lundi 28 décembre 2015

Robert Mapplethorpe (1946-1989)



Robert Mapplethorpe (1946-1989) 
Calla Lilly (1986)
Solomon R. Guggenheim Museum, New York

Que voit-on ?  Il s'agit d'une fleur d'arum fanée et rongée par un insecte. A hauteur du pistil très rabougri, près de la tige, on aperçoit des pustules sans doute signes d'une maladie. Robert Mapplethorpe est arrivé à New York dans les années 1970 alors que se produisaient  deux événements simultanés  mais bien distincts : la prise en considération de la photographie comme un e forme d'art, et l'explosion du mouvement  punk et des cultures gays. Initialement formé à la peinture et à la sculpture, Mapplethorpe s'oriente assez rapidement vers la photographie en réalisant en 1969-70 des collages érotiques, à partir d'images découpées dans des magazines, avant de créer ses propres images à l'aide d'un appareil  Polaroïd. En quelques années, il expose des nus masculins et féminins érotiques, des natures mortes de fleurs et des portraits de célébrités, tous réalisés avec un appareil grand format. Tout au long des années 1970, son travail se développe dans un style à la fois classique et élégant en privilégiant une thématique homo-érotique très explicite qui va le rendre rapidement célèbre dans le monde entier.  
Bien qu'il ait travaillé de temps en temps en couleur, Mapplethorpe est resté tres fidèle à l'élégance minimaliste de la photo en noir et blanc. Dans nombre de ses œuvres la distinction entre hommes et femmes est problématisée : Calla Lily par exemple présente une fleur d'arum, normalement censée incarner la féminité et  la re-déploie comme un organe  sexuelle masculin mâle.  
L'emploi du noir et blanc par  Mapplethorpe a une époque ou la plupart de ses contemporains des années 1980 travaillent en couleur le rapproche de certains maitres anciens et apporte à ces photos d' indéniable qualités poétiques et mélancoliques. A l'apogée de sa carrière, Mapplethorpe a été frappé par le sida et ses dernières photos  ont toute une humeur plus sombre  qui insistent sur le caractère transitoire de la vie.

Extrait de la notice du Guggenheim Museum

dimanche 27 décembre 2015

Robert Doisneau (1912-1994)



Robert Doisneau (1912-1994)
Dunoyer de Ségonzac peignant une nature morte (Vers 1951)
Bibliothèque nationale de France 

Note de la Bnf :  " À l'instar du peintre Dunoyer de Segonzac organisant, sous l'objectif de Doisneau, les éléments de son prochain tableau, des photographes tels Sougez ou Sudek ne dérogent pas à la règle d'une composition préalable à la prise de vue. Si les objets tendent à se singulariser selon une épuration visuelle toute moderne, leur agencement dans l'espace et les effets de lumière exaltant, comme en peinture, les rendus de matières, n'en requièrent pas moins un traditionnel travail de préparation. "

samedi 26 décembre 2015

William J. McCloskey (1859-1941)



William J. McCloskey (1859-1941) 
Apples in a basket (1906)
Private Collection 

Que voit-on ?  Sur une table en bois verni, huit pommes présentées dans leur panier et papier d'emballage, plusieurs étant  répandues sur la table. Le thème des fruits dans un panier ou sur une étagère a été très fréquemment utilisé par William McCloskey. Ce thème lui fournit ici  à la fois l'opportunité d'une étude très détaillée de la texture des pommes vues sous toutes leurs facettes mais aussi une étude tout aussi détaillée de la texture des objets les plus quotidiens  comme le papier de soie servant, à partir du 19e siècle, à protéger les fruits pendant leur transport. Comme on peut le voir ici, William McCloskey excelle dans l'art de peindre les plis complexes du papier de soie qui sert véritablement de toile de fond aux pommes brillantes et dodues se déversant du panier penché et se reflétant sur le bois verni.

Rappel biographique : Le peintre américain William-J.-Mac-Closkey fut une figure déterminante de la scène de la nature morte Californienne au 19e et 20e siècle. Très peu connu en Europe, il est célèbre dans son pays pour ses peintures de fruits (oranges et pommes notamment) présentés dans leur emballage de livraison. Originaire de Philadelphie, il étudie la peinture à la Pennsylvania Academy of Fine Arts avec un maître du réalisme à la technique implacable, Thomas Eakins. Son attrait pour la nature morte s'explique par l'influence qu'exerça sur lui la famille Peale (et surtout Raphaelle Peale dont plusieurs toiles sont présentées sur ce site), véritable dynastie qui avait dominé le monde de l'art à Philadelphie au début du siècle. C'est à cette époque que William épouse Alberta Binford (1855–1911) elle-même artiste de renom. Malgré leurs succès en Californie, le couple McCloskeys déménagent à New-York au début de 1886 et c'est dans cette ville que William va connaitre un véritable triomphe en se spécialisant dans les natures mortes réalistes de fleurs et de fruits. Tout au long de leurs carrières très  distinctes, les McCloskeys vont être extrêmement mobiles, n'hésitant jamais à voyager à travers les Etats-Unis aussi bien qu'en Europe, pour satisfaire des commandes de portraits ou pour exposer et promouvoir leur travail. Ainsi, ils ont vécu et travaillé à San Francisco, Londres, Paris, Salt Lake City, Los Angeles en plus de leur long séjour à New York. Dans la dernière partie de leur carrière, vers le milieu des années 1920, le style très réaliste du couple Mac-Closkey ne fait plus recette. William, aussi bien que sa femme tombent dans l'oubli jusqu'à ce qu'en 1996,  une grande rétrospective leur soit consacrée au Bowers Museum of Cultural Art in Santa Ana en  Californie, faisant réapparaitre au grand jour (et sur le marché de l'art américain) bon nombre de leurs œuvres.  Les tableaux d'oranges enveloppées dans du papier de soie de William (car il en a peint plusieurs) sont aujourd'hui les plus connus. Alberta, elle, a peint  plutôt d'autres fruits et quelques fleurs...

vendredi 25 décembre 2015

René Magritte (1898-1967) - Les belles réalités



René Magritte (1898-1967)
Les belles réalités (1964)
Collection privée

Que voit on ?  Une pomme  qui flotte librement dans un ciel très nuageux et qui occupe le centre de l'image. L'absence de tout soutien pour cette pomme flottante, laisse penser qu'elle est en apesanteur, contredisant ainsi de façon insolente et incongrue le célèbre principe Newtonien. Cette impression est renforcée par le positionnement d'une table sur le sommet de la pomme qui semble agir comme une force antagoniste qui pousserait la pomme vers le bas. La bizarrerie de cette association entre la pomme et la table est encore renforcée par les disparités d'échelles : le gigantisme de la pomme et le nanisme la table recouverte d'une nappe en lin, présentée dans une logique inversée par rapport à  celle de la réalité dans laquelle  la table devrait être plus grosse que la pomme qui devait a peine être visible !  L'incertitude règne et c'est précisément ce que vise Magritte. Sa représentation extraordinaire des objets les plus familiers pousse le spectateur vers une appréciation plus  " grandiose " du monde...et ceci  tout en révolutionnant littéralement les codes de la nature morte ! 
La forme sphérique présentée en apesanteur, qu'elle soit celle de la pomme ou d'autre chose, se rencontre très souvent dans l'oeuvre de Magritte  pour qui elle  suggère l'harmonie cosmique. La sphère apparaît sous diverses formes tout au long de sa carrière, que ce soit sous la forme  d'un ballon d'un œuf, d'un chapeau, d'un grelot... Cependant la pomme avec ses références à Newton et au Siècle des Lumières, est peut-être l'itération la plus reconnaissable de la forme en général dans l'art de Magritte. Parmi ses emplois les plus célèbres on peut citer celui que Magritte en fait dans La chambre d'écoute où la pomme atteint des proportions colossales pour être finalement pris eau piège dans un intérieur domestique. 
Dans une lettre à Harry Torczyner du 3 Octobre 1963, Magritte a donné une explication assez   le titre de tableau :   " Belles réalités, écrit il, est basé sur le principe que le « sens des réalités »  pour être bien connu de tous ne devrait pas à être analysé à l'aulne de ce préjugé tenace qui  rend toujours  la «réalité»  laide, insupportable etc. " (R. Magritte, Magritte / Torczyner, Lettres Entre Amis, New York, 1994, p. 90).  Ce tableau serait donc une sorte de "  manifeste du bonheur " ... celui de Magritte peut-être même dont la prospérité était immense dans les années 1960,  mêlant reconnaissance internationale croissante et une influence indéniable  sur toute la jeune génération montante d'artistes.

Rappel Biographique :  René-François-Ghislain Magritte, est un peintre surréaliste belge.  La peinture de Magritte s’interroge sur sa propre nature, et sur l’action du peintre sur l’image. La peinture n’est jamais une représentation d’un objet réel, mais l’action de la pensée du peintre sur cet objet. Magritte réduisait la réalité à une pensée abstraite rendue en des formules que lui dictait son penchant pour le mystère : « je veille, dans la mesure du possible, à ne faire que des peintures qui suscitent le mystère avec la précision et l’enchantement nécessaire à la vie des idées », déclara-t-il. Son mode de représentation, qui apparaît volontairement neutre, académique, voire scolaire, met en évidence un puissant travail de déconstruction des rapports que les choses entretiennent dans la réalité. Magritte excelle dans la représentation des images mentales.  L’élément essentiel chez Magritte, c’est son dégoût inné de la peinture plastique, lyrique, picturale. Magritte souhaitait liquider tout ce qui était conventionnel. « L’art de la peinture ne peut vraiment se borner qu’à décrire une idée qui montre une certaine ressemblance avec le visible que nous offre le monde » déclara-t-il. La réalité ne doit certainement pas être approchée sous l’angle du symbole.
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2015 - A Still Life Collection 
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jeudi 24 décembre 2015

Nicklaus Stoecklin (1896-1982)



Nicklaus Stoecklin (1896-1982)
Stilleben mit Achat 1946
Collection Privée 

Que voit-on ? Cette nature morte composé autour d'une pierre d'agate brute qui apporte dans la peinture méticuleuse d'un intérieur bourgeois assez banal, une indéniable dimension d'étrangeté . L'intérieur bourgeois en question est composé d'un plateau d'argent qui retient avec la précision maniaque que l'on connait à ce peintre, le moindre des reflets  qu'on lui présente ; d'un verre plein d'eau contenant une branche de fleur ; d'un rideau à l'imprimé délicatement restitué dans ses plus infimes détails ; d'une main grattoir en ébène et ivoire ; d'une petite aquarelle représentant une vue de ville fluviale dans un cadre très sobre. L'agathe présentée dans toute pureté semble etre un oeil un porte ouvert vers un  univers rempli de monde nouveaux, de promesses de galaxie lointaine, d'ailleurs.

Rappel biographique : Nicklaus Stoecklin  est un peintre et graphiste suisse du  20 siècle. Après avoir fréquenté les cours de Robert Engels à l'École des beaux-arts de Munich (1914), puis avoir appris l'art de la lithographie avec Burkhard Mangold (1915-1918), il travaille dans l'atelier de son oncle, où il réalise ses premières affiches. Sa grande virtuosité en ce domaine lui permet de reproduire la réalité avec un souci qui confine à la précision photographique ou, au contraire, de se complaire dans une stylisation poussée à l'extrême. Les thèmes choisis sont ceux issus de la société de consommation, comme les produits de la technologie moderne et les pratiques culturelles (sport, expositions, tourisme). La composition est construite très rigoureusement et obéit à un ordre qui baigne l'ensemble d'une atmosphère hermétique comme dans Automobilpost in den schweizer Alpen, 1925. Chaque réalisation est abordée avec une exigence, une précision et un style proches de l'esthétique de la Nouvelle Objectivité, à laquelle l'artiste est maintes fois associé par le biais d'expositions auxquelles il prend part : en 1925 à la Städtische Kunsthalle de Mannheim, en 1979 au Kunstmuseum de Winterthur. Les tableaux qu'il réalise par ailleurs révèlent un réalisme poussé jusqu'à une stylisation exacerbée. Les thèmes en sont des paysages (Lago Maggiore, 1916, Bâle, K. M.), des vues urbaines (Sperrstrasse, 1918), des natures mortes (Stilleben mit Brioches, 1937) ou des scènes du quotidien (Atelierfenster im Johanniterhaus, 1928). Le monde de Stoecklin est fait d'éléments sensibles ou triviaux que contrebalance toujours une vision géométrique. Son œuvre a fait l'objet de présentations à la Kunsthalle de Bâle en 1928 et au Deutsches Plakat Museum d'Essen en 1987.

mercredi 23 décembre 2015

Nicolas de Staël (1914-1955) - Le pot rouge



Nicolas de Staël (1914-1955)
Le pot rouge (1952)
Collection privée 

Que voit-on ?  La figuration sous l'abstraction (ou le contraire) avec ce qui pourrait être une vue d'une terrasse dans le sud de la France.  Dans le haut du cadre une plongée sur la mer (les 2 bleus) et un paysage de campagne (noir et vert). Au premier plan un sol fait de quatre bandes de couleurs différentes sur lesquels est posé le pot rouge qui donne son nom à cette toile, en plein centre de la composition, stupéfiant d'expressivité.

Rappel biographique : Le peintre français  d'origine russe Nicolas de Staël, né baron Nicolaï Vladimirovitch Staël von Holstein,  est issu d'une branche cadette de la famille de Staël-Holstein. Plus d'un demi siècle après sa mort, il reste l'un des peintres les plus marquants du 20e siècle posant un problème aux historiens de l'art qui ne savent pas dans quelle catégorie le classer,  ce qui doit le réjouir post mortem, lui qui détestait les catégories et les courants.
La réinvention de la figuration opérée par Staël a été mal comprise alors qu'elle anticipait d'une vingtaine d'année l'évolution générale de l'art. Il a « retrouvé le visible sans renoncer aux possibilités expressives et à la liberté d'action qui définissent la peinture contemporaine»  alors que Paris perd sa place de capitale des arts, dès les années 1960, sous l'effet du marché de l'art et de la surenchère : " on y est devenu incapable de discerner le pastiche de l'original " selon Umberto Eco.
Selon Marcelin Pleynet et Michel Seuphor : « ...il faut tenir compte de Nicolas de Staël, vu et revu souvent avec et travers l'avant-garde américaine de années cinquante. Ces nouveaux mouvements d'abstraction suivent le cheminement de Staël, délaissant la peinture gestuelle pour une peinture brossée, voir maçonnée ».
Peu exposé de son vivant, son œuvre a donné lieu à de nombreuses manifestations posthumes qui ont confirmé sa stature sur le plan international. " Staël fut le plus puissant créateur de sa génération dans l'École de Paris de l'après-guerre, sur laquelle il a exercé une forte influence Il a été le premier à dépasser l'antinomie  abstraction-figuration ".
Nicolas de Staël meurt à 41 ans en se jetant de la terrasse de l'immeuble où il avait son logement et un de ses ateliers à Antibes. L'ensemble de son oeuvre s'étend sur 15 années. Il a peint, à partir de 1952, plusieurs natures mortes dont quelques unes sont aujourd'hui conservées et exposées au Musée Picasso d'Antibes à quelques pas de son ancien atelier. Plusieurs sont présentées sur ce blog.

2015 - A Still Life Collection 
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mardi 22 décembre 2015

Giorgio Morandi (1890-1964) - Natura Morta Pere 1924



Giorgio Morandi (1890-1964)
Natura Morta Pere 1924
Private Collection 

Que voit-on ? sur une table recouverte d'une nappe blanche virant au rose sur sa surface,  huit fruits sont disposés, ce qui est assez rare dans les natures mortes de ce peintre qui préfèrent souvent les objets et ustensiles de cuisine aux fruits. De gauche à droite : sur une base de prunes mauves est posée ce qui semble être tomate, traitée dans la même couleur mauve que les prunes mais avec une pointe de rouge qui semble en définit l'identité  assises sur leur base, quatre poires assurent une transition des mauves  (une poire est même franchement mauve!) au vert, couleur dans laquelle le peintre a choisi de représenter deux des quatre poires. Ce jeu de couleurs à la fois réelles et irréelles pour certains fruits (une tomate mauve et une poire mauve)  donnent à cette composition une aspect extraordinaire et magique à partir d'un sujet on ne peut plus  quotidien !

Rappel biographique : Le peintre italien Giorgio Morandi, bien que qualifié de futuriste ne peut être identifié à aucun mouvement pictural du 20e siècle en particulier. Ayant peint de très nombreuses natures mortes, l’œuvre de Cézanne représente évidemment une influence majeure pour lui ; il lui emprunte la monumentalité des formes et les zones denses de couleurs. Mais simultanément, il développe une approche beaucoup plus intime de l’art.
Les natures mortes de Giorgio Morandi représentent des objets toujours ordonnés avec soin sur une table dans l'atelier, pour être observés et peints. Ces objets qu'il a lui même achetés chez des brocanteurs, qui lui ont été donnés par des amis ou qu'il a ramassés dans la rue, sont facilement identifiables de toile en toile ; ce sont des bouteilles, cubes,  entonnoirs auxquels viennent se mêler, à l'occasion mais rarement, un coquillage ou un fruit. Le positionnement des objets dans le cadre est réalisé avec une attention particulière portée à la " géométrisation" de l'espace qui peut alors se lire en carrés et diagonales. Un lent travail de maturation est mis en œuvre par le dessin et la peinture par reprises successives, superpositions de couleurs faites d'une pâte ample avec des dégradés de gris d'une extrême sensibilité, qu'amplifie une sorte de délectation morose. Morandi avait la réputation de broyer lui-même ses couleurs.

lundi 21 décembre 2015

Antoine Vollon (1833-1900) - Nature morte au samovar et au bol de fruits



Antoine Vollon (1833-1900)
Nature morte au samovar et au bol de fruits
National Trust of Scotland (Broadie Castle)

Que voit-on ?  Sur un entablement de bois partiellement recouvert d'un drapé vert sur la droite du cadre, un magnifique samovar d'apparat en cuivre (bouilloire russe destinée à la préparation du thé) ; une grande tasse à thé en cuivre repoussé et abondamment sculpté, en forme de mug (appelé aussi  moque en français du 19e siècle), fermée d'un couvercle et principalement utilisée dans les régions littorales ou par les marins en Europe du Nord ; une cuillère en or ou en vermeil  attestant de la richesse du propriétaire ; un bol en porcelaine de Chine contenant trois pêches.

Rappel biographique : le peintre français Antoine Vollon est considéré comme appartenant au mouvement réaliste, bien que son style s'adapte toujours en fonction du sujet traité. Artiste productif, fougueux et extrêmement doué, Antoine Vollon affichait une préférence marquée pour les effets de lumière. Il a peint des ports, des marines aux grands cieux tourmentés et des pêcheurs mais c'est surtout comme peintre de natures mortes qu'il aimait se présenter lui-même. 
Il débute sa carrière à Lyon, où il apprend la gravure sur métaux et fréquente l 'Ecole des beaux-arts de la ville où il est l'élève de Théodule Ribot. Il développe rapidement une attention particulière surtout pour les natures mortes qui relèvent d’un défi  technique et artistique. Ce défi couvre un champs très large qui va de la représentation d'une motte de beurre (comme ici), à la peinture de fruits et de fleurs isolés (poires, prunes, cerises, pêches, tomates, courges,violettes...) en passant par le rendu des reflets du métal des ustensiles de cuisines jusqu'à la représentation des matières vivantes quotidiennes de la cuisine (plateau d'huîtres, œufs, carcasse de cochon pendu et vidé, poissons de mer  en attente de cuisson...)   Ses œuvres sont aujourd’hui conservées dans les musées du monde entier (Amsterdam, Londres) et principalement aux Etats-Unis où Vollon est beaucoup plus connu qu'en Europe (Washington, New York, Boston…). En France, le musée d'Orsay à Paris conserve une de ses toiles (Autoportrait), de même que les musées de Lyon (sa ville natale), Amiens et Rouen. Le musée des beaux arts de Dieppe quant a lui conserve deux toiles : Femmes du Pollet à Dieppe et Poissons de mer.
Alexandre Dumas fils était le grand collectionneur  français de l'œuvre de Vollon, ainsi que de riches américains, comme  Henry Frick ou le peintre William Merritt Chase qui l'admirait beaucoup et s'inspira, dans la plupart de ses propres nature mortes de celles d'Antoine Vollon. 



dimanche 20 décembre 2015

Anne Vallayer-Coster (1744-1818) - Nature morte avec homard


Anne Vallayer-Coster (1744-1818)
Nature morte avec homard (1781)
Toledo Museum of Art,  Ohio

Que voit-on ? Sur en entablement de pierre noircie et brisée en son centre, de gauche à droite :  un huilier vinaigrier  dans une base formant une petite corbeille en or ou bronze ; un homard cuit posé sur un linge blanc ;  une soupière  en argent avec son couvercle est en équilibre sur le rebord : deux pains bien cuits ; un pot de fruits au sirop (des prunes sans doute) et du raisin dans le fond du cadre. L'association du homard et des raisins dans une nature morte serait une façon de contourner l'interdit de la représentation de l'image de Dieu en peinture faite en particulier au peintre de confession protestante au 17e siècle en Europe du nord.

Rappel biographique : L'artiste peintre française Anne Vallayer-Coster, fille d'un orfèvre connu, fut, en peinture, l'élève de Madeleine Basseporte et de Claude Joseph Vernet.  Elle est admise à l'Académie royale de peinture et de sculpture en 1779 en tant que peintre de natures mortes et elle expose au Salon dès l’année suivante.  Elle devient chef du cabinet de peinture de la reine Marie-Antoinette qui la prit sous sa protection ainsi que son professeur de dessin. Un appartement lui est même attribué au Louvre sous la Grande Galerie. D'abord spécialisée dans le portrait, elle abandonne ce genre pour ce consacrer au nature morte vers la fin de sa vie et s’illustre aussi dans les tableaux de genre et la miniature. Elle poursuit sa carrière avec succès jusqu’à sa mort.

2015 - A Still Life Collection 


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samedi 19 décembre 2015

Clara Peeters (1594-1657) - Tavola


Clara Peeters (1594-1657) 
Tavola (1610)
Museo del Prado, Madrid

Que voit-on ? Une nature morte d'apparat  dite du " petit déjeuner " (uontbijtgen) -  correspondant à notre actuel déjeuner  - d'un raffinement extrême.  La peintre ne se contente pas d'y accumuler les mets délicats (gibiers, pâtés, tourtes...) et les objets précieux en or argent, cristaux et porcelaine finement ciselée mais s'applique à une éblouissante démonstration de sa maîtrise des textures et des reflets. Reflets, du plus proche au plus lointain, à la fois sur les plateaux d'argent et sur la salière en argent ciselé dans laquelle le reste de la pièce se reflète,  tout comme dans l'arrondi du verre Roemer.  Textures extraordinairement différenciées des olives dans le pat de porcelaine ou de la carafe en porcelaine finement sculptée en dentelle de biscuit ou en core de la nappe en " jacquard " dont l'impression ton sur ton, est rehaussée par la dissémination ici et la d'éléments de décor isolés, comme des petites fleurs, des feuilles ou des fragments de branchages qui pourraient presque sembler broder sur la nappe.

Rappel biographique : la peintre Flamande Clara Peeters  était autodidacte et a peint essentiellement des natures mortes. (à l'exception d'un auto portrait). Elle fut active très jeune en tant que peintre (dès l'âge de 13 ou 14 ans selon les documents !) et fait partie des premières femmes peintres qui ait exercé officiellement ce métier, avec une place reconnue de son vivant, par les Guildes des peintres de la période d'or du baroque flamand.  Cette femme à la personnalité hors du commun, dont on pense qu'elle fut, adolescente, l'élève très privée d'Osias Beert, se spécialise, dès l'âge de 18 ans, dans les natures mortes dont elle saisit les sujets soit autour de la table des repas quotidiens soit dans des mises en scène plus sophistiquées. Elle s'intéresse beaucoup aux reflets sur les objets métalliques, pièces, plats, vases, coupes, timbales bijoux, présents fréquemment dans ses compositions, en premier plan, avec un fond plus sombre. Ces plus belles natures mortes - qui sont autant de chef d'oeuvres - ont été peintes dans l'année 1611 et sont conservées au Musée du Prado.

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2016 - A Still Life Collection 
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vendredi 18 décembre 2015

Willem Claeszoon Heda (1594-1680) - Stilleben mit Schinken



Willem Claeszoon Heda (1594-1680)
Stilleben mit Schinken (1635) 
Alte Pinacoteca, München

Que voit-on ? C'est une nature morte symbolisant la fin de la vie dont il s'agit. Sur une table en bois partiellement recouverte d'un drapé froissé, plusieurs éléments attestent d'un repas consommé dans un certain luxe comme le montre la vaisselle précieuse utilisée. Deux plats d'argents à gauche du cadre : dans l'un,  une tranche de jambon très gras, accompagné de deux toasts et d'un couteau à manche d'ambre ; dans l'autre  l'os apparent d'un jambon dont on arrive à la fin de la consommation ; un pot de moutarde ; un beau verre Rummer à moitié plein de vin blanc dans la courbure duquel se reflète la réalité (la partie de la pièce que l'on ne voit pas) ; un pinte de bière ; un timbale en argent ciselée renversée sur un plat en argent contenant des noix dont une partie déborde de la table dans le vide, symbole de la fragilité de la vie du dédicataire qu'aucune des richesses étalées ne pourra renforcer.

Rappel biographique : Le peintre néerlandais Willem Claeszoon Heda qui signait de son prénom "Claez " ce qui engendre souvent des confusions ave cun autre peintre de nature morte Pieter Claesz, fut un peintre spécialisé dans la peinture exclusive de natures mortes. Il travailla toute sa vie à Haarlem où il fut le président de la célèbre Guilde de Saint Luc.
Sa peinture montre son excellence dans le rendu des reflets et dans la qualité de la reproduction de la surface des objets. Les natures mortes de Heda ont souvent une composition en forme de triangle, dans laquelle les objets les plus hauts sont placés sur un côté. Il utilise assez peu de couleur dans ses peintures qui semblent presque être des monochromies. Il réutilise souvent les mêmes objets d'un tableaux sur l'autre : récipients en argent, coûteux verres de Venise  Nautiles, intensifient les contrastes entre le rose des jambons en tranches ou les fruits mûrs sur fond clair obscur.  Les tableaux de l'artiste furent le plus souvent des huiles exécutées sur panneau de bois, plus rarement sur toile. On peut déceler dans ses œuvres d’avant  1635, l’influence de Pieter Claesz (ainsi que de Floris Van Dyck (1575-1651). Après 1640 les compositions  de Heda s'agrandissent, deviennent plus riches, plus décoratives, telle la nature morte exposée au Musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg. Dès cette époque, Heda abandonne le format horizontal qu'il utilisait traditionnellement pour le vertical.


jeudi 17 décembre 2015

Ottmar Elliger l'Ancien (1633-1679)



Ottmar Elliger l'Ancien (1633-1679)
Nature morte au  citron pelé, Römer, crabe
Collection privée

Que voit-on ?  C'est une nature morte au message épicurien assez classique. Sur une table, partiellement recouverte d'un drapé frangé d'une riche passementerie de fil d'argent, un plateau en argent posé en équilibre sur le bord de la table,  pour symboliser la fragilité des richesses de ce monde.  Sur le plateau quelques cerises symbolisant les plaisirs sensuels et une citron dont la peau a été taillé en spirale symbolisant le temps qui s'écoule inexorablement et nous rapproche de la mort.  Le crabe sur la droite du cadre est un symbole de résurrection, il perd son enveloppe au printemps pour prendre une nouvelle carapace mais peut aussi symboliser (comme le homard) l’inconstance, l’instabilité  (en raison de sa démarche caractéristique) ou dans certains cas - surtout quand il est retourné comme ici -  évoquer une forme de " déviance morale."  Une grappe de raisins aux grains énormes symbolise aussi les plaisirs de la vie alors que le verre Römer a l'arrière plan rempli de vin représente la vanité des richesses de ce monde. Monde qui d'ailleurs se reflète dans la courbe du verre  ou l'on peut voir l'autre coté de la pièce avec une fenêtre sur la gauche du reflet et des éléments de décor (des livres ouvert)  sur la droite du reflète . on notera aussi dans cette toile la complémentarité des mouvements et des couleurs du drapé bleu et du zeste de citron en spirale dont la taille est tout a fait démesurée.  Ce peintre a réalisé de nombreuses variations sur ce même thème, alternant Römer et  Nautile, crabe et homard...

Rappel biographique :  Ottmar Elliger (1633-1679) était un peintre baroque flamand. spécialisé dans les natures mortes et en particulier les fleurs. Selon l'Institut néerlandais pour Histoire de l'art, il est né à Göteborg, mais il a été formé à Anvers par Daniel Seghers. Sa première œuvre datée est de 1653. Il est inscrit à Copenhague en 1654, Amsterdam en 1660, Dordrecht en 1662 et Hambourg en 1665. [ En 1670, il est devenu peintre de la cour  de Friedrich Wilhelm von Brandebourg à Berlin, où il a séjourné.   

mercredi 16 décembre 2015

Jan Davidszoon de Heem (1630-1680) - Nature morte avec deux Verres " façon Venise "


Jan Davidszoon de Heem (1630-1680) Nature morte avec deux Verres façon Venise Collection privée

Jan Davidszoon de Heem (1630-1680)
Nature morte avec deux Verres façon Venise
Collection privée

Que voit-on ? Cette nature morte s'étage sur 3 niveaux à la façon des natures mortes espagnoles de la même époque et de natures mortes antiques trouvées à Pompéi mais que les peintres du 17e siècle ne pouvaient pas connaitre.  Sur l'étage du bas elle présente de fruits épars, orange  citron pelés et des cerises  symbole de passion et d'érotisme. Sur l'étagère médiane dans une coupe en porcelaine de Delft, des fraises et framboises sucrées qu'une cuillère invite à la dégustation : elles sont entourées d'autres fruits rouges, myrtilles, groseilles et d'un morceau de pain déjà entamé.  Dans le fond de la composition au troisième étage de celle ci : deux verres "façon Venise" aux cols évasé, l'un en flûte contenant un vin rosé translucide, l'autre en coupe avec un pied somptueusement sculpté contenant un reste de vin blanc. tous deux sont les symboles des plaisirs et des richesses de la vie... mais attention le citron pelé vient avertir du goût amer que leur jouissance peut laisser à qui en abuse !

Rappel biographique : Le peintre hollandais Jan Davidszoon de Heem est un des membres d'une véritable dynastie de peintres, dont quelques uns spécialisés exclusivement dans les nature mortes.  Ses premières œuvres sont dans le style de Balthasar van der Ast (1593/94-1657), son maître. Il travaille ensuite à Leyde et montre un style proche des toiles de Pieter Claesz (1595/97-1661) et de Willem Claesz Heda (1594-1680). En 1636 , il s'installe à Anvers dont il  devient citoyen de la ville, ce qui signifie qu'il y a acquiert respectabilité pour son métier et fortune relative.  Il est le fils du peintre David de Heem le vieux (1570 ?-1632 ?) et le père des peintres Cornelis de Heem (1631-1695) et Jan Jansz de Heem (1650-après 1695). On ne lui connait pas d'autres oeuvres que des natures mortes, le plus souvent florales et dans la grande tradition de la Nature morte hollandaise. Celle-ci qui est composée uniquement de vieux livres aux reliures défectueuses ou inexistantes est une exception dans sa thématique habituelle, même si le message délivré est toujours le même : celui de la fragilité de l'existence humaine, de ses activités... et du savoir. 

mardi 15 décembre 2015

Pierre-Antoine Lemoine (1605-1665)



Pierre-Antoine Lemoine (1605-1665)
Nature morte aux raisins (1654)
Collection privée

Que voit- on ? Des grappes de raisins blancs et rouges encore accrochées à leur treille et dégoulinant le long d'un mur prétexte à une brillante démonstration de textures fruitières. Au bas de ce mur sur une entablement de pierre à peine visible, des figues ouvertes, des pommes abimées et une grenade éclatée comme autant de symboles de sensualité. Ce tableau - qui est l'un des quatre seuls de Lemoine à être parvenu jusqu'à nous - fut le morceau de réception de Lemoine à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture  et fut offert au cardinal de Mazarin dans les collections duquel il resta longtemps.


Rappel biographique : le peintre français Pierre-Antoine Lemoine appartient à ce corpus de peintres du début du 17e siècle dont peu d'éléments nous sont parvenus mais qui semble avoir été très considéré en son temps : « Pierre Antoine Le Moine de Paris peignit les fruits avec beaucoup de finesse & de légèreté. » L'artiste fut pourtant totalement oublié jusqu'à la réapparition, sur le marché de l'art en 1992, de son morceau de réception à l'Académie Royale de Peinture et de sculpture. Également musicien, il bénéficia de recherches en archives par Michel Faré et Claudia Salvi,  laquelle a récemment remarqué que ce morceau de réception constituait « un évènement très important pour l'histoire de la nature morte en France  au 17e siècle »
« Vous estes prié d'assister au Convoy, Service et Enterrement de Monsieur le Moine, vivant Peintre du Roy en son Académie Royale de Peinture et Sculpture, ordinaire de la musique de la Chambre de Sa Majesté et de Monsieur ; décédé en sa maison, rue des Déchargeurs, qui se fera Jeudy, 20 Aoust 1665, à dix heures du matin, en l'église de St Germain l'Auxerrois, sa Paroisse, où il sera inhumé; les Dames s'y trouveront s'il leur plaist. »
Membre d'une maîtrise vieillissante, et malgré les avis défavorables de Charles Le Brun et d'Eustache Lesueur,  Lemoine est admis à l'Académie en 1654 et il en deviendra un membre important et remarqué puisque son " morceau de reception " sera offert en présent au cardinal de Mazarin. En 1657, il est chargé « d'orner le logis » du chancelier Pierre Séguier, ce qui parachève de le rendre célèbre.  Les œuvres de Lemoine (environ 4 toiles signées à ce jour), prouvent à elles-seules combien l'artiste avait la maitrise du réalisme des fruits, un sens de l'observation aiguisé et possédait l'art de la traduction des saveurs. À une remarquable qualité picturale parvenue jusqu'à nous, s'ajoute en effet, une certaine volupté des textures fruitières, dans une tradition française alors principalement représentée par Pierre Dupuis, et  un talent de coloriste enthousiasmant.


lundi 14 décembre 2015

René Nourisson (1610-1652)



René Nourisson (1610-1652) 
Pêches et porcelaine de Chine
Collection privée

Que voit-on ? Posé sur un entablement de bois et occupant tout le cadre une coupe en porcelaine de Chine contenant un peu plus d'une douzaine de pêches à la peau très veloutée, symboles des qualités de coeur et de la vérité. Sur l'entablement ,de part et d'autre de la coupe ,quelques grains de raisin noir et de raisins blanc symboles de la maturation que le temps peut apporter ; ici les grains sont très translucides et leur texture brillante accuse le contraste avec le la peau veloutée des pêches. A gauche des grains de raisins noirs, quelques gouttes d'eau réalisées dans un parfait trompe l'oeil  donnent la mesure de la maîtrise technique du peintre et symbolise sûrement la jeunesse du dédicataire de la toile, sans doute le jeune roi Louis XIV lui-même.

Rappel biographique  : Ce peintre français spécialisé dans les natures mortes fut Peintre ordinaire du roi et apparait dans les états de la maison du jeune roi  Louis XIV en 1644 et 1645. Bien que l'on manque de détails sur sa vie ,on sait que le 6 août 1646, il épouse Anne Duchastel, fille du peintre Nicolas Duchastel, avec laquelle il a deux fils.

dimanche 13 décembre 2015

Isaac Soreau (1604-1644)



Isaac Soreau (1604-1644)
Nature morte aux fleurs et fruits.
The Ashmolean Museum

Que voit-on ? Sur un entablement de bois, quatre éléments très différents constituant une nature morte de fleurs et de fruits. De gauche à droite : une verre de facture très simple contenant un bouquet sommaire de fleurs des champs à base de roses, de bleuets et de campanules. Dans une coupe en porcelaine de Delft très précieuse :  des pêches - symboles des qualités de coeur et de la vérité - et des prunes noires symbolisant l'humilité. Dans un panier en osier tressé et ajouré, des grappes de raisins rouge et blancs avec leur feuillage et leur sarments, symbolisant aussi la nourriture des amants et la lente maturation des sentiments. Enfin dans une petite tasse aussi en porcelaine de Delft des mures dont Pline l'Ancien écrivait que " l'arbre qui les porte passe pour sage, au contraire de l’amandier précoce, et son fruit, attribut de Minerve, symbolise  prudence et sagesse." Jetés dans un apparent désordre sur l'entablement lui-même : un oeillet-dieu ; une rose retournée ; deux cerises symbolisant la sensualité et la volupté ; trois fraises sauvages évoquant l’humilité. On remarque que dans cette nature morte les sentiments vertueux sont placés dans des contenants précieux alors que les sentiments plus " volages "sont placés dans des contenants en paille, voir dans aucun contenant, livrés au hasard. Un message peint qui devait sans doute s'adresser, à cette époque, à une jeune épouse si l'on en croit la présence de l'oeillet-dieu, fleur symbolisant le mariage et à la rose symbolisant la féminité.

Rappel biographique : Le peintre allemand Isaac Soreau, fut l'élève de Jacob van Hulsdonck et fortement influencé par son style, sa façon de peindre et sa palette harmonieuse. Certains historiens d'art pensent que Soreau a travaillé dans le très prospère atelier de van Hulsdonck à Anvers qui fournissait des natures mortes quasiment à la chaîne aux riches marchands de la ville. Dans ce prestigieux atelier, il aurait été en charge de la  peintures de fruits mais aussi de certains éléments de décors comme des contenants, paniers, vaisselles...  d'où la grande maîtrise qu'il acquis dans ce domaine en particulier dans le rendu des paniers en osier tressé.

samedi 12 décembre 2015

Pierre Binoit (1589-1632)



Pierre Binoit (1589-1632)
Nature morte avec raisins, colimaçons et oiseaux (1618)
Musée des beaux-arts de Bordeaux

Que voit-on ?  Sur un entablement de pierre posé devant une ouverture murale sur l'extérieur, une coupe en porcelaine de Chine contenant une dizaine de grappes de raisins issus de plusieurs cépages différents, aux grains serrés, mûrs à point et symboles de la lente maturation que seul le temps peut apporter. Ces grappes sont encore accrochées à leurs sarment et feuillages assez frais pour se tenir fièrement. A gauche de la coupe, trois oeillets-Dieu caractérisés par leur couleur rouge et blanche et à la symbolique précise lorsqu'ils sont associés aux raisins : présents dans les portraits de mariage du 16e siècle, ils empruntent au florilège marial du moyen âge, la couleur rouge et blanche combinant l’expression de l’amour à celle de la pureté ; à droite trois pêches, symboles des qualités de coeur ou de la vérité qui associées aux deux colimaçons du centre sont censées mettre en garde la spectatrice présumée (à qui la peinture s’adresse) contre le " mensonge " du plaisir et rappelle la nécessité de préserver la virginité de la jeune fille avant le mariage. Quatre oiseaux dont un posé sur le rebord de l'ouverture, un sur une grappe à droite et deux autres sur des grappes à gauche, symbolisent l’idée de fécondité accréditant la thèse selon laquelle il pourrait s'agir ici d'une nature morte offerte à une jeune mariée le jour de ses noces.

Rappel biographique :  De confession protestante, originaire de Tournai, la famille de Pierre Binoit doit fuir les Pays-Bas espagnols pour échapper aux persécutions religieuses. Etabli à Cologne, il rejoint la petite communauté des peintres réformés wallons. Il suit vraisemblablement l'enseignement de Daniel Soreau à son arrivée à Francfort, en 1610. Il vécut comme citoyen et peintre de la ville de Hanau, jusqu'à sa mort, le 14 mars 1632.

vendredi 11 décembre 2015

Pierre-Auguste-Renoir (1841-1914) - Nature morte à la tasse bleue (1900)


Pierre-Auguste-Renoir (1841-1914)
Nature morte à la tasse bleue (1900)
Brooklyn Museum

Que voit-on ? Dans cette minuscule toile de Renoir  (15, 2 cm sur 33 cm), posées sur une nappe blanche, de gauche à droite : une tasse à thé en céramique vernissé blanc bleu à décor floral sommaire, qui donne son titre au tableau ; deux pommes jaunes et rouges et trois figues vertes.

Rappel biographique : L'un des plus célèbres peintres français, Pierre-Auguste Renoir, membre éminent s'il en est du mouvement impressionniste a peint beaucoup de natures mortes, comme l'ensemble de ses collègues impressionnistes d'ailleurs qui ont participé au renouveau de ce genre vieux de plus de 3000 ans.  Au début de sa carrière, ses natures mortes s'inspirent beaucoup de celles de Courbet avant d'imposer le style unique que l'on connait. La dernière toile qu'il aurait voulut peindre serait une nature morte florale. Sur son lit de mort, Renoir aurait demandé une toile et des pinceaux pour peindre le bouquet de fleurs qui se trouvait sur le rebord de la fenêtre. En rendant pour la dernière fois ses pinceaux à l'infirmière il aurait déclaré : « Je crois que je commence à y comprendre quelque chose ».




mercredi 9 décembre 2015

Francesco Noletti Fieravino dit Il Maltese (1611-1654)

 

Francesco Noletti Fieravino dit Il Maltese (1611-1654)
Nature morte au brocart, objets d'orfèvrerie et violon,
Musée Fesch, Ajaccio


Que voit-on ? Une accumulation d'objets précieux  envahissant tout le cadre du tableau avec l'intention de laiseer le spectateur stupéfait devant  tant de richesses. On ne compte plus ici les tentures, tapis, pièces de brocards et coussin ornés de passementeries, Noletti étant un maître incontesté du rendu des textures. Cet ensemble de tissus est posé sur une console ornée de sculptures qui semble être,  à l'instar du mythique mobilier des empeurs romains, taillée dans l'or. Deux aiguières émergent de l'amas de tissus, l'une en or est dressée dans le fond du cadre et l'autre en argent est renversée en signe de fragilité des richesses. A la droite du cadre, presque caché sous toutes ces richesses matérielles, le bas d'un violon, signe que le dédicataire du tableau s'intéresse à l'acquisition des connaissances

Rappel biographique : Les œuvres de Francesco Noletti, surnommé il Maltese en raison de son origine Maltaise, ont longtemps été attribuées sous le nom de Francesco Fieravino jusqu'à la découverte de son identité véritable au début des années 2000. Spécialiste des natures mortes avec tapis et tentures qu'il peint somptueusement, Noletti s'est installé à Rome, probablement entre 1636 et 1640, où il meurt en 1654.

mardi 8 décembre 2015

August Sander (1876-1964) - Nature morte aux interrupteurs

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August Sander (1976-1964)
Nature morte aux interrupteurs (1931)
Collection privée

Que voit-on ? Sur un mur banc qui est peut être un présentoir de magasin, trois interrupteurs électriques de forme et de couleurs différentes et leur ombre projetée. 

Rappel Biographique  le photographe allemand August Sander fut un portraitiste scrupuleux, réunissant photographie documentaire et pratique artistique dans une démarche considérée aujourd'hui comme exemplaire. Il qualifiait la photographie par trois mots : « Voir, observer, penser ». La démarche de ce photographe professionnel engagé dans une pratique artistique est une référence essentielle pour les artistes photographes des années 1970 et 1980. Les études sur la réception de son œuvre, inachevée à sa mort ne font que commencer. Elles s'avèrent essentielles au moment où les pratiques documentaires se multiplient dans et hors le champ artistique, remettant celui-ci en question. L'œuvre inachevée de Sander et immense a fait l'objet de plusieurs reconstitutions fondées sur des tirages rescapés et sur de très nombreux négatifs. 
La première fut publiée sous la direction de son fils en 1980 (431 portraits) avec la participation de l'historien Ulrich Keller. La seconde établie en 2002 par Suzanne Lange, conservatrice des archives du photographe à Cologne, a élargi le nombre des photographies selon une méthode argumentée.
Œuvre d’une vie, conçue vers 1925, son travail était encore en cours en 1964 et comprenait des clichés allant de 1892 à 1954. Mais il semble difficile de distinguer parmi les photographies réalisées dans le cadre de son activité professionnelle celles qu'il a considérées comme relevant de sa démarche artistique (entre 500 et 600). Œuvre largement posthume puisque publiée en 2002. Décédé en 1964 ce n’est qu’au début des années 1970 que Sander réussit à acquérir une certaine notoriété par la publication, aux éditions Bucher, d’une vaste série de portraits intitulée Menschen ohne Maske (Hommes sans masque).
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lundi 7 décembre 2015

Antoine Vollon (1833-1900) - Nature morte avec de table



Antoine Vollon (1833-1900) 
Nature morte de table, 
Huile sur toile, 55,2 x 46,2 cm
Collection privée

Que voit-on ? Cinq éléments compose cette nature morte. De gauche à droite : une pile de livres fermés ; une partition de musique écornée sur laquelle repose une aiguière en argent richement sculptée d'un décor mythologique et deux citrons dont l'un pelé ; un luth à l'arrière-plan en porte-à -faux sur une pile de livre fermés, symbole de la fragilité des connaissances.  

Rappel biographique : le peintre français Antoine Vollon est considéré comme appartenant au mouvement réaliste, bien que son style s'adapte toujours en fonction du sujet traité. Artiste productif, fougueux et extrêmement doué, Antoine Vollon affichait une préférence marquée pour les effets de lumière. Il a peint des ports, des marines aux grands cieux tourmentés et des pêcheurs mais c'est surtout comme peintre de natures mortes qu'il aimait se présenter lui-même. 
Il débute sa carrière à Lyon, où il apprend la gravure sur métaux et fréquente l 'Ecole des beaux-arts de la ville où il est l'élève de Théodule Ribot. Il développe rapidement une attention particulière surtout pour les natures mortes qui relèvent d’un défi  technique et artistique. Ce défi couvre un champs très large qui va de la représentation d'une motte de beurre (comme ici), à la peinture de fruits et de fleurs isolés (poires, prunes, cerises, pêches, tomates, courges,violettes...) en passant par le rendu des reflets du métal des ustensiles de cuisines jusqu'à la représentation des matières vivantes quotidiennes de la cuisine (plateau d'huîtres, œufs, carcasse de cochon pendu et vidé, poissons de mer  en attente de cuisson...)  
Ses œuvres sont aujourd’hui conservées dans les musées du monde entier (Amsterdam, Londres) et principalement aux Etats-Unis où Vollon est beaucoup plus connu qu'en Europe (Washington, New York, Boston…). En France, le musée d'Orsay à Paris conserve une de ses toiles (Autoportrait), de même que les musées de Lyon (sa ville natale), Amiens et Rouen. Le musée des beaux arts de Dieppe quant a lui conserve deux toiles : Femmes du Pollet à Dieppe et Poissons de mer.
Alexandre Dumas fils était le grand collectionneur  français de l'œuvre de Vollon, ainsi que de riches américains, comme  Henry Frick ou le peintre William Merritt Chase qui l'admirait beaucoup et s'inspira, dans la plupart de ses propres nature mortes de celles d'Antoine Vollon. 


dimanche 6 décembre 2015

Bernard Buffet (1928-1999) - Paravent - Les instruments de musique


Bernard Buffet (1928-1999) 
Paravent - Les instruments de musique (1961) 
Collection Privée

Que voit-on ?  C'est une œuvre beaucoup plus surréaliste qu'il ne parait à première vue. On y voit une sorte de vestiaire d'instruments de musiques rassemblés sur un paravent dont chacun des quatre panneaux peint du même bleu et signé de façon indépendante, comme autant d'oeuvres différentes. En réalité, il s'agit d'un trompe l'oeil,  à la manière des maîtres du passé, car il s'agit bien d'une seule et même œuvre : une huile sur toile de 178 cm sur 190 cm représentant un paravent ! Dans la partie gauche ou pour les deux panneaux de gauche, Buffet propose deux duos harmoniquement très improbables ou, en tout cas, d'une audace encore jamais tentée à ce jour : un duo mandoline et cor de chasse et un duo violon et trompette. A droite deux solos : un cornet à piston, instrument fréquemment présent dans les effectifs des grands orchestres symphoniques et un saxophone, faisant aussi partie habituellement de ces effectifs, mais plus connu au 20e siècle pour son rôle dans le jazz.

Rappel biographique : Bernard Buffet est un peintre français expressionniste, qui a peint aussi bien des personnages que des figures, animaux, nus, paysages, intérieurs, natures mortes, fleurs. Aquarelliste, c'est également un peintre de décors de théâtre et un illustrateur. Il remporte le concours d’entrée de l'École nationale supérieure des beaux-arts en décembre 1943 à quinze ans, passant deux ans dans l'atelier du peintre Eugène Narbonne où il est déjà considéré comme très doué. Il s'y lie notamment d'amitié avec les peintres Maurice Boitel et Louis Vuillermoz.
En 1947, il expose L'Homme accoudé au Salon des indépendants et en décembre a lieu sa première exposition particulière présentée par Pierre Descargues, à la Librairie des impressions d'art.  On y reconnait déjà un graphisme très caractéristique qui sera tout au long de sa vie, la marque du peintre. L'État, par l'intermédiaire de Raymond Cogniat, lui fait son premier achat pour le Musée national d'art moderne de Paris avec la peinture Nature morte au poulet. En 1955, il obtient la première place au référendum organisé par la revue Connaissance des arts désignant les dix meilleurs peintres de l'après-guerre. Il peint les maquettes des décors et des costumes pour La Chambre argument de Georges Simenon qui devient son ami. Élu à l’Académie des beaux-arts au fauteuil de Paul Jouve, Bernard Buffet est alors le plus jeune académicien jamais élu sous la coupole.
En 1978, à la demande de l’administration des postes, Bernard Buffet réalise une maquette pour un timbre de trois francs L’Institut et le Pont des arts. À cette occasion le musée postal à Paris présente une exposition rétrospective de ses œuvres. Dans les années 1970-80, Bernard Buffet est un artiste au sommet de sa gloire que les critiques n'épargnent pas, comme tout artiste qui connait un grand succès de son vivant. Ils lui reprochent principalement le  " statisme " de sa touche dans laquelle ils décèlent peu d'évolutions au cours des années, le traitant volontiers de  " peintre académique ".
Au début des années 1980 son œuvre immense, est plus appréciée à l'étranger qu'en France, et principalement en Extrême Orient, aux Etats Unis, en Amérique du sud et au surtout Japon où elle connait un succès considérable et où un musée est spécifiquement construit pour lui à Surugadaira, ce qui, à cette époque, est inédit pour un peintre vivant.
En 1986, sa femme et modèle favori, Annabel, publie D’amour et d’eau fraîche ; la même année sortent les deux premiers volumes de la monographie de Yann Le Pichon Bernard Buffet  couvrant la période 1947-1982, qui obtiennent immédiatement le Prix Élie Faure.
Bernard Buffet, diminué par la maladie de Parkinson, se suicide par asphyxie, le 4 octobre 1999, dans son atelier du Domaine de la Baume près de Tourtour (Var), étouffé dans un sac en plastique noir sur la surface duquel son nom était dessiné avec sa calligraphie si caractéristique ; dernière mise en scène un rien macabre d'un très grand artiste du 20e siècle, qui toute sa vie avait adoré mettre en scène sa propre existence. En novembre 2007, paraît le troisième et dernier volume de la monographie de Yann Le Pichon, couvrant la période de 1982 à 1999.
En 2016- 2017, le MAM (Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris), rend hommage au peintre a travers une exposition ou sont présentées toutes les acquisitions du musée  faites dans les années 47- 55 et quelques chef d'oeuvres prêtées par le musée Bernard Buffet de Surugadaira.

samedi 5 décembre 2015

Henri-Horace Roland de La Porte (1724-1793) - Nature morte aux instruments de musique

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Henri-Horace Roland de La Porte (1724-1793)
Nature morte aux instruments de musique
Musée des beaux-arts du château de Blois

Que voit-on ?  Sur une table en bois, apparaissent de gauche à droite  : un  tambourin, sur lequel repose une viole de gambe (ancêtre du violoncelle) et son archet. entre la viole de gambe et le tambourin au premier plan, un instrument de musique ancien, la vielle à roue que l'on jouait en actionnant une manivelle en porcelaine que l'on aperçoit se détachant sur la tranche de la viole de gambe. On peut aussi voir  plusieurs partition dont une enroulée et une dépliée sur laquelle repose un flûte. A l'arrière plan : une boite en bois comme à peine esquissée qui servait sans doute à protéger le tambourin pendant son transport. Les premières natures mortes aux instruments de musique apparurent dès la seconde moitié du 15e siècle, sur des trompe-l’œil en intarsia ornant les portes des studioli d’Udine (vers 1472), de Mantoue (1505) ou de Monte Oliveto Maggiore (1503-1505). Elles connurent dès lors une diffusion européenne. Cette nature morte  comme toutes les autres, célèbre les plaisirs d'un fête champêtre si l'on en juge par les instruments de musique représentés. Mais sous cette évidence, se dissimulent des allusions philosophiques sur la brièveté de la vie et la limite du savoir avec la partition froissée. Sous la gaieté et l'innocence d'une fête de village ou d'un mariage peut-être, cette nature morte possède elle aussi la dimension symbolique d’un memento mori (« Souviens toi que tu vas mourir »).

Rappel biographique : Elève de Jean-Baptiste Oudry (1686-1755), Roland de La Porte fut reçu à l’Académie le 26 novembre 1763 avec Vase de lapis, sphère et musette (1763, Paris, musée du Louvre). S’il étendit son talent au portrait, Roland de La Porte assit sa réputation avec ses natures mortes qu’il signait rarement. Il est décrit souvent comme un « imitateur » de Chardin, voire sa « victime » selon Diderot (Salon de 1765). L’influence du maître est certes indéniable mais la dimension décorative l’emporte sur une méditation. Tout comme Jeaurat de Bertry (1728-v. 1796), Roland de La Porte ne faisait que reprendre un style et une esthétique qui lui assurait  la faveur  de ses commanditaires dont le principal était le marquis de Marigny, frère de Madame de Pompadour et de certains collectionneurs 
Avant tout, cette nature morte est caractéristique du soin que portait l’artiste à la répartition de la lumière et de la couleur. Son traitement illusionniste de la profondeur et sa précision dans le rendu des objets le démarquent en fait de Chardin. En revanche, il se rapproche du maître par la dimension intimiste de l’image et par le rendu des matières, jouant sur la rugosité ou le poli, la brillance ou la matité, la simplicité ou la préciosité des surfaces et des matières, à l’exemple de la vielle à roue.

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vendredi 4 décembre 2015

Evaristo Baschenis (1617-1677) - Nature morte avec instruments de musique

Evaristo Baschenis (1617-1677) Nature morte avec instruments de musique Collection privée


Evaristo Baschenis (1617-1677)
Nature morte avec instruments de musique
Collection privée

Que voit-on ? Sur un entablement de grès noir, se déploie le thème favori de Baschenis : le luth. Ici, il y en a trois, présentés sous trois angles différents de façon à permettre autant de rendus de perspectives, à savoir : sur la tranche, sur le dos et sur le ventre.  Chacun de ses luths présente une particularité : celui  de gauche arbore (au bas de la tranche) un ruban de soie rose ; celui de droite présente sur son dos rond, deux traces de doigt sur de la poussière qui est censée recouvrir l'instrument,  ces traces de poussière étant un des trompe-l'oeil favoris de Baschelis grâce auxquels il gagna une grande célébrité de son vivant ; le luth du fond enfin expose un délicat frisotis de cordes à l'endroit des clés d'accord. Autres éléments présents sur cette nature morte d'un réalisme absolu : un violon de Crémone au vernis très clair, posé sur un boîte ouverte d'où s'échappe un ruban de même couleur que celui qui orne un des luths et une partition de musique en équilibre sur l'entablement. Ponctuant le tout enfin, sur la droite un magnifique brocard, orné de deux glands de riche passementerie.

Rappel biographique : Prêtre, dernier né d'une dynastie d'artistes italiens, ami d’une famille notable de luthiers de Crémone, on ignore cependant quel maître exactement enseigna la peinture à Evaristo Baschenis. Contemporain du bergamasque Carlo Deresa, connu pour ses natures mortes, il est considéré aussi comme le créateur de ce genre particulier qu'est la peinture de trophées, d’instruments et de cahiers de musique, mêlés d’écritoires, de boîtes, de fruits, d’encriers et autres objets arrangés sur des tables couvertes des plus beaux tissus, avec un réalisme presque photographique que peu de peintres ont approché depuis. Il est célèbre notamment pour avoir rendu la poussière qui recouvrait certains instruments avec tant d’art que le spectateur s'y trompait. Les effets des tableaux (toujours de petites tailles) de cet artiste sont tels qu’ils sont, encore aujourd'hui, très recherchés dans les ventes et que beaucoup sont dans des collections particulières. Ses natures mortes aux instruments de musique, toutes titrées à l'identique sont, pour la plupart, des œuvres de série, issues d'une douzaine de modèles de compositions originales. La figure du luth en raccourci, réalisé à la perfection, est un écho de ce qui apparaissait comme un défi de perspective aux peintres et dessinateurs du 17e siècle. Concernant les tissus, passementeries et tapis, Evaristo Baschenis en rend toute la réalité uniquement au pinceau, alors que Bettera - avec lequel on l'a confondu quelquefois - maroufle sur une pièce de toile de jute grossière dont le relief sert de base au rendu des tapis.

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jeudi 3 décembre 2015

Bartolomeo Bettera (1639-1688) - Nature morte à la mappemonde et aux instruments de musique

Bartolomeo Bettera (1639-1688) Nature morte à la mappemonde et aux instruments de musique Collection privée


Bartolomeo Bettera (1639-1688)
Nature morte à la mappemonde et aux instruments de musique
Collection privée

Que voit-on ?  Une accumulation d'instruments de musique dont deux luths, un violon, une trompe, une mappemonde, des partitions à la notation grégorienne, deux drapés dont l'un constitué d'un rideau de soie et l'autre d'un tapis de Smyrne, des livres fermés. L'ensemble de la composition est en porte-à-faux, symbole de l'instabilité des connaissances et de la fragilité du savoir. Cette nature morte est là pour rappeler à son propriétaire la futilité des voyages (dont la mappemonde est le symbole) de même que la vanité du savoir (symbolisée par l'empilement de livres et d'instruments de musiques) et la vanité des richesses symbolisées par la riche draperie de soie et de le tapis de Smyrne. Le message délivré ici pourrait être quelque chose comme : le signe suprême de la sagesse est de mesurer la valeur relative de tout savoir.

Rappel biographique : Le peintre italien originaire de Bergame, Bartolomeo Bettera a séjourné à Rome ainsi qu'à Milan où il demeura probablement jusqu'à sa mort survenue à la fin du 17e siècle. Dans le domaine des natures mortes, Bartolomeo Bettera est assez proche du style d'Evaristo Baschenis dont il s'inspira beaucoup pour certains thèmes, et avec lequel on l'a souvent confondu, notamment dès qu'il s'agit de représentations d'instruments de musique. Les compositions non signées de Bettera provoquent d'ailleurs souvent des erreurs d'attribution avec Evaristo Baschenis, bien que les deux styles puissent être clairement différenciés : couleurs plus opaques pour l'un ou regroupement des objets plus compact et rendu des tissus et des draperies moins raffiné pour Bettera. Néanmoins, la plupart des travaux de Bettera sont signés avec deux initiales séparées par une petite croix (B x B). C'est un formidable inventaire de l'instrumentarium de leur époque que ces deux peintres ont, en tout cas, permis de dresser à travers leurs oeuvres respectives.
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mercredi 2 décembre 2015

Jean-Jacques Bachelier (1724-1806)



Jean-Jacques Bachelier (1724-1806)
Nature morte avec fleurs et violon (vers 1750)
Art Gallery of South Australia (AGSA), Adélaïde

Que voit-on ? Posés sur un meuble en bois verni de gauche à droite, dans l'ombre d'un grand vase en terre cuite à décor d'angelots : un petit nid d'oiseaux contenant 5 oeufs, une grappe (très égrainée) de raisins noirs, deux pommes, quelques groseilles et deux prunes retenant un partition  (en équilibre dans le vide signifiant la fragilité des activités humaines) qui se reflète dans le vernis du meuble en bois.  Contre le grand vase de terre cuite à motifs d'angelots et rempli de roses (symboles de la beauté de la jeunesse et de l’amour)  et d'anémones (symboles de mort et de la  résurrection) : un violon. Partageant le statut de sujet central de la toile avec le grand vase orné, le violon, symbole de l'intérêt pour la méditation et la connaissance, est posé contre une livre ouvert dont les pages semblent être vierges ; peut être s'agit-il d'une œuvre musicale encore à écrire, ce qui expliquerait la présence du nid plein d'oeufs, symboles de création en devenir. Devant le violon, à peine visible : une flûte à bec, allégorie du contenu réconfortant de la musique pour l’âme.

Rappel biographique  : le peintre français Jean Jacques Bachelier a longtemps été considéré comme un peintre secondaire. Comblé d'honneurs de son vivant, pensionné par le roi Louis XV en 1749, admis à l'Académie Royale  en 1750 sur proposition de Jean-Baptiste Oudry, il obtient en 1763 le titre officiel envié de peintre d'histoire.  Il participa avec Desportes et Oudry à la décoration du Chateau de Choisy en 1757. Il réalis pour le Ministère des Affaires Étrangères à Versailles, 6 grandes toiles dont 2 seront déposées à la Révolution avant de disparaitre puis d'être retrouvées en 1984  au Musée de Villefranche-sur-Saône.
Son influence sur les arts Décoratifs a été déterminante : il est chef des modeleurs, puis directeur artistique de la Manufacture de Vincennes où il apporta nombre de modifications à la décoration des pièces produites, en demandant des modèles à Boucher et à  Oudry, produisant de très jolies figurines en biscuit. Il  poursuivit ses activités à la Manufacture de porcelaine de Sèvres jusqu'en 1793.
En 1765,  il fonda à ses frais à  Paris, en y engloutissant toutes ses économies  une Ecole de dessin  pour les artisans dans l'ancien Collège de Bourgogne, rue de L'Ecole de Médecine. Elle devint école Royale par lettres patentes de Louis XV. Son nom est toujours inscrit sur le bâtiment qui est aujourd'hui le siège de l'Université Paris-Descartes. Cette école de dessin, après avoir changé plusieurs fois de nom, deviendra l'École nationale des arts décoratifs en 1877.
Attiré par les problématiques techniques attachées à la peinture,  Bachelier redécouvrit le secret de la peinture à la cire en 1755. En 1790, il inventa un nouveau blanc de plomb, et en 1793, un instrument pour la gravure au miroir. Bachelier utilisa sa technique de la peinture à la cire pour ses œuvres : La fable du cheval et du loup, disparu à Bailleul pendant la dernière guerre mondiale, ou pour La Résurrection de Jésus Christ, destinée à l'église de Saint-Sulpice de Paris  (disparu depuis la Révolution).  Aujourd'hui  178 peintures et dessins et de nombreux vases de Vincennes et de Sèvres. sont reconnues comme étant ses œuvres.

mardi 1 décembre 2015

Sebastian Stoskopff (1597-1657)



Sebastian Stoskopff (1597-1657)
Nature morte aux livres avec chandelle et statuette en bronze.
Musée du Louvre, Paris

Que voit-on ?  Il s'agit d'une nature morte avec livres autrement dit d'un Vanité concernant le  savoir. Ce thème revient souvent chez l’artiste, la première œuvre étant datée de 1625 représente, posés sur une planche, trois livres et une bougie sur un fond noir. Dans cette Nature morte aux livres avec chandelle et statuette en bronze, conservée au Musée du Louvre à Paris,  il y a 9 livres dont deux ouverts. Les 7 livres fermés symbolisent l’espérance d’une sagesse à découvrir et  se réfèrent au verbum de l’écriture. Les deux livres ouverts,  témoins de l’intérêt pour la méditation et la connaissance, sont répartis à divers endroits de la composition : l'un, posé en haut des livres fermés, donne à découvrir sur sa page de droite un dessin qui semble être une esquisse de la statuette en bronze représentée dans le tableau; l'autre, posé en porte à faux  (rappelant qu'aucune position n’est immuable  sur le livre relié en rouge, donne à voir sur la page de gauche un cul de lampe concluant un chapitre et sur la page de droite un frontispice illustrant une tête de chapitre. A gauche du cadre, une chandelle dans un bougeoir posée sur le rebord de la table est allumée (symbole d'un homme dans l'âge mur dont la vie est pleine consomption), alors que dans certains autres tableaux sur le même thème elle est éteinte depuis longtemps ou vient de s'éteindre, laissant échapper un mince filet de fumée. A droite de la composition une statuette de bronze représentant un homme en marche, semble sortir de l'ombre, illustrant l'interêt pour les beaux-arts et la vaine promesse de permanence dans le temps que leur exercice recèle. D'autres nature mortes de Sébastien Stoskopff sur le même thème varient en associant aux livres, une montre, un almanach ou une tête de mort, autant de symboles du temps qui passe et de la fragilité temporelle des activités humaines.

Rappel biographique : le peintre alsacien Sébastien Stoskopff a été formé par Frédéric Brentel puis par Daniel Soreau. Sébastien Stoskopff vit à Paris entre 1621 et 1641 environ et voyage en Italie vers 1629. Il vit ensuite à Strasbourg, et meurt en 1657chez son protecteur Jean de Nassau.
Très apprécié à son époque, il est considéré comme l'un des maîtres européens de la nature morte très à l'aise dans le traitement des textures opposées comme le verre et l'osier d'un côté, ou le verre et l'étain etc...  L'œuvre  de Sebastian Stoskopff a été redécouverte très tardivement, au milieu du 20e siècle, dans les années 1930, ce qui signifie qu'elle est restée dans l'ombre pendant plus de 3 siècles !   Il reste de l’œuvre de Stoskopff entre 60 et 69 tableaux, selon les critiques. 10 d’entre eux sont datés et 26 à 29 sont signés de la main du maître. Toutes les œuvres signées sont des natures mortes. Mais des correspondances attestent que Stoskopff était aussi portraitiste, et qu’il a notamment exécuté un double portrait du comte Jean de Nassau-Idstein et de son épouse Anna. Pour la plupart, les œuvres de l’artiste ont pour thème la représentation d’objets quotidiens, très souvent dans le domaine de la cuisine ou de la nourriture.

Le Musé de  l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg conserve une collection importante de ses œuvres.