le seul artiste d'une famille qui compte surtout des hommes politiques et des médecins. En juin 1937, il subit un choc en voyant, exposé au Pavillon de l’Espagne de l’Exposition internationale à Paris, le Guernica de Picasso. Georges Aubry, dont la galerie est située rue de Seine à Paris, l'encourage en l'exposant le premier. Il est remarqué par Dunoyer de Segonzac et Picasso qu'il rencontrera en 1941, ce dernier l’invitant dans son atelier  rue des Grands-Augustins pendant l’hiver 1942-1943.
Durant la Seconde Guerre mondiale, son art est marqué par l'expression graphique. Le dessin lui permet de traduire toute l'horreur de la guerre : Le Mort de DachauLe Sourire sadique du Nazi, Le Mort et son âme. En 1946, il installe un atelier à Cachan, il y peint une toile de 8 m de long : La Vérité et la Justice poursuivant le crime.
En 1949, il présente sa première exposition personnelle à la galerie Bing, à Paris, marchand de Soutine et de Modigliani. А l'automne, Olivier Debré installe un second atelier rue de Saint Simon à Paris et  fait la connaissance de ses grands aînés:  Hans Hartung, Gérard Schneider, Serge Poliakoff, Maria Elena Vieira da Silva. Il réalise ses premiers Signes-personnages.
Dans les années 1950, privilégiant la matière et les couleurs sourdes.
1953 correspond à une période charnière dans son œuvre où il délaisse les signes-personnages pour les signes-paysages. C'est à cette époque qu'il prend conscience des possibilités multiples offertes par la technique de la lithographie qu'il n'a jamais cessé de pratiquer. En 1956, Michel Warren organise sa première exposition individuelle à Paris. L'année suivante, la seconde exposition chez Michel Warren le fait figurer « désormais en bonne place parmi les chefs de file de l'Ecole de Paris », écrit John Prossot dans Apollo dont la couverture reproduit le tableau exposé. Après un voyage en Espagne, il expose, en 1959, а la Phillips Gallery а Washington et rencontre Rothko.
Sa première exposition personnelle à Oslo se tient à la galerie Haaken A.Christensen en 1966. Il voyagera et peindra en Norvège jusqu'à la fin de sa vie.  En 1967, il participe à l'exposition internationale de Montréal avec une gigantesque peinture Signe d'homme, pour le pavillon français. En 1975-1976, il fait partie, avec Pierre Alechinsky, Hans Hartung, Roberto Matta, Zoran Music, Edouard Pignon et Pierre Soulages, de l'exposition itinérante en France Trente créateurs organisée par André Parinaud.
De 1980 а 1985, Olivier Debré est nommé professeur, chef d'atelier de peinture murale а l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris. La consécration du peintre est également marquée par l'inauguration d'une salle Olivier Debré au Musée des beaux-arts de Tours en 1992.  Le 17 mars 1999, quelques mois avant sa mort en juin, il est élu membre de l'Institut de France, à l'Académie des beaux-arts, au fauteuil précédemment occupé par le peintre Georges Cheyssac.
En 2015, le CCC - Centre de Création Contemporaine de Tours est devenu le "Centre de Création contemporaine Olivier Debré". Il s'implante en 2016 dans un nouveau bâtiment actuellement en construction sur le site du jardin François 1er. Le lieu ne sera pas un musée consacré à Olivier Debré mais un centre d'art qui fera vivre l’œuvre du peintre en la mettant en résonance avec la création artistique contemporaine.

lundi 4 septembre 2017

Milton Avery (1885-1965) - Orange Vase


Milton Avery (1885-1965)
Orange Vase
Private collection 

 Que voit-on ? Dans un intérieur faussement monochrome composé de différents rouges vermillon très claquants, posés sur une table basse que l'on distingue du reste du décor uniquement grâce à ses deux pieds plus sombres : au premier plan, un compotier rempli de fruits difficiles à préciser ; à l'arrière-plan, une coupelle en porcelaine de Chine contenant des oeufs ; au centre, le fameux vase orange à col rouge qui donne son nom à la toile et qui, avec le bouquet de graminées qui en émerge, fait penser à un gros ananas. Un périlleux exercice optique qui mêle avec audace le rouge, l'orange et le rose... et dont Milton Avery se sort à merveille, l'oeil du spectateur étant véritablement hypnotisé par cette nature morte aux couleurs de la vie.

Rappel biographique :  Milton Clark Avery est un artiste peintre américain de figures, portraits, animaux, intérieurs, paysages et quelques rares natures mortes. S'il existe un lien entre le monde de la peinture traditionnelle américaine du début du 20e siècle et de celui de l'expressionnisme abstrait autour de 1945, c'est bien Milton Avery qui l'a créé. On ne lui connait aucune formation particulière, sinon en 1913 un cours de dessin d'après nature donné par Charles Noël Flagg à la Connecticut League of Art à Hartford. En 1925, il épouse Sally Michel, également peintre, dont on retrouve l'image dans les nombreux portraits exécutés par son époux. Sa première exposition personnelle a lieu en 1928, elle est suivie d'autres à partir de 1940.
Après la période Fauve de ses débuts, qui lui a permis de jouer avec de riches couleurs, il atténue sa palette et simplifie ses compositions qui tendent vers un dépouillement de plus en plus grand. Ses sujets restent simples tels que Rothko les définit. C'est dans un style presque Intimiste - Avery peignant son atelier, sa femme Sally, sa fille March, Central Park, les plages et montagnes où il passait l'été, des vaches, des poissons, des vols d'oiseaux, ses amis réunis dans son atelier...- qu'il peint des œuvres aux formes simplifiées, aux plans colorés, découpés, dans un espace à deux dimensions, évoquant l'art de Matisse. Toutefois, ses peintures ne sont jamais brillantes quoique très riches. Il maîtrise fort bien ses rapports de couleurs dont les contours peuvent être parfois fluides, créant une sorte d'osmose entre elles. L'art de Milton Avery rejoint ainsi, peu à peu l'abstraction expressionniste de Rothko et de Adolph Gottlieb. Ensemble, ils ont participé à de longues conversations hebdomadaires qui ont facilité la naissance de la peinture abstraite américaine d'après guerre et plus particulièrement de l'Ecole de New York.
Une grande rétrospective lui a été consacrée en 1952 au Baltimore Museum, puis à la Fondation Ford et au Whitney Museum en 1960. Une autre rétrospective posthume fut présentée à Lincoln puis à Little Rock en 1966, puis deux autres encore en 1983, à la Albright-Knox Art Gallery de Buffalo et au Minneapolis Institute of Arts. 


dimanche 3 septembre 2017

Marsden Hartley (1877-1943)


Marsden Hartley (1877-1943)
Still Life with Pears 
Private-Collection

Que voit-on ? Deux poires posées dans un compotier  blanc et deux autres dans un plat rond et bleu à l'arrière plan. L'entablement - sans doute une intérieur d'office - prend des allures gourmandes de gâteau.

Rappel biographique : Le peintre américain Marsden Hartley (1877-1943) a séjourné à Paris dès 1912, période à laquelle il a fait partie du cercle de Gertrude Stein. L'année suivante il rencontre à Berlin, Vassily Kandinsky par lequel il est très impressionné au point de commencer à peindre une série de peintures abstraites, avec des formes aux contours très nets et aux couleurs vives  C'est à cette époque aussi qu'il entame une histoire d'amour avec un officier allemand qui sera tué au combat pendant la Première Guerre mondiale et le laissera inconsolable. Il enchaînera ensuite les aller-retour entre l'Europe et les Etats-Unis avant de se fixer en 1937 dans le Maine après avoir déclaré qu'il voulait devenir «le peintre du Maine» et dépeindre la vie américaine à un niveau local. Hartley se rapproche alors du mouvement régionaliste, un groupe d'artistes actif du début au milieu du 20ème siècle et qui a tenté de représenter un"art américain différent". Il a continué à peindre dans le Maine, jusqu'à son décès en 1943. Hartley a trouvé un expressionnisme original et très personnel qui donne toute sa mesure non pas tant dans ses natures mortes (assez rares) que dans les peintures des paysages et montagnes austères et tourmentés du Maine qu'il a merveilleusement peints.