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lundi 24 avril 2017

Juan Sanchez Cotan (1561-1621) - Bodegón con juego

Juan Sanchez Cotan (1561-1621) Bodegón con juego Art Insitute of Chicago, USA

Juan Sanchez Cotan (1561-1621)
Bodegón con juego
Art Insitute of Chicago, USA

Que voit on ? Dans la grande tradition des nature mortes antiques de Pompei (que Cotan ne pouvait pas connaitre) : des légumes (et leurs ombres portées) et du gibier présentés dans un cadre et pendu à des fils pour se plier à la rigueur de la composition voulu par le peintre.
Ce qui est intéressant c'est que cette composition reprend à l'identique, sur sa partie gauche, la composition de la toile de Cotan qui se trouve aujourd'hui au San Diego Art Museum  et qui a été publiée sur ce blog (la consulter ici). Bel exemple de réemploi où Cotan a copié sa propre toile et y a ajouté les quatre pièces de gibier suspendues sur la partie droite qui comblent le vide de la  composition du San Diego Art Museum !

Rappel biographique : Le peintre espagnol Juan Sánchez Cotán, disciple de Blas de Prado fut sans doute l'un des peintres qui bouleversa le plus le genre de la nature morte. Après avoir connu un succès rapide et important en peignant des portraits et des paysages,  il décide d'entrer comme un frère convers  dans l'un des ordres religieux les plus stricts qui soient à l'époque, à la Chartreuse de Grenade, institution pour laquelle il réalisa l'essentiel de ses peintures religieuses. Depuis 1935, une exposition à Madrid a permis de redécouvrir ses oeuvres oubliées depuis sa mort. Il est surtout célèbre  aujourd'hui pour ses natures mortes. Parmi les pièces exposées alors se trouvaient   Nature morte au chardon qui devait être considérée comme l'« une des pierres angulaires de l'histoire de la nature morte en Espagne». Les critiques ont donné à l’austérité des compositions de Cotan et  à leur sobriété, comme par la suite  à celles de Zurbarán, un sens mystique, tout en insistant sur la distance  que ces deux peintres ont pris avec les « natures mortes opulentes » de la  peinture flamande soulignant leur caractère « unique dans le contexte européen, établissant un parallèles avec la littérature espagnole ascétique du siècle d'or  »

mardi 15 mars 2016

Juan Sanchez Cotan (1560-1627) - Quince, Cabbage, Melon and Cucumber

Juan Sanchez Cotan (1560-1627)  Quince, Cabbage, Melon and Cucumber !1602) San Diego Museum of Arts


Juan Sanchez Cotan (1560-1627)
 Quince, Cabbage, Melon and Cucumber !1602)
San Diego Museum of Arts

Que voit on? Exactement ce que décrits le titre et dans l'ordre énoncé. La composition est en étage et l'alignement de ces formes a quelque chose de mathématique et de presque abstrait qui souligne la modernité de cette immense maître espagnol du 16e siècle.

Rappel biographique : Le peintre espagnol Juan Sánchez Cotán, disciple de Blas de Prado fut sans doute l'un des peintres qui bouleversa le plus le genre de la nature morte. Après avoir connu un succès rapide et important en peignant des portraits et des paysages,  il décide d'entrer comme un frère convers  dans l'un des ordres religieux les plus stricts qui soient à l'époque, à la Chartreuse de Grenade, institution pour laquelle il réalisa l'essentiel de ses peintures religieuses. Depuis 1935, une exposition à Madrid a permis de redécouvrir ses oeuvres oubliées depuis sa mort. Il est surtout célèbre  aujourd'hui pour ses natures mortes. Parmi les pièces exposées alors se trouvaient   Nature morte au chardon qui devait être considérée comme l'« une des pierres angulaires de l'histoire de la nature morte en Espagne». Les critiques ont donné à l’austérité des compositions de Cotan et  à leur sobriété, comme par la suite  à celles de Zurbarán, un sens mystique, tout en insistant sur la distance  que ces deux peintres ont pris avec les « natures mortes opulentes » de la  peinture flamande soulignant leur caractère « unique dans le contexte européen, établissant un parallèles avec la littérature espagnole ascétique du siècle d'or  »

lundi 6 juin 2016

Juan Sanchez Cotan (1561-1621) - Nature morte au gibier, volaille, légumes et fruits, 1602

Juan Sanchez Cotan (1561-1621) Nature morte au gibier, volaille, légumes et fruits, 1602 Museo Nacional del Prado,  Madrid


Juan Sanchez Cotan (1561-1621)
Nature morte au gibier, volaille, légumes et fruits, 1602
Museo Nacional del Prado,  Madrid

Que voit-on ? La mise en place habituelle sur fond noir dans un cadre et débordant du cadre des éléments de la nature chez ce grand maître espagnol, certains éléments débordant toujours du cadre. Ici  : cardon blanc, navets et carottes blanches (les legumes souvent pris pour modèle par ce peintre pour leur richesse géométrique) et gibiers (6 ortolans) disposés sur une canne de bambou occupent le bas du tableau. Dans le haut suspendus à des fils apparaissent  : 3 citrons, 7 pommes, 2 oiseaux et 2 faisans contrastant avec la monochromie du bas du tableau.

Rappel biographique : Le peintre espagnol Juan Sánchez Cotán, disciple de Blas de Prado fut sans doute l'un des peintres qui bouleversa le plus le genre de la nature morte. Après avoir connu un succès rapide et important en peignant des portraits et des paysages,  il décide d'entrer comme un frère convers  dans l'un des ordres religieux les plus stricts qui soient à l'époque, à la Chartreuse de Grenade, institution pour laquelle il réalisa l'essentiel de ses peintures religieuses. Depuis 1935, une exposition à Madrid a permis de redécouvrir ses oeuvres oubliées depuis sa mort. Il est surtout célèbre  aujourd'hui pour ses natures mortes. Parmi les pièces exposées alors se trouvaient   Nature morte au chardon qui devait être considérée comme l'« une des pierres angulaires de l'histoire de la nature morte en Espagne». Les critiques ont donné à l’austérité des compositions de Cotan et  à leur sobriété, comme par la suite  à celles de Zurbarán, un sens mystique, tout en insistant sur la distance  que ces deux peintres ont pris avec les « natures mortes opulentes » de la  peinture flamande soulignant leur caractère « unique dans le contexte européen, établissant un parallèles avec la littérature espagnole ascétique du siècle d'or  »

lundi 8 septembre 2014

Juan Sanchez Cotan (1561-1621) - Bodegon

http://astilllifecollection.blogspot.com


Juan Sanchez Cotan (1561-1621)
Bodegon

Que voit-on ? Trois objets seulement composent cette nature morte particulièrement " surréaliste " avant la lettre. De gauche à droite : une courge  très abimés par les chocs et sans doute en cours de pourrissement,  un squelette de tête de jeune cerf,  un bol en porcelaine sans doute d'origine japonaise  sur le lequel figure deux  poissons très espacés l'un de l'autre. L'opposition entre la rudesse de la courge en train de pourrir a gauche et la finesse de la porcelaine à droite séparée par la vanité animale a tête de cerf est saisissante et ne laisse aucun spectateur indifférent.  Le tableau est sobrement intitulé Bodegon (nature morte). 


Rappel biographique : Le peintre espagnol Juan Sánchez Cotán, disciple de Blas de Prado fut sans doute l'un des peintres qui bouleversa le plus le genre de la nature morte. Après avoir connu un succès rapide et important en peignant des portraits et des paysages,  il décide d'entrer comme un frère convers  dans l'un des ordres religieux les plus stricts qui soient à l'époque, à la Chartreuse de Grenade, institution pour laquelle il réalisa l'essentiel de ses peintures religieuses. Depuis 1935, une exposition à Madrid a permis de redécouvrir ses oeuvres oubliées depuis sa mort. Il est surtout célèbre  aujourd'hui pour ses natures mortes. Parmi les pièces exposées alors se trouvaient   Nature morte au chardon qui devait être considérée comme l'« une des pierres angulaires de l'histoire de la nature morte en Espagne». Les critiques ont donné à l’austérité des compositions de Cotan et  à leur sobriété, comme par la suite  à celles de Zurbarán, un sens mystique, tout en insistant sur la distance  que ces deux peintres ont pris avec les « natures mortes opulentes » de la  peinture flamande soulignant leur caractère « unique dans le contexte européen, établissant un parallèles avec la littérature espagnole ascétique du siècle d'or  »
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2014 - A Still Life Collection
Un blog de Francis Rousseau 

samedi 8 novembre 2014

Raphaelle Peale (1774–1825)



Raphaelle Peale (1774–1825) 
Still Life With Cake (1818)
The Metropolitan Museum of Art, NYC


Que voit-on ? Cette nature morte assez typique du style de Raphaelle Peale a sans doute été exposée en 1819 à la Pennsylvania Academy of Fine Arts. Un tableau assez similaire datant de la même année est conservé au Detroit Institute of Arts. Regroupés au centre du cadre, les objets de cette nature morte sont imprégnés d'une délicate mélancolie assez semblable à celle qui a caractérisé la vie tragique de l'artiste lui-même. On a souvent relevé aussi l'influence qu'ont pu avoir sur lui les maitres hollandais du 17e et les natures mortes espagnoles, qu'il a pu étudier au Mexique et a travers  les œuvres de Juan Sanchez Cotan, exposées à la Pennsylvania Academy en 1818. Ces influences sont particulièrement sensibles dans cette toile.

Rappel biographique : le peintre américain Raphaelle Peale (qui n'est pas une femme malgré l'orthographe de son nom), est issu d'une dynastie de peintres américains dont le plus célèbre fut son père, le portraitiste Charles Willson Peale (1741-1827).
Raphaelle est surtout  connu pour avoir été le premier peintre professionnel de natures mortes installé aux Etats Unis et pour avoir, à ce titre, beaucoup influencé l'école américaine de la nature morte réaliste tout en travaillant comme taxidermiste dans l'atelier de naturalisation du musée d'animaux empaillés de son père.
 Intoxiqué par les produits utilisés dans la taxidermie (notamment le mercure et  l'arsenic) et devenu alcoolique, Raphaelle Peal eut une destinée tragique, alternant les séjours à l'hôpital. On retrouve sa vision de taxidermiste dans la peinture même de ces natures mortes, souvent envisagées sous un angle anatomique assez étrange et mélancolique, et traitant souvent de sujet unique. 
Il fut aussi très influencé par les maîtres hollandais du 17e siècle et par Cotan.

samedi 3 juin 2023

Baltazar Gomes Figuera (1604-1674) - Nature morte avec poisson, crevettes, crabe, oignons, ail, citrons et oranges


Baltazar Gomes Figuera (1604-1674) Nature morte avec poisson, crevettes, crabe, oignons ail, citrons et orange Huile sur toile, 54,9x75,3cm Musée du Louvre, Paris


Baltazar Gomes Figuera (1604-1674)
Nature morte avec poisson, crevettes, crabe, oignons ail, citrons et orange
Huile sur toile, 54,9x75,3cm
Musée du Louvre, Paris

Que voit-on ? un assemblage de nourriture assez hétéroclite présentée de façon espacée exactement comme dans les natures de Juan Sanchez Cotan , avec le poisson présenté isolé dans un plat d'argent.  Certains éléments sont même suspendus comme les oignons, les oranges et le citrons accusant encore la similitude avec les compositions de Cotan

Rappel biographique  : Baltazar Gomes Figueira  est un peintre protugias,  fils de Paulo Gomes Figueira et de Luísa Lopes, tous deux artisans et père de  Josefa Ayala, qui fut elle aussi une  célèbre peintre. Baltazar fit son éducation à Séville  où il poursuivit une carrière militaire et où il se maria.  C'est là qu'il entra en contact avec d'autres artistes comme  Herrera el Viejo, Francisco de Zurbarán et Juan del Castillo. Il fut employé par la Maison de Bragança, à la cour de Dom João IV et Dom  Afonso VI où il était peintre et évaluateur d'œuvres d'art.. Au Musée d'Évora , une section  est consacrée à ses  natures mortes et aux peinutre de sa fille.  A l' Igreja da Misericórdia de Peniche, la collection d'art contient aussi des œuvres de Baltazar et Josefa.

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2023 - A Still Life Collection
Un blog de Francis Rousseau

mardi 7 juin 2016

Juan van der Hamen y Leon (1596-1631) - Bodegon con flores

http://astilllifecollection.blogspot.com

Juan van der Hamen y Leon (1596-1631) 
Bodegon con flores 
Museo  nacional del Prado, Madrid

Que voit-on ?  Cette  nature est inscrite dans un cadre et sur fond noir à la façon des natures mortes de Cotan. Elle présente à peu près le même type de mise en scène d'objets issue des natures mortes de l'antiquité romaine, dont un seul cependant est suspendu.
Au premier plan sur le rebord du cadre : un plat de fèves, des cardons débités et présentés par l'arrière  et une brosse botte d'asperges sauvages dont trois débordent légèrement du cadre.  Le premier élément un peu étrange de cette présentation étant l'association du  pot de jasmin en fleurs placé juste derrière le plat de fèves !
Sur le côté droit du cadre : un ensemble de fleurs blanches (pivoines, roses et lys) présentées de façon à ne former qu'une seule branche un peu à la façon des guirlandes votives ou des décorations de mariae.
Sur le côté gauche du cadre : un petit vase en terre cuite contenant des iris dont un déborde du cadre et un branche de lilium dont les fleurs montent jusqu'au sommet du cadre , mais sans en déborder.
Au sommet du cadre enfin, suspendus par un anneau en plein centre : un petit panier en osier vu par dessous débordant de cerises   au sommet desquelles apparaissent deux pommes et trois oeillets.

Rappel biographique : le peintre espagnol Juan van der Hamen y Leon (1596-1631) est surtout connu pour ses natures mortes et ses bouquets de fleurs bien qu'il ait peint également des motifs religieux, des paysages et des portraits. Influencé autant par Juan Sanchez Cotan que par la peinture flamande de Frans Snyders dans ses premières natures mortes, il opta finalement pour un naturalisme plus italien et introduisit beaucoup de fraîcheur dans ses compositions. Sa touche est d'une grande délicatesse et d'un absolue précision. Van der Hamen emprunte à Sánchez Cotán le style apparemment sobre de ses compositions mais aussi cette façon systématique de détacher les objets sur un fond sombre et de les éclairer d'une  lumière puissante. Les arrangements en quinconces et les ombres portées renforcent l'impression de précision et révèlent que ces compositions sont finalement tout sauf simples ! A partir de 1626, Van der Hamen peint des natures mortes plus complexes que ses premières en plaçant les objets sur différents niveaux. Ce type de composition que l'on retrouve à Rome au début des années 1620  dans les œuvres de Tomasso Salini et d'Agostino Verrocchi, était déjà présent dans les natures mortes de l'Antiquité que l'on découvrira à Pompei et Herculanum au 18e siècle. Les natures mortes de Juan van der Hamen ont exercé une grande influence sur ses contemporains comme Francisco de Zurbarán et plus tard chez des peintres comme Antonio Ponce et Juan Arellano. Une des caractéristiques de la peinture de Van der Hamen, pour laquelle il était surtout connu de son vivant,  résidait dans la représentation des coûteuses et luxueuses verreries de Venise ou d'Allemagne. Très préoccupé par l'agencement harmonieux des objets et la représentation précise des textures et des lumières, Van der Hamen livre toujours des compositions très géométriques où les cercles et les sphères ont un rôle primordial (comme c'est le cas ici). Contrastant avec cette sévérité géométrique, l'artiste dispose souvent ses objets sur les bords des structures ou sur des escaliers en pierre, en faisant ainsi varier leur distance à partir de la source lumineuse. Les objets représentés, fruits légumes, bois, terre cuite, et  cristaux sont  toujours magistralement rendus avec une science de la répartition des couleurs, des ombres, des reflets et des lumières qui en font un maître d'une sensibilité incomparable.

2016 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau

dimanche 17 août 2014

Juan Gris (1887-1927) - Fruits et bol



Juan Gris (1887-1927)
Fruits et bol 1926
Collection privée

Que voit on ? Un chef d'oeuvre ! Une économie totale de moyens, une palette restreinte et cependant éclatante,  digne des grands maitres espagnols de l'age d'or (Cotan, Zurbaran) pour ces deux poires, cette pomme et ce bol posés sur une serviette blanche dont l'anguleux drapé vient rappeler à quel point  Juan Gris sut maitriser la technique du cubisme pour la faire plier à l'expression de tout ce qu'il voulait. L'ouverture cers l'extérieur si importante dans les premières natures mortes de ce peintre est ici simplement figuré et stylisé dans un aplat de gris sourd, paradoxalement moins lumineux que l'intérieur.

Rappel Biographique : Le peintre espagnol Juan Gris vécut et travailla en France à partir de 1906, où il fut proche du mouvement cubiste mais occupa une place très à part dans la peinture de son temps, sans doute toujours dans l'ombre de Picasso qui l'aurait volontiers  " éliminé de la carte "  selon les dires de Gertrude Stein. Salvador Dali disait de lui : « Juan Gris est le plus grand des peintres cubistes, plus important que Picasso  parce que plus vrai.  Picasso était constamment tourmenté par le désir de comprendre la manière de Gris dont les tableaux étaient techniquement toujours aboutis, d'une homogénéité parfaite, alors qu'il ne parvenait jamais à remplir ses surfaces de façon satisfaisante, couvrant avec difficulté la toile d'une matière aigre. Il interrogeait sans cesse : « Qu'est-ce que tu mets là ? — De la térébenthine. » Il essayait le mélange, échouait, abandonnait aussitôt, passant à autre chose, divin impatient. »
Aujourd'hui Juan Gris apparait comme un génie injustement resté dans l'ombre. Il a peint quasiment autant de natures mortes que de paysages ou de portraits.

Jusqu’en 1920, sa peinture est encore marquée par l’Espagne, celle des natures mortes de l’école de Séville des 16e-17e siècles – d’un Sanchez Cotan, d’un Valdes Léal ou d’un Zurbaran, par exemple – Gris aime profondément ces peintures des « blancs chartreux qui, dans l’ombre, glissent silencieux sur les dalles des morts ». Des blancs contrastant avec les noirs, il va donc tirer le parti le plus fort. Les œuvres des années de guerre 1916-1917 se distinguent par une sobriété, une austérité toutes particulières des couleurs sombres autant que des motifs : « C’est bien là cette ardeur castillane qui s’habille de noir, s’interdit tout éclat, et qui paraît de la froideur à un observateur superficiel », écrit Kahnweiler. Et Maurice Raynal de renchérir : « Toute l’Espagne est dans son œuvre : l’Espagne des tons livides, sulfureux et sombres du Greco, de Zurbaran, de Ribera, de Herrera. Rien ne servait davantage la notion du tableau-objet en soi que les choses les plus simples, les plus humbles et les plus maniables, auxquelles ils feront subir toutes les déformations possibles pour réaliser la plénitude de cet « objet ». 

2014 - A Still Life Collection 
Un blog de Francis Rousseau, #AStillLifeCollection, #NaturesMortes 

samedi 19 mars 2016

Raphaelle Peale (1774–1825)




Raphaelle Peale (1774–1825)
StillLife With Orange And A Book
Private Collection, USA

Que voit on ? Une nature morte assez minimaliste (à la façon de l'espagnol Cotan que Peale admirait)  et à la composition étrange qui présente, sur un entablement de pierre neuf, un livre relié surmonté d'une moitié d'orange dont le zeste découpé d'un seul tenant est encore accroché à la moitié de fruit restante, entoure le livre. plus qu'un contenu symbolique, un contenu ludique.

Rappel biographique : le peintre américain Raphaelle Peale (qui n'est pas une femme malgré l'orthographe de son nom), est issu d'une dynastie de peintres américains dont le plus célèbre fut son père, le portraitiste Charles Willson Peale (1741-1827).
Raphaelle est surtout  connu pour avoir été le premier peintre professionnel de natures mortes installé aux Etats Unis et pour avoir, à ce titre, beaucoup influencé l'école américaine de la nature morte réaliste tout en travaillant comme taxidermiste dans l'atelier de naturalisation du musée d'animaux empaillés de son père.
 Intoxiqué par les produits utilisés dans la taxidermie (notamment le mercure et  l'arsenic) et devenu alcoolique, Raphaelle Peal eut une destinée tragique, alternant les séjours à l'hôpital. On retrouve sa vision de taxidermiste dans la peinture même de ces natures mortes, souvent envisagées sous un angle anatomique assez étrange et mélancolique, et traitant souvent de sujet unique. 
Il fut aussi très influencé par les maîtres hollandais du 17e siècle et par Cotan.

samedi 15 avril 2017

Juan van der Hamen y Leon (1596-1631) - Still Life with fruits and Glassware

http://astilllifecollection.blogspot.com

Juan van der Hamen y Leon (1596-1631)
Still Life with fruits and Glassware
Museum of Fine Arts, Houston, USA

Que voit on  ? Sur la gauche de la composition, présentée sur deux niveaux et en quinconce, selon la méthode de son illustre ainé Juan Sanchez Cotan : une série de fruits très mûrs. En bas : un melon craquant à point et une grenade (dans le même état ! ) posés à même la pierre. En haut : dans une précieuse corbeille tressée en fil d'argent : un empilement de grenades. A droite : une composition d'une beauté à couper le souffle qui présente, dans une quinconce de la pierre et une pénombre savamment étudiée, une branche de prunier et ses fruits somptueux, à même la pierre, et un plateau d'argent contenant des raisins dorés encadrés par deux somptueuses carafes en cristal finement ciselées.  Un chef-d'oeuvre de l'âge d'or espagnol de la nature morte où triomphent non seulement la science de la composition mais la maitrise des textures.

Rappel biographique : le peintre espagnol Juan van der Hamen y Leon - dont un grand nombre de natures mortes ont été publiées dans ce blog -  est surtout connu pour être un maître de ce genre, bien qu'il ait peint aussi des motifs religieux, des paysages et des portraits. Influencé autant par Juan Sanchez Cotan que par la peinture flamande de Frans Snyders dans ses premières natures mortes, il opta finalement pour un naturalisme plus italien et introduisit beaucoup de fraîcheur dans ses compositions. Sa touche est d'une grande délicatesse et d'un absolue précision. Van der Hamen emprunte à Sánchez Cotán le style apparemment sobre de ses compositions mais aussi cette façon systématique de détacher les objets sur un fond sombre et de les éclairer d'une lumière puissante. Les arrangements en quinconces et les ombres portées renforcent l'impression de précision et révèlent que ces compositions sont finalement tout sauf simples ! A partir de 1626, Van der Hamen peint des natures mortes plus complexes que ses premières en plaçant les objets sur différents niveaux. Ce type de composition que l'on retrouve à Rome au début des années 1620  dans les œuvres de Tomasso Salini et d'Agostino Verrocchi, était déjà présent dans les natures mortes de l'Antiquité que l'on découvrira à Pompei et Herculanum au 18e siècle. Les natures mortes de Juan van der Hamen ont exercé une grande influence sur ses contemporains comme Francisco de Zurbarán et plus tard chez des peintres comme Antonio Ponce et Juan Arellano. Une des caractéristiques de la peinture de Van der Hamen, pour laquelle il était surtout connu de son vivant,  résidait dans la représentation des coûteuses et luxueuses verreries de Venise ou d'Allemagne. Très préoccupé par l'agencement harmonieux des objets et la représentation précise des textures et des lumières, Van der Hamen livre toujours des compositions très géométriques où les cercles et les sphères ont un rôle primordial. Contrastant avec cette sévérité géométrique, l'artiste dispose souvent ses objets sur les bords des structures ou sur des escaliers en pierre, en faisant ainsi varier leur distance à partir de la source lumineuse. Les objets représentés, fruits légumes, bois, terre cuite, et cristaux sont toujours magistralement rendus avec une science de la répartition des couleurs, des ombres, des reflets et des lumières qui en font un maître d'une sensibilité incomparable.

2017 - A Still Life Collection 
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jeudi 9 juin 2016

Pablo Picasso (1881-1973) - Nature morte au pichet



Pablo Picasso (1881-1973)
Nature morte au pichet (1938)
Collection particulière

Que voit on ?  Un pichet d'eau à anse, de couleur noire dont la forme et le dessin qu'il contient peuvent évoquer la forme d'un visage ;  une coupe de fruits contenant des oranges, un citron, une poire et de la verdure. Comme dans les natures mortes de l'âge d'or espagnol (celle de Cotan notamment) cette composition s'inscrit dans un cadre. Ici c'est celui d'un fenêtre dont la poignée ouvragée constitue même l'élément central de la composition.  Le thème de la  " nature morte au pichet " a été abordé de nombreuses fois par Picasso tout au long de sa vie et quelles que soient les périodes traversées. C'est un thème rémanent du cubisme à l'abstraction. En 1938 il n'en peignit pas moins de cinq sur ce thème ! 

Rappel biographique : le peintre espagnol Pablo Ruiz y Picasso qui a passé l'essentiel de sa vie en France, fut aussi dessinateur et sculpteurUtilisant tous les supports pour son travail, il est considéré comme le fondateur du cubisme avec Georges Braque auquel son nom est lié surtout dans le domaine des natures mortes. Il est considéré comme l'un des plus importants artistes du 20e siècle tant par ses apports techniques et formels que par ses prises de positions politiques et que par l'immensité de son production tous genre confondus, que l'on chiffre à près de 50 000 œuvres.
Les premiers collages et assemblages sont réalisés pendant l'hiver 1912, Nature morte à la chaise cannée (Paris, Musée Picasso), Guitare(s) en carton (Paris, Musée Picasso). A partir des années 20 ses natures mortes seront très proches, sur la même ligne de conception " cubiste analytique " que celles de George Braque, dont il devient un temps l'intime avant de s'en séparer définitivement.  Il y eut une connivence d'inspiration très rare entre ces deux peintres pendant une certaine période de leur vie et en particulier dans le domaine particulier du traitement de la nature morte. 
Picasso peint  beaucoup d'autres natures mortes après la Seconde guerre mondiale et hors de la période cubiste, mais ce n'est pas un genre qui tient une place aussi essentielle dans son oeuvre que dans l'oeuvre de Georges Braque.
Deux figures au bord de la mer est peint en janvier 1931, et en mars, Nature morte sur un guéridon. Cette année-là, voit également l'édition de deux livres majeurs : Les Métamorphoses d'Ovide (Lausanne, Skira) et Le Chef-d'œuvre inconnu de Balzac (Paris, Ambroise Vollard).
En 1932, Jeune fille devant le miroir est finie. Une rétrospective à la galerie Georges Petit, puis au Kunsthaus de Zurich, a lieu en juin. Picasso travaille à Boisgeloup aux têtes sculptées d'après Marie-Thérèse et à la série de dessins d'après La Crucifixion de Matthias Grünewald. De juin à septembre 1934, il fait des séries de corridas, peintes, dessinées et gravées. En août, il voyage en Espagne avec Olga et Paulo, et se rend aux corridas de Burgos et de Madrid. Il visite le Musée d'Art catalan de Barcelone. Il réalise une série de sculptures à texture moulée : Femme au feuillage et Femme à l'orange. Au printemps 1935, la galerie Pierre expose des papiers collés. Minotauromachie est gravée. Il se sépare d'Olga en juin, et le 5 septembre, naît Maya Picasso, sa fille avec Marie-Thérèse Walter. Le 25 mars 1936 voit le départ secret de Picasso avec Marie-Thérèse et Maya pour Juan-les-Pins. Il fait des gouaches et des dessins sur le thème du Minotaure. Cette même année, au début de la Guerre civile espagnole, il est nommé directeur du Musée du Prado à Madrid. C'est sans doute a cette époque qu'il rencontre les premières natures mortes inscrites dans un cadre du peintre de l'âge d'or,  Cotan.

2016 - A Still Life Collection 


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dimanche 9 mars 2014

Juan Sanchez Cotàn (1560-1627) - Bodegon del Cardo





Juan Sanchez Cotàn (1560-1627)
Bodegon del Cardo
Musée des Beaux- Arts de Grenade


Que voit-on ?  Dans un encadrement minimaliste et très graphique, typique des tableaux de Cotan, sur la gauche un cardon rose et sur la droite des carottes tout juste sorties de terre, le tout présenté avec un effet de clair obscur très prononcé.    

Rappel biographique : Le peintre espagnol Juan Sánchez Cotán, disciple de Blas de Prado fut sans doute l'un des peintres qui bouleversa le plus le genre de la nature morte. Après avoir connu un succès rapide et important en peignant des portraits et des paysages,  il décide d'entrer comme un frère convers  dans l'un des ordres religieux les plus stricts qui soient à l'époque, à la Chartreuse de Grenade, institution pour laquelle il réalisa l'essentiel de ses peintures religieuses. Depuis 1935, une exposition à Madrid a permis de redécouvrir ses oeuvres oubliées depuis sa mort. Il est surtout célèbre aujourd'hui pour ses natures mortes.  Les critiques ont donné à l’austérité des compositions de Cotan et à leur sobriété, comme par la suite  à celles de Zurbarán, un sens mystique, tout en insistant sur la distance que ces deux peintres ont pris avec les « natures mortes opulentes » de la  peinture flamande soulignant leur caractère « unique dans le contexte européen, établissant un parallèles avec la littérature espagnole ascétique du siècle d'or  »

dimanche 4 octobre 2020

Luis Egidio Meléndez (1716-1780) - Bodegon con con higos, ciruelas y jarra

 

Luis Egidio Meléndez (1716-1780) Bodegon con con higos, ciruelas y jarra Collection privée

Luis Egidio Meléndez (1716-1780)
Bodegon con con higos, ciruelas y jarra
Collection privée 

 Que voit-on ?  Sur un entablement de bois, une jarre en céramique vernissée grise, quelques figues très mûres, des prunes, du pain non entamé, un petit tonneau en bois et dans le fond à gauche un poisson dans une assiette. A droite  : quatre assiettes empilées  attendent peut être l'arrivée des invités à cette "collation ".

Rappel biographique : Le peintre espagnol d'origine napolitaine, Luis Egidio Melendez a fait carrière presque exclusivement à Madrid. Contemporain de Goya, il est considéré aujourd'hui comme l’un des meilleurs peintres de natures mortes du 18e siècle, réputation qu'il n'avait pas de son vivant qu'il a passé dans une misère noire. C'est son père, Francisco Meléndez et Louis Michel van Loo (dont il est l'assistant de 1742 à 1748) qui assurent sa formation de peintre.
Le futur Charles IV d'Espagne lui commanda une grande série de natures mortes (dont celle ci-dessus) dont une partie importante est aujourd'hui conservée au musée du Prado à Madrid.
Ses toiles peintes dans de petits formats (jamais plus de 50 cm) dans la grande tradition de l'austérité espagnole, n'en foisonnent pas moins d'une minutie des détails. toujours peints avec une absolue perfection. La composition simple et le contraste clair-obscur, s’inscrivent dans la tradition des natures mortes baroques de Zurbaran et de Cotan. Comme eux, Meléndez étudia les effets de lumière, la texture et la couleur des fruits et des légumes, ainsi que celles des récipients en céramique, verre et cuivre ou pailles. À la différence des maîtres du 17e siècle, il présente le sujet plus près du spectateur, en légère plongée. Ce sont des objets disposés sur une table, ce qui donne à ses formes une certaine monumentalité. Le genre permet au spectateur d’étudier l’objet par lui-même. Les fonds sont neutres, et c'est un puissant éclairage qui mettent valeur les contours de l’objet. C’est ainsi qu’il représente le duvet des fruits, les transparences des peaux des raisins, les intérieurs brillants des pastèques et quelquefois les accidents présents à la surface des fruits (comme ici avec les figues vertes).
Chaque toile de Meléndez est minutieusement composée et fait l'objet d'un mise en scène précise afin de créer le plus grand réalisme possible. Les « grands thèmes » n’intéressèrent jamais Meléndez qui portent surtout son attention sur les choses de la vie quotidienne, sur l’observation et l’étude de la nature. Il fut souvent comparé à Chardin, jusqu'à être même parfois surnommé le « Chardin Espagnol » ce qui est assez stupide eut égard au caractère unique de son style et à tout ce qui différencie ces deux grands peintres.

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2020- A Still Life Collection
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jeudi 12 janvier 2017

Juan Gris (1887‑1927) - Nature morte devant la fenêtre


Juan Gris (1887‑1927) 
Nature morte devant la fenêtre
Collection privée

Que voit on ? Tous les  éléments d'une nature morte traditionnelle sont réunis dans cette composition cubiste : le guéridon (une table de jeu carrée) ;  un compotier contenant quelques fruits posé sur une serviette drapée an premier plan ; au deuxième plan le couteau, énorme, disproportionné par rapport aux autres objets, traçant une perspective qui n'est pas forcément celle de l'ensemble de la composition (cubisme oblige) ; au troisième plan, sur le même niveau, trois objets : un coquetier sans oeuf à l'intérieur, un journal plié et disposé en travers dont on peut lire le titre et une carafe contenant un verre ou posée derriere le verre selon la lecture que l'on veut avoir du plan et de sa perspective déformée ; à l'arrière plan enfin, la fenêtre, son ouverture et la persienne qui la matérialise ouvrant le fond de cette nature morte vers un extérieur lumineux et lointain. Une palette très restreinte de bleus, gris, jaunes et noir, très espagnole, si espagnole, très pensée par ce peintre qui inspira tant Picasso qu'il aurait bien voulut lui dérober son oeuvre... mais tout Picasso qu'il fut, il ne l'a jamais pu et Juan Gris trouve aujourd'hui  - à ses côtés - dans les grands musées d'Art moderne de la planète une place qui permet de se livrer à d'amusantes comparaisons...

Rappel Biographique : Le peintre espagnol Juan Gris vécut et travailla en France à partir de 1906, où il fut proche du mouvement cubiste mais occupa une place très à part dans la peinture de son temps, sans doute toujours dans l'ombre de Picasso qui l'aurait volontiers  " éliminé de la carte "  selon les dires de Gertrude Stein. Salvador Dali disait de lui : « Juan Gris est le plus grand des peintres cubistes, plus important que Picasso  parce que plus vrai.  Picasso était constamment tourmenté par le désir de comprendre la manière de Gris dont les tableaux étaient techniquement toujours aboutis, d'une homogénéité parfaite, alors qu'il ne parvenait jamais à remplir ses surfaces de façon satisfaisante, couvrant avec difficulté la toile d'une matière aigre. Il interrogeait sans cesse : « Qu'est-ce que tu mets là ? — De la térébenthine. » Il essayait le mélange, échouait, abandonnait aussitôt, passant à autre chose, divin impatient. »
Aujourd'hui Juan Gris apparait comme un génie injustement resté dans l'ombre. Il a peint quasiment autant de natures mortes que de paysages ou de portraits.

Jusqu’en 1920, sa peinture est encore marquée par l’Espagne, celle des natures mortes de l’école de Séville des 16e-17e siècles – d’un Sanchez Cotan, d’un Valdes Léal ou d’un Zurbaran, par exemple – Gris aime profondément ces peintures des « blancs chartreux qui, dans l’ombre, glissent silencieux sur les dalles des morts ». Des blancs contrastant avec les noirs, il va donc tirer le parti le plus fort. Les œuvres des années de guerre 1916-1917 se distinguent par une sobriété, une austérité toutes particulières des couleurs sombres autant que des motifs : « C’est bien là cette ardeur castillane qui s’habille de noir, s’interdit tout éclat, et qui paraît de la froideur à un observateur superficiel », écrit Kahnweiler. Et Maurice Raynal de renchérir : « Toute l’Espagne est dans son œuvre : l’Espagne des tons livides, sulfureux et sombres du Greco, de Zurbaran, de Ribera, de Herrera. Rien ne servait davantage la notion du tableau-objet en soi que les choses les plus simples, les plus humbles et les plus maniables, auxquelles ils feront subir toutes les déformations possibles pour réaliser la plénitude de cet « objet ». 

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mardi 24 avril 2018

Raphaelle Peale (1774–1825)


Raphaelle Peale (1774–1825)
 Cheese with three crackers 1813
Private collection 

Que voit on ?  Posé sur une assiette en porcelaine blanche à bordure de liseré doré : un gros plan sur une pièce de fromage à pate cuite de type Cheddar ou plutôt Caerphilly cheese qui est volontiers  consommé avec des crackers, ici ronds et au nombre de trois dont un repose directement sur l'entablement ... Toujours très appétissant malgré sa centaine d'années !

Rappel biographique : le peintre américain Raphaelle Peale (qui n'est pas une femme malgré l'orthographe de son nom), est issu d'une dynastie de peintres américains dont le plus célèbre fut son père, le portraitiste Charles Willson Peale (1741-1827).
Raphaelle est surtout  connu pour avoir été le premier peintre professionnel de natures mortes installé aux Etats Unis et pour avoir, à ce titre, beaucoup influencé l'école américaine de la nature morte réaliste tout en travaillant comme taxidermiste dans l'atelier de naturalisation du musée d'animaux empaillés de son père.
 Intoxiqué par les produits utilisés dans la taxidermie (notamment le mercure et  l'arsenic) et devenu alcoolique, Raphaelle Peal eut une destinée tragique, alternant les séjours à l'hôpital. On retrouve sa vision de taxidermiste dans la peinture même de ces natures mortes, souvent envisagées sous un angle anatomique assez étrange et mélancolique, et traitant souvent de sujet unique. 
Il fut aussi très influencé par les maîtres hollandais du 17e siècle et par Cotan.




mercredi 31 mai 2017

Pablo Picasso (1881-1973) - Still-Life 1937



Pablo Picasso (1881-1973)
Still-Life, 1937
Oil on canvas, Private Collection

Que voit on ? Une nature morte extrêmement interessante de Picasso qui représente, posés sur une planche en bois dont une partie de la peinture de tranche a été arrachée et laisse le bois à nu, trois objets à identité africaine. A gauche : un masque (extrêmement émouvant) taillé à la hâte dans une boîte à chaussure en carton. Au milieu : un instrument de musique qui semble être un xalam (mandoline africaine) très primitif mais qui ressemble beaucoup plus à un shamizen japonais. A droite : une feuille de papier journal roulée en longue vue et repliée sur elle-même.  C'est une des rares incursions aussi frontales de Picasso du côté du Surréalisme... bien que la composition reste résolument cubiste.

Rappel biographique : le peintre espagnol Pablo Ruiz y Picasso qui a passé l'essentiel de sa vie en France, fut aussi dessinateur et sculpteurUtilisant tous les supports pour son travail, il est considéré comme le fondateur du cubisme avec Georges Braque auquel son nom est lié surtout dans le domaine des natures mortes. Il est considéré comme l'un des plus importants artistes du 20e siècle tant par ses apports techniques et formels que par ses prises de positions politiques et que par l'immensité de son production tous genre confondus, que l'on chiffre à près de 50 000 œuvres.
Les premiers collages et assemblages sont réalisés pendant l'hiver 1912, Nature morte à la chaise cannée (Paris, Musée Picasso), Guitare(s) en carton (Paris, Musée Picasso). A partir des années 20 ses natures mortes seront très proches, sur la même ligne de conception " cubiste analytique " que celles de George Braque, dont il devient un temps l'intime avant de s'en séparer définitivement.  Il y eut une connivence d'inspiration très rare entre ces deux peintres pendant une certaine période de leur vie et en particulier dans le domaine particulier du traitement de la nature morte. 
Picasso peint  beaucoup d'autres natures mortes après la Seconde guerre mondiale et hors de la période cubiste, mais ce n'est pas un genre qui tient une place aussi essentielle dans son oeuvre que dans l'oeuvre de Georges Braque.
Deux figures au bord de la mer est peint en janvier 1931, et en mars, Nature morte sur un guéridon. Cette année-là, voit également l'édition de deux livres majeurs : Les Métamorphoses d'Ovide (Lausanne, Skira) et Le Chef-d'œuvre inconnu de Balzac (Paris, Ambroise Vollard).
En 1932, Jeune fille devant le miroir est finie. Une rétrospective à la galerie Georges Petit, puis au Kunsthaus de Zurich, a lieu en juin. Picasso travaille à Boisgeloup aux têtes sculptées d'après Marie-Thérèse et à la série de dessins d'après La Crucifixion de Matthias Grünewald. De juin à septembre 1934, il fait des séries de corridas, peintes, dessinées et gravées. En août, il voyage en Espagne avec Olga et Paulo, et se rend aux corridas de Burgos et de Madrid. Il visite le Musée d'Art catalan de Barcelone. Il réalise une série de sculptures à texture moulée : Femme au feuillage et Femme à l'orange. Au printemps 1935, la galerie Pierre expose des papiers collés. Minotauromachie est gravée. Il se sépare d'Olga en juin, et le 5 septembre, naît Maya Picasso, sa fille avec Marie-Thérèse Walter. Le 25 mars 1936 voit le départ secret de Picasso avec Marie-Thérèse et Maya pour Juan-les-Pins. Il fait des gouaches et des dessins sur le thème du Minotaure. Cette même année, au début de la Guerre civile espagnole, il est nommé directeur du Musée du Prado à Madrid. C'est sans doute a cette époque qu'il rencontre les premières natures mortes inscrites dans un cadre du peintre de l'âge d'or,  Juan Sanchez Cotan.

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mercredi 4 avril 2018

Miguel de Pret (1595-1644)


Miguel de Pret (1595-1644) 
Racimo de uvas cerralbo
 Museo Cerralbo, Madrid

Que voit-on ? Un seule et unique grappe de raisin blanc suspendue à un fil et décrite avec une précision et une poésie qui saisisse toujours le spectateur un demi millénaire après avoir été peinte. 

Rappel biographique : Miguel de Pret (1595 -1644) était un peintre d'origine flamande né à Anvers et actif à Madrid, spécialisé dans les natures mortes. Une seule et unique nature morte signée de sa main, actuellement conservée dans la collection Abello, à Madrid fut longtemps considérée comme faisant partie de sa production picturale ;  il s’agissait  de Bodegón con cesta de higos, cesta de ciruelas, melón y fruta colgando qui résume toutes les caractéristiques des natures mortes madrilènes de la première moitié du 17e siècle, avec un mise en scène très ordonnée de fruits et légumes et un éclairage généreux et direct qui met en évidence les objets sur un fond noir.  Un style qui rappelle à bien des égards celui de Juan Sanchez Cotan. L’apparition de la signature de Miguel de Pret, à l’occasion d’une radiographie d'une Grappe de raisin blanc du Musée Cerralbo, jusqu’alors attribuée à Juan Fernandez el Labrador, a conduit récemment les experts à reviser les attributions et à créditer Miguel de Pret de plusieurs oeuvres (dont celle présentée ci-dessus) jusqu’alors attribuées à Juan Fernandez el Labrador.  
Cinq oeuvres sont maintenant attribuées de façon certaine à Miguel de Pret. 



samedi 24 janvier 2015

Juan Gris (1887‑1927) - Fruits et livres



Juan Gris (1887‑1927) 
Fruits et livres
Collection privée

Que voit-on ? Sur un guéridon recouvert d'une nappe bleue qui contraste avec le rouge du fond, s'étageant sur cinq plans : une assiette remplie d'abricots ou de pommes  trônant au centre du cadre au premier plan ;  au second plan  un verre  rempli d'un breuvage mystérieux ; au troisième plan  un compotier blanc rempli de raisins noir dans la meilleure tradition des contrastes de palette de l'Espagne de l'âge d'or  ; au quatrième plan un livre ouvert mais ouvert sur l'extérieur, ouvert sur la fenêtre qui occupe une partie du dernier plan : un livre-porte des rêves et des voyages, un livre qui s'envole et nous envole par la fenêtre.

Rappel Biographique : Le peintre espagnol Juan Gris vécut et travailla en France à partir de 1906, où il fut proche du mouvement cubiste mais occupa une place très à part dans la peinture de son temps, sans doute toujours dans l'ombre de Picasso qui l'aurait volontiers  " éliminé de la carte "  selon les dires de Gertrude Stein. Salvador Dali disait de lui : « Juan Gris est le plus grand des peintres cubistes, plus important que Picasso  parce que plus vrai.  Picasso était constamment tourmenté par le désir de comprendre la manière de Gris dont les tableaux étaient techniquement toujours aboutis, d'une homogénéité parfaite, alors qu'il ne parvenait jamais à remplir ses surfaces de façon satisfaisante, couvrant avec difficulté la toile d'une matière aigre. Il interrogeait sans cesse : « Qu'est-ce que tu mets là ? — De la térébenthine. » Il essayait le mélange, échouait, abandonnait aussitôt, passant à autre chose, divin impatient. »
Aujourd'hui Juan Gris apparait comme un génie injustement resté dans l'ombre. Il a peint quasiment autant de natures mortes que de paysages ou de portraits.

Jusqu’en 1920, sa peinture est encore marquée par l’Espagne, celle des natures mortes de l’école de Séville des 16e-17e siècles – d’un Sanchez Cotan, d’un Valdes Léal ou d’un Zurbaran, par exemple – Gris aime profondément ces peintures des « blancs chartreux qui, dans l’ombre, glissent silencieux sur les dalles des morts ». Des blancs contrastant avec les noirs, il va donc tirer le parti le plus fort. Les œuvres des années de guerre 1916-1917 se distinguent par une sobriété, une austérité toutes particulières des couleurs sombres autant que des motifs : « C’est bien là cette ardeur castillane qui s’habille de noir, s’interdit tout éclat, et qui paraît de la froideur à un observateur superficiel », écrit Kahnweiler. Et Maurice Raynal de renchérir : « Toute l’Espagne est dans son œuvre : l’Espagne des tons livides, sulfureux et sombres du Greco, de Zurbaran, de Ribera, de Herrera. Rien ne servait davantage la notion du tableau-objet en soi que les choses les plus simples, les plus humbles et les plus maniables, auxquelles ils feront subir toutes les déformations possibles pour réaliser la plénitude de cet « objet ». 

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jeudi 13 juillet 2017

Juan van der Hamen y Leon (1596-1631) - Bodegon con turrones

Juan van der Hamen y Leon (1596-1631) Bodegon con turrones (Nature morte avec nougats) Huile sur toile, 122 x 83 cm Cleveland Museum of Art

Juan van der Hamen y Leon (1596-1631)
Bodegon con turrones
(Nature morte avec nougats)
Huile sur toile, 122 x 83 cm
Cleveland Museum of Art

Que voit-on ? Tout dans cette composition, si élégamment signée en bas à gauche, respire l'harmonie des plaisirs de la vie. Présentés sur un entablement de pierre en forme de fenêtre ou d'alcôve, comme c'est fréquemment le cas dans les natures mortes hispano-hollandaises du 17e siècle, les turrones (nougats aux amandes ou aux noisettes) et les jijones (nougats en pure pâte d'amande et miel sans fruits secs entiers) dans des coupes d'argent simples et solides, encadrent littéralement les deux pièces de verreries qui occupent exactement le centre de la composition et qui sont aussi mystérieuses l'une que l'autre. Ce calice fermé au pied luxueusement ouvragé qui contient une liqueur rose-rouge translucide et prometteuse et cette bonbonne en verre noir dans laquelle se reflète la fenêtre que l'on ne voit pas, attestent de la sophistication de la maison.  Quatre noix et demie, pour faire bonne mesure, s'offrent ouvertes en deux au regard du spectateur, laissant apparaitre, une fois de plus, leur similitude avec la forme du cerveau humain. 

Rappel biographique : le peintre espagnol Juan van der Hamen y Leon - dont un grand nombre de natures mortes ont été publiées dans ce blog -  est surtout connu pour être un maître de ce genre, bien qu'il ait peint aussi des motifs religieux, des paysages et des portraits. Influencé autant par Juan Sanchez Cotan que par la peinture flamande de Frans Snyders dans ses premières natures mortes, il opta finalement pour un naturalisme plus italien et introduisit beaucoup de fraîcheur dans ses compositions. Sa touche est d'une grande délicatesse et d'un absolue précision. Van der Hamen emprunte à Sánchez Cotán le style apparemment sobre de ses compositions mais aussi cette façon systématique de détacher les objets sur un fond sombre et de les éclairer d'une lumière puissante. Les arrangements en quinconces et les ombres portées renforcent l'impression de précision et révèlent que ces compositions sont finalement tout sauf simples ! A partir de 1626, Van der Hamen peint des natures mortes plus complexes que ses premières en plaçant les objets sur différents niveaux. Ce type de composition que l'on retrouve à Rome au début des années 1620  dans les œuvres de Tomasso Salini et d'Agostino Verrocchi, était déjà présent dans les natures mortes de l'Antiquité que l'on découvrira à Pompei et Herculanum au 18e siècle. Les natures mortes de Juan van der Hamen ont exercé une grande influence sur ses contemporains comme Francisco de Zurbarán et plus tard chez des peintres comme Antonio Ponce et Juan Arellano. Une des caractéristiques de la peinture de Van der Hamen, pour laquelle il était surtout connu de son vivant,  résidait dans la représentation des coûteuses et luxueuses verreries de Venise ou d'Allemagne. Très préoccupé par l'agencement harmonieux des objets et la représentation précise des textures et des lumières, Van der Hamen livre toujours des compositions très géométriques où les cercles et les sphères ont un rôle primordial. Contrastant avec cette sévérité géométrique, l'artiste dispose souvent ses objets sur les bords des structures ou sur des escaliers en pierre, en faisant ainsi varier leur distance à partir de la source lumineuse. Les objets représentés, fruits légumes, bois, terre cuite, et cristaux sont toujours magistralement rendus avec une science de la répartition des couleurs, des ombres, des reflets et des lumières qui en font un maître d'une sensibilité incomparable.
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lundi 14 mars 2016

Juan Bautista de Espinosa (1628 et 1659) - Manzanas Higos Y Ciruelas



Juan  Bautista de Espinosa (actif entre 1628 et 1659)
Manzanas Higos Y Ciruelas
Museo del Prado, Madrid

Que voit-on ? Sur un entablement de pierre grise et sur un fond noir : une explosion de couleurs et de textures de fruits de saisons accompagné d'un movement presque dansant des feuilles du prunier et des deux figues à gauche du tableau. Une représentation magistrale de la joie et de la vie, rendues avec une économie de moyen absolue.

Rappel biographique : le peintre espagnol Juan de Espinosa  (actif entre 1628 et 1659) souvent confondu avec son homonyme Juan Bautista de Espinosa (1590–1641). Peintre baroque espagnol, il illustre parfaitement l'héritage hispano-flamand dont il parvient à se dégager dans des compositions plus sobres que celles de ses prédécesseurs, renouant avec la caractéristique dépouilleé du style espagnol hérité de Zurbaran et de Cotan.

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