lundi 23 novembre 2015

Foujita (1886-1968) - Mon intérieur



Foujita (1886-1968)
Mon intérieur (1922)
Centre Georges Pompidou, Paris

Que voit-on ? Cette peinture, aussi appelée quelquefois Nature morte à l'accordéon exposée au Salon d’automne de 1922, est, avec Mon intérieur (Nature morte au réveille-matin) aussi publiée sur ce blog, l’une des deux grandes natures mortes réalisées par Foujita au cours de l’hiver 1921-1922, dans son atelier de la rue Delambre à Montparnasse. Elle reflète le monde intérieur de l’artiste japonais, installé en France depuis 1913, et permet de le considérer comme un maître dans le domaine de la nature morte. Pour sa composition, il a choisi des objets révélateurs du lien étroit qu’il a tissé entre l’Orient et l’Occident, de son attachement à la France et de sa passion de collectionneur d’objets symboles, qu’il peindra toute sa vie. À la fois acteurs et témoins, la théière, la bouteille d’eau, la lampe à pétrole, la boîte à couture et autres bibelots chinés aux Puces, participent de la mythologie de son exil. Juxtaposés frontalement et symétriquement dans un ordre à la fois rigide et cocasse, ils illustrent les chapitres de la vie de l’artiste. Par exemple, les couleurs du drapeau français, mises en évidence au centre du tableau, instaurent un rapport savoureux entre la bobine de fil bleu, les boutons de nacre blanche et le rouge intense du napperon. Dans les années 1920, Foujita connaît déjà le succès à Paris, mais sa vie mondaine n’entamera jamais sa sérénité orientale et sa méditation sur le sens de la vie et de la mort. Au centre de son travail se retrouve son analyse de l’immanence des choses. Cette présentation de son atelier est conçue selon les quatre grands axes sacrés au Japon, le haut et le bas, la droite et la gauche. Le haut met en scène la question de la mort. Le bas incarne le vivant à travers les icônes qui représentent son rapport au sacré et au profane, à l’Orient et à l’Occident. Au centre de la composition, l’image d’Épinal qui est accrochée au mur, Le Degré des âges, représente un couple cheminant inexorablement du berceau au cercueil. Les autres objets présents sont également symboliques du passage de la vie à la mort. À gauche, un calendrier est ouvert à la date du 15 août, qui est celle de l’Assomption de la Vierge Marie, de la victoire de la vie éternelle sur la mort. À droite, le carton de foire troué par des balles symbolise ou parodie la mort. Cet ensemble est relié au reste de la composition par une image de l’Annonciation faite à Marie, qui figure sur le couvercle du nécessaire à couture. Cette image sacralise le Foujita couturier qui, en 1914, travailla comme styliste, chez Selfridges à Londres, puis fut, à Montparnasse, le propre confectionneur de ses vêtements et de ceux de sa femme Fernande ou de ses amis. Sur la table, deux poupées, l’une japonaise et l’autre française, représentent ses deux pays d’élection. Elles se donnent la main sous la protection d’une paire de chiens traditionnels en porcelaine, tels des gardiens du temple. Au centre, en majesté, son accordéon trône comme un bouddha, encadré par un recueil des Fables de La Fontaine – qui symbolise la sagesse et la morale occidentales – et les cinq éléments constitutifs de l’univers oriental, le feu et l’eau, sous la forme d’une lampe et d’une bouteille, le bois représenté par le vieux meuble ciré sur lequel reposent les objets, et enfin l’air et l’éther de l’espace environnant. Ces simples objets familiers, qui incarnent le dialogue de Foujita avec la vie et la mort, constituent une sorte d’autoportrait métaphysique de l’artiste. 
Extrait du catalogue Collection art moderne - La collection du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, sous la direction de Brigitte Leal, Paris, Centre Pompidou, 2007


Rappel biographique :  l'artiste français d'origine japonaise Tsugouharu Foujita aussi connu sous le nom de Léonard Foujita ou Foujita est aussi bien peintre que dessinateur, graveur, illustrateur, céramiste, photographe, cinéaste ou créateur de mode.... Il a illustré énormément d'ouvrages de librairie dans le Montparnasse des Années Folles et bien après (plus d'une centaine entre 1919 et 1970)  et un nombre non négligeable de natures mortes - ou intitulées comme telles - parsèment son oeuvre du début à la fin. 


dimanche 22 novembre 2015

Paul Gauguin (1848-1903) - Nature morte au profil de Charles Laval


Paul Gauguin (1848-1903)
Nature morte au profil de Charles Laval (1886) 
Indianapolis Museum of Art

Que voit-on ?  Sur un entablement en bois recouvert d'un drapé blanc réalisé avec une serviette,  8 fruits ronds (pommes) et un fruit contondant (aubergine) entourent une statue ou une poterie dont la forme est difficile à cerner. Le fond du tableau est un mur sur lequel est posée une toile (sans doute exécutée par Laval) qui représente un paysage en hauteur. Sur la droite du cadre, un personnage de profil Charles Laval, qui donne son titre à la toile, observe la nature morte. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois chez Gauguin qu'un personnage en marge du sujet central, observe une nature morte, mais cette fois-ci le personnage n'est pas n'importe qui. En effet Charles Laval (1861-1894) a joué un rôle déterminant dans la vie de Gaughin qui s'en est énormément inspiré ; c'est donc lui et sa façon de peindre que l'on retrouve dans cette nature morte qui en deviennent les sujets centraux.  Gaughin  et Laval se lient d'un forte amitié  dès 1886 à  la Pension Gloanec à Pont-Aven. En quête d'un exotisme qui pourrait leur fournir la clé d'un art « autre », Laval et Gauguin partent ensemble en 1887 pour le Panama. Afin de gagner quelques subsides, Laval exécute des portraits académiques  (tous perdus). Une série de mésaventures conduisent Laval et Gauguin à quitter le continent pour la Martinique, où un musée leur est d'ailleurs consacré. Laval réalise une petite série de paysages diaprés aux couleurs éclatantes, longtemps attribués à Gauguin. À bien des égards, les toiles martiniquaises de Laval devancent celles de Gauguin : Laval compose ses peintures selon les structures cadencées de Pierre Puvis de Chavannes, tout en simplifiant ses figures en arabesques décoratives. Monumentales et intemporelles, ses Femmes de la Martinique se situent à mille lieues d'un reportage colonial. Sujet à des crises de démence, tentant même de se suicider, Laval rentre des Antilles en 1888, quelques mois après Gauguin. Il en rapporte des toiles et des aquarelles qui fascinent  littéralement Gauguin mais  entre-temps, celui-ci a sympathisé avec le jeune Emile Bernard.  Laval, Gauguin et Bernard vont dès lors façonner ensemble une nouvelle syntaxe plastique. Bien des années plus tard, lorsque Charles Laval sera  si injustement oublié, Bernard et Gauguin, devenus ennemis irréductibles, revendiqueront l'un comme l'autre l'invention de ce système pictural révolutionnaire, occultant le rôle d'un Laval qui, discrètement, apportait son talent poétique au synthétisme. Dans le cadre d'une série d'échanges, Vincent van Gogh commande à Laval un Autoportrait dont le Hollandais louera avec enthousiasme les qualités psychologiques.

samedi 21 novembre 2015

Salvador Dali (1904-1989) - Anthropomorphic-Bread



Salvador Dali (1904-1989) 
Anthropomorphic-Bread (1932) 
Fundació Gala-Salvador Dalí, Figueres

Que voit-on ?  Un fond rouge et bleu qui peut à la fois être interprété comme un pan de mur peint dont les enduits de plâtres sont peints de deux douleurs différentes (couleur de terre et couleur de ciel) ;  il peut aussi être interprété comme une carte de territoire où le rouge représenterait la terre et le bleu la mer. Contre ce mur est posée une baguette de pain, enrobée dans un linge qui en accentue l'aspect phallique. Dans les natures mortes anciennes le pain possède une double signification : il symbolise l'hospitalité dans les natures antiques,  mais aussi l’Eucharistie dans les natures mortes de la Renaissance. Le pain représente la consolation de celui qui a faim au sens physique et spirituel. Dali accentue la signification de consolation au sens physique (tout le monde l'aura perçue! )  tout en gardant présente à l'esprit la signification religieuse omniprésente dans son oeuvre.  « Le pain a toujours été l’un des thèmes les plus fétichistes et obsessionnels de mon travail, c’est celui auquel je suis resté le plus fidèle » a dit Dali lors du vernissage d’une exposition « Recent paintings », qui lui fut consacrée à la Galerie Bignou à New York le 29 décembre 1945.
En faisant explicitement référence au phallus et à Jesus Christ,  ce Pain anthropomorphe associe donc le corps-contenant à son contenu qui le nourrit. C'est ce qui en fait un des chefs-d'œuvres de la nature morte surréaliste.

Rappel biographique : Salvador Domingo Felipe Jacinto Dalí i Domènech, connu comme Salvador Dalí, marquis de Dalí de Púbol, est un  peintre, sculpteur, graveur et écrivain catalan de nationalité espagnol, considéré comme l'un des principaux représentants du surréalisme et comme l'un des plus célèbres peintres du 20e siècle... en tout cas l'un des plus médiatisés de son vivant ! Les thèmes qu'il aborda le plus fréquemment furent le rêve, la sexualité, le comestible, sa femme Gala et la religion. La nourriture, et l'acte de manger, ont une place centrale dans l'œuvre et la pensée dalinienne pour qui « la beauté sera comestible ou ne sera pas »La création picturale peut-être la plus connue de Dalí est Montres molles. Elles coulent comme un camembert et dans l'explication surréaliste qu'il en donnera il dira  « Les montres molles sont comme du fromage, et surtout comme le camembert quand il est tout à fait à point, c’est-à-dire qui a la tendance de commencer à dégouliner. Et alors, mais quel rapport entre le fromage et le mysticisme ? […] Parce que Jésus, c’est du fromage. » 
Figure picturale essentielle, le pain fut très présent dès 1926.  Après le pain, thème rémanent dans ses natures mortes, l'œuf au plat sans le plat revient régulièrement dans son œuvre.  Figure picturale essentielle, le pain fut très présent dès 1926 dans l'œuvre de Dali. La très classique Corbeille de pain (1926), et  La corbeille de pain, Plutôt la mort que la souillure (1945) qui reprend le thème classique de la précédente furent exposées à une place d'honneur par Dalí au musée de Figueras, exprimant l'importance qu'il  leurs accordait. Ce fut d'ailleurs avec une baguette de pain de 2 mètres qu'il débarqua aux États-Unis pour la première fois suscitant l'étonnement des médias locaux d'alors qui y virent le symbole de la France, alors que le symbole était bien entendu double !  Et au cas justement ou l'on aurait mal interprété son geste, il  réitéra en France cette fois dans une conférence parisienne qu'il donna en 1959 en se présentant avec une baguette de pain de 12 mètres de long, " Trrrriom-phalliquement " portée par plusieurs boulangers. Salvador Dalí  réalisa plus de 1500 toiles dans sa vie, et produisit également des illustrations de livres, des lithographies, des costumes de théâtres, un grand nombre de dessins, de sculptures, d'objets et plusieurs films.

2015 - A Still Life Collection 

Un blog de Francis Rousseau

vendredi 20 novembre 2015

André Marchand (1907-1997) - Le melon jaune

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André Marchand (1907-1997)
Le melon jaune (1950)
Centre Pompidou, MNAM- CCI, Paris

Que voit-on ? sur un entablement vert :  un melon jaune qui donne son nom au tableau, 3 pêches, 2 citrons et  une douzaine de prunes, réparties dans   une composition très figurative mais qui pourrait vue de loin paraitre abstraite.

Rappel biographique  : Dans les années 1930-1950, André Marchand est l’un des grands représentants de la « jeune peinture française ». A ses débuts il peint des toiles ou « humanisme » et « surréalisme » se côtoient, cherchant par là son style et à exprimer sa sensibilité. A partir de 1940, sa palette se colore vivement. Il aborde différents registres : les arlésiennes, les taureaux dans le Delta du Rhône, les flamands roses, les nus et natures mortes appelées les Vies silencieuses, terme qui traduit bien ce désir de s’affranchir des apparences et de souligner l’intériorité des êtres et des choses. Ce qui l’amenait à dire qu’il ressentait en lui le passage du vent dans les feuilles de l’arbre qu’il était en train de peindre. « C’est une peinture qui s’inscrit dans un courant novateur… dont les recherches et l’évolution marquent une avancée dans l’histoire de la peinture ».
Il séduit alors les plus grand marchands : Galerie Carré, Maeght, Pierre Matisse, Maurice Garnier. Son succès est aussi bien critique que public  mais son caractère exigeant surtout auprès des galeristes qui l'exposent, l'isole dans la solitude.  On dit souvent qu'a cel s'est ajouté le fait que Marchand a été victime d’une blessure d’amour propre.  Il envisageait en effet d’installer sa fondation au musée Réattu à Arles où il avait travaillé. Apprenant ce projet, Picasso offrit à ce musée 56 dessins ce qui rendait impossible d’y installer la fondation. Marchand en fut profondément blessé. Et pourtant, André Marchand s’était révélé lui aussi un dessinateur exceptionnel que Matisse admirait. À 90 ans, quelques mois avant sa mort, il manifestait une vitalité étonnante qui l’incitait, chaque matin, à assurer la mise en forme de sa main en reproduisant les remous du Rhône. Il  disait : « Un peintre fait toujours le même tableau et le jour de sa mort, il a l’impression qu’il n’est même pas commencé »
Aujourd'hui, André Marchand mérite d’être revu pour son talent singulier qui donne la parole au silence et nous renvoie en écho son regard si pénétrant des âmes.  Représentant de l’Ecole de Paris, plusieurs de ses œuvres figurent notamment au musée d’Art Moderne de la Ville de Paris et au Centre Georges Pompidou et dans la plupart des grands musées du monde. On peut aussi voir certaines de ses oeuvres dans les collection du musée Estrine à Saint-Rémy de Provence où Marchand avait eu l'occasion de séjourner.

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2015 - A Still Life Collection 
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jeudi 19 novembre 2015

Bela de Kristo (1920-2006) - Le banjo



Bela de Kristo (1920-2006)
Le banjo (1967)
Collection privée

Que voit-on ?  C'est une toile d'un cubisme rigoureux et tardif puisqu'elle a été peinte en 1967 qui reste très inspirée par le constructivisme de Malevitch. Elle représente donc un banjo comme son titre l'indique et comme le graphisme le montre assez clairement.  La palette est presque monochrome et permet au noir de libérer toute sa force. 

Rappel biographique :  Le travail de Bela de Kristo est extrêmement varié. Tout au long de sa carrière, il n’a cessé de renouveler son mode d’expression, faisant des maquettes, des photomontages, illustrant des livres pour enfants, réalisant des décors de théâtre et de cinéma avec son ami Alexandre Trauner. Au début de sa carrière, il est influencé par les constructivistes russes tels que Malevitch. Bela de Kristo s’inspire des événements de la vie de tous les jours. Il utilise l’abstraction de la même manière que les Surréalistes mais c’est dans son approche du cubisme qu’il excelle. Son œuvre d’un cubisme rigoureux affiche une sensibilité chargée d’humour et de poésie.
Bela de Kristo  est un artiste, franco-hongrois qui a commencé ses études supérieures à l’École des beaux-arts de Budapest. Après avoir obtenu son diplôme, il arrive à Paris où il organise une exposition d’artistes hongrois en 1947 à Saint-Germain-des-Prés. Son pays étant occupé par l’armée soviétique, il décide de s’installer définitivement à Paris et fréquente régulièrement l’Académie Julian et  la Grande Chaumière. En 1948, il est un des fidèles piliers de l’académie d’André Lhote (rue d'Odessa) avec qui il partage les théories du cubisme. En 1954, il s’installe dans un atelier de la rue Vignon et nombre de ses dessins et cartons paraissent dans Paris Match entre autres. Cependant il passe la majorité de son temps à se consacrer à la peinture. Il se retire de la vie parisienne pour s’installer en Normandie qu’il découvre grâce à son ami Fernand Léger qui possède déjà une ferme atelier à Lisores. Il restera fidèle à la Normandie jusqu’à sa mort en mai 2006.

mercredi 18 novembre 2015

Bernard Buffet (1928-1999) - Nature morte à la marmite



Bernard Buffet (1928-1999) 
Nature morte à la marmite (1948)
Collection privée

Que voit-on ? Dans ce dessin de 1948,  qui est l'un des premiers de Bernard Buffet, posées sur un entablement indéfini, de gauche à droite : une marmite en fonte et son couvercle ; au centre de la composition une cuillère et une fourchette non alignées ;  à droite une casserole contenant une cuillère. La même année, Bernard buffet a dessiné deux autres variations sur ce même thème de la marmite : l'une avec un bougeoir vide et une clochette de service, et l'autre avec une carafe à bec verseur de type carafe à huile. Dans ces deux dessins les marmites ne sont pas tout à fait les mêmes que celle-ci, dont la forme est celle traditionnelle des " cocottes en fonte " encore utilisées aujourd'hui dans les meilleurs cuisines. 


Rappel biographique : Bernard Buffet est un peintre français expressionniste, qui a peint aussi bien des personnages que des figures, animaux, nus, paysages, intérieurs, natures mortes, fleurs. Aquarelliste, c'est également un peintre de décors de théâtre et un illustrateur. Il remporte le concours d’entrée de l'École nationale supérieure des beaux-arts en décembre 1943 à quinze ans, passant deux ans dans l'atelier du peintre Eugène Narbonne où il est déjà considéré comme très doué. Il s'y lie notamment d'amitié avec les peintres Maurice Boitel et Louis Vuillermoz.
En 1947, il expose L'Homme accoudé au Salon des indépendants et en décembre a lieu sa première exposition particulière présentée par Pierre Descargues, à la Librairie des impressions d'art.  On y reconnait déjà un graphisme très caractéristique qui sera tout au long de sa vie, la marque du peintre. L'État, par l'intermédiaire de Raymond Cogniat, lui fait son premier achat pour le Musée national d'art moderne de Paris avec la peinture Nature morte au poulet. En 1955, il obtient la première place au référendum organisé par la revue Connaissance des arts désignant les dix meilleurs peintres de l'après-guerre. Il peint les maquettes des décors et des costumes pour La Chambre argument de Georges Simenon qui devient son ami. Élu à l’Académie des beaux-arts au fauteuil de Paul Jouve, Bernard Buffet est alors le plus jeune académicien jamais élu sous la coupole.
En 1978, à la demande de l’administration des postes, Bernard Buffet réalise une maquette pour un timbre de trois francs L’Institut et le Pont des arts. À cette occasion le musée postal à Paris présente une exposition rétrospective de ses œuvres. Dans les années 1970-80, Bernard Buffet est un artiste au sommet de sa gloire que les critiques n'épargnent pas, comme tout artiste qui connait un grand succès de son vivant. Ils lui reprochent principalement le  " statisme " de sa touche dans laquelle ils décèlent peu d'évolutions au cours des années, le traitant volontiers de  " peintre académique ".
Au début des années 1980 son œuvre immense, est plus appréciée à l'étranger qu'en France, et principalement en Extrême Orient, aux Etats Unis, en Amérique du sud et au surtout Japon où elle connait un succès considérable et où lun musée est spécifiquement construit pour lui à Surugadaira, ce qui, à cette époque, est inédit pour un peintre vivant.
En 1986, sa femme et modèle favori, Annabel, publie D’amour et d’eau fraîche ; la même année sortent les deux premiers volumes de la monographie de Yann Le Pichon Bernard Buffet  couvrant la période 1947-1982, qui obtiennent immédiatement le Prix Élie Faure.
Bernard Buffet, diminué par la maladie de Parkinson, se suicide par asphyxie, le 4 octobre 1999, dans son atelier du Domaine de la Baume près de Tourtour (Var), étouffé dans un sac en plastique noir sur la surface duquel son nom était dessiné avec sa calligraphie si caractéristique ; dernière mise en scène un rien macabre d'un très grand artiste du 20e siècle, qui toute sa vie avait adoré mettre en scène sa propre existence. En novembre 2007, paraît le troisième et dernier volume de la monographie de Yann Le Pichon, couvrant la période de 1982 à 1999.
En 2016- 2017, le MAM (Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris), rend hommage au peintre a travers une exposition ou sont présentées toutes les acquisitions du musée  faites dans les années 47- 55 et quelques chef d'oeuvres prêtées par le musée Bernard Buffet de Surugadaira.

mardi 17 novembre 2015

Edouard Pignon (1905-1993)




Edouard Pignon (1905-1993) 
Coupe de fruits et nature morte sur la table (1942)

Collection privée

Que voit-on ?  Une scène de cuisine avec une  table bleue dont le tiroir est ouvert, un chaise en paille  et dans le lointain, une fenêtre ouverte sur un paysage ensoleillé. Sur la table bleue de gauche à droite : un drapé rouge sur lequel repose un compotier mauve avec trois fruits, un vert (poire), un rouge (pomme), un jaune (citron), un autre fruit vert et rond pas très identifiable émergeant des plis du drapés rouge ; un vase bleu foncée qui ressemble  à un soliflore  sans fleur ou à un vase funéraire est posé au centre de la table et de la composition ; près de la chaise, un vert, une assiette conteant un fruit coupé et un couteau et un cuillère.  

Rappel biographique  Issu d'une famille de mineurs du Pas-de-Calais il fut lui-même galibot avant de devenir cimentier-plafonneur parce qu'il ne supportait pas l'absence de lumière au fond de la mine.
En 1926, il décide, contre l'avis de tous, de devenir peintre et part s'installer à Paris. Il exerce alors plusieurs métiers : manœuvre aux usines Citroën, pointeau, figurant dans la troupe de Raymond Rouleau, metteur en pages... Ces années sont celles de la formation, mais son université, ce sont les cours du soir de l'université ouvrière, une culture arrachée aux heures de sommeil et aux rythmes difficiles du labeur. Les matières abordées sont la littérature  la philosophie, l'économie politique, l'histoire, l'histoire de  l'art . Et pour peindre, en plus des soirées à l'école Germain-Pilon, il profite des courts moments des heures de congé le samedi après-midi et le dimanche. En toile de fond, les réunions de l'Association des artistes et écrivains révolutionnaires. C'est la période intense et fructueuse des années trente, riche d'ardents débats, de responsabilités civiques et culturelles au milieu desquelles Pignon étudie et fait ses choix fondamentaux. Son engagement au Parti communiste en 1933 ainsi que sa rencontre avec Picasso en 1936 sont décisifs pour sa peinture , qu'il conçoit comme une « quête de la réalité ». À trente ans, quand il peint ses Meeting ou son premier Ouvrier mort, il se rattache au cubisme, utilisant les aplats de couleurs, les cernes épais et la règle d'or. Puis, très rapidement, il a la volonté de pénétrer au cœur des choses, de saisir, à leur naissance, ses émotions perceptives. Pour Édouard Pignon, la peinture est un moyen de connaissance. Il va peindre une toile qui va en créer une autre, chacune prenant la place de la dernière et créant aussi le besoin de celle qui va suivre. 
"Au début, on ne voit rien. On voit un ensemble de choses, mais on ne voit rien, ou plutôt, on voit comme tout le monde. Ce qu'il faut, c'est une longue observation méditative, crayon en main. Et au bout d'un certain temps on s'aperçoit que les choses commencent à avoir une autre vérité. La réalité apparaît beaucoup plus vraie. Cela demande beaucoup de temps" (La Quête de la réalité) 

lundi 16 novembre 2015

André Derain (1880 -1954)



André Derain (1880 -1954)
(attribué à ...)
Nature Morte avec pain
Collection privée 

Que voit-on ? sur une table en bois ressortant d'un fond blanc, trois éléments : une coupe blanche, un pichet vert  à anse et une miche de pain tranchée en son extrémité de façon à dessiner un coeur blanc. Ce tableau attribué a Derain n'est dans les coloris habituels de ce peintre fauve  ni dans sa touche, c'est pourquoi ce site prend cette attribution avec quelques doutes, bien que l'on ait déjà vu la majeure partie des peintres modernes et anciens, dérouter de façon quelquefois extrêmement surprenante les spectateurs de leurs oeuvres.  Pourquoi Derain ferait-il exception à la règle ?    

Rappel biographique : Le peintre français André Derain est l'un des fondateurs du  fauvismePeintre de figures, de portraits, de nus, de paysages, de marines, de natures mortes, il emploie diverses techniques :  huiles, gouaches, aquarelles, pastels. Il est également peintre de décors de théâtre, sculpteur, graveur et illustrateur.
Pendant l'occupation allemande de la France, Derain est courtisé par les Nazis comme symbole prestigieux de la culture française. Il accepte une invitation pour une visite officielle en Allemagne en 1941, avec, notamment, son ami Maurice de Vlaminck, Kees van Dongen ou le sculpteur  Paul Belmondo. Derain est traité de collaborateur et ostracisé après la Libération. Après la guerre, il renonce aux présentations publiques de ses œuvres et finit sa vie dans une solitude volontaire.
Son œuvre est parfois considérée comme un revirement vers la tradition après un engagement dans les avant-gardes mais elle témoigne fortement des préoccupations des artistes de son époque, dont beaucoup, à l'instar de Maurice De Vlaminck ou Félix Valotton suivent ce même itinéraire, qualifié par les historiens de l'art de « retour à l'ordre », auquel même Picasso n'échappe d'ailleurs pas  à la fin des années 1910., durant une courte période. L'œuvre de Derain est essentiellement picturale, mais il a également signé les décors et les costumes de nombreux ballets, illustré une trentaine de livres, il est également connu comme sculpteur. Une grande partie de son œuvre (80 peintures, 77 sculptures, des dessins, mais aussi des objets d'art primitif lui ayant appartenu), précédemment dans la collection Pierre et Denise Lévy, est présentée au musée d'art moderne de Troyes.

Ce blog a publié plusieurs natures mortes de ce peintre. Pour toutes les retrouver cliquez sur l'onglet libellé et retrouver le nom du peintre.



dimanche 15 novembre 2015

Pippo Oriani (1909-1972)


Pippo Oriani (1909-1972)

Natura morta (1960-65)
Collection privée

Que voit on ? Sur un guéridon posé sur une sol ce carrelages carrés, au centre de la composition, une compotier contenant deux poires. A droite du compotier, un verre à pied à godrons, très ouvragé. Sous les pieds du verre et du compotier, une caret a jouer qui semble être l'as de carreau. Sur le mur du fond plusieurs tableaux unicolores, jaune, orange et vert et une forme bleue qui pourrait être celle d'une nappe ou d'une ouverture sur l'extérieure. Un autre petit tableau à droite semble représenter un oiseau à moins qu'il ne s'agisse d'un ouverture vers l'extérieur. 

Rappel biographique :  le peintre italien Giuseppe Oriani  (dit Pippo dit) a  commencé à étudier l'architecture à l'École d'architecture de Turin où il a décidé de se rapprocher dès 1928 du groupe futuriste de recherche  picturale de Enrico Prampolini. De 1930 à 1936, il séjourne à Paris où il a fait partie avec  Gino Severini des " italiens de Paris." Il participe a  plusieurs Biennales de Venise en  1930, 1932, 1934, 1936 et 1938. Après la Seconde Guerre Moniale guerre, il abandonne temporairement la peinture pour reprendre des activités d'architecte et de designer d'intérieur. 
Il revient à la peinture au début des années 1950 avec nouveau style qu'il appelle "presenze umane". Il peignit beaucoup de natures mortes jsuquà la fin des années 1960. Oriani fut également journaliste et rédacteur en chef des revues  Città nuova, Natura e Città futurista, et collabora aux journaux Il Secolo XIX er L’Ambrosiano.

samedi 14 novembre 2015

Fernand Léger (1881-1955) - Grappe et poisson


Fernand Léger (1881-1955)
Grappe et poisson (1927)
Collection Privée

Que voit-on ?  De gauche à droite :  sur un fond très géométrique  un grappe de raisin blanc (ici vert), ce qui semble être un coin  de table sur lequel est posée une assiette jaune, un poisson très graphique dont les écailles sont filtrées par des losanges bleu et blanc, la queue par un éventail déployé et la tête par une ogive  plongeant dans ce qui semble être de l'eau (en forme de spaghetti ondulé)

Rappel Biographique : le peintre français Fernand Léger fut un peintre aussi créateur de cartons de tapisseries et de vitraux, décorateur, céramiste, sculpteur, dessinateur, illustrateur. Il a été l’un des premiers à exposer publiquement des travaux d’orientation cubiste. Cet amoureux du modernisme, du machinisme et de l'industrie, va peindre énormément de natures mortes tout au long de sa carrière. Déjà remis au goût du jour par les cubistes, "le genre traditionnel de la nature morte est réinterprété par Léger par le biais de sa théorie de l’objet. Tandis que les surréalistes l’intègrent à leurs œuvres pour sa charge symbolique, lui l’utilise comme point de départ d’une formulation plastique. La nature morte sert de prétexte à l’affirmation radicale de la valeur plastique de l’objet" (voir texte de référence :« Un nouveau réalisme, la couleur pure et l’objet », extrait d’une conférence au MoMA, New York, 1935).

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2015 - A Still Life Collection
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vendredi 13 novembre 2015

Adriaen Coorte (1665–1707) - Still Life with Shells



Adriaen Coorte (1665–1707) 
Still Life with Shells (1697)
Private collection 

Que voit-on ?  Sur un entablement de pierres polies  et jointées, quatre coquillages de tailles et de couleurs différentes dont un celui de droite  trace un ligne qui occupe la majeure partie du tableau. Le thème des coquillages a souvent été abordé par Adrian Coorte comme on peut le voir dans presque tous les grands musées du monde qui conservent beaucoup de ces pièces.

Rappel biographique : le peintre hollandais Adriaen Coorte est spécialisé exclusivement dans la peinture de natures mortes. Au contraire de la tendance de l'époque en Europe du Nord qui déployait argenterie et cristaux dans les natures mortes monumentales, Coorte a peint des natures mortes de petits formats et au sujets très intimistes pour ne pas dire minimalistes. 
On sait très peu de sa vie, si ce n'est qu'ill fut l' élève de Melchior d'Hondecoeter vers 1680 à Amsterdam et qu'il a installé son petit atelier de natures mortes à Middelburg, en 1683. Il peignait souvent sur du papier (quelquefois au dos de simples feuilles de compte) qu'il collait ou que l'on colla par la suite sur un panneau de bois ou sur un canevas pour mieux les préserver. 
Environ 80 oeuvres signées par lui ont été cataloguées, et presque toutes suivent la même composition à savoir de très petites quantités de fruits, de légumes ou coquillages, voir même quelquefois un seul fruit ou légume, posés le rebord d'une dalle de pierre, éclairé par le haut, avec le fond sombre typique de natures mortes du début du 17e siècle.
Les fraises des bois et les asperges sont ses motifs les plus fréquents. Les premières sont parfois représentées soit dans le même pot en terre cuite, soit dans de jolis bols bleus et blancs en porcelaine Wan-Li importés de Chine par la Compagnie des Indes. Quelques rares papillons brisent la noirceur de l'arrière-plan, ajoutant une tâche de couleur à ces compositions d'une magnifique austérité. Le fait qu'elle soient peintes sur du papier ajoutent à leur fragilité et à leur délicatesse infinie.  

Coorte ne fut pas très connu de ses contemporains en dehors de la petite ville de Middelburg et, comme Vermeer un siècle avant, il est totalement tombé  dans l'oubli  jusqu'à ce que les années 1950, l'historien d'art hollandais Laurens J. Bol, publie une première monographie suivie en 1977 d'un catalogue raisonné de l'oeuvre de  Coorte.

jeudi 12 novembre 2015

John Singer Sargent (1856-1925) - Two Octopi


John Singer Sargent (1856-1925)
Two Octopi (1885)
Private collection 

Que voit-on ? Autour de1880-1885, John Singer Sargent a peint un petit tableau à l'huile représentant deux poulpes blottis dans la pénombre sur le pont d'un bateau de pêche près des côtes de Bretagne. Cette toile est l'une des toutes premières peintures à l'huile de l'artiste et montre déjà sa grande maîtrise technique. Mais ce qui frappe aujourd'hui c'est le choix dece sujet très particulier, rarement abordé dans la peinture européenne jusqu'à Sargent et, dans quelques rares cas seulement, dans la peinture japonaise des 18e et 19e siecle. Pourquoi un sujet aussi sujet inattendu surtout chez un peintre qui deviendra célèbre pour ses portraits de personnages la haute société  internationale ?  Peut etre pour céder au japonisme ambiant mais plus sûrement  sans doute  par choix délibéré de se faire remarquer dès le début de sa carrière professionnelle et de frapper à jamais les esprits. Bien visé ! Il réitèrera d'ailleurs plus tard dans carrière en s'attaquant à un autre sujet inhabituel avec ses aquarelles de 1917 représentant des alligators !  

Rappel biographique : le peintre américain John Singer Sargent  à étudié à l'Ecole des beaux-arts de Paris et a passé une bonne partie de sa vie en Europe en France, en Italie et en Angleterre.  Il fut  un ami proche des grands artistes de l'époque, comme Claude Monet, Paul Helleu ou Gabriel Fauré et très lié avec le sulfureux Robert de Monstesquiou et le prince Edmond de Polignac, deux figures du Tout Paris homosexuel de cette époque. Au cours de sa carrière, il a peint environ 900 toiles et plus de 2 000 aquarelles, et réalisé d'innombrables croquis et dessins. Son œuvre documente ses voyages à travers le monde, de Venise au Tyrol, de Corfou au Moyen-Orient, de Paris à Londres et du Montana à la Floride. Principalement portraitiste mondain, il ne se limita cependant jamais à ce genre et aborda aussi les compositions à personnages, les compositions religieuses, les scènes de genre, les intérieurs, les paysages, les  marines, les compositions murales avec une égale maîtrise. Mais Sargent fut surtout célèbre pour son habileté dans les portraits d'un style sophistiqué, exécutés avec une indéniable virtuosité et une certaine audace théâtrale. Ainsi réalisa-t-il sur commande les portraits des personnages les plus riches et puissants d'Europe et des États-Unis, comme l'académicien Édouard Pailleron et son épouse, Auguste Rodin, John D. Rockefeller, Robert Louis Stevenson, ou encore les présidents Theodore Roosevelt et Woodrow Wilson. Ses portraits de femme sont parmi les plus célèbres du genre comme ceux de Dame Ethel Smyth, d'Almina Wertheimer, de la comédienne  Ellen Terry dans Lady Macbeth ou celui de Madame Pierre Gautreau (son portrait le plus controversé,   intitulé Madame X) aujourd'hui conservé au Metropolitan Museum of Art de New York et dont Sargent dira lui- même : « Je suppose que c'est la meilleure chose que j'ai faite ».  
À une époque où le monde artistique se tournait vers l'Impressionnisme, le Fauvisme et le Cubisme, Sargent pratiqua son interprétation personnelle du Réalisme, qui fasait brillamment référence à Velázquez, Van Dyck et Gainsborough. Sa facilité à paraphraser les maîtres, d'une manière contemporaine, lui amenèrent quantité de commande de portraits, réalisés avec une telle virtuosité  qu'isl lui valurent le surnom de « Van Dyck de son temps ».


mercredi 11 novembre 2015

Clara Peeters (1594-1657) - Still Life with Crab, Shrimps and Lobster



Clara Peeters (1594-1657)
Still Life with Crab, Shrimps and Lobster (1630-35)
MFAH - Museum of fine arts Houston
Gift of the Enthoven Foundation

Que voit-on ?  Sur une table recouverte d'une somptueuse nappe grise en jacquard représentant une scène dans un paysage de campagne dont Clara Peeters s'amuse à déformer la perception à travers les 3 plis centraux, est présenté un uontbijtgen ("petit déjeuner "qui correspond à notre actuel déjeuner actuel)) avec l'habituel profusion de pains et de poissons qui correspondait à ce que l’on mangeait dans un repas situé en fin de matinée (en réalité  notre déjeuner moderne). Ce confortable  " petit déjeuner " détaille une profusion de victuailles présentés dans des éléments de vaisselle précieuse comme les plats en porcelaine de Delft, l'argenterie finement ciselée et le Berkemeyer (verre précieux au réceptacle conique fabriqué en Allemagne et en Hollande depuis le 15e siècle) totalement rempli ici de vin. De gauche à droite s'étalent ainsi le menu du petit déjeuner : un crabe entier non décortiqué, des pains plats sans levain, une crème ou un sorbet présenté dans un magnifique coupe en argent ciselé, un plat de crevettes, un pain rond protégé par une serviette pliée en chapeau de nonne, diverses galettes et sauces, un plat d'oeufs de poule mêlés à des oeufs de caille, un gros homard cuit mais non décortiqué, et à l'arrière plan au centre du tableau parachevant cette composition en pyramide, une pile de 3 demi fromages a pâtes cuites. Il n'y a sur cette table du matin aucun élément symbolique comme un verre renversé ou  un citron pelé qui vienne rappeler la fragilité de la vie. C'est ne nature morte qui ne vise à rien d'autre que la représentation de la richesse de la table et de la bonne santé économique de son propriétaire. 

Rappel biographique : la peintre Flamande Clara Peeters  était autodidacte et a peint essentiellement des natures mortes. (à l'exception d'un auto portrait). Elle fut active très jeune en tant que  peintre (dès l'âge de 13 ou 14 ans selon les documents !) et fait partie des premières femmes peintres qui ait exercé officiellement ce métier, avec une place reconnue de son vivant, par les Guildes des peintres de la période d'or du baroque flamand.  Cette femme à la personnalité hors du commun, dont on pense qu'elle fut, adolescente, l'élève très privée d'Osias Beertse spécialise, dès l'âge de 18 ans, dans les natures mortes dont elle saisit les sujets soit autour de la table des repas quotidiens soit dans des mises en scène plus sophistiquées. Elle s'intéresse beaucoup aux reflets sur les objets métalliques, pièces, plats, vases, coupes, timbales bijoux, présents fréquemment dans ses compositions, en premier plan, avec un fond plus sombre. Ces plus belles natures mortes - qui sont autant de chef d'oeuvres - ont été peintes dans l'année 1611 et sont conservées au Musée du Prado.

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mardi 10 novembre 2015

Felice Boselli (1650-1732) - Dispensa con ortaggi, funghi, selvaggina,testa di vitello e civetta




Felice Boselli (1650-1732)
Dispensa con ortaggi, funghi, selvaggina,testa di vitello e civetta (1690)
Parma Galeria Nazionale

Que voit-on ? En pleine nature,  dans un paysage de sous-bois qui s'ouvre sur une clairière à gauche et un décor de ruines antiques à droite, un amoncellement de victuailles (gibiers et légumes) rangées dans une structure pyramidale, sous l'oeil interrogateur  et stupéfait d'une chouette perchée sur un tronc (à droite) et de ce qui semble être un perroquet, seules animaux vivants rescapés de ce massacre !  Les éléments représentés sont des légumes (un cardon et son feuillage, des oignons en tresse, des navets en bottes, des champignons et une poire égarée), du gibier à foison déjà dépecé ou non (lièvre, dinde, poulet, perdrix, canard), une tête  de veau et une jarre en céramique vernissée verte qui trône littéralement auprès de la tête de veau.  Cette "copie d'après " des natures mortes hollandaises très en vogue en Italie au 17e siècle s'applique à décrire la différence entre l'apparence et la réalité.  Les historiens de l'art se sont souvent demandés ce que Boselli avait cherché à suggérer au spectateur à travers cet amoncellement de symboles disparates. Qu'il ait voulu montrer la richesse et le faste, comme dans les natures mortes d'apparat hollandaises ne fait pas de doute,  mais on peut s'étonner dans ce cas qu'il n'y figure pas le moindre élément d'argenterie, de porcelaine de Chine ou de verreries finement ciselée.  Il semblerait que Boselli - qui s'adressait à la clientèle aristocratique et cultivée de son temps - ait plutôt voulu signifier  à travers cet amoncellement de victuailles, un   appel à la modération et la frugalité.  Ce qui plaide définitivement en faveur de cette hypothèse est  la présence incongrue de la chouette vivante au milieu du  massacre. Attribut de la sagesse de Minerve,
la chouette est dans la mythologie le symbole de la clairvoyance. Pour appuyer cette analogie, la chouette est représentée sur fond de paysage de ruines antiques. L'invitation à la frugalité et à une vie simple, très ancrés dans la littérature antique (Virgile et Horace notamment) était sans doute un élément auquel les aristocrates, commanditaires de Boselli, à l'éducation humaniste, ne pouvaient qu'être sensibles.

Rappel biographique :   Boselli fut un peintre actif principalement à  Piacenza, où il a étudié et a été introduit dans le monde de la peinture par Michel-Ange Nuvolone, frère du célèbre  peintre Joseph Nuvolone. C'est avec eux qu'il a rencontré Angelo Crivelli, (connu aussi sous le nom Crivellone), peintre animalier spécialisé dans la peinture de gibier. Cette rencontre a considérablement influencé le style de Boselli qui fut avant tout, un peinte  autodidacte,  acquérant ses connaissances par l'observation des oeuvres des maîtres passés ou étrangers (hollandais principalement) ou de ses contemporains comme Parmigianino ou Annibale Carracci. Boselli a peint  près d'une centaine de natures mortes, dont la plupart sont conservées dans les musées de la Lombardie et d'Emilie et représentent des événements de la vie quotidienne de son temps, des cuisines avec des quartiers de porcs ou de bœuf, des poulets, du gibier et des poissons, éléments  morts auprès desquels  il  introduisait souvent un animal vivant, de préférence un petit chat. Il a également peint des fresques comme celles de l'église de Santa Brigidade Piacenza et des scènes mythologiques pour la forteresse de Fontanellato.
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lundi 9 novembre 2015

Man Ray (1890-1976) - Cuisine



Man Ray (1890-1976)
Cuisine - Planche 7 du portfolio de Électricité 10 rayogrammes
Paris, Compagnie parisienne de distribution d'électricité, 1931.
BnF / Estampes et Photographies.

Que voit-on ? dans un plat de service en porcelaine blanche couché sur un lit de riz blanc, une volaille sans tête ( canard ? pintade ? poulet? )  et dont la cuisson est très prononcée. Tracés sur la photographie, une dessin en forme de spirale blanche (évocation d'ondes électriques)  part de l'emplacement de la tête pour se perdre  hors cadre dans la haut de la photographie.

Rappel biographique :  Emmanuel Radinsky plus connu sous le pseudonyme de Man Ray fut un  peintre, photographe et réalisateur de cinéma, acteur du mouvement Dada à New York, puis du  surréalisme à Paris. Son pseudonyme emprunte trois lettres à son prénom et trois à son nom, et signifie littéralement homme rayon (de lumière), ce qui doit être entendu comme l'homme qui écrit avec la lumière, c'est-à-dire la signification du mot photographe
À Montparnasse, durant trente ans, Man Ray révolutionne l'art photographique. Les grands artistes de son temps posent sous son objectif, comme James JoyceGertrude Stein ou Jean Cocteau. Il contribue à valoriser l'œuvre d'Eugène Atget qu'il fait découvrir aux  surréalistes  En 1934, Meret Oppenheim pose pour Man Ray, cette série de photos de nus devient l'une de ses séries les plus célèbres.
En 1940, après la défaite de la France, Man Ray s'embarque pour les Etats-Unis en compagnie de  Salvador Dali, de sa femme Gala et du cinéaste René Clair.  Il  a photographié peu de natures mortes. Quand Man Ray, photographe surréaliste, choisit en toute liberté le vocabulaire de sa nature morte, il n'en reste pas moins fidèle au souci générique de rendre la complexité subtile des formes et les effets de reflets. Dans une de ces natures mortes (Objets 1926) il reprend, par ailleurs, sous la forme d'un briquet gravé à son nom, la tradition ancestrale de la signature d'artiste au cœur du tableau.

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dimanche 8 novembre 2015

Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779) ,Lièvre avec besace et cartouche de poudre

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Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779)
Lièvre avec besace et cartouche de poudre  (1730)
Philadelphia Museum of Art

Ce que l'on voit :  Un lièvre mort attaché par un fil à la patte et présenté tête bêche avec quelques ustensiles de chasse sur un fond qui se confond avec les nuances du pelage de l'animal.  Jean-Baptiste-Siméon Chardin n'avait aucun intérêt particulier pour la peinture des  trophées de chasse dans lesquels les peintres hollandais s'étaient illustrés au 17e siècle,  à grands renforts d'amoncellement de cadavres de bestiaux, de ruissellement de sang et de viscères. Lorsque l'on commanda à Chardin ce genre de trophées de chasse, il fit comme pour les natures mortes végétales, il adapta le genre à sa propre sensibilité et, du même coup, le transforma radicalement. Ainsi dans cette première série de trophées de chasse peintes autour de 1730,  où il peint des lièvres morts au milieu de quelques ustensiles simples utilisés par les chasseurs, comme que le flacon de poudre en corne et la besace, accessoires qui apparaissent régulièrement dans bon nombre de ses autres peintures. Cette thématique est un prétexte pour Chardin à explorer les propriétés des matériaux, les différence de texture set les jeux de la lumière sur les objets, tout à fait dans le droit de fil de ce qu'il avait initié avec son tableau La raie peint deux ans avant celui-ci et qui l'avait fait remarquer de l'Académie Royale de peinture. Marqué par sa simplicité et son extrême dépouillement  (en comparaison des tableaux du même genre que pouvait peignait à la même époque le grand spécialistes des trophées de chasse, les deux français Alexandre-François Desportes et Jean-Baptiste Oudry), ce Lièvre avec besace et cartouche de poudre est presque monochromatique. La palette choisie  oblige le spectateur à un effort visuel inédit jusque là et qui fait de cette représentation un chef d'œuvre d'une modernité qui étonne encore aujourd'hui tant les similitudes avec à le style impressionniste sont grandes.


Rappel biographique :   Célèbre pour ses scènes de genre et ses pastels, Chardin est aussi reconnu pour ses natures mortes dont il reste le maître incontesté. D'après les frères Goncourt, c'est Coypel qui en faisant appel à Chardin pour peindre un fusil dans un tableau de chasse, lui aurait donné le goût pour les natures mortes. Ces deux tableaux de réception à l'Académie Royale de peinture sont tous deux des natures mortes, La Raie et Le Buffet qui se trouvent aujourd'hui au Musée du Louvre. Chardin devient ainsi peintre académicien « dans le talent des animaux et des fruits », c'est-à-dire au niveau inférieur de la hiérarchie des genres alors reconnus. Et c'est sans aucun doute Chardin qui va lui donner ses lettres de noblesse et en faire un genre pictural égal, voire même supérieur à bien des égards, aux autres. Les natures mortes qu'il peindra plus tard (à partir de 1760) sont assez différentes des premières. Les sujets en sont très variés : gibier, fruits, bouquets de fleurs, pots, bocaux, verres...  Chardin semble s'intéresser davantage aux volumes et à la composition qu'à un vérisme soucieux du détail, ou aux  effets de trompe-l'œil. Les couleurs sont moins empâtées. Il est plus attentif aux reflets, à la lumière : il travaille parfois à trois tableaux à la fois devant les mêmes objets, pour capter la lumière du matin, du milieu de journée et de l'après-midi. On peut souvent parler d'impressionnisme avant la lettre.

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samedi 7 novembre 2015

Alexandre-François Desportes (1661-1743) - Nature morte avec gibier, chien, chat, lièvre et bas-relief


Alexandre-François Desportes (1661-1743)
Nature morte avec gibier, chien, chat, lièvre et bas-relief, 1730
Collection privée

Que voit-on ?  Une treille chargée de lourdes grappes de raisins rouge. Nous sommes à l'extérieur. Un grand chien de chasse regarde avec interêt le gibier (canard, perdrix) qui gît à même la terre,  derrière deux gigantesque cardon blancs. A l'arrière plan, derrière la treille, une table à gibier improvisée sur le rebord d'une ouverture richement ornée d'un bas relief antique, sur laquelle repose un grand lièvre dont la tête et les deux pattes avant pendent dans le vide. Un chat, animal fétiche de Desportes, surgit de l'ombre, attiré par le lièvre qu'il observe avec appétit tout en  faisant mine de s'intéresser à autre chose ! 

Rappel biographique :  le peintre français Alexandre-François Desportes est le maître incontesté de la peinture animalière au 17e et 18e siècle. Ce genre était considéré fort injustement avec la nature morte, comme une sous catégorie pictural, ce qui n'empêcha ni Louis XIV ni Louis XV de faire largement appel à Desportes pour peindre leurs chiens favoris.  Elève de Frans Snydersil s’est largement imprégné de la tradition flamande. Portraitiste à la Cour de Pologne au début de sa carrière, il  rejoint la Cour de Versailles à partir de 1700 et ne la quittera plus jusqu'à sa mort. Il exécute de nombreux tableaux décoratifs pour orner les demeures royales (Versailles, Marly, Meudon Compiègne, Choisy...) et devient  peintre des chasses et de la meute royales pour Louis XIV puis pour Louis XV. Lors des chasses royales, Desportes suit le roi et Saint Simon rapporte :  « qu’il allait même d’ordinaire à la chasse à ses côtés, avec un petit portefeuille pour dessiner sur les lieux leurs diverses attitudes, entre lesquelles le roi choisissait, et toujours avec goût, celles qu’il préférait aux autres. »  La nature morte n'entre dans l'art de Desportes que très épisodiquement et uniquement pour son aspect décoratif et la mise en scène dont elle permet d'entourer les peintures de gibiers et d'animaux morts ou pour rehausser les portraits des chiens royaux.

vendredi 6 novembre 2015

William-Michael Harnett (1848-1892) - After the Hunt



William-Michael Harnett (1848-1892)
After the Hunt (1885)
California Palace of the Legion of Honor, San Francisco

Que voit on ? Un trompe l'oeil avec une porte aux ferronneries ouvragées, rouillées et mal entretenues (en bas à droite une brisure de volutes de la ferronnerie est nettement visible) et dont on aperçoit à gauche la serrure et la clé. Pendus sur la porte, plusieurs attributs de chasse ont été rangés dans un désordre feint, autour de trois oiseaux (cailles?), d'un petit lièvre et d'un " massacre " de jeune cerf (trois ans selon les cornes). On y trouve : le chapeau du chasseur, son fusil, son cor d'hallali en cuivre, sa besace en cuir et une "flasque" appelée sans doute à contenir quelque alcool fort. A gauche du massacre, suspendu à un clou, un petit cor de rabattage en corne de sanglier. A droite, un couteau de dépeçage solidement fixé sur la menuiserie de la porte.
Harnett a peint trois versions différentes de cet After the Hunt qui varient par la nature du gibier exposé, son emplacement et des changements de coloris ou de formes dans les attributs de chasse. Dans la version qui se trouve à la Hungtinton Library de San Marino (Californie), la première version peinte (1883), un canard col vert remplace le lièvre et les attributs de chasse sont moins fournis (pas de " massacre " par exemple). Dans la seconde version (1884) qui se trouve au Butler Institute of American Art de Youngstown (Ohio),  les pièces de gibier et les attributs sont à peu près les mêmes que dans cette version de 1885 à l'exception de deux palombes remplaçant les cailles et d'une pique à gibier à manche de bois qui est absente de la  version présentée ici, qui reste la plus équilibrée des trois.

Rappel Biographique : Le peintre américano-irlandais William-Michael Harnett est connu pour ses natures mortes en trompes-l'oeil faites à partir d'objets du quotidien au sens large puisque l'on y trouve aussi bien des livres que des ustensiles de bureau, de cuisine, des attributs de chasse ou des instruments de musique folklorique. Il se situe, dans ce sens, dans la tradition des grands peintres de trompes l'oeil et de natures mortes hollandais du 17e siècle et de Peter Claesz en particulier. Beaucoup d'autres peintres américains se sont engouffrés dans cette tendance à la suite de William-Michael Harnett, comme Raphaelle Peale ou John Peto, mais il en demeure le représentant le plus spectaculaire. 
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jeudi 5 novembre 2015

Eugène-Louis Boudin (1824-1898)


Eugène-Louis Boudin (1824-1898)
Gibier et fruits sur une table, ca. 1854-1857 
MuMa Le Havre

Que voit-on ?  Sur une belle table à gibiers en bois sur la partie droite de laquelle une nappe blanche a été jetée,  de gauche a droite : un grand lièvre présenté sur le flanc, une de ses pattes prises dans un panier de légumes à anse, comme dans un dernier piège fatal, un canard sauvage gisant sur un coin de la nappe blanche, une perdrix enfouie dans la verdure et dont la tête s'efface derrière un oignon jaune. Quelques pommes et poires éparses sur la nappe blanche ferment la composition sur la droite du cadre. A l'arrière plan, dans la pénombre, un amoncellement de légumes verts entretient comme un trompe-l'oeil, une confusion possible avec l'existence d'un paysage dans le lointain, alors que l'on perçoit bien que le fond du tableau est fermé par un mur sur lequel s'appuie la table à gibiers.

Rappel biographique : Le grand peintre français de paysages, de marines et de plages, Eugène-Louis  Boudin n'a pas peint énormément de natures mortes, mais il en a laissé tout de même un catalogue significatif. On peut comprendre que cet homme qui fut à l'origine de la peinture à l'extérieur de l'atelier, n'ait pas été très attiré par le genre de la nature morte qui est par essence un genre d'atelier.
Eugène-Louis Boudin est considéré comme l'un des précurseurs de l'impressionnisme. Peintre marin, expert en matière de rendu de tout ce qui est lié à la mer et à ses rivages, il peint notamment de nombreux tableaux décrivant la vie des pêcheurs sur les ports et les marchés,  ainsi que celle des familles bourgeoises du 19e siècle sur les plages de Normandie. S'il ne rencontre un succès public relatif qu'à l'approche de la soixantaine, son travail de peintre d’avant-garde est reconnu par les critiques et peintres impressionnistes dès les années 1870, les collectionneurs (Ivan Tourgueniev, Georges Feydeau, puis les Rothschild ou Cary Grant) se mettant dès lors à acheter ses tableaux de paysage mais c'est surtout à partir de 1929, année qui voit Jeanne Lanvin acheter une de ses toiles, que le succès et la reconnaissance lui sont définitivement assurés.
Au cours de sa vie, Eugène-Louis Boudin  a peint près de 4 500 tableaux et laissé autant de dessins, pastels et aquarelles. C'est le musée d'art moderne André-Malraux du Havre qui possède la plus grande collection de tableaux de Boudin, avec 224 peintures dont de nombreuses esquisses et études, toutes exposées. Une grande partie provient du « legs Boudin », comportant 60 toiles et 180 panneaux, reliquat de la vente aux enchères, le 21 mars 1899, des œuvres retrouvées dans son atelier à sa mort. Le Musée Eugène-Boudin de Honfleur possède en outre 93 œuvres de l'artiste. Ce musée a été créé en 1868 par Louis-Alexandre Dubourg, peintre honfleurais et ami de Boudin. Ce dernier enrichit les collections du musée en léguant à sa ville natale 53 de ses œuvres ainsi que 17 œuvres de ses amis (Ribot, Hamelin...).

mercredi 4 novembre 2015

Arthur Bolotte (actif 1863-1864)



Arthur Bolotte (actif 1863-1864) 
Canard (1864) 
Tirage sur papier albuminé d'après négatif sur verre au collodion
BnF Estampes et Photographies, Paris.

Qu voit-on ? Sur une porte ou une planche en bois, un canard  fruit d'une chasse récente, pendu par une patte, en attente d'être consommé, la tradition au 19e siècle voulant que l'on laisse la viande de certains gibiers " s'attendrir " pendant plusieurs jours avant de la consommer. Ce thème du gibier pendu par la patte est un classique de la nature morte depuis l'antiquité romaine ; on le retrouve reconduit à l'identique dans la photographie aux 19e et 20e siècle, de Bolotte à Mapplethorpe. Mais ce n'est pas tant pour le sujet que pour la technique que cette photographie tirée d'un négatif sur verre est interessante. La variété et la richesse des nuances de noir et blanc qu'elle contient est prodigieuse, certains gris ayant même un aspect rosé. 

Rappel biographique :  On possède très peu de détails sur la biographie de cet artiste photographe des débuts de la photographie.  On sait qu'associé d'abord avec A. Martin avec qui il produit des études de fleurs pour l'industrie naissante de l'ameublement (alors très friande de ce thème), Bolotte signe en 1864 quelques belles et rares natures mortes sur le thème du gibier. Généralement le photographe qui prend des exemples dans le passé est limité par une technique qui, au 19e siècle et pour une bonne partie du 20e siècle, ne restitue pas les couleurs, et rend les matières selon une gamme assez uniforme. Lorsqu'il dispose comme Bilordeaux, en une ambitieuse composition verticale, tous les poncifs du genre (coquillages, plumes de paon, épée damasquinée...) on se situe plutôt dans le domaine de la référence historique voire du pastiche  plus que dans celui de l'invention d'une esthétique proprement photographique. Par contre chez Arthur Bolotte, la démarche est totalement différente et il s'obstine dans un rendu des matières et de textures qui classe ses photographies au rang des grands chefs-d'œuvres et non plus seulement de pastiches d'antiques. 

mardi 3 novembre 2015

Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779) , Perdrix grise, poire et piège au lacet sur un entablement de pierre


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Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779)
Perdrix grise, poire et piège au lacet sur un entablement de pierre (1768)
Huile sur toile  (45.5 x 39.2 cm)
Städelsches Kunstinstitut und Städtische Galerie, Frankfurt

Que voit-on ? Sur un entablement de pierre où sont apposées (à gauche)  la signature du peintre et la  date, prenant appui sur un mur à fond uni brun, au centre de la composition : un oiseau mort, qui est une perdrix grise présenté sur le flanc avec le piège au lacet qui a servi à la capturer et qui déborde de l'entablement. Derrière la perdrix, une poire très rouge sur la face et verte sur le dos, donne l'échelle et permet d'avoir une idée de la grosseur de l'oiseau.  Dans ce tableau en particulier, la touche " impressionniste "  de Chardin est telle (150 ans avant que l'impressionnisme n'existe)  que l'on comprend aisément pourquoi Manet admirait tellement Chardin qu'il considérait comme " le plus grand peintre français du 18e siècle ".

Rappel biographique :   Célèbre pour ses scènes de genre et ses pastels, Chardin est aussi reconnu pour ses natures mortes dont il reste le maître incontesté. D'après les frères Goncourt, c'est Coypel qui en faisant appel à Chardin pour peindre un fusil dans un tableau de chasse, lui aurait donné le goût pour les natures mortes. Ces deux tableaux de réception à l'Académie Royale de peinture sont tous deux des natures mortes, La Raie et Le Buffet qui se trouvent aujourd'hui au Musée du Louvre.  Chardin devient ainsi peintre académicien « dans le talent des animaux et des fruits », c'est-à-dire au niveau inférieur de la hiérarchie des genres alors reconnus. Et c'est sans aucun doute Chardin qui va lui donner ses lettres de noblesse et en faire un genre pictural égal, voire même supérieur à bien des égards, aux autres.
Les natures mortes qu'il peindra plus tard (à partir de 1760) sont assez différentes des premières. Les sujets en sont très variés : gibier, fruits, bouquets de fleurs, pots, bocaux, verres...  Chardin semble s'intéresser davantage aux volumes et à la composition qu'à un vérisme soucieux du détail, ou aux  effets de trompe-l'œil. Les couleurs sont moins empâtées. Il est plus attentif aux reflets, à la lumière : il travaille parfois à trois tableaux à la fois devant les mêmes objets, pour capter la lumière du matin, du milieu de journée et de l'après-midi. On peut souvent parler d'impressionnisme avant la lettre.

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lundi 2 novembre 2015

Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) - Bouquet de violettes dans un vase



Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) 
Bouquet de violettes dans un vase (1882) 
Dallas Museum of Art

Que voit-on ? Se détachant d'un fond sombre difficile à identifier, en équilibre sur le bord d'un meuble ou d'un étagère, un verre à godrons rempli d'eau et contenant un bouquet de violette. Quelques brins de violettes tombés du verre gisent sur l'entablement.  


Rappel biographique : le célèbre peintre  français Henri de Toulouse-Lautrec, né Henri Marie Raymond de Toulouse-Lautrec-Monfa étai aussi dessinateur, lithographe et illustrateur. Né dans l'une des plus vieilles familles de France, descendant en droite ligne des comtes de Toulouse qui furent jusqu'au 13e siècle parmi les plus puissants féodaux du royaume, Henri de Toulouse-Lautrec hérita de ce nom illustre, mais sans fortune et avec une infirmité génétique due aux mariages consanguins fréquents dans sa famille : la pycnodysostose. 
Toulouse-Lautrec vécut pour son art.  Le catalogue raisonné de ses œuvres publié en 1971 énumère 737 peintures, 275  aquarelles, 369  lithographies (y compris ses célèbres affiches) et environ 5 000 dessinsDans sa jeunesse les chevaux constituaient pour lui un sujet habituel. Depuis l’enfance, il aimait l'équitation et devoir y renoncer à cause de sa maladie fut pour lui quelque chose de très douloureux, c’est pourquoi il décida de continuer à faire vivre dans ses œuvres sa passion pour les chevaux.
Au début de sa carrière, il peignit quelques nus masculins comme exercices, mais ses meilleurs nus sont ceux des femme qu'il peignit, pas forcément de belles jeunes filles, mais plutôt des femmes qui commençaient à vieillir. Pour peindre ce genre de tableaux il s’inspirait d’Edgar Degas.
Il ne cessait de dessiner : quelques dessins sont des œuvres en elles-mêmes, mais beaucoup sont des ébauches pour des peintures ou des lithographies. Quelquefois ses dessins ressemblaient à des caricatures qui, en quelques traits, rendaient un geste ou une expression 
Il créa 31 affiches et 325 lithographies, inventant une technique de "spray" originale, consistant à gratter une brosse à dents chargée d'encre ou de peinture avec un couteau.
N’ayant pas besoin d’exécuter des œuvres sur commande, Lautrec choisissait des sujets qu'il connaissait bien ou des visages qui l’intéressaient et, comme il fréquentait des gens de toute sorte, ses tableaux couvrent une vaste gamme de classes sociales : nobles et artistes, écrivains et sportifs, médecins, infirmières et figures pittoresques de Montmartre. Beaucoup de ses tableaux montrent des prostituées parce qu’il les considérait comme des modèles idéaux pour la spontanéité avec laquelle elles savaient se mouvoir, qu’elles fussent nues ou à moitié habillées. Il peignait leur vie avec curiosité, mais sans moralisme ni sentimentalisme et, surtout, sans chercher à leur attribuer le moindre caractère fascinant.
En tant qu'illustrateur, Henri de Toulouse-Lautrec a réalisé des affiches devenues célèbres et, partie moins connue de son œuvre, il a également illustré une quarantaine de chansons, des succès principalement interprétés dans les trois grands cabarets parisiens de l'époque : Le Moulin Rouge  et Le Mirliton d' Aristide Bruant. 
La nature morte n'était pas son sujet de prédilection, cependant il en dessina quelques unes. On ne peut que regretter que Toulouse Lautrec n'ait pas plus illustré ce genre, pour lequel il était, comme pour tout le reste, extrêmement doué.

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2015 - A Still Life Collection 

Un blog de Francis Rousseau 

dimanche 1 novembre 2015

Pompei , Nature morte aux murènes et oiseaux



Pompei  (1e siècle  av. JC) 
Nature morte aux murènes et oiseaux 
Museo archeologico, Napoli

Que voit-on ?  Cette nature morte peinte sur un  mur de la salle à manger d'une villa de Pompei est construite sur les deux niveaux d'un garde-manger à étagères, sans doute en marbre.  
Sur le niveau supérieur : deux oiseaux morts ( perdrix ?), la tête du premier (à gauche) pendant de l'étagère pour accentuer la perpective alors qu'il est figé dans une position verticale au corps ; la tête du second est cachée par le corps du premier, et ses pattes au contraire du premier sont figées dans un position  horizontale au corps.  
Sur le niveau inférieur : deux murènes enroulées l'une à l'autre, la perspective étant accentuée par trois éléments qui débordent de l'étagère et qui sont de gauche à droite : la tête de la première, la queue de la seconde et la queue de la première.  


Rappel historique : Pline l'Ancien raconte que dans la Grèce antique, le peintre Piraikos qui vivait au 3e siècle avant notre ère, vendait déjà fort cher ses " Provisions de cuisine ", des tableaux de chevalets représentant des victuailles ou des instantanés d'échoppes de cordonniers et de barbiers. Dans la hiérarchie des genres picturaux d'alors, ces représentations de provisions de cuisine sont déjà considérées comme un genre mineur... et  elles le resteront pendant de longs siècles... au moins jusqu'à Chardin, si ce n'est jusqu'à Cézanne. Genre mineur donc, loin derrière les sujets religieux, les portraits et les paysages, mais genre que les commanditaires s'arrachent pourtant !
Le grec Piraikos reste le plus célèbre des peintres de ce genre. Hélas, aucun exemple n'est parvenu jusqu'à nous de ces peintures des menus objets du quotidien par Piraikos,  peinture que l'on nommait à cette époque Rhyparographie .
A la même époque, un autre peintre grec, Zeuxis rivalisait avec la nature au point que des oiseaux voulaient picorer les raisins qu'il peignait et qu'il passe être l'inventeur du réalisme et  de l'illusionnisme  ne peinture, pour ne pas dire du premier trompe-l'oeil. Il faut là encore faire confiance au récit de Pline l'Ancien, car aucun exemple de cet art ne nous est parvenu.
Les premières natures mortes connues du monde occidental sont des fresques et des mosaïques du 1er siècle de l'ère chrétienne, provenant de Campanie (Herculanum et Pompéi) ou de Rome. Elles sont exécutées dans un style réaliste et illusionniste : fruits veloutés, poissons et volailles posés sur une marche de pierre ou sur deux étagères d'un garde manger, généralement en trompe l'œil avec des ombres portées, ou quelquefois dans des coupes en verre avec des transparences subtiles.
Ces peintures évoquent le xenion antique, un cadeau fait de denrées qu'un hôte doit offrir à ses invités. Pourtant la nature morte de l'Antiquité possède une autre ambition que celle du seul plaisir mimétique. Comme le précise Charles Sterling : « Il est clair que les natures mortes hellénistiques et romaines qui représentaient des mets prêts à être consommés comportaient une allusion épicurienne ». On trouve ainsi assez fréquemment des mosaïques de natures mortes et des vanités dans les atriums d'été romains, où les convives invités aux repas étaient ainsi encouragés à cueillir le jour qui passe, Carpe diem selon la célèbre formule d'Epicure, à profiter de la vie tant qu'il était encore temps de le faire. Une déclinaison plus sophistiquée de la tradition égyptienne pharaonique qui voulait que l'on fît passer un cadavre devant les convives avant de commencer un repas pour leur rappeler l'impermanence de la vie !  Les natures mortes garderont tout au long des siècles jusqu'à nos jours,  cette signification épicurienne.

2015 - A Still Life Collection 
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